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Famille : Poèsie d'aujourd'hui
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Auteur
Sujet : Présence des poètes
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Epsilon |
Date du message : mars 30, 2009 14:50 |
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La vie furtive Ce sera sûrement comme maintenant. Je serai éveillé, je ferai les cent pas dans le couloir. Comme un mineur qui sort d’un puits, montera vers moi dans le silence total de la maison, brusque, le ronflement de l’ascenseur. Je m’arrêterai pour écouter le claquement des portes métalliques, et les pas sur le palier, et je devinerai l’instant où se mettra à trembler l’angoisse de la sonnette, Je saurai qui ils sont. Je leur ouvrirai aussitôt. Ayant tout perdu, qu’ils entrent, ceux à qui je devrai tout dire. Gabriel Ferrater .Traduit par M. Bensoussan ****** Chambre de l’automne La persienne pas tout à fait close, comme un effroi qui retient sa chute, ne nous sépare pas de l’air. Vois trente-sept horizons droits et minces s’ouvrir, mais le cœur les oublie. Sans regret la lumière se meurt, qui était couleur de miel, qui est alors couleur d’odeur de pomme. Qu’il est lent, qu’il est lent le monde, qu’elle est lente la peine pour les heures qui s’en vont à la hâte. Dis, t’en souviendras-tu, de cette chambre? « Je l’aime beaucoup. Ces voix d’ouvriers — que sont-ils? » Des maçons : il manque ici une maison. «Ils chantent et aujourd’hui je ne les entends pas. Ils crient, ils rient, et aujourd’hui qu’ils se taisent ils me manquent.» Qu’elles sont lentes les feuilles rouges des voix, et incertaines quand elles viennent nous couvrir. Endormies les feuilles de mes baisers voguent à travers les plages de ton corps, et tandis que tu oublies les hautes feuilles de l’été, les journées ouvertes, sans baisers, au plus profond le corps se souvient : ta peau est encore moitié soleil et moitié lune. Gabriel Ferrater .Traduit par M. Bensoussan
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Epsilon |
Date du message : avril 1, 2009 01:46 |
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Réalisme d'un dieu sur le toit brûlant Fleuve de serpentins mer d'émeraudes et d'impudences le goéland te parle avec son rire mélodieux vagues incertaines du plaisir tu es le dieu qui s'abreuve le rutilant coursier des airs bel oiseau libertin pour les vacances les plus chaudes tu rôdes joyeux imperturbable parmi les commérages l'indépendance est ta seule danse fontaines claires rivières neuves pour ton destin étincelant il te suffit d'un seul élan d'une seule chiquenaude pour faire tomber tous les satins harmonieux séjours de rêve je rêve de toi dieu étrange en ta nonchalance parmi les semences du vent tout en toi est glorieux tes chalands de mystères mille preuves en maraude toi tu es l'orgueilleux le dernier chemin toujours hautain au festin des évidences toujours radieux brûlant tu es le soleil qui minaude et les ombres tristes se meuvent à chaque instant Marcel PELTIER (14 août 2001) ********** Le poème ne dit pas le rêve qu'il énonce. Pour que les essences de plantes reflètent l'immensité du territoire et que l'été la fraîcheur irrigue les gués de tous ses mouvements de cour, et de son itinérance ponctuée d'inventions; la page ouverte est pour jour et pour en équilibre et pas d'image si le nerf se dévoile d'une lointaine étendue et des reflets gavent doucement l'antichambre d'autres éclats et à s'endormir un peu assis un peu ailleurs dans les échos de chamailleries d'hirondelles saintetés toutes imbriquées et passantes et les prés déjà s'échangent du vide et leur sens de la clarté fragmentée dès l'humble changement de lustre; les ordres de l'amitié portent les chemins; le relief climatique fait fol b***** de profil la violence de la voie s'érode en cassures et une citadelle évite la cicatrice répétant l’estrade minérale, aussi la répétition textile s’abroge et cède l’instant au toucher fondu où pas un seul trou ne retient le centre Matthieu Messagier, Sorbets & Sentiments, Le Castor Astral, 2009,
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Epsilon |
Date du message : avril 2, 2009 03:30 |
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Un contingent de solitude Personne ne viendra, personne n’osera Offrir la mansuétude, et je sais ton aversion Pour nos symboles: ton souffle devant l’horloge Ne signifie rien sinon le désarroi qui prolonge Un faubourg aux ruelles ceintes de charmes. Je connais ta plainte si l’espace Absorbe peu à peu cette issue Dont tu n’as pas mesuré le jeu d’équivalences. Un oiseau couvert de neige porte conseil lorsque l’hiver Change en couloirs, en dédales les vestiges de ta Foi. Mais tu ne viendras pas; j’ai deviné quel océan te ligote Dans ce siècle interminable où le piquant de tes doigts Creuse un soleil frivole. Et tel fut le préambule À ces nuits de solitude entre mes ruines. Bernard Hreglich ****** Les migrants perdent mémoire Aventurier, le grand silence se déchire sous ta loi. Puis viennent les meubles chargés de vaisselle, les éternelles Courtisanes au verbe d’arríère-saison, la pénultième abolition De ces masques composites aussi laids qu’il est possible; Mais en silence les cavernes dévoilent la disgrâce de ces femmes Aux fronts brûlants, aux visages creusés d’épaves, Couverts de sang multicolore (elles se meuvent lentement Comme des oiseaux de plâtre). Un récit aléatoire Conviendra aux migrants qui ont perdu le souvenir De leurs coutumes, de leurs jeux et regardent tomber la pluie Sur le pavé monotone sans penser au pays natal Riche de bougainvillées, de lucioles musicales (Certains vivaient en plein soleil avant de briser le fer Et de troquer leurs dalmatiques pour des effets d’apprentissage). Il n’existe pas de piège plus chaste que l’océan Sous ces ruines symboliques où vivent des créatures Picusement couvertes d’or mais soumises au deuil grégaire Avant l’élucidation de telle ou telle charade, facon courtoise De sertir de ligatures ces novices désemparées. Bernard Hreglich
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Epsilon |
Date du message : avril 3, 2009 11:52 |
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Geste parlé Je t’aime. On n’entend rien Parfois le mot aimer convient, On le sait sans pouvoir se l’expliquer. Il semble que cela emporte où c’est comme plus rien Comme plus rien mais pourtant Le plus solide contentement. Ni désastre ni parousie, on ne saurait pas dire Ni rien ni tout ni l’insignifiance, On n’a que deux mots donnés tout entiers : je t’aime ; Ou des formules qui sont Des forces de ruine et d’enchantement Qu’on s’imagine être des poèmes. Dire « je t’aime » tout bêtement s’allonge. Mais ça qui encombre fait aussi du bien. Je t’aime dit tout le présent que voilà : Juste un vers pour commencer un poème Qui va d’un instant l’autre. S’il vraiment passe (On voit mal comment) Par le chas du temps ? Le présent décousu, rien : je t’aime. James Sacré, Un paradis de poussières, André Dimanche Éditeur, 2007 ***** Autrement dit, l'amour Il y a, il y a des jours de raisins doux, de pommes d'or, de quoi faire taire notre très vieille soif. Et l'eau qui court, torrents, rivières, court sous la peau, enrobe nos cœurs, calme nos doigts. Rien ne manque, rien n'est mieux, et quand la nuit vient, elle affiche pour nous deux un jeu complet d'étoiles. Il y a des jours de fruits amers, quand les pépins écrasés nous blessent un peu la langue, nous font former des mots moins beaux. Il y a des jours de courte paille où trois fois l'on tire la plus courte. Les enfants sont un peu trop loin pour qu'on entende leurs rires et le chien qui murmure des rêves moroses semble ne plus nous reconnaître. Il y a des jours où tu m'aimes, des jours où tu m'aimes bien. ainsi nous avançons, nous souvenant et oubliant, marée haute, marée plate, que le bonheur est un mélange et que jamais il ne ressemble ni tout à fait à ce que nous croyons ni à lui-même, ni à lui-même. Francis Dannemark .Extrait de Poèmes et lettres d'amour .Cadex éditions 1997
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Epsilon |
Date du message : avril 4, 2009 21:30 |
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Ceux qui sont seuls portent en eux leurs semblables. Et le vent flotte sur leur peine, passée l'insulte de la pluie qui tombe en égrenant des pierres sur les chemins. Peut-être n'est-il pas suffisant de frapper d'échos neufs les choses retrouvées ? Résumé du silence ou musique du vide, elles deviennent autre part cette lenteur des années qui regardent passer notre ombre, usée par une vie d'attente et de tristesse. La solitude chante haut dans la gorge, et la mort ce grand vide figé et insensible où quelqu'un à la nuit, danse la danse ancienne, de celui qu'elle isole et dont personne ne sait que son chant tout entier tremble et s'abandonne au bruissement qu'accompagne une vaine couleur. (À Ian C.) Claude Saguet "L'espace de la nuit" *** Je dis: lumière, et je vois bouger de tremblantes verdures. Je dis: lac, et les vagues dansent à l'unisson. Je dis: feuille, et je sens tes lèvres sur ma bouche. Je dis: flamme, et tu viens, ardente comme un buisson. Je dis: rose, et je vois la nuit qui s'ouvre à l'aube. Je dis: terre, un sommeil aveugle, un chant profond. Je dis: amour comme on dit tendre giroflée. Je dis: femme, et déjà c'est l'écho de ton nom. Jean-Pierre Schlunegger, Oeuvres, Editions de l'Aire, Collection Bleue, 1977
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Epsilon |
Date du message : avril 6, 2009 00:58 |
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Sauvages Tu demeures sur les ailes blondies de la mer, ma délicate, dont l'humble jouissance éparpille les étoiles Mendiant d'amour posé sur le coeur gros des tournesols le visage écarté en coeur de soleil ou de chagrin tu ouvres la bouche de la mer sur ta secrète jouissance . Tu demeures posé sur les contreforts du rêve j'ai longtemps attendu ton espace l'espace de ton corps qui emplit le silence, un plein dans un creux Tu reposes désormais sur les tombes des contreforts ma délicate éparpillée secrète dans l'éclatement bleu foncé d'une jouissance . je n'ai jamais pleuré ta mort qu'aujourd'hui le temps des larmes, allongée sur la tombe de ton enfance tu reposes à la fenêtre ouvre les bras ma tendre, ma délicate ma jouissante éparpillée sur les tombes de ton silence Béatrice Bonhomme ***** TERRE EN VUE Le plus souvent la joie court sa chance loin des beautés somptuaires se nouant impérieuse à vous soudaine dans le temps gris où le corps s'époumone pieds et poings liés et le dos convulsif Et la voilà chanteuse qui vous dresse pour presque rien rendu enfin au vrai labeur à ce rien de liberté farouche Et pour un peu on volerait porté par elle depuis ces traces menues abandonnées comme autant d'effilures : un éclat de lumière sur le vitrage plombé d'un immeuble un regard dans les reflets d'une vitrine où la foule tressaute un visage posé là comme un phare sur le quai quand la dernière rame vous arrache dans les soubresauts d'un voyage sans autre paysage que sa boucle d'amertume sans aventure pour les corps terrassés des voyageurs indifférents à leur propore rumeur une terre enfin une Italie dans ce profil dépris de soi dépris du temps comme un dormeur qui s'est confié aux dieux du seuil JEAN-MARIE BARNAUD
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Epsilon |
Date du message : avril 7, 2009 00:36 |
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NÉ DE RIEN ? La nuit se vitrifie Douce et dure à la fois Je l’essuie Car les étoiles sont embourbées C’est le moment De s’allonger sous un drap de sable Il me semble Être le rescapé d’un siècle antérieur d’une préhistoire D’où l’on extrait les alphabets des ossuaires Je suis tombé d’un arbre généalogique écorcé Et le vent y perd son instinct d’oiseau migrateur C’est le moment de soulever les pierres parentales Afin d’y trouver l’agrément d’un signe d’appartenance La nuit remonte ses rapides ses écueils Et la mémoire est son chaos On ne revient jamais De la matrice expurgée Des feuilles et des ronces Dont les nervures sont implantées dans votre gorge Mais qui est né de rien ? Qui ouvrit le néant Pour un accouchement au forceps ? La nuit nomade Passe d’un corps à l’autre goutte à goutte Perfusant les non-dits des actes de naissance. Charles Dobzynski **** La Pluie en tournée Venez, ne restez pas dehors, me dit la pluie. J’entre dans son silo. Beaucoup de blé veille sa putrescence. Beaucoup de vent vieillit dans ses barriques. La pluie fait toujours des réserves. Dès qu’elle dort, elle a des fourmis dans le dos, des démangeaisons dans les veines. Je me rouille, dit-elle, à garder la chambre. Chambre noire, il est vrai, pour tout le linge qu’elle détrempe et tant d’images qu’elle délave. Chambre où l’œil couve une autre vue. On appelle la pluie. Son répondeur nasille : la pluie est en tournée, veuillez laisser votre message. La pluie, dérangeaison dans le nerf optique du temps où dérape l’orage. Je vous invite à déjeuner, dit-elle. Et elle m’offre ses reliefs de collines, ses arêtes de prisme, ses chauds-froids de couleurs. Et vite elle ramasse sur la table les miettes de l’arc-en-ciel. Bien sûr, je reste sur ma faim. Peu importe à la pluie. Elle fait sa toilette, maquille son miroir. Son peigne passe et repasse dans sa crinière où les cheveux blancs des étoiles se prennent. Charles Dobzynski
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Epsilon |
Date du message : avril 7, 2009 22:03 |
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Amour Kerné à l’Ondine Je te prendrai dans l’émotion des landes muettement tu embrasseras ma terre Je te prendrai dans la clarté des fontaines avidement je te boirai Tu portes mes amours mauves dans la source des prunelles écoute les ajoncs et les plantes vont chanter pour nous deux la nuit fertile, la plage fraternelle Nous referons cette Cornouaille mortelle secrètement dans le lit des hautes herbes je te prendrai dans la grange verte et ton corps aux semences mélangé concevra tout un pays de fougères et de genêts. Ma belle amie sur la grève allongée comme moi désire la mer laisse-toi chavirer sous le vent des navires dans la laine fragile des pluies je te prendrai encore tes bras ruisselant de désirs serreront la bruyère de mes veines Je te prendrai dans l’allée des grands chênes sous tes reins efface la peine des tombeaux il faut vaincre la mort au lever du soleil chaque matin prends la vie à belles mains dans ton regard affamé de merveilles recrée pour moi les paysages que j’aimais Ô femme, ma bourgade de gamines mon dimanche d’écolier, ma chaumine mon amour mauve, mon beau gilet brode des bleuets sur le lin des détresses et couvre-moi de la liesse des grands arbres afin que je t’aime encore, une prochaine fois XAVIER GRALL. extrait de "C'était hier et c'est demain", éd. Seghers, 2004
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Epsilon |
Date du message : avril 9, 2009 01:39 |
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Île Roches, cerclées de vos chemins qui dansent, Île, sursaut figé, soudaine solitude, o château de la mer qui voit s’évanouir Nuages et bateaux! Non pas qu’elle t’épargne Ni ne cesse jamais, l’érosion de tes jours! Les eaux sapent sans fin le socle de tes grottes Et vont rongeant le bras que tu tends vers la terre Ce sont les hurlements de tes tréfonds mobiles Qu’épouvantent surtout tes pins échevelés. Debout quand même et toi et moi! Oui, notre jeu Fut parfois de se voir comme des inconnus, Car il se peut que l’amour même écarte. Debout nous deux! Depuis le jour de ma naissance Tu veilles sur mon souffle et tu créas pour moi Des formes, des couleurs qui charmèrent mes heures Et quand chaque matin j’entrouvre les paupières Tu songes chaque fois à vivre encore un jour. Car n’étaient mes matins, qui saurait te refaire? Tu réjouis mes sens de tes métamorphoses: Le vent vêtu d’écume et de vaine poussière, Le ciel et ses troupeaux qui voyagent en rond, Protée, vieux magicien des moindres changements, Et la vie parcourue de désirs inutiles, Le plaisir éperdu qu’allument dans le sang Les seuls miroitements d’une pauvre apparence Et la vertu qui n’a de gîte ni d’ami Cherchant d’inscrire au ciel les angles de son vol. Tout est signe à nos yeux, mais le signe ne dure! Rocher vermeil, que pourrais-tu Avalé par les flots de l’éternel transit? Même réel ton poids de pierre, Inflexibilité de pentes et d’arêtes, Même devenu vrai, ô roc imaginaire Fait et parfait et n’habité qu’en rêve, Bâti du souvenir de tous les impossibles Et seulement à mon esprit commensurable! O île, trois fois île au milieu de trois cercles! Le premier sait au loin m’appeler sans répondre, L’autre, procession des ombres égarées, Et le plus proche empli de brouillards et de plaintes. De la terre déjà mes yeux sont oublieux Et glisse le reflux entre mes doigts distants, Car du tout j’ai désir qui perce la lumière, Moi qui demeure au fond de l’anse abandonnée, Centre d’un arc qui me protège - et me trahit! Qu’aujourd’hui le soleil qui devant moi descend Me trouve encor dispos à recueillir les bûches Pour un feu qui sera l’œil tendre de la nuit, De mes couchants, dernier souci. Mon île, Quand donc dormirons-nous le songe irrévocable? Ah, je voudrais te voir, ta pesanteur perdue, Voguant, tel un vaisseau, au travers des ténèbres, Sans trace de sillon dans la mer du silence, Les mâts tordus - la voile vive! Josep Carner .Traduit par Émilie Noulet
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Epsilon |
Date du message : avril 10, 2009 12:35 |
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La voie nomade I (extraits) O rompre les amarres Partir partir Je ne suis pas de ceux qui restent La maison le jardin tant aimés Ne sont jamais derrière mais devant Dans la splendide brume Inconnue * * * Pour aller jusqu'au bout du temps Quelles chaussures quelles sandales d'air Non rien O tendre jour qu'un mince fil d'été Autour de la cheville * * * Si je m'égare O que ce soit à l'heure de midi Et au milieu d'étincelantes Dunes leurs dômes de cannelle Et leur fuite dorée De gazelles * * * Endormez-vous mes terres Mes atlantides endormez-vous Je garde en moi l'appel Ébloui des rivières J'emporte la flûte Ardente de tous les chants * * * Je sais que la nuit sera longue Et que le froid me brûlera Les yeux que le scorpion me guette En silence et que des chiens avides Gardent la porte du jour * * * Peut-être qu'à la fin du jour Se lèvera d'entre les harpes La brise du désert Plus ineffable que le rossignol Et que seul peut entendre Le cœur intemporel * * * Si le temps me touche Si la mort m'arrête Alors que ce soit D'un doigt éblouissant * * * Ce n'est pas l'ombre que je cherche Ni l'humble signe De la halte sous les palmiers Tranquilles ni l'eau ni l'ange Gardien d'oasis Je cherche le chemin qui dure Toujours toujours toujours * * * L'âme bleuie de froid Quelle surprise pour la mort Qui l'ouvrira D'y trouver la fraîcheur sucrée De la figue mûre * * * Si les ombres sur le chemin Si les tristesses n'étaient rien Que mirages mirages sur le sel De nos larmes * * * Le bleu des lointains me transperce Et tout le bleu du vent Et jusqu'à l'âme Le bleu cavalier de la mort * * * Je m'arrête parfois sous un mot Précaire abri à ma voix qui tremble Et qui lutte contre le sable Mais où est ma demeure O villages de vent Ainsi de mot en mot je passe A l'éternel silence * * * A la fin de la traversée M'attend la souveraine saison Sous ma tête Le sable chaud du long sommeil Une pelisse d'étoiles Sur mon ombre humaine * * * Plus avant plus avant Vers les terres extrêmes Où il n'y a ni routes ni refuges Rien que les plis laissés par le dernier repos Du vent * * * Ce là-bas Ce chant cette aube Cet envol de ramiers Cet horizon comme un jardin Qui repose dans la lumière Et les aromates ANNE PERRIER .Extrait de: Œuvre Poétique (1952-1994) ****** Je ne sais si la nuit Je ne sais si la nuit vient plus douce que toi, Douceur plus épaisse que toi, Et blanche ainsi que toi, douceur. Les cerisiers sont transparents, La nuit lointaine. On ne meurt pas dans la lumière. Ses périodes viennent de loin, Durent toujours car il n’est pas de différence Entre l’instant et quelque éternité. Aujourd’hui nulle différence. J’ai vécu pour aboutir A ce bonheur. JEAN TORTEL
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Epsilon |
Date du message : avril 11, 2009 23:54 |
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Un jour quelconque vieillirons-nous ensemble au pas de la porte têtes couvertes de branches blanches et de corbeaux oubliés nos plaies confondues sous un soleil pâle mains effilées momies d'un amour qui nous ressemble ton bras à mon bras mon épaule contre la tienne merveille alors de s'éveiller comme on ressuscite le matin n'a pas une ride sur la peau des draps viens sortons au grand jour la rue n'a point d'âge pas encore tu ne dis rien près de tes lèvres le souffle se fait rare j'écoute pour la millième fois le commencement du monde le temps se déplie s'explique en espace le lait tinte aux yeux du laitier est-ce l'hiver est-ce l'été nous ne savons plus entre nous l'instant tombe des moineaux fusent de rire les journaux crient à tue-tête nos veines si bleues se répondent tremblerons-nous ensemble au bout du trottoir transis de nous voir enfin ombres illuminées Jacques Brault ***** Et maintenant j'ai rendez-vous avec le petit jour Comme on n'aimerait pas en rencontrer au coin d'un bois. Comme il fait froid Dans un grand cœur qui s'ensommeille Versez la vie. Deux doigts, Deux doigts de femme De la tisane des grands vents. Cinq heures, dit l'horloge. La mousse du café s'assemble au bord de la tasse. On dit que ce sont les baisers perdus. La buée sur la vitre Est une femme qui regarde. Effacez la vitre. C'est vite le geste de l'adieu. L'air est une fourrure soluble. Dans la glace est restée une épaule de jour. Les ongles des ronces en sont à leur premier quartier. Je salue, comme la fougère, Du poing fermé de la forêt. JEAN MALRIEU (Les maisons de feuillages)
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Summertime |
Date du message : avril 12, 2009 04:07 |
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De Pierre Minet (1909-1975), écrivain et poète français..... UNE CHOSE TROUBLE Une chose trouble marque le corps de sa valeur imperceptible, grandit vient habiter le tabernacle du regard, laisse se fondre les plaisirs de l'oeil, engendre dans le coeur une ligne blanche - L'affaire naturelle: l'alliage conduit, chaque mouvement fait languir et renaître: depuis l'origine la graduation des silences; le fol alignement du coeur - Sur nos deux bouches court le voyageur de l'amour. Poème tiré du recueil "Les Poètes du Grand Jeu" Ed. Poésie/Gallimard (La Revue "Le Grand Jeu" a été créée en 1928 par quelques écrivains poètes (dont Pierre Minet ) "qui savent jouer de la dérision comme du plus salutaire des vertiges" et dont le credo fut ce qu'en dit René Daumal, également l'un des fondateurs de cette revue: "Pas de libre arbitre Pas de caprice, de fantaisie Pas de jolies choses" Trois numéros seulement parurent mais extrêmement foisonnant en textes et poèmes à découvrir encore. Je commence seulement... "Le Grand Jeu est primitif, sauvage, antique, réaliste"
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Epsilon |
Date du message : avril 12, 2009 10:47 |
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Un poète à découvrir en effet, merci Summertime, on voit bien qu'ils jouaient tous dans la cour des grands, ces poètes du Grand jeu!
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Epsilon |
Date du message : avril 13, 2009 01:20 |
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SALUT L’île s’enfuit Et encore une fois la fille gravit le vent et découvre la mort de l’oiseau prophète A présent c’est le feu soumis A présent c’est la chair la feuille la pierre égarés dans la source du tourment comme le navigateur dans l’horreur de la civilisation qui purifie la tombée de la nuit A présent la fille trouve le masque de l’infini et casse le mur de la poésie. QUELQUE CHOSE nuit qui t’éloignes donne-moi la main œuvre d’un ange bouillonnant les jours se suicident pourquoi ? nuit qui t’éloignes bonne nuit CELLE DES YEUX OUVERTS la vie joue dans le jardin avec l’être que je ne fus jamais et je suis là danse pensée sur la corde de mon sourire et tous disent ça s’est passé et se passe ça va passer ça va passer mon cœur ouvre la fenêtre vie je suis là ma vie mon sang seul et transi percute contre le monde mais je veux me savoir vivante mais je ne veux pas parler de la mort ni de ses mains étranges. ORIGINE Il faut sauver le vent Les oiseaux brûlent le vent dans les cheveux de la femme solitaire qui revient de la nature et tisse des tourments Il faut sauver le vent Fermer la fenêtre PIZARNIK, Alejandra Xambo Les fouets brûlaient mes paroles et des bruits mystérieux découpaient l'ombre pâle où chaque mot s'inscrit en plainte de carène. Ces mots m'intentaient aux méandres, étranglaient de lumière mes syllabes tranquilles, forgeaient dans l'or des pailles une clé indéchiffrable. Je me levais en foule, je les passais en foule par cette langue oubliée que retracent les frondes. O vérité des signes Tous les mots sont des chiens qui se couchent à ma voix. Claude Saguet.(XAMBO éditions Multiples 1980)
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Epsilon |
Date du message : avril 14, 2009 01:47 |
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TONNERRE ET DOUCEUR Très loin de nous en nous je sais que des réserves de splendeur s’accroissent métal blanc porphyre en flammes, fleurs de feu ! Gerbes ! Fusées ! Rivières incandescentes couleur de lait ! Toute misère éclate quelque part. Mais la cendre amoureuse la poudre blanche et bleue des distances infinies endort des milliards d’assourdissants tonnerres et la chaleur redevient pâle et douce – et le souci de l’énorme soleil est la culture des jacinthes. Jean Tardieu *** Le dilemme J’ai vu des barreaux je m’y suis heurté c’était l’esprit pur. J’ai vu des poireaux je les ai mangés c’était la nature. Pas plus avancé ! Toujours des barreaux toujours des poireaux ! Ah ! si je pouvais laisser les poireaux derrière les barreaux la clé sous la porte et partir ailleurs parler d’autre chose ! Jean Tardieu ("Monsieur monsieur" Gallimard 1951) *** tombeau de Monsieur Monsieur Dans un silence épais Monsieur et Monsieur parlent c'est comme si Personne avec Rien dialoguait. L'un dit : Quand vient la mort pour chacun d'entre nous c'est comme si personne n'avait jamais été. Aussitôt disparu qui vous dit que je fus ? - Monsieur, répond Monsieur, plus loin que vous j'irai : aujourd'hui ou jamais je ne sais si j'étais. Le temps marche si vite qu'au moment où je parle (indicatif-présent) je ne suis déjà plus ce que j'étais avant. Si je parle au passé ce n'est pas même assez il faudrait je le sens l'indicatif-néant. - C'est vrai, reprend Monsieur, sur ce mode inconnu je conterai ma vie notre vie à tous deux : À nous les souvenirs ! Nous ne sommes pas nés nous n'avons pas grandi nous n'avons pas rêvé nous n'avons pas dormi nous n'avons pas mangé nous n'avons pas aimé. Nous ne sommes personne et rien n'est arrivé. Jean Tardieu ("Monsieur monsieur" Gallimard 1951)
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