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Famille : Poèsie d'aujourd'hui
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Auteur
Sujet : Présence des poètes
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Epsilon |
Date du message : septembre 13, 2009 08:09 |
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Magnifique poèsie.... Dans un espace entre la vie et la mort, dans l'univers où l'homme évolue Il parcours des chemins lointains pour nous en ramener avec infiniment de beauté, les fruits de ses voyages.... Entendre, écouter, comprendre I Dans les épreuves vivantes ton coeur tremble et ta main semble lâcher toute prise: non, tu gardes les yeux posés sur la source - mais voilà: elle surgit de la nuit - ô nuit des peurs d'enfants ô nuit de l'implacable géométrie de la naissance et de la mort ô source, tu t'écoules dans nos regards, tu reviens dans notre attente, ô nuit de nos ombres indistinctement aimées! Dans les joies espérantes ton coeur vole et ta main semble saisir toute énigme: non, tu gardes les yeux fixés sur la nuit - mais voilà: ellle surgit de la source! Nuit et source: ô pur instant sans lieu et sans espace! L'étoile saigne l'aube nouvelle II Je touche ta blessure et je parcours ton histoire. Sous mes doigts elle se déploie, la carte de ton rêve oublié. Ton visage est une blessure aussi. Je le sais: quand je devine sous mes doigts la trace du regard qui t'accueillit dans le monde. Je respire ton secret et je retrouve mon histoire. Dans mon rêve elle se déploie, la carte de notre enfance abolie. Ta naissance est une blessure aussi. Je le sais: quand s'exhale sous mon corps le cri de ta venue dans le désert du monde. Entendre, écouter, comprendre: de pays en pays, je traverse le monde inexploré de ton regard. Les lieux, les sources, les seuils se confondent et se reflètent dans notre histoire commune. Je touche ta blessure et j'ouvre l'horizon de ton destin. Alain Suied (MERCI YAELLE POUR CE BEAU POEME!)
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Epsilon |
Date du message : septembre 15, 2009 00:47 |
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LA CHAMBRE DES ENFANTS À Janine Non, n'ouvre pas la fenêtre. Ils dormaient quand nous nous coulions entre leurs lits jumeaux. Souviens-toi, tu disais : comme ils sentent forts, mes petits renards, dans leur tanière! N'ouvre pas la fenêtre, que la chambre reste fermée, maintenant qu'ils sont loin, inaccessibles, ailleurs. Maintenant que nous sommes près du terme, solidement amarrés à la lourde pierre qui nous retient ici, comme leur odeur ferait battre nos coeurs! N'ouvre pas la fenêtre. Écoute, il pleut dans la cheminée. C'est la suie mouillée qui sent si fort. *** On croit voir le soir S'apaise l'énigme. On croit que l'on sait, Tout semble immobile. Quand tout est limpide Nous broutons l'obscur; L'étoile est trop sûre, Elle fend la nuit. Reste le mystère, Poème sans voix. Comme tout s'éboule Dans ce vide pur! *** Dans l'odeur du pré Comme un cheval docile Parfois vient à moi L'image paisible d'un mort. Je l'ai aimé Dans les jachères des usages, Des rumeurs, des enclos. Nous l'avons aimé Dans l'ornière des jours Sans savoir Combien la lumière De son visage Durerait dans nos yeux Y refluant les larmes. Gaston Puel /extraits d'Une saveur mortelle
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Epsilon |
Date du message : septembre 16, 2009 13:36 |
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1 . . Ne prolonge pas la gravure de ces traits . . j'ai ajouté une vie pour finir de ranger les chansons les ombres que tu as laissées sur l'oreiller . . que puis-je devant cette absence . . . . III . . je quitte tes mains le pré ne chante pas comme un hiver il ne comble pas les failles restant d'une vie . . je quitte ce pré triant vie et hiver . . . . VII . . Jette cette douleur . . insupportable est la vie si la virgule quitte le milieu de la phrase . . jette cette douleur comme nous jetons un caillou dans une mer . . il y a une histoire nous ne l'avons pas encore écrite . . . . X . . De moi prends ces matins les mots aussi et le lait des amandes d'entre tes doigts . . prends la fleur du soir avant que traverse celui qui sort de l'ombre du miroir . . j'avance vers ton visage je n'ai pas touché la fleur verte ni le sein fiévreux d'échos je n'ai pas dit un soleil m'est possible maintenant à la mesure de l'univers . . sans cesse j' hésite entre ce jour et les fleurs vastes qui tombent de ta robe posée sur ma main . . de moi prends ces matins avant que traverse celui qui sort de l'ombre du miroir .. Iskandar Habache .Extrait de "Quelques pointes de nuit"Éditions Le Refuge (MERCI YAELLE !
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Epsilon |
Date du message : septembre 18, 2009 00:47 |
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L'espoir Je ne dis pas : Il est trop tard, Nous avons laissé se mourir la terre, Elle ne portera plus Les fruits de la lumière Et ses graines de vie. Je dis : Le ciel demeure Ouvert au soleil, aux étoiles, Tous les arbres n’ont pas péri, Les feux brûlent aussi de joie. Je ne dis pas : Il fait si noir Que les hommes ne peuvent plus voir Le visage de ceux qu’ils aiment, Ils ont oublié le silence Mais ne savent plus se parler. Je dis : Chaque aube tient promesse, Elle te rend ce que la nuit Avait effacé pour toujours, Les fleurs, l’espoir, le goût du vent Sur les plages bleues du matin. Je ne dis pas : Les sources sont taries. Je dis que rien jamais n’est perdu, C’est à toi de creuser plus profond Pour que l’eau pure à nouveau jaillisse. Pierre Gabriel *** La fête du bonhomme de neige. Tête de neige, pieds de glace, Ah ! s'il pouvait faire un seul pas ! Lui qui rêve D'Amérique, Du Japon, des Pyramides, Le voici cloué sur place Sous la bise et les frimas. Mais le matin de Noël L'ami Soleil a décidé De le fêter à sa façon. Il s'est mis à brûler si fort Sur le dos de son compagnon Qu'il a fondu comme un glaçon Et s'est envolé en fumée. Regardez, là ! c'est ce nuage ! Ah ! mon Dieu, les beaux voyages Qu'il va faire loin de nous ! De lui, il ne reste plus Sur le sol tout détrempé Que son vieux chapeau gibus, Sa pipe et son cache-nez. Pierre Gabriel
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Epsilon |
Date du message : septembre 19, 2009 12:50 |
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LA NUIT VERTICALE "Que je sois - la balle d'or lancée dans le Soleil levant. Que je sois - le pendule qui revient au point mort chercher la verticale nocturne du verbe. Que je sois - l'un et l'autre plateau de la balance, Ie fléau. La période comprise entre les deux extrêmes de la saccade universelle qui est le battement de coeur suivant celui dont on peut douter au possible et tout attendre de son anxieux « rien ne va plus » Je lance au possible ce défi : Que je sois la balle au bond d'un instant de liberté. Je lance ce cri - que je sois la balle de son silence. Mon départ s'appelle toujours, tous les jours et tous les instants du grand jour. Mon retour à jamais, éternelle verticale nocturne, point mort, égal à lui-même, que l'autre franchit - toujours. Qui suis-je? Toujours le même revenant, ce qui revient à dire encore un autre." Stanislas Rodanski, Des proies aux chimères, Plasma 1983. Poèmes à dire, une anthologie de la poésie française francophone, Poésie/Gallimard 2002.
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Epsilon |
Date du message : septembre 21, 2009 15:49 |
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Apatride Défendez l’homme solitaire Et laissez le parler Il a tant de choses à dire Qu’il est bon de l’écouter Ecoutons le muet Et apprenons sa leçon Il parle dans son coeur Ouvert comme une fenêtre Il est seul en sa demeure Seul en son pays Il est seul devant la mer La mer elle même est seule Et nul n’est venu Les propos qu’il entend Viennent de loin et lui tombent Dessus comme pierres lancées *** Fable “La lune aveugle crie sous la voute du ciel” Marie Paule Lavezzi La lune aveugle cherche une vie sans eau Sans soleil Et sans bruit volant Toujours cachée Elle s’est grandie Et s’est dit tant et tant de choses Qu’elle s’est arrêtée En plein ciel gris Désespérée Sans un pas sans une pierre Et sans un mur Pour cacher sa douleur Pourquoi chercher lorsqu’on ne peut trouver Norbert Paganelli *** Le pardon « Je demande pardon aux poètes que j’ai pillés » Gaston Miron Je vous ai dérobé la musique Et vous m’avez laissé faire Je vous ai mixés Nuit de l’un or de l’autre Vous ne m’avez rien dit Je vous ai maltraités et vous m’avez tendu la main Vous de toutes les contrées et même de nulle part Du Nord le plus froid A l’Afrique brûlante Vous m’avez laissé aller Aujourd’hui je vous remercie De n’avoir pas estampillé le grain planté Dans le jardin paternel Ou le potager maternel Peut-être pensiez-vous que ce grain Vous aussi l’aviez pris quelque part Sans rien demander Grain terre grain Et à nouveau terre pour faire que le grain Nous donne demain plus de grain Et que la terre une fois encore soit Terre de tous les temps espérant les mots Du monde entier Norbert Paganelli
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Epsilon |
Date du message : septembre 23, 2009 00:06 |
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LA CHANSON DE LA CHAIR ANDRÉ MARTEL Poème en trois Chants Sont présentés Détails tiré du Chant Premier Les Visibles Fièvre tiré du Chant Deuxième Les Cachés Pouls tiré du Chant Troisième Les Mystérieux. Détails Oreilles, ourlets de soierie D'où deux pierres d'orfèvrerie Pendent. Nez si gentiment minaudé Qu'un tout petit mouchoir brodé Cache. Piquants au bouquet de Chloris, Cils noirs qui sur les lacs iris, Pointent. Sur ta joue, ô fossette pour Charmer! où tout rose l'amour Rêve. Mouche, au seuil du buste profond, Vers toi, combien de regards font Mouche! Moulés au creux des mains, fruits lourds, Blancs chéris qui, lorsque tu cours, Sautent. 25 Août 1926. *** Fièvre Quarante et un ! succès subtil De ma flamme partout cachée: Je brûle tout à coup le fil Qui tient l'âme aux chairs attachée Et je laisse le corps tout seul. 31 Août 1926. *** Pouls Pouls, tu rythmais les bonds de mon sang qui circule, Au souffle de mon sein qui s'avance et recule, Et partout dans les chairs où frémit la cellule. Est-ce amour qui, triste, retarde, dans mes veines, Ta mesure qui compte, sans cesse, mes peines, De revivre, disparues, des heures sereines? Est-ce haine? A coups sourds frappe ma tempe et brise Ton rythme, comme ces bleus marteaux que grise D'abattre un bronze consacrant une traîtrise. Ah! si ton cours, lorsque des soirs verse l'amp*****, S'alanguissait pour le sommeil où peut éclore La fleur des rêves qu'on croit réelle jusqu'à l'aurore! 10 Août 1926.
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Epsilon |
Date du message : septembre 25, 2009 02:39 |
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Le bruit des couleurs La nuit A repris Le rouge des roses Qui brûlait Dans l'or Du soir On écoute maintenant Pour encore Voir Depuis le temps qu'il neige La terre maintenant Bouche close Les arbres bleus et hauts dans les cuivres du soir Et la nuit, à quelques pas, qui attend La nuit dans les branches s'est prise Imperceptible échange dans les feuilles Les oiseaux n'y sont pour rien Le tamis d'ombre bouge à peine Et il faut se faire aux ténèbres Pour entendre ce loisir discret Une journée candide : l'oeil partout du printemps : ce pointillé du branchage, avant qu'il ne déferle. Le rouge des roses En bas de la nuit : Veille intense Gabriel Le Gal, Extrait de "Lumière ressassée" " Qu'il se lève en blanc ou rouge Au ciel des icônes En pâtre Ou athlète à la longue perche La tombe lui est auréole déjà Et les gardiens ronflent C'est un monde Et la ferveur des matins Qui commence Et comme quelque chose de précieux au coeur Qu'on n'ira pas ébruiter Car le jour sera long Et midi sans pitié. " Gabriel LE GAL, "Icone,,Ecrire,peindre...," La lumière de Juin Après pluie de trois jours Est une vaste loupe L’ombre de Juin Est sans ombre Est limpide C’est vaste air meuble Où l’on n’ose marcher Seul respirer va de soi Une femme pourtant s’y aventure Elle est de même clarté de même silence Son pas N’entame pas la lumière Le feu qui court le monde Et l’herbe et la rosée Et sous la peau Et qui chauffe la vie Et nous fait veiller Ou courir dans les mots Plus vite que la mort Ce petit feu d’ardeur Et qui aussi Pourrait nous lâcher Et nous aurions l’air de quoi Sinon de bois mort Charrié par la rivière Ou pas mêmes lambeaux d’herbe Rouillés ou restés accrochés aux ronces de la berge Ce feu quand il nous quitte que faire Sinon attendre d’être repris dans le courant Et supporter le froid et l’effroi De l’attente Aléatoire Et pas même pouvoir se réjouir De ce qui continue sans vous Gabriel Le gal.Extraits .MERCI YAELLE!
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Epsilon |
Date du message : septembre 26, 2009 11:38 |
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SUR LE PAS Rien ne distingue la route des accidents de ce ciel. Nous allons sur la paille molle et froide de ce ciel, à peine plus froide que nous, par grandes brassées, comme un feu rompu dont il faut franchir le genou, qui s'éclipse. Je tiens deux mains chaudes, deux mains de paille. Un front de paille avance près de moi dans le champ obscur, sous ce genou blanc. Entre mes membres et ma voix, le sol, avant le matin. L'horizon est proche du seuil de la pièce où je suis perdu. L'air sur lequel s'ouvrent mes yeux est encore l'air du jour. Le lent travail du métal des faux à travers les pierres. La terre houleuse fulmine. Une nouvelle clarté, plus forte, nous prend les mains. L'espace, entre nous, s'agrandit comme si le ciel, où le double visage s'embue, reculait démesurément. Je vis de ce que l'air délaisse, et dont je démêle à peine ce regard qui finit de s'épuiser dans la terre froide au goût de brûlé. La clarté n'atteint pas le jour. L'eau ne la fait pas siffler. Je regarde l'air animé comme si, avant l'horizon lisse, j'étais embarrassé de cette étendue que j'embrasse. Sur le sol à nouveau retourné, où le jour en suspens s'abreuve à notre pas, fixe, dans sa blanche indécision. Comme le vêtement de ce glacier que l'usure couvre de son givre. La paroi, au devant, qui, si possible, se fait plus proche, bien que nos pieds soient libres de la poussière qui anéantit comme du sol froid. Je sais encore, sur ce foyer piétiné et froid qui se sépare lente- ment de son feu, que derrière moi l'oreille brûlante du soleil me suit, sans même relever la tête vers le champ rose, avant que la nuit roule et nous ait anéantis. Comme une goutte d'eau en suspens, avant que la terre se dilue. Je vois la terre aride. Je reviens, sans être sorti, du fond des terres à ces confins, à l'heure où le jour brûle encore sur les bords, ou y fait courir un cordon de feu. Mais la paroi blanche, dorée, glacée par la lumière qui la rehausse et y fait courir de faibles montagnes. L'air dans lequel je me dissipe. Même lorsque le cadre terrestre est dans le feu, que l'évidence se dissipe sur ce dos excorié, comme le pas sur le cadre des routes, plus qu'il ne fuit. Devant cette paroi qui s'ouvre, front traversé par le vent qui devance le visage et s'approfondit, un arbre comme un mur sans fenêtre, à côté de la route basse et froide qu'il regagne, comme une porte déjà ouverte. Elle, l'éclat, la tête impérieuse du jour. À l'instant où le feu communiqué à l'air s'efface, où la blancheur du jour gagne, sans soleil. Le champ dont nous sépare ce jour, ce talus. Cheminant vers le mur inaltéré devant lequel j'ai tou- jours fait demi-tour, j'avance lentement dans l'air pour atteindre à l'immobilité de l'autre mur. L'air qui s'empare des lointains nous laisse vivants derrière lui. André du Bouchet
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Epsilon |
Date du message : septembre 27, 2009 23:53 |
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Une caméra à la place du coeur les filles en maillot sec cherchent le sel coquille d’œuf c’est sa couleur comme l’attrait expériences du langage solitude partenaire je reste non-mariée tous mes jouets au sol + trois valises deux ouvertes pour les dessins une “ pour de vrai ” quand partir soulage tricoter est une affaire de femme il faut descendre dans le livre le front équipé d’un casque d’éclairage les adjectifs se pincent d’autres s’éloignent c’est une leçon sans grammaire l’enfant écrivant “ rose salie ” ignore tout du pampre comme de la grotte. entre-cuisses rouge renard il aime la tanière son homobiographie la réclame théorie noire dorsale saugrenue je cherche mon format. quinze ans pour comprendre A4 ne convient pas l’amour des mouches serait-il une composition le parallèle n’échappera à personne il est convaincant comme la baie des singes colonnes de vapeur autour du mimosa tout le livre est un stage quelle est cette chose si l’homme en mange trop elle le tue tout le monde sait avec trop de rien l’homme meurt de faim quelque chose me trouble vers le soir la chose s’aggrave avec le temps on brûle les marges on enfume le désastre ne fait pas disparaître la pensée simplement il l’éloigne suivez-moi sur la route il a cessé de pleuvoir leur chat porte la patte à son oreille ensemble nous relirons Marie Shelley on dit que les mots sont frits dans les nuages caramels mous c’est un dessert pour les anges. mes poèmes sont des objets en suspension attente de placement dans une structure corridor ou chambre d’herbes pour en estomper les contours en adoucir les formes on les trempe dans du lait de plâtre Liliane Giraudon
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Epsilon |
Date du message : septembre 29, 2009 00:04 |
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NEIGE Neige dehors neige dedans neige lente sur les frissons neige noire à crever les yeux pas un humain qui vous réponde il doit leur neiger sur la voix est-ce que tout le monde est mort est-ce que je suis le dernier vivant enfoui sous quelques flocons de rien (posant le rien tout autour je veux dire) corrompu jusqu’à l’os par le deuil et le froid car il neige à n’en plus finir de plein fouet sur le chagrin comme autrefois doucement sans pardon neige légère à serrer le cœur neige lourde à tuer le temps c’est bien l’éternité comme prévu qui précipite exactement sur moi c’est tout simple il ne fallait pas naître Ludovic Janvier, La mer à boire, Gallimard, 1987, On voit les chiens On voit les chiens tirant leurs maîtres vers mourir suivant les voies imprévisibles de l'odeur ou les freinant - selon - pour obéir aux manigances incalculables du regret Nous marchons retournés comme chez Dante les pleureurs mais au lieu d'arroser nos fesses avec nos larmes c'est nos chiens nous qu'on trempe de repentirs pendant que les clébards eux compissent le chemin où notre temps se ralentit se précipite Ludovic Janvier, La Mer à boire . Gallimard, 1987 DOUCEMENT AVEC L’ANGE Pense à tes grimaces de fou entre tes murs À ta passion d’enfant puni pour le rien faire À la honte de ton nom la honte de parler À tes hurlements de rage en direction du monde À tes longs pets les soirs de contrariété Au désespoir de jamais réussir à être toi À tous ces ratés queue en main bel étonné Aux hommes évalués d’un sale œil tout rancune À ton envie parfois de mordre en pleine chair À tes sursauts de peur au moindre bruit dans le silence À tes adieux de lâche aux femmes abandonnées À tes injures en secret vers les contradicteurs Aux bestioles massacrées à tes coups de pied au chien À tes stations devant la glace en murmurant pauvre con Alors doucement avec l’ange hein doucement LUDOVIC JANVIER
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Epsilon |
Date du message : septembre 30, 2009 23:56 |
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Le temps des arbres Il est en toi, le temps des arbres, Depuis que nous avons fait l’amour. Endormie sur le lit, Couverte de tes seules paupières. Ne prête pas attention à la peur, Ne dis pas toujours, ne dis pas jamais, Laisse le monde Aller de l’avant. Il est en toi, le temps des arbres, Depuis que nous avons fait l’amour. Enveloppée de plaisir Pareille à l’œil noyé de larmes. Ne prête pas attention à la peur, Ne dis pas toujours, ne dis pas jamais, Laisse le monde Aller de l’avant. Il est en toi, le temps des arbres, Depuis que nous avons fait l’amour. Kirmen Uribe, "Le temps des arbres" .Entre-temps, donne-moi la main", Éditions le Castor Astral, 2006.
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Epsilon |
Date du message : octobre 2, 2009 05:29 |
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L’amante… Voici ma fenêtre. Je viens de m’éveiller si doucement. Il me semblait flotter. Où donc atteint la vie, où commence la nuit ? Il me semble que tout autour de moi soit Moi; clair comme l’épaisseur d’un cristal, muet et noir. Je pourrais prendre encore les étoiles en moi; mon coeur paraît si vaste; il laisse sans regret celui-là que j’allais peut-être aimer, garder… Etranger, page vierge mon destin me regarde. Pourquoi suis-je placée dans cette immensité, embaumant comme un pré, bercée de tous côtés, appelant et craignant qu’on entende l’appel, destinée à sombrer dans un Autre. Rainer Maria Rilke. *** Dame à son miroir… Comme on fait fondre en la boisson du soir des épices, elle dissout ses gestes las dans la fluide transparence du miroir; et elle y met tout son sourire, puis elle attend que le liquide monte; versant alors sa chevelure dans le miroir, et faisant ressortir de la robe du soir son épaule adorable, elle boit, calme, son image. elle boit ce qu’un amant boirait dans le vertige, goùtant, pleine de défiance; et ne fait signe à la soubrette que lorsqu’au fond de son miroir elle découvre des lumières, des armoires et le trouble de l’heure tardive. Rainer Maria Rilke .Traduction Philippe jaccottet.
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Epsilon |
Date du message : octobre 3, 2009 22:09 |
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La rose des années Non moins que les momies des pharaons, que les masques d'or de Mycènes, m'émeut ce bouton de rose désséché, ultime bouton, qui ne s'est pas épanoui, où la couleur est comme exténuée, lerose aux joues de décembre, l'adieu de tous les soleils éteints, du Nil à Mycènes, aux collines de Bourgogne qui portaientt ce petit nuage rose, aujourd'hui sec, friable, dépouille d'une princesse d'un autre règne *** Perplexité Au sixième chiffre, il s'arrête : "C'est beau quand même, l'amour !" s'exclame-t-il, sur le point de faire ce numéro qu'il ne compose plus depuis si longtemps et qui fut chaque soir appelé : le numéro de son amour - et il se dit encore : "ma mémoire est-elle plus fidèle que moi ou est-ce mon coeur à travers ma mémoire ?" Paul de Roux.Allers et retours/ Gallimard **** Stèle Bien avant moi, bien après moi ils voient ce pont métallique, les arbres sous la pluie, ils sont moi, ils sont toi, en proie aux affres du temps, à l'anxiété de la mort rencontrée dans une autre vie Paul de Roux.Allers et retours/ Gallimard
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Epsilon |
Date du message : octobre 4, 2009 23:50 |
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Non pas en exil. Non pas étranger. Solidaire des hommes et des bêtes Solidaire des eaux, de la boue, de la roche et des champs des forêts et forêts de constellations. Graine de la grande tribu des sables et cailloux de toute cellule vivante, pétales de floraison dans le vent, solidaire de la joie et de la douleur. D’une patrie de pensée infinie de toute connaissance limitée clairières de notre pensée finie. Solidaire d’une commune ignorance de tous nos forages, explorations, recherches de notre désir infini de comprendre — de toute lumière et de promesse de lumière qu’elle témoigne d’elle-même ou de la nuit, de celle à certaines heures que respirent au désert de Judée les pierres — Solidaire d’une patrie de mouvement infini des limites de nos ici et maintenant innombrables Non, je ne suis pas en exil, chez moi dans le jaillissement dans la chute et dans l’usure dans le diamant et la pacotille chez moi dans la jubilation des eaux et des airs et comment parler du mouvement sans bornes sous les averses d’averses de photons les vitesses de tant de rayonnements dans la fraîcheur fragile du verger en fleur rencontré ce matin de février sans nombre dans l’éventail d’années et d’années de lumière — je suis le marcheur qui respire l’ouvert de tous ses poumons et dont le corps-cerveau compose des images, musiques et langues, je suis celui qui chante dans le chant hors métrique et hors vocabulaire les matins de toute vie et les soirs et les nuits de solitude peuplées de pensées qui s’envolent de leurs fenêtres de tout ce qui se déplie, telles les eaux que parcourt un battement d’aile dans la nuit de l’eau solidaire de celui qui dort, comme de celui qui écoute le poème au-dedans, au-dehors — Lorand Gaspar
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