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  Famille : Poèsie d'aujourd'hui


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Auteur

Sujet : Présence des poètes

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juin 4, 2009  01:59


Il est des nuits
Pour Alejo Carpentier

Il est des nuits sans nom
il est des nuits sans lune
où jusqu'à l'asphyxie
moite
me prend
l'âcre odeur du sang
jaillissant
de toute trompette bouchée

Des nuits sans nom
des nuits sans lune
la peine qui m'habite
m'oppresse
la peine qui m'habite
m'étouffe

Nuits sans nom
nuits sans lune
où j'aurais voulu
pouvoir ne plus douter
tant m'obsède d'écoeurement
un besoin d'évasion

Sans nom
sans lune
sans lune
sans nom
nuits sans lune
sans nom sans nom
où le dégoût s'ancre en moi
aussi profondément qu'un beau poignard malais

***

POURQUOI EN VOULOIR A TOUS CEUX DONT JE SUIS
qui retrouvent enfin
le fil du drame interrompu
au bruit lourd de chaînes
du brigantin frêle
mouillant dans l'aube grise de l'Anse aux KLOUSS
MASKILILIS
malins qui dansent
m'expliquerez-vous pourquoi toujours
sur cet immense fond rouge
de sang d'hommes jusqu'au dernier armés
de sagaies et de flèches à l'usage inutiles

Etre de ceux qui jamais n'ont cessé d'être
un souvenir qui soudain retrouve enfin
le fil du drame interrompu
au bruit lourd des chaînes
du brigantin frêle
mouillant dans l'aube grise de l'Anse aux Klouss
c'est bel et bien restituer
le parfum fort du rythme des heures claires
battu le rythme
coupé le rythme
et
refoulé le rythme

Etre de ceux qui jamais n'ont cessé d'être
un souvenir qui soudain retrouve enfin
le fil du drame interrompu
au bruit lourd des chaînes
du brigantin frêle
mouillant dans l'aube grise de l'Anse aux Klouss
Maskililis
malins qui dansent

m'expliquerez-vous pourquoi toujours
sur cet immense fond rouge
de sang d'hommes jusqu'au dernier armés
de sagaies et de flèches à l'usage inutiles

(...)
Léon GONTRAN-DAMAS (Pigments)

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juin 7, 2009  10:40


Sonnet du menteur

Par exemple, menteur saigne
Ta langue, et rougit comme l’eau
Cette joue voisine du feu.
Un mensonge nous colore,

Presque. Déesse tes mains au jeu
Des langues, fleur, et flamme ; alors
D’une curieuse haleine en plumes,
Je rapproche ventre qui bouge.

Ma bouche au tisonnier j’allume,
N’espérons plus s’il n’est rouge.
Vexé que mon cœur déteigne,

J’efface tout et je signe
(Profitant du doigt qui saigne)
Sur un arbre des dimanches.

Olivier Larronde, Les Barricades mystérieuses, dans Œuvres poétiques complètes, précédé de Villon
adore rire de Jacques Roubaud, et de Brève vie d’Olivier Larronde, par Jean-Pierre Lacloche, Le
Promeneur, 2002.

***

Rose & mon droit

Vos froideurs froissées, héritière
Des rosées, volent une et une.
Aussi le nid du noir sans lune :
Mes toutes puissantes paupières.

Horizon libéral assiège
Moi : ce trou noir debout, colonne
Où l’ombre pensive empoisonne
Un cœur sans main, sans bras d’acier.

Archet-né sonnons plein silence !
Je crache au baiser d’air du temps
Il bruit — flèche-moi — sans parler.

Fais le jeu d’un biceps géant
Ma droiture !
Pour Qui te lance
Sans yeux dehors
ni au dedans.

Olivier Larronde, Rien Voilà l’Ordre, L’Arbalète, 1961.Œuvres poétiques complètes, Le Promeneur,
2002.

            

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juin 8, 2009  22:51


Je rêve d’un village protecteur
D’une minceur heureuse au bout de la rivière
D’un pont jeté par la nécessité
Sur des hérésies trop facilement construites.

Car il faut se défendre afin d’être encore
La porte et le fruit et le tilleul que l’on répète
A la fin de la journée comme si l’on pouvait
Donner une autre distance au temps.

Des mots picorés avec précaution
Dans les mains étoilées de nos prétentions
Où l’eau de source devient solidité
Lait de la brebis grappes bleues des glycines.

On a parfois besoin de se reconnaître
En reprenant le fil avec des bruits d’assiettes
Un volet qui grince un vent qui se lève
Un feuillage dont il n’y a plus rien à dire

Proposant une autre façon de vivre
S’enroulant au nœud des fidélités
Le village donne
Ce que nous voulons si par avance
Nous connaissons la couleur du temps.

L’escalier d’un projet lance un fil d’épaisseur
Entre les maisons qui sont faites pour vivre ensemble
Même à dos tourné même à porte close.

Si un écart fleurit ce n’est jamais qu’une attente
Et le village n’est pas un droit
Mais une longue enquête où chaque feuille compte.

Antoine Carrot, "L’ourisse" suivi de "Villages" poèmes, illustration de Daniel Chantereau, La
Bartavelle Editeur, collection "Le manteau du berger", 1996

***            

Réceptacle des désirs passés
Que l'on approche par complaisance
Au portemanteau des oublis.

Ainsi l'automne après l'été
comme un fil de rivière où fleurissent
Les feuilles mortes de ce qui fut
Et des nostalgies plus subtiles
Portant sur des sentiments même pas exprimés.

Une ombre dont je ne sais la couleur
Suit notre démarche avec impertinence
Double notre ombre qui n'est déjà qu'un reflet
De l'épaisseur que nous croyons avoir.

Le feu rêverie confuse
Brise le temps des horloges
Offre une ouverture de lumière
A ces enchaînements du non dit
Qui nous prennent dans leur prière.

Antoine CARROT .Plein Chant.

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juin 9, 2009  16:57


LE MARCHEUR D'EAU

Il étreint le froid
Il étreint le vide
Il a peur du vide
Craint de ressembler aux joncs
Il guette le vide
Le givre avec sa tête de mouton
L'enserre et le cerne
Dure est cette angoisse
De la bête perdue
Qui étreint le froid
Qui étreint le vide
L'écluse fermée
On y regarde l'eau dans les yeux
Etreignant le froid
Etreignant le vide

On marche dans la fêlure intime du monde
Ces soubresauts nés de la douleur primitive
Quelle est la voix qui le dira ? Quel sera
ce corps qui saura mener jusqu'à son terme la
valse triste ? Une voix s'élève à l'intérieur
de nous-mêmes---voix chère---exprimant ce qui s'
apparente à l'expression de la plainte première
Je suis cet homme là qui, tant et tant, crut aux ver-
tiges et qui, désormais, dans la déchirure du lan-
gage se tient, regard clair, miné toutefois, blessé
Dans la fêlure du monde où les plaies suintent.

J'ai droit au repos du cheval journalier
désormais je ne partirai plus vers quel labeur
et je suis ce centaure qui s'éveille et geint
autour de lui les aveugles s'affolent craignant
ses ruades Ô grand cheval qui, autrefois, tractait
vers la berge les navires, te voilà effacé Il ne
demeure de toi que ce signe sur cette feuille
Sont-ce tes traces dernières ? Ta signature de sabot
ébroue-toi Redonne-moi confiance ! Plongeons ensemble
je saurai bien te faire retrouver cette joie
enfantine que tu poursuis sur la rive noyée à demi.

Du vaste paysage autrefois immergés
élève une plainte dont nul ne connait l'origine
Exprime-t-elle ce que les hommes nomme : la
Douleur ?Dit-elle ce, qu'à eux-mêmes, se cachent
les peupliers serrés comme autant de frères autour
de la dépouille du père. Et qui geignent !
Disant l'angoisse ancestrale des pays plats
devant la montée de l'eau Ah ! tous ces arbres
dressés à l'intérieur même du fleuve que je ne
sais pas voir mais dont je sens la solitude
Tels les grands crucifiés à l'angle des plaines !

Ce n'est pas là ---où passent les moutons de sel---
que se terrent les images perverses du monde pas en un tel lieu
Où le pâle soleil blanc projette mon reflet à l'avant du
cargo Babtai Là je distingue alors la silhouette ô combien
contrefaite que, désormais, les troupeaux d'eau connaissent
bien Ce n'est pas là ! Voici plutôt l'apaisement Le renon-
cement Et ce compagnonnage avec le fleuve n'est en rien équi-
voque J'ai marché bu des bières au filtre magique pleuré me
voici d'or vêtu Me retournant vers la source lui parlant Evo -
quant ces guerriers qui y trempaient leurs bras afin que l'
épée de la justice soit, pour eux, moins lourde à manier !

Franck Venaille


Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juin 11, 2009  13:10


Tu as la couleur des lampes et des fleuves:
Une invasion glorieuse de nacre avec rien de bleu.
Demain je dirai que la moitié du monde
est installée dans ton regard comme un oiseau
dans l'arbre où il chante. Cette façon précise de nommer
chaque fleur, chaque insecte, chaque ville.
Vient de jadis où tu n'étais qu'une forme incertaine
dont je jouais pour me donner le sentiment de vivre.
Depuis , j'ai quitté ma peau de reptile, mon oeil scélérat
est déposé au pavillon des malveillances inexplicables.
Tu m'as offert tes longues pentes et ton silence,
tes couleurs secrètes et la lumière de tes mains,
enfin tous les sentiers qui grondent en sourdine.
Je viens te voir, je viens te porter le sel et le pain,
et tu danses pour moi au coucher du soleil.
Certains soirs j'ose te dire
qu'il serait bon de vivre ainsi longtemps,
loin des contraintes coutumières.
Mais tu baisses la tête et pour pleurer,
tu gagnes un monde singulier où je n'ai pas ma place.

Bernard Hreglich

***         

L'Amour est un Eclair

Qui donc aurait pu dire
Que nos vies s'uniraient
Comme s'unissent nos corps
En cette danse lente ?
Qui donc aurait pu dire
Que l'amour brûlerait
Du même feu nos cœurs
Cette nuit mon amour !

Qui donc osera dire
Que les danses s'achèvent
Sur des accords amers
Je ne veux pas le croire
Qui donc osera dire
Que l'amour et l'éclair
Sont des feux éphémères
Qui brûlent et puis s'éteignent !

Ah que dure cette nuit
Que dure cette danse
Jusqu'à l'éternité.
Ah mais que dure l'amour
Et que rien ne délasse
L'étreinte de nos corps.

Pourquoi ne pas le dire
Je suis un bateau ivre
Sur la mer du désir (c'est bien désir et non désert comme sur le disque)
Où souffle la tempête
Pourquoi ne pas le dire
Je suis comme un aveugle
Perdu dans le désert ta tendresse pour guide.

Ah ! que dure cette nuit
Que dure cette danse
Jusqu'à l'éternité
Ah mais que dure l'amour
Et que rien ne délasse
L'étreinte de nos corps.

Serge PATIENT (Né à Cayenne le 24 mars 1934)

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juin 12, 2009  21:38


Le mystère

On croit voir le soir,
S’apaise l’énigme.
On croit que l’on sait,
tout semble immobile.

Quand tout est limpide
Nous broutons l’obscur ;
L’étoile est trop sûre,
elle fend la nuit.

Reste le mystère,
Poème sans voix.
Comme tout s’éboule
Dans ce vide pur !

GASTON PUEL

***         

LA CHAMBRE DES ENFANTS
À Janine

Non, n'ouvre pas la fenêtre. Ils dormaient quand nous
nous coulions entre leurs lits jumeaux. Souviens-toi,
tu disais : comme ils sentent forts, mes petits renards,
dans leur tanière!

N'ouvre pas la fenêtre, que la chambre reste fermée,
maintenant qu'ils sont loin, inaccessibles, ailleurs.
Maintenant que nous sommes près du terme, solidement
amarrés à la lourde pierre qui nous retient ici, comme
leur odeur ferait battre nos coeurs!

N'ouvre pas la fenêtre. Écoute, il pleut dans la cheminée.
C'est la suie mouillée qui sent si fort.

GASTON PUEL

***      

Dans l'odeur du pré
Comme un cheval docile
Parfois vient à moi
L'image paisible d'un mort.

Je l'ai aimé
Dans les jachères des usages,
Des rumeurs, des enclos.
Nous l'avons aimé
Dans l'ornière des jours
Sans savoir
Combien la lumière
De son visage
Durerait dans nos yeux
Y refluant les larmes.

GASTON PUEL

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juin 17, 2009  12:34


MANNAWIDDAN

Nu devant la mer
Une alêne à la main
Il sait ouvrir la porte
Et mettre le feu au four
Ses cheveux longs s’emmêlent
Sur son crâne
Il déshabille les arbres
De son regard perçant

Un saut sur le sable
Un plongeon vif dans la vague
Il ne subsiste en surface
Qu’un cercle d’écume
Il jaillit hors de l’eau
Des algues autour du cou
Des lumières et des couleurs
Illuminent sa nuque

Les gouttes d’eau
Scintillent sous le soleil
Comme des étoiles d’or
Allumées en plein midi
Il hurle aux nuages
Et le vent souffle
Son cœur bat dans sa poitrine
Le monde se désintègre

Debout face au soleil
Lentement il entreprend sa course
Des oiseaux autour de lui
Chantent la douceur du monde
Il escalade les rochers
Jusqu’en haut de la dune
Et s’écroule à bout de souffle
Parmi les fleurs

Étendu de tout son long
Les paupières closes
Les papillons blancs
Volent au-dessus des roses
Le vent quand il l’exige
Vient caresser sa peau
Il est le maître des eaux,
Des nuages et du feu

D’un cri bref et vigoureux
Il rassemble ses chevaux de mer
D’un bond, il les enfourche
Pour quitter l’abri
Dans un galop fou
En direction de l’orage
Il part se perdre loin
Dans le fracas de la pleine mer

BERNEZ TANGI

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juin 18, 2009  21:47

AIGUES-MORTES OU JAMAIS

Murs écrasés de retraits,
un famélique ailleurs y maraude,provoque.
Tribut doit-il aux effluves de vase:
Là, son repaire,
son dénuement.

Pour tout butin, quelques rêves suris,
le temps qu'aux échauguettes
on recouvre mémoire.

Mais si fuyante passagère,
mais si brûlante,effacée.

La pesanteur
d'aucune pesanteur.

D'une tour à l'autre,le vide
comme creusé d'un jour naissant.
Il ne retranche pas,il donne.
Mais ou saisir et quel don?

Ce que marais en bas promulgue
à même force aux créneaux:
torches brandies,
aussitôt envasées,
tâches brandies,
éteintes dans l'instant

Pleutre chemin trop longtemps de ronde
sans parti,désertant.

De son appel l'effraie
surélève la nuit;
le lichen des murailles
se dérobe affranchi
par sa clarté lunaire,

éternise

un monde à corrompre
l'offrande des choses,
à détourner
ce vide donateur.

Tout suspendu
aux sentences du sable.
Ses blasons haut dressés que le vent éparpille,
la nef Argo les portait sans savoir

Le passage n'est plus,mais était ce passage?
Tant de refus signifiés de la mer,
tant de replis que les boues se partagent,

flaques de gloire ou pourrit l'apparence
du dieu pour qui
fut cette mer en ses leurres épousée.
O frôlement
des siècles dépulpés!

L'ortie à son zénith

D'angles si droits,
lointainement droits,
Cité sans lieu
autre que sa carrure,
sans visage autre à l'avancée des jours
que celui, d'âge en âge,
aux âges fermés,

elle affronte ,enchassée dans son hautain pluriel
(de bure,on ne sait,ou de voile latine)

Intacte enfance
ou flamboient les poternes.

Nulle part
mais palpables
l'assise des morts, enjeu de l'équilibre,
l'aguichante douceur de leur enchaînement,
son droit chemin au plus obscur d'un pas.

Me reconnaître, avancer de pas ferme.
Le cri de la corneille ouvre haut le passage.

Rien n'obture.

O meurtrières,
à vos secrets brûlerai-je?
de coupelles opiniâtres,
à ce passé trop pur,inconvertible?

Sous le présent.
Je ploie, je m'innocente .
De lui seul, j'ai soutien,
de son seul assemblage...
Ce n'était pas appeau d'ombres immémoriales
mais soudaine brisure,
le cri de la corneille,
pour célèbrer
et que j'accède,
délié de mes souces.

Lentes fumées par dessus les remparts,
domestiques fumées.
D'équerres aussi dans ses remuements,
dans sa torpeur, verrou de son Histoire.
Se raidir la taraude
à fleur de pierre,en sa pâleur ocreuse.

......... à suivre
PAUL CHAULOT
      

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juin 20, 2009  21:56


Ballade

tu es descendu au plus profond
au plus affolé de la grotte
nocturne puis l’oiseau est
venu comme ce qu’il fallait
entendre et tu as jeté ta peur
dans le premier silence du jour

dans la nuit tu t’en souviens
les ombres n’avaient pas de
visages il n’y avait ni son
ni parole seulement les frayeurs
l’errance et le grattement des
ongles sur le miserere des parois

dans la nuit tu t’en souviens
il n’ y avait que le ressassement
des pas et la buée honteuse
sur les miroirs souviens-toi
partout des bas-ventres brûlaient
comme un cauchemar sous la cendre

où étaient les vivants ? tu te
souviens seulement des aveugles
et des sourds et des morts qui se
soûlaient et de l’absence des femmes
tu te souviens de la nuit quand il
n’y avait plus d’issue à la nuit

tu t’es réveillé comme on s’
abandonne dans la paume d’un autre
silence et c’est alors que tu t’es
souvenu qu’ il y avait une musique
et qu’elle ne cessait de te manquer
et que tu étais né de l’avoir entendue

MARC DUGARDIN

***   

Insistance

ruissellement des secondes
sur la gorge du merle

ne dites pas de son chant
qu’il recommence ne dites
rien non plus de l’achèvement

ne dites rien de l’écoute
meurtrière – rien de ce qui se
taira en vous aussi longtemps
que vivre ne l’aura pas rompu

MARC DUGARDIN

***   

Poème avec oiseau

on ne sait ce que l’oiseau
a troublé dans l’errance
des poètes ou des fous

on ne sait s’il a disparu
si ailleurs ou nulle part
sont des images

on sait à peine les bouches transpercées
les pages blanchies par une sorte d’adieu

à peine ce que désigne le vide
et qu’il n’était pas venu pour le combler

MARC DUGARDIN

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juin 22, 2009  02:56


Brin d’hérésie.

Rosée, goutte d’eau claire.
Dans les saisons de l’écriture,
quelques syllabes qui désaltèrent.

Traces fraîches du corps,
dans l’aride sentier du texte qui s’écrit.
Ton nom comme un oiseau
dans la langue des vents.

Tu t’éveilles en un mot d’automne.
Tu gèles aux hivers de la langue.
Au printemps tu souris,
petit brin d’hérésie.

A l’aube d’une phrase, te voici bref,
humide, brillant diamant des signes.
Puis le noir te transperce.
Comme un soir sans limites...

Les lettres vont de corps en corps,
gouttelettes de toi brouillant les pistes,
laissant du sens, des brins de laines,
aux épines vertes des rêves...

Une voix, sur la terre...
une voix qui aurait une épine de bonheur.

***

Désormais ...

Je n'hésiterai plus à me prosterner
devant la moindre pluie,
devant la moindre aurore, grise
ou rose,
devant le moindre vent, qu'il soit vêtu
d'or des tempêtes,
qu'il soit pollen des ciels levants.
Je m'agenouillerai au bord de tout rivage,
je tremperai ma nuque dans les fleuves.
Désormais chaque pierre sera nommée,
chaque mot recevra son dû,
loin des faiseurs d'églogues...

Les textes sont extrait de "Une épine de Bonheur" de Pierre Colin

Baby
France
Messages : 642

Date du message : juin 23, 2009  07:15


FRANCE BONNEAU
Né à Jonquière en 1949


DE QUEL FEU?


De quel amour, de quel visage
De quelle fatigue es-tu?
De quel fracas est ton oeil
De quelle étoile viens-tu?

Je viens de mille survivances
De mille peines
De mille chemins
Je viens d'une seule aurore
D'un seul matin

Mais de quelle ville, de quelle montagne
De quelle patience es-tu?
De quel feu est ton oeil
De quel astre viens-tu?

Je viens de mille côtes
De mille sites
De mille partages

Je viens du désir enfin!

Quand dans l'avant-jour, je largue les amarres
C'est que j'espère encore....


Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juin 23, 2009  07:19

Superbe poème en effet , merci et bienvenue Baby!

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juin 23, 2009  10:17


LA CHAMBRE SECRETE

Que j'entre dans le songe et qu'à tes pieds, licorne
mâle, tremble un fil de brume !

Il faut donner au feu quelques sarments d'hiver,
l'ombre de nos demeures et maints poèmes ;

il faut aussi que tu me comptes parmi celles-là de tes
créatures qui ne sont plus de ce monde,

et qu'à travers le hêtre, loin derrière l'écorce, tu
devines mes chambres les plus secrètes, celles que
moi-même je n'ose point ouvrir.

Roger Kowalski (1934-1975). Un sommeil différent, éd. Orphée, La Différence,1992.

***

Il n'est mémoire ici que ne hante l'enfance
que n'assiège la nuit plus tôt que de coutume
j'avais longtemps veillé

que le vent de minuit dans la chambre
parle et je reconnaîtrai ton rire
que le sommeil me soit une inquiète raison

silence demeure ou luit une eau lointaine
dans les puits oubliés je cherchais le reflet
de ton visage l'écorce de ton cou

mais je sais un respir à ma bouche étranger
une ombre à ta paupière tremble
tu vacilles un peu

ROGER KOWALSKI.L'OMBRE ET LE FEU

            

Yannaelle
France
Messages : 1724

Date du message : juin 23, 2009  16:59



Un très beau poème de France Bonneau, que je découvre........
Merci Baby

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juin 25, 2009  08:13


DE QUEL FEU?

De quel amour, de quel visage
De quelle fatigue es-tu?
De quel fracas est ton oeil
De quelle étoile viens-tu?

Je viens de mille survivances
De mille peines
De mille chemins
Je viens d'une seule aurore
D'un seul matin

Mais de quelle ville, de quelle montagne
De quelle patience es-tu?
De quel feu est ton oeil
De quel astre viens-tu?

Je viens de mille côtes
De mille sites
De mille partages

Je viens du désir enfin!

Quand dans l'avant-jour, je largue les amarres
C'est que j'espère encore....

FRANCE BONNEAU
Née à Jonquière en 1949 (Mis par Baby dans Présence des poètes)

***

Mon amour ma fonte des neiges,
quels mots en cet instant disent tes mains,
comment bat ton cœur ?
La nuit a déposé sur ma table des fatigues,
de vieilles histoires, et je me dis qu'importe
qui nous avons été dans ces vies anciennes
où je ne comptais pas pour toi,
où tu n'existais pas pour moi.
Le jour je marche
dans des rues où le bruit de mes pas
n'est pas celui que je connaissais.
Ta peau de poivre doux, d'herbe d'été,
a le goût du septième paradis,
de la toute première lune
accrochée aux flancs du ciel.

La nuit avance et je pense
à ce matin de primevères
apparues sur mon bureau.
J'écris ces mots mon amour,
ma fonte des neiges,
et je t'embrasse précisément,
précieusement,
au creux du ventre

Francis Dannemark
Extrait de "Poèmes et lettres d'amour" ( Mis par Yannaelle dans L'amour c'est beaucoup plus que
l'amour)
            

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