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Date du message :
décembre 20, 2009 00:41
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Tous les soirs en rentrant, je trouve un trou devant ma porte. Je pense à ceux qui traînent leurs secrets dans des cartables aux bretelles fleuries. Ils les déposent quelquefois sur le pavé, pour suivre la chaloupe d'une hanche, la rive d'un regard ou peut-être un chardonneret (qui sait ce qu'il regarde quand il voit ?) Puis ils repartent les mains vides et les secrets continuent de creuser. Le soir alors, avant de regagner l'orage du repas, je fais discrètement un petit bond devant l'entrée sans savoir ce qui tombe de mes poches ni pourquoi j'entends rire au fond du trou.
autre chose qu'un bouclier - Lucien Noullez/éd. Tétras Lyre 1998 - ill. Christian Otte
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Je vais m'occuper du possible aujourd'hui. Un train passe. Une géographie survit dans le tabac. Ma poche est un tambour. Je vais m'occuper des angles et du moteur, secouer la journée comme un drap et pousser des clameurs entre les ailes du moulin. Il se peut que la mort me prenne à la tâche. J'y pense souvent, je me demande si la mort y pense ou si penser lui creuse un trou. Aujourd'hui, je vais m'occuper de tout cela : de la mort, du chemin de fer, du lit, de l'eau, de la fumée, du vent et de l'amour. la journée sera rude, en somme.
Lucien NOULLEZ
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Date du message :
décembre 21, 2009 23:29
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En ouvrant les volets
Tu attends derrière les volets fermés au bois déjà chaud. Dehors, tu devines le soleil matinal, les sapins en cercle autour de la maison comme dans les contes, l’herbe haute et drue ; au-dessus, la montagne reflète le visage brut de l’avenir jusque dans la chambre impatiente qui craque. Tu ouvres : ils font tous un pas en arrière, Epiant on ne sait quel signe pour savoir S’ils vont s’approcher, ou rester sans bruit comme des écureuils à l’envers des troncs, dans le pays étranger de l’enfance.
Jean-Pierre Lemaire, L’intérieur du monde, Cheyne / Manier-Mellinette / Editeur,
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Je recueille ton silence comme les bulles du brochet qui passe entre les racines des saules, comme le mutisme de la forêt qui se reforme après la promenade devant la tanière des sangliers. C'est ton pays, où Sisley mourut pauvre en ayant ajouté de la lumière aux feuilles, du ciel aux rivières. Tu as rejoint l'énigme de tes pères et, la sentant monter en moi, je cherche des mots qui éclairent le temps, des mots que nos enfants puissent interroger quand il m'aura fermé la bouche à mon tour."
Jean-Pierre Lemaire, L'intérieur du monde, poème tiré de Simple mortel, à mon père, Cheyne
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Date du message :
décembre 23, 2009 23:41
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KYRIE ELEISON
Tout le monde est à l'appel Quand c'est le soir de Noël C'est plein de jolies musiques Dans vos cornets acoustiques On entend comme il se doit La musette et le hautbois Ce n'est pas la Marseillaise Qu'on joue pour vos portugaises C'est la Valse des Bouchons Sur les huîtres d'Arcachon
Mais moi je n'entends personne Kyrie eleison !
Le décor est si joli Qu'on a les yeux ébouis On voit sortir des flammèches Du p'tit Jésus dans la crèche Et tout en haut du sapin La grande étoile en mass'pain Le Père'Noël de sa hotte Fait tomber des papillotes Et pleuvoir des macarons Au-dessus d'la dinde aux marrons
Mais moi je n'entends personne Kyrie eleison !
C'est vrai que devant tout ça Je n'ai pas les yeux d'Elsa A l'opposé de Mireille Je n'ai pas beaucoup d'oreille D'ailleurs je ne suis qu'un mot Un mot de vilain marmot Je n'ai pas plus de cinq lettres Et grâce à vos pifomètres Vous devinez qui je suis Sans qu'on vous fasse un croquis
Je suis le mot de Cambronne Kyrie eleison !
Guy Thomas.(Goualantes sataniques)
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Date du message :
décembre 27, 2009 00:40
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LA MORT OUVRE LE COEUR
La rose à l'ombre des cyprès danse.Inondée de ténèbres, elle,au langage détourné ne parvient plus à l'attention, dans la distance accroît le bruit du coeur désordonné.
Le soir descend dans chaque rose et l'eau s'éclaire dans leur mort. Dans les cyprès le coeur murmure.
Pierre Torreilles
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LE JUSTE ELOIGNEMENT
En ce lieu s'établit la parole désencombrée, les oiseaux vivent dans leurs cris, les arbres dans leur vibration, l'herbe dans le souci de l'eau.
En ce jardin l'éloignement est permanence du murmure ou chaque tige se prononce exactement.
Demeure attentif au silence et dans l'attente exerce ta vision; c'est lentement que la distance devient signe, et le calme, porteur de la proximité.
L'herbe libère le silence, les graminées à l'horizon de lumières et d'oiseaux.
Pierre Torreilles
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Date du message :
décembre 29, 2009 00:21
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« Je cherche un accord imprévu dans le bruit du monde, une coïncidence à défaut d’une rime. » Gérard Macé
« Si je me vois, c'est couché dans le mystère des chambres avec des ombres autour de la lampe, les fausses cartes du rêve qu'on passe en fraude et la messagerie des images qui va grand train : des forêts qui s'ouvrent au coeur des livres, des paysages où les sosies gardent l'espace, puis des miroirs brisés où s'éternise le mauvais sort pour annoncer le malheur d'un monde unique. »
Gérard Macé
Au moment de mourir je laisserai la main dans le livre des vieux mots la main refermée sur les moineaux mobiles accouplés depuis toujours dans la volière de mon crâne au ciel souterrain les moineaux retournés à la chair qui roucouleront le sens dont le baiser me lèche mais les moineaux je les entends comme alouette ou miroir aux mouettes alors revient le peur de mille mensonges en si peu de mots seraient-ils les seuls moteurs de l’horloge. . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Gérard Macé, Le jardin des langues, préface d’André Pieyre de Mandiargues, Gallimard, 1974.
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janvier 1, 2010 05:21
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Trace plurielle
L'immensité offerte a charge de moissons l'écriture est soc ou charrue, elle arase le sol et se découvre un cours, adresse un paysage Elle sème à l'envie chaque trace est inscrite et germe, et tout hasard se comble, une étoile prend forme et choisit sa réponse L'amour étale un jaune au couchant de la joie.
Être guetteur d'un autre versant d'une ligne en partage et d'une aube la découpe n'est pas limite, elle est surgissement, elle est forte clameur d'un monde à contre-jour Tu es belle arrivée tout un matin reçu
Tu es plage tu es l'orge profond ta peau s'étend au ciel c'est la plaine à saisir la forme se domine et porte, elle est porte qui s'ouvre et livre sa clarté, respire un plein espace Tu sillonnes du doigt la poitrine du monde les carreaux sont riants, la bouche est en appel, la couleur vibre à la fenêtre, ouverte à ses amours Soleil rouge grandit il déborde le seuil il a troué les murs il voyage
D'un noir tendre et ce n'est que ce noir ce plan secret de l'ombre où l'on rêve le ton et son point de rosée, un bercement d'azur au plus près de tes joues, tout l'horizon bascule La courbe se fait corps sur l'aplat de ses nuits
Le martinet percute au ciel un son d'urgence la ligne et sa brusque tension assaillent les regards, si le calme renaît, il fleurit sous l'accord Le bleu partout diffuse l'eau vient couvrir un sable fin, le temps pose un miroir, le merveilleux amour réinvente la lune Il relance à demain les signes d'arrivée
Philippe Jones, Trace plurielle /extrait de Paroles données, 1981
A ceux qui sont là, à ceux qui nous lisent...Poursuivons et aimons la Poésie, toujours...Ce que je nous souhaite ,pour la nouvelle année.
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Date du message :
janvier 3, 2010 23:32
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LA MORT EST NATURELLE Je t'aurai tant aimée que l'oubli ne pourra donner une autre forme au vide que j'habille.
Je m'en irai, manteau de ta légère absence, écharpe au cou du vent qui portait ton visage.
Je passerai, serrant les biens que tu me fus, geôle de ton passé, bouche de ton silence.
Edition du Filin,La Mort est naturelle.1948
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Christine
J'écris en toutes langues; je sais dire l'amour en rose, en alouette; causer flambeau;
je peux traduire l'homme dans un vocabulaire de couteaux; faire en nuit le mot à mot du jour;
parlementer en arbre; demander en caillou ma route, l'heure en ombre: mais toi, que parles-tu ?
*
Tu sens bon. Tu es simple. Tu n'est que toi. Ni chaud ni froid ne décomposent le don que tu me fais.
La menthe qu'on écrase reconnaît sa folie; l'oeillet flétri confesse qu'il habille la mort.
Vainement je te froisse. Tu ne peux dépasser le goût de mes paroles: tu es ce que je dis.
AXEL TOURSKY
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Date du message :
janvier 7, 2010 00:25
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POUR SALUER LES MORTS
Ma mère s'avançait me roulant dans son ventre remuant ses verdures la planète virait
je montais vers le jour par l'étroit corridor et soudain quels beaux antres devant moi s'entouvrirent!
sous la haute futaie ma mère disparut mais sa voix m'appelait dans le cri du coucou
ou es-tu?les torrents écumaient aux clairières j'étais là j'apprenais à leur bruit quelle danse?
depuis ce temps je sais que ce qui meurt commence donc je souris aux morts en toute confiance
ils sont si doux la terre pleine de mères mortes soulève chaque années toutes ses graines vertes
Pericle Patocchi.Horizon vertical
***
SOLITUDE
On avait ouvert la porte dans sa chambre d'hôpital maintenant elle était seule
elle ouït une rengaine qui venait du corridor et voici les paysannes
le syndic et l'abbé ondoyaient sur le seuil entouré de regards
car c'était la Noêl la pitié des chacals les cornets de nougats
le vinaigre et le fiel
Pericle Patocchi
***
ETANGS
Surgissant des roseaux le pêcheur murmura la mort seule est juste les aulnes remuaient dans la mare soudain la brise du sud ploya les hautes herbes demain il pleuvra
deux cygnes en amour s'élevèrent en vombrissant
Pericle Patocchi
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Date du message :
janvier 8, 2010 10:26
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Il n’y a pas d’oiseau Dans la main sourde Des forts Que plombe le mal Nécessaire
Et qu’y pouvons-nous Si c’est la loi d’airain Qui gagne encore Avec ses chiffres pour flambeau
La force passe sur les villes Comme le maître de la nuit Sa poudre d’or entre les doigts Et pour sa gloire Elle fait le compte de ses morts
***
La force n’aime pas Qu’on trouble ses rivières Elle sait la rigueur des temps Le goût amer que laisse aux pauvres La défaite Elle voit bien que par ici On ne joue pas Elle compatit et rend hommage À ceux qui vont à petits pas Jusqu’à la tombe
Elle a pour elle ses raisons Elle sait faire propre Quand il faut
Jean-Marie Barnaud
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Date du message :
janvier 10, 2010 23:28
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évocation
il règne l'astre des astres chauffe l'azur au blanc l'argile à l'ocre pâle l'esprit est sur le monde et c'est ce souffle sec qui s'étend sur l'épaule à l'infini austère et le milan qui tourne ici comme partout l'homme bâtit des murs aveugles ses tanières resserre ses ruelles baigne ses yeux cautérisés: ainsi tu l'auras vue la face de rigueur et d'absence son oeil unique et nu ne te plains pas l'huile et le vin dans l'ombre amène de l'antre-temps au secret lentement suaves s'accumulent les fleuves frais descendent jusqu'à toi le chien s'endort à l'ombre des rosiers
DENIS RIGAL. Aval
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Hêtre
est dangereux à abattre se morcelle sous la hache en éclats vindicatifs et ne se fend pas ses faînes sont une tromperie des contrefaçons de châtaignes des pyramides brunes à faces concaves et rien dedans ou presque rien il faudrait la fébrile dextérité de l'écureuil pour y trouver pitance ou bien du sanglier la boulimie sommaire mais sa perruque énorme où les oiseaux s'engouffrent les ramiers bleu-gris sur le gris-bleu des branches et ce bois pâle moucheté sans noeuds ni veines sans rien d'âpre ni de rêche cette mère matière dense et lisse et qu'on caresse cette orbe de paix terrestre cette leçon de pénombre ce bonheur
Denis Rigal .Aval /Gallimard
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Date du message :
janvier 12, 2010 23:39
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Tu auras beaucoup appris des feuilles de la tendresse avec laquelle elles houssent de vert les arbres en avril de leur façon à peine nées de s'offrir à la pluie et au soleil de cacher l'oiseau avec le fruit Tu auras beaucoup appris des feuilles des frissons qu'elles mêlent aux rires dans le torrent des vents dans l'averse des lumières de leur mille façons de mourir entre résistance et abandon de leur mort même et de la musique qui suit
Albert Strickler
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Pour Claude Vigée
J’ai rêvé de vous cette nuit Vous longiez la Seine Et un peu de la neige de vos cheveux remontait en flocons Vers le ciel car vous marchiez vite comme affranchi De la peine qui vous lestait depuis la mort d’Evy En fait vous sautilliez presque mû par une allégresse Aussi soudaine que l’angoisse lorsqu’elle fond Sur nous pour nous emporter dans ses serres d’aigle Mozart me suis-je dit Mozart est toujours en vous De la même façon qu’il piaffait dans votre sang Avant même les longues heures d’écoute quand le fouet De la joie flagellait d’effervescence tout votre être Mozart toujours en vous mais avec le rappel lancinant Que s’il est beau de valser avec une morte Seul importe de poursuivre la danse au-dessus de l’abîme Et de dégager jusqu’à la fin l’étoile qui palpite dans la boue
Poussé par ce Lebenstrieb dont l’allegretto déchire les violons
Albert Strickler
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Date du message :
janvier 15, 2010 00:30
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Ô pays de silence
Voici le train du soir C'est la fin de l'été Je suis debout Je veille comme un grand tronc malade J'ai les yeux pleins d'abeilles Mais je vois la montagne et la ville et la plaine Tout un pays à moi qui ne fut pas à moi Une vie où j'étais sur le point de gagner Où je n'ai pas gagné Et rien que de le voir ce pays de douceur ses lacs ses promontoires ses villages le soir pareils à des colliers Avec son autostrade et ses bruits réguliers Moi qui voulais tout dire dans cette fin d'été Je n’ai pas pu parler
Georges Haldas (1917, Genève), "Sans feu ni lieu"
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Faubourg de l'hôpital (A la mémoire de Francis Giauque)
Tranquille une douleur est là parmi les branches Mais toi tu n'es plus là Je n'entends plus ton pas le long de l'allée claire Je n'entends plus ta voix C'est un parc immobile et bourgeois Le beau temps ajoute au désarroi Hier encore on parlait de ce mal d'exister qui te clouait le foie Au fond de la souffrance tu avais un œil fixe et rempli d'épouvante Tu avais vu des rats passer par la serrure pénétrer dans la chambre Et ta vie était comme une montée de rats dans l'angoisse où tout seul plus seul toujours plus bas dans un puits de silence tu fumais regardant la pendule parfois Répétant à voix basse pour la centième fois : Demain je me descends On n'y croyait pas trop Tu as tenu parole Et c'est l'eau maintenant qui te tient Je la vois au bout de l'allée noire Faubourg de l'Hôpital où tu renonces même quand les amis te parlent à leur tendre les bras
Georges Haldas (1917), "Sans feu ni lieu"
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Date du message :
janvier 17, 2010 00:21
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Fin du monde
Je suis le cri et la blessure, je suis la femme à ton flanc qu'on outrage et qu'on viole. L'Apocalypse t'enchaîne à son char, l'horreur te lie les mains, amour, amour qui t'a crevé les yeux ? Mon cœur de paix violente, je te l'avais donné, plus nu que mon corps, J'ai des caresses ruisselantes, la mort et les larmes sont mes parures, Mon âme, sous un feu si noir, sèche comme le sel, et ta soif s'y pose, bel oiseau fou. Amour, amour ; ni pain, ni jour, la terre flambe, l'éclair s'étend entre nous, malédiction ! Le feu lâché, bête infinie, l'âge de la terre se rompt par Ie milieu, Tout l'horizon, bel anneau bleu, d'un seul coup, se raye à jamais, ceinture de roc tordue. Passé, avenir abolis, règne Ie présent, vaste empire des furies ; l'agonie du monde se fonde. démence au poing. Au centre de la femme germent l'ange-poisson, la licorne aveugle et mille fougères bistre, pour fleurir de vastes plaines sans air, ni eau, absence aux crosses brûlées, Toute enfance annulée, notre fils, comme du sable, file entre nos doigts, Souviens-toi. Encore un peu, souviens-toi ; nos mains jointes ensemble. Souviens-toi ! L'injustice roule un flot de boue. Tendre mémoire craque à nos tempes. Tes yeux, tes yeux sur moi, le ciel se déchire de haut en bas, l'effroi dessine un tableau vide, La fièvre court en ce désert, tremble la terre, vieille échine broyée. Tes mains, tes mains sur mon cœur, encore un peu de temps, un peu de temps, folle prière, Le sang dans tes veines fait des bonds terribles, se change en monstre, toute fureur moquée, entends ce rire énorme secouer mille forêts abattues, Ta bouche sur la mienne, viennent la poussière et la cendre amour, amour perdu. Haine et guerre, souviens-toi, souviens-toi, amour blessé, quelle longue jarre fraîche à ton flanc renversée, c'était l'été. Grondent les hivers noirs amassés ; ta force, ta force, ami, qui l'a désarmé, te prenant le cœur comme une fronde ? toi et moi, et moi et toi, et toi avec moi ! Vivre ! Nous sortirons de ce puits, la mort n'a pas si grand visage qu'elle barre l'entrée à jamais. Le silence pousse dans ma bouche comme une herbe. Tous les mots, un jour, me furent livrés. Ne trouve que ce cri. Maison pillée. Coeur ouvert. Dernière saison. Plus que ce cri en plein ventre. Fontaine de sang. Cri. Qui te rappelle en vain, amour, amour tué.
Note: Ce poème a été écrit à la demande de Frank Scott, en 1962, au moment de l'affaire des missiles à Cuba.
Anne Hébert, Le jour n'a d'égal que la nuit, "Poèmes anciens 1960-1981
(j'aime particulièrement ce poème...je l'ai sans doute édité ailleurs....) MERCI GRIMALKIN!
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Epsilon 
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Date du message :
janvier 19, 2010 00:24
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GUIGNOLS
Les arbres sont vêtus De leurs chemises blanches
Les arbres sont coiffés De leurs caleçons gris
Les arbres sont chaulés Ont les yeux bandés
Et leurs larmes de vie Ne peuvent plus couler
Les oiseaux de malheur Croissent dans le ciel
-Sais-tu ce qui se passe Dans cette carapace?
Les arbres sont tout pâles Rongés de teigne humide
Les arbres sont muets Dans leurs pyjamas froids
Les arbres sont mourants Dans leur sale blancheur
La terre vivra seule De sa propre noirceur
PAUL VALET. Les poings sur les I.Julliard
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SOIR DE PARIS
Le soir s'ouvrit de bonne heure Plus vaporeux que jamais Les arbres étaient en deuil Et les maisons en grand feu
Sur le visage du ciel Savonné rasé massé Coula le jus de cerise Avec des larmes de joie
Les fantômes s'en allèrent Des maisons pleines de portes Ils rampèrent jusqu'à l'ombre De la Seine tremblotante
L'apaisement devint moite Tous cigares allumés Les autos glissaient sans bruit Sur leurs patnoires molles
PAUL VALET
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Epsilon 
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Date du message :
janvier 21, 2010 23:09
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Un jour quelconque vieillirons-nous ensemble au pas de la porte têtes couvertes de branches blanches et de corbeaux oubliés nos plaies confondues sous un soleil pâle mains effilées momies d'un amour qui nous ressemble
ton bras à mon bras mon épaule contre la tienne merveille alors de s'éveiller comme on ressuscite le matin n'a pas une ride sur la peau des draps
viens sortons au grand jour la rue n'a point d'âge pas encore
tu ne dis rien près de tes lèvres le souffle se fait rare j'écoute pour la millième fois le commencement du monde
le temps se déplie s'explique en espace le lait tinte aux yeux du laitier est-ce l'hiver est-ce l'été nous ne savons plus entre nous l'instant tombe des moineaux fusent de rire les journaux crient à tue-tête nos veines si bleues se répondent
tremblerons-nous ensemble au bout du trottoir transis de nous voir enfin ombres illuminées
Jacques Brault
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