Présentement sur Amicalien
Les membres en ligne : 156
Les nouveaux membres : 26
Anniversaires aujourd'hui : 35
Famille : Poèsie d'aujourd'hui
Ce sujet fait partie de la famille Poèsie d'aujourd'hui. Cette famille est semi-privée. Vous pouvez lire le contenu de cette famille mais vous devez vous y inscrire pour échanger.
![]()
Auteur
Sujet : Présence des poètes
|
Epsilon |
Date du message : janvier 24, 2010 01:47 |
||
|
Je t'aime comme on aime un beau soir d'été, Immobile et très haut entre le matin et le soir. Je pense à toi d'une façon tellement forte que ton absence bat en moi comme une porte dans le vent. Seule, maintenant, une mémoire aveugle me rappelle les caresses dont ton corps enfermait mon corps comme dans des forêts infranchissables, mais elle ne peut me rendre le poids de ta chair. Je te cherche en moi comme dans une ville déserte et pourtant à chaque instant je te rencontre comme la terre à chaque pas rencontre des sources, mais j'ai froid sans la chaleur de tes mains. Et ta voix n'est nulle part même pas sur ma bouche à laquelle elle se mêlait jusqu'au silence des baisers. Lucien Becker /Rien que l'amour
|
|||
|
Summertime |
Date du message : janvier 24, 2010 14:35 |
||
|
De Philippe Delaveau, qui avec les superbes variations de sa prose poétique, (« Son nom secret d’une musique » poèmes, nrf Gallimard) magnifie le monde de la musique dite classique, ses compositeurs et les émotions suscitées par leurs oeuvres SPRECHGESANG* Je vois Mozart, un pied sorti de la berline. On lui demande : où en est le morceau ? Et le concert, ce soir ? Le train file si vite : on ne voit pas le nom des gares. Soleil dans la vitre et le fleuve. Il fait jour encore, pour quelques heures. Peut-être un concerto pour piano ou quelque sérénade. Il tend deux pages. La main rapide du copiste avale le papier. L’homme s’enfuit vers une obstination de plume qui tire un trait, grappille des cerises. Dans une chambre terne d’autres copient. L’orchestre gâche un ciment frais à coups de pelle : violons et cors. Mozart déjà invente un autre trait : la mélodie s’élance. Il se souvient. À peine a-t-il fini l’esquisse : une autre main l’arrache. D’où vient cet air ? ses yeux s’isolent dans le vague. Les chevaux piaffent. Les ressorts grincent aux roues de la berline. L’envoyé du Prince Electeur est mécontent. Le receveur demande les billets. Nîmes-Paris. L’arrivée à quelle heure ? Pourtant on se dirige vers un autre pays. Page par page. Mozart a son regard vers les horizons intérieurs : la grâce enfin visible. Ou voit-il le morceau devant lui. Mémoire indéfectible. Il se souvient. C’est une ville qi descend, habillée de lumière. Les habitants gravissent les intervalles. Toi malheureux, que devient ton poème ? Ainsi dans la rizière avance, pataugeant, le buffle lourd de glaise. Enorme à son reflet. Jarrets huileux. Cette lune qu’il porte, vase précieux : deux cornes claires. Pas de musique ici. Pas cette inspiration qui frôle un seigle d’astre. Invisibles étoiles. Même les mots résistent. Je dis un chant, ce sont des phrases. Je rature et rature. J’écris ceci dans le train. Des chaînes de montagnes drainent septembre vers les brumes, où le soleil sombre et rougeoie de tous ses fils de cuivre. Une ouverture : seulement les deux thèmes. Forme sonate. Forme parfaite. Mais quelle forme a ce poème inexistant qui marie vers et prose comme deux thèmes, dans la maison de MI ? J’ai vu Mozart dans la vitre ou mon rêve. J’entends le concerto : vingtième en UT mineur. Aussi le vingt-troisième que joue Casadesus. George Szelle au pupitre. Cette musique obsède. Dites-moi : d’où vient-elle ? Qui le sait : d’où vient-elle ? Le train file trop vite vers la fin de la partition. Des villages s’éteignent. L’eau d’un fleuve miroite. La nuit et rien. Philippe Delaveau *Le sprechgesang est une technique vocale apparue au début du XX° siècle en Allemagne. Il s’agit d’une technique mêlant le parlé et le chanté.
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : janvier 26, 2010 23:18 |
||
|
LECTURE I Oui, j'ai lu la Forêt, étage après étage ; Je me suis ancré dans le noeud de ses racines, dans l'aubier de son aubier, dans le parfum de son parfum . Avec les yeux du lynx, l'ivresse de la grive, je l'ai feuilletée, saisons après saisons.Rugueux en sont les mots comme l'écorce.Mais frais ,encore ,de feuillages arrachés à l'enfance. Toujours, derrière ma lecture,ce frissonement léger, affirmation de feuille! II Ma Forêt,sur la page blanche,la parenthèse verte! Entre les guillemets des saisons, sa phrase lovée comme un serpent.Sa majuscule qui s'enferre dans le point final.Toutes ses propositions si familières.Gland mièllé offert aux lèvres.Branches nidifiées d'ou l'oiseau s'échappe.Insecte sous l'écorce,comme une promesse d'envol. Ma Forêt, parenthèse faite de mille renaissances. III Cet alphabet d'eau et de lumière! Avec ses lettres riches en sucs,en noeuds, en ramures. Ses lettres qui forment touffes, qui s'étendent.Toutes les lettres que la forêt ne cesse d'agiter,hors du temps. Cet alphabet du premier jour, à l'intention de ceux qui connaissent. Maurice Bourg(Saisons qui portez tout).Saint-Germain -des-prés 1974.
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : janvier 28, 2010 22:13 |
||
|
HORTENSIA ROSE Qui supposait ce rose ? Et qui savait qu'il amassait en ces ombelles? Tels des objets dorés que leur or abandonne, leur rose les abandonne, doucement, comme usé. Pour n'avoir rien voulu en échange du rose, reste-t-il donc pour elles, un sourire dans l'air ? Des anges sont-ils prêts qui tendrement l'accueillent quand il s'éteint, magnanime comme un parfum ? Ou bien peut-être le sacrifient-elles pour qu'il ne sache pas ce que c'est que flétrir ? Mais sous ce rose un vert a écouté qui se fane à présent, et sait tout. Nouveaux poèmes Rainer Maria Rilke/traduit de l'allemand par Lorand Gaspard et Jacques Legrand chez Points *** Toute fleur n'est que de la nuit qui feint de s'être rapprochée Mais là d'ou son parfum s'élève je ne puis esperer entrer c'est pourquoi tant il me trouble et me fait si longtemps veiller devant cette porte fermée Toute couleur, toute vie naît d'ou le regard s'arrête Ce monde n'est que la crête d'un invisible incendie Philippe Jaccottet.Airs/Gallimard
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : janvier 31, 2010 00:41 |
||
|
COLLINES Le grand ciel noir était plus pâle que ses jambes, avec l'obscurité il ne pouvait se fondre. C'était le soir où près de notre feu un cheval noir apparut à nos yeux. Je n'ai pas souvenir de noir plus sombre. Plus noires que charbon étaient ses jambes. Il était noir comme la nuit, comme le vide. Il était noir de la crinière au fouet. Mais c'est d'un autre noir, déjà, qu'était son dos qui ignorait la selle. Il restait sans bouger. Endormi ,semblait-il. Et la noirceur de ses sabots étaient terrible. Il était noir, inaccessible à l'ombre. Si noir, qu'il ne pouvait être plus sombre. Aussi noir que l'est la nuit noire àminuit. Aussi noir que l'est le dedans d'une aiguille. Aussi noires que sont les futaies les plus hautes. omme le trou sous trerre où se cache le grain. Al'intérieur de nous c'est noir, je le crois bien. Et pourtant oui, il devenait plus sombre ! Il n'était que minuit à notre montre. Il était là, sans s'avancer d'un pas. Sous son ventre régnaient des ténèbres insondables. Son dos déjà disparaissait. Plus rien de clair ne restait. Ses yeux luisaient en blanc, comme une chiquenaude. Sa prunelle en était plus effrayante encore. Il était comme un négatif. Pourquoi avait-il donc, suspendant son pas vif, décidé de rester parmi nous si longtemps ? Sans s'éloigner de nore feu de camp ? Pourquoi respirait-il cet air si noir, faisant craquer les branches sous son poids ? Pourquoi ce rayon noir qu'il faisait ruisseler ? Parmi nous tous, il se cherchait un cavalier. Joseph Brodsky traduit par Véronique Schiltz
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : février 1, 2010 11:07 |
||
|
CETTE NEIGE-LA La neige qui nous apprit la mort de Paul Eluard fut la première de l'année. Il neigeait sur sa mort comme on feutre de ciel un poème trop rude, comme les mains de l'épousée ouvrent des draps de noce, comme on parle d'amour pour la première fois. Cette neige là apprenait à dire son nom au silence,apprenait à croire qu'une odeur de terre fraîchement remuée imprégnerait longtemps encore les mots dont il creusait l'hiver jusqu'à ce qu'il s'écroule sous son poids d'arbres secs. Cette neige là sculptait de mémoire un pays caché dans le coeur des hommes, un pays que nul ne saurait atteindre si le sang de tous n'en montre la route cette neige là c'était son visage, celle qui fait la faim,celle qui fait la peur, celle qui boit aussi le bourgeon éclaté, celle qui sort de l'ombre à pas de loup en mars, celle qui fait le fleuve dans le ventre des sources, celle qui protège le sommeil du blé, celle de tout espoir. Cette neige là c'est son rendez-vous. Paul Chaulot (Jour de béton)
|
|||
|
-grimalkin- |
Date du message : février 4, 2010 03:39 |
||
|
NORGE, ces charmantes petites contrefables écrites dans une langue simple, tellement libre et vivante... LA MER Il est difficile de peindre la mer, mais il est simple de peindre des vagues. Toutes les couleurs conviennent, elles sont toujours justes, car il existe des vagues de toutes les couleurs. Voilà pourquoi l'artiste dessine beaucoup de vagues, puis il étend des jaunes, des bleus, des verts, des gris, des bruns même. Enfin, il peint le sentiment. C'est le plus important pour la mer... _____________________ LE CHEVAL BLEU On ne voit pas clairement pourquoi ce cheval bleu est si mélancolique, mais il est très mélancolique, sans aucun doute. On ne voit pas clairement pourquoi ce cheval bleu va connaître bientôt une joie immense, mais il va la connaître, sans aucun doute. Le fond du tableau fait penser à une grande pluie qui s'éloigne. ______________________ UN BOUQUET Quelques roses vertes et quelques chardons (mais sans exagérer) dans un vase rouge (mais sans exagérer). Ce bouquet donne une lumière très vive et s'arrange pour danser sous le regard. On peut le considérer comme un simple bouquet, mais il représente la fièvre. Le bouquet danse réellement sous le regard (mais sans exagérer). C'est en cela que l'artiste fut habile... _______________________ LE COULOIR (j'aime particulièrement....) On dirait un couloir d'hôtel à cause de ces nombreuses portes. La porte du fond est celle de l'amour, la première à droite est la porte du songe. Celle de l'avenir est la deuxième à gauche. Rien n'y ferait penser si le peintre n'avait écrit cela très lisiblement sur de petites pancartes __________________________ Désert et pensée : PEINTURE Je trouve que la plupart des peintres peignent un tableau qui ressemble au tableau qu'ils auraient peint si le tableau qu'ils auraient voulu peindre était absolument impossible à peindre. Est-ce que vous me comprenez ? Parce que moi, je ne comprends pas encore très bien, mais je sens que c'est juste... NORGE ("Poésies 1923-1988" nrf Poésie/Gallimard .MERCI SUMMERTIME!
|
|||
|
-grimalkin- |
Date du message : février 6, 2010 03:28 |
||
|
UNE FERME DANS LES ANNÉES 50 Le soleil éclairait la table par la grande fenêtre La lame du couteau claqua contre le manche Le maître de maison dit au valet : « Il faut saillir les deux vierges du pré de Lesbos L’autel est à remonter dans le champ du Christianisme. Un ermite sera là demain de bon matin. J’irai décharger une charretée d’anxiété à la plage. En ce qui concerne les chiens, Je les nourrirai avec du chenopode de la moelle d’os et de la liqueur vulnéraire » Ils se levèrent pour la sieste. La femme et les enfants restèrent pour la vaisselle. Bernez Tangi
|
|||
|
-grimalkin- |
Date du message : février 8, 2010 04:16 |
||
|
Lorsque René Pons écrit (extraits de "Carnet des poussières) (...)" Brutalement, tandis que j’écris, apparaît la haine de moi-même, l’envie de tout brûler, et pourquoi le doute me retient-il au bord de ce geste de sanité ? * Emily D i c kinson. Sa concision mystérieuse. Si compréhensible pourtant, lorsqu’on songe que, pour elle, le mot carrière n’avait pas de sens. * Ma tête: un grelot dont la peur serait le pois. * Ce sont les mots qui m’inventent: je les choisis, mais en même temps ils s’imposent. * Rêve: encore une fois une gare, un départ hasardeux depuis une petite ville inconnue – il y avait un morceau de façade peint en bleu et la lumière était grise – où, dans un magasin de tissu (?), au milieu des coupons, on trouvait des livres dont l’un contenait une phrase de moi. Hâte. Sensation de salissure. Angoisse. Une faute a été commise et le jugement paternel tombera. * Je n’ai jamais cessé d’être jugé, et ravalé, dans mon esprit. * La dissimulation est le bien commun. Derrière, en général, une souffrance plus ou moins honteuse. * Le terrible est bien là, invisible la plupart du temps. Menace ouatée de tous les instants. Horreur masquée des organes. Misères du hasard.(...) René Pons
|
|||
|
-grimalkin- |
Date du message : février 10, 2010 03:58 |
||
|
Totems d'ailleurs à Belle-île à Georges Le Bayon Un ciel nous enlumine dans la tiédeur d'un matin d'été. les mots sont simples qui dévalent, se dévoilent ou s'écoulent avec fièvre et ferveur des reflets, des tein- tes, des paysages, qui nous environnent. D'une île qu'il nous est permis d'étrein- dre, pleurèquent les champs et nostalgient des senteurs trop vite évaporées, enfuies, enfouies, dans les vapeurs d'échappe- ments qui meurent nos saisons froides. Des espaces où nous fûmes qu'il nous est permis de caresser encore et encore du regard et de l'espoir. Les sens s'ébouriffent et l'imaginaire adhère au rituel d'un spectacle d'une gran- diose simplicité, au délit de vie paisible, au défi de lumière qui s'offre, au délire d'une nature seconde microcosme de sa création et de sa créativité latente. .... Alain Jégou
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : février 13, 2010 01:00 |
||
|
"L'arche de Noé ", d'après Chagall UNE FERVEUR BRÛLEE...Extrait Je suis devant toi comme un enfant, plein de pluie et de ravage, ai cour d'un automne de silence comme au centre d'une place assiégé par l'herbe brûlée. Je t'écris pour alléger le temps. Cette page que je griffonne est un miroir. D'elle va surgir un destin inattendu. Car ma lutte contre le temps est ancienne. J'écris toujours la même chose: elle est nouvelle. Que je lise à l'envers, à l'endroit, l'inquiétude est éclairée Je n'y peux rien. Les années passent, me révèlent. Mon visage s'affirme sous la pluie fine des jours qui vient vers nous sur ses milliers, de pas agiles. J'écris pour être avec toi dans la paille douce et chaud de la vie. ************ (...) Ne serait ce qu'une fois, si tu parlas de liberté tes lèvres pour l'avoir connue, en ont gardés le goût du sel Je t'en prie, Par tous les mots qui ont approchés l'espoir et qui tressaillent Sois celui qui marche sur la mer Donne-nous l'orage de demain Les hommes meurent sans connaître la joie Les pierres au gré des routes attendent la lévitation Si le bonheur n'est pas au monde nous partirons à sa rencontre Nous avons pour l'apprivoiser les merveilleux manteaux de l'incendie Si ta vie s'endort Risque-la. JEAN MALRIEU
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : février 14, 2010 01:33 |
||
|
Étreintes Les plats et mon assiette préparés sur la table, riz et crudités dans leur bol, le plateau et le pain, tes yeux quand je te quitte, moi pleine de ta patience et ta joie, Quand tu rentres, ton pas dans le couloir, sans bouger, je l’entends, merci pour les journées que le futur embrasse, me fait renaître et vivre, Moi, des ombres où je guette le feu, je vois tes yeux, si beaux dans leur tomber, ta bouche, je devine ce ciel, ta voûte d’origine, tremble la vague à peine, Les joues, les seins, le ventre, un tableau que je voudrais peindre en jouant avec les fleurs, un vol de papillon sur ta peau, étendre la fourrure d’une herbe méditerranéenne, T’envelopper de cistes, t’offrir l’olivier, te coucher au sein des narcisses du printemps, forcer le haut plateau où poussaient des garigues sèches à revenir vers toi. Te redonner l’enfantine allégresse sous les palmes d’un pin, dessin sur le bleu révélé où rien ne t’échappait de ce qui chante vrai. Que ma main revienne, naturelle et n’ait d’autre passé que tes flancs, ton dos, tes membres, ronde au bord des falaises, avec le rayon du soleil sur ta course. ANNE MICHEL **** ROSE DU JOUR (Extraits) Bouquet pour vous, Marie L'averse est sur les rose leurs corolles flamboient il faut qu'avant la nuit, la pluie se soit enfuie, mais les fleurs en criant butent dans la tempête, est-ce ainsi que jadis, les femmes valsaient, tandis que rouge et haute leur souveraine oblige les épines à dresser leurs têtes hérissées Les tiges à se tenir Arquées contre le vent A sentir le printemps qui court dessous les veines sa couleur est vivante dont la fleur se nourrit à sa verte allégresse une fois partie l’ondée. ANNE MICHEL
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : février 15, 2010 23:47 |
||
|
T'es-tu servie de ces oiseaux pour ton corsage? La chaleur ronde comme un sein, Cercle du bleu, Plongeuse d'air Au travers des chemins que construit le soleil, De ses éclats brisés que tu ramasses Pour voir au-delà du ciel. Comme une boule d'arbre, jouet du vent, Comme une ombre debout dans le ciel délirant, Comme une gerbe en feu,moissonneur d'étincelles, Tous les objets épars dans le monde m'appellent Sous la gangue des nuits qu'il me faut traverser, Mineur au souffle plus large que l'espace. Quand je t'ai dépassée, tournant la tête vers l'arrière, La saison morte des poussières, Les marais herbeux des journées, Il saigne des oiseaux dans le fleuve de l'aube. Il flotte des manteaux,méduses de l'autan. Les vaisseaux sont brûlés.Il meurt de la lumière. Déjà tu montes au ciel de ta prière Et le monde en rumeur se rue à la frontière Ou presque en cendre je t'attends. *** MIDI Lorsque le temps s'oublie dans ce pays de feuilles fraîches, L'amour s'allonge au soleil. Il est midi et nous aurons à paresser Dans l'ombre chaude,tout entourés des vents qui soulèvent les mots de ce poème ou tu reposes plus que nue, Très douce, laissant sans le savoir entrevoir le temps si beau, si clair, La chair lisse sans attendre, le désir qui n'a pas encore de nom Mais qui, feuille à feuille , se construit avec l'odeur de la terre sèche et de la jeunesse. Midi! La moitié d'un jour ou d'une vie, Ou que je regarde des deux versants,l'amour repose. Les petites vagues que les rides apportent autour des yeux Ont la violence du jour étale. Ce furent de beaux vaisseaux que les mots d'un poème pour toi et l'été confondus Tandis que bat le coeur d'un homme Avant que les lèvres mordent à pleine bouche les fruits lourds de la nature abandonnée. JEAN MALRIEU
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : février 18, 2010 23:23 |
||
|
EXPLORATIONS Je cherche des pays pareils à l'aventure, végétaux, traversés d'enchanteurs inconnus, des pays d'albatros que mon cœur a perdus dans les brumes du Sud, dans les terres obscures. Ils flottent sous la mer et leurs amours sont noirs et mon amour mortel ne sait plus qu'ils m'attendent avec des corps d'arums, de cuivre et de lavande et que dort dans mon sang la couleur de leurs soirs. J'ai dit le mot nocturne et bu les eaux sauvages, j'ai touché l'or, le feu, j'ai suivi des voyages d'où je n'ai rapporté que des oiseaux mourants... Où sont ensevelis les pays qui m'appellent, dans les algues, le sel, dans la chair des enfants, N'ont-ils pas transmué ma race rituelle ? Jean-Claude Renard, Explorations [extrait], Haute-mer, Points et Contrepoints, 1950. **** EN UN PAYS ANTÉRIEUR Mon beau mystère est mûr au milieu des raisins, est mûr comme un enfant ramant dans le sommeil, comme un enfant d'amants est mûr, est souterrain, et la mer met en moi de grands amours vermeils. Et je m'y multiplie et m'y mêle à mes membres et je suis en voyage au milieu de la mer et la mer amarrée aux lunes de ma chair me plonge en des courants secrets comme des chambres. Et la mer maintenant mon amour et ma mort meut en elle ma chair ruisselante d'oiseaux, et je me sens marcher dans un amas de corps qui ne sont plus d'ici, les blancs, les musicaux, dans des corps consumés par d'anciennes mémoires où tournent des manoirs, des vergers et des roses je m'en vais vers celui que je fus dans la gloire et reconnais l'odeur de mes métamorphoses, et je m'ouvre à moi-même et remonte mes traces et reprends la couleur végétale et profonde que la mer d'autrefois répandait sur ma race et redeviens le chant des naissances du monde... Jean-Claude Renard
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : février 22, 2010 23:18 |
||
|
Allez dire à la ville... Terre dure de dunes et de pluies c'est ici que je loge cherchez, vous ne me trouverez pas c'est ici, c'est ici que les lézards réinventent les menhirs c'est ici que je m'invente j'ai l'âge des légendes j'ai deux mille ans vous ne pouvez pas me connaître je demeure dans la voix des bardes 0 rebelles, mes frères dans les mares les méduses assassinent les algues on ne s'invente jamais qu'au fond des querelles Allez dire à la ville que je ne reviendrai pas dans mes racines je demeure Allez dire à la ville qu'à Raguénuès et Kersidan la mer conteste la rive que les chardons accrochent la chair des enfants que l'auroch bleu des marées défonce le front des brandes Allez dire à la ville que c'est ici que je perdure roulé aux temps anciens des misaines et des haubans Allez dire à la ville que je ne reviendrai pas Poètes et forbans ont même masure les chaumes sont pleins de trésors et de rats on ne reçoit ici que ceux qui sont en règle avec leur âme sans l'être avec la loi les amis des grands vents et les oiseaux perdus Allez dire la ville que je ne reviendrai pas Terre dure de dunes et de pluies pierres levées sur l'épiphanie des maïs chemins tordus comme des croix Cornouaille tous les chemins vont à la mer entre les songes des tamaris les paradis gisent au large Aven Eden ria des passereaux on met le cap sur la lampe des auberges les soirs sont bleus sur les ardoises de Kerdruc O pays du sel et du lait Allez dire à la ville Que c'en est fini je ne reviendrai pas Le Verbe s'est fait voile et varech bruyère et chapelle rivage des Gaëls en toi, je demeure. Allez dire à la ville Je ne reviendrai pas. XAVIER GRALL
|
|||
|
Page 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17 |
|||




