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Famille : Poèsie d'aujourd'hui
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Auteur
Sujet : Présence des poètes
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Epsilon |
Date du message : mai 11, 2009 00:48 |
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CONNAIS-TOI TA SOLITUDE Ma main de gloire joue sur les fils de la vierge La nuit est une grande lyre mélodieuse Ma musique brûle l’ombrage des arbres mortels Ma musique brûle d’accord avec l’eau J’apporte ma flamme au cœur de la glace Cristal silencieux de ma solitude Libéré mon ombre mon reflet morts avec les feuillages Je suis seul Au bord d’une mer de lait où nagent des poissons fraternels Mon sang perpétuel connaît sa profondeur Pour aimer il faut être deux L’amour est une grande solitude Etoile de mer la femme est une eau méditative Prisonnier des places des plaines multiples J’ai fui en moi le monde Bel espace restauré grandeur nature Le monde lieu commun Lieu humain Chacun son centre intime égal à l’un à l’autre Du pareil au même on va on vient Tels qu’en nous-mêmes en fin de quête La vérité nous baigne tout nus dans notre nudité rayonnante Mille fois plus seul de se regarder dans les yeux Et de s’y retrouver au fond du puits Puits de science intime Je suis si vaste d’être seul Je me croirai multiple Femme ton corps est une lune rousse Ta nuit une gelée blanche Ton corps de tous les jours est un matin Mais tu es toutes les pluies de la mer Et pour cela je t’aime Stanislas Rodanski.Des proies aux chimères
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Epsilon |
Date du message : mai 12, 2009 02:42 |
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Dans le bronze ou le plomb ces formes lisses de fesses, cuisses et seins, et l'asile obscur des bras où parfois rêve un visage Qui n'est visage de personne, ou tête pensive dans la paume, la Méditerranée et la Nuit. Oublieuses, nues dans le sommeil noir des mots, cette couleur étrangère qu'ont les yeux fermés, cette couleur d'oubli Qui coule de l'été dans les plis secrets du coude et de l'aine, dans l'entrejambe et l'absence de sexe, là où rien ne parle, la source, la bouche d’énigmes. Claude Adelen « Les petites Maillol » Les petites Maillol Dans les labyrinthes frais et verts on voit les petites Maillol, fluviatiles, océanes, antiques, l'Eté, Flore et Pomone nues, ou drapées bien en chair, les fruits Désirables qu'elles portent ! Autre chose que de la couleur, la forme des saisons, autre chose que des mots. Simplement un désir De mots. Comme si son ventre, seins et bras et offrande de pomme ou d'orange étaient matière de souffle et fougue du jour d'été qui ébouriffe et irise les jets d'eau. Dans le bronze ou le plomb ces formes lisses de fesses, cuisses et seins, et l'asile obscur des bras où parfois rêve un visage Qui n'est visage de personne, ou tête pensive dans la paume, la Méditerranée et la Nuit. Oublieuses, nues dans le sommeil noir des mots, cette couleur étrangère qu'ont les yeux fermés, cette couleur d'oubli Qui coule de l'été dans les plis secrets du coude et de l'aine, dans l'entrejambe et l'absence de sexe, là où rien ne parle, la source, la bouche d'énigmes. Claude Adelen
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Epsilon |
Date du message : mai 15, 2009 01:08 |
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EN PLEINE TERRE En pleine terre les portes labourées portant air et fruits ressac blé d’orage sec le moyeu brûle je dois lutter contre mon propre bruit la force de la plaine que je brasse et qui grandit tout à coup un arbre rit comme la route que mes pas enflamment comme le couchant durement branché comme le moteur rouge du vent que j’ai mis à nu André du Bouchet, « En pleine terre », Dans la chaleur vacante, Gallimard, Collection « Poésie », 1991. **** Là-bas où les *****és mouraient (de Vuoto d’amore, La Terra Santa) Là-bas où les *****és mouraient dans l’enfer décadent et fou dans l’asile infini, où les membres engourdis s’enveloppaient dans le lin comme un suaire sémite, là-bas où les ombres du trépas léchaient tes pieds nus sortis de sous les draps, et des bandelettes brûlantes sillonnaient tes poignets ainsi que tes mains, et tu sentais les fèces, là-bas, dans l’asile il était facile de s’envoler toucher le paradis. Tu le faisais l’esprit en feu, les mains molles de sueur, le pénis dressé en l’air comme une obscénité pour Dieu, là-bas dans l’asile où les hurlements étaient affaiblis par les coussins sanguinaires là-bas tu voyais Dieu je ne sais pas, dans les idées translucides de ta grande folie. Dieu t’apparaissait et ton corps s’émiettait en des miettes blondes et odorantes que descendaient dévaster des essaims d’hirondelles soudaines. ALDA MERINI
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Epsilon |
Date du message : mai 16, 2009 00:43 |
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Autant consentir A l'effacement A la porte fermée Au bouquet serré sur l'orage Guy Viarre *** n'enlève pas la mue que tu n'aies d'abord déterré l'introuvable un mur mitoyen et les quatre angles le souffle peut continuer de se connaître lettres du langage les battre et les noircir avec des fruits pour qu'eux seuls sur le seuil aient demeuré avec le détruit la porte ouverte devant nous le distinguons écrasé et à la portée d'aucune éclaircie nous jetons la poignée lourde inconsciente silencieuse de graviers ceux là notaires de leur propre langue terre du toucher il y a l'essence et l'invention telle aussi cette neige distante et praticable par le regard qui se rentre nu tout seul et se résiste et se consiste de se combler par la lisibilité toute déchirure première pour ménager le passage vers le dehors et de là avoir pas envie de rentrer où la tête où le souffle un témoin de la férocité oculaire quand la bouche est ouverte et ne peut avancer car c'est intolérable et avance tout de même parmi les tertres plaies et les disparitions voir qu'on a eu lieu ce matin différemment d'hier et de demain distinguer nul battement proche d'aucune ressemblance tenir la hache haute encore avec le souvenir épais du cerisier de cette danse devant toi quand ledit se leva avec les précautions des morts de se combattre de se couturer l'estomac celui cassé par la langue dure possession dure comme il est impossible de tenir cela qui est rien la chose avec sa crête et que brûle la page mourant organisé et sentenciaire ne plus rien tenir pour elle que les doigts gelés et transpercés de la numération du monde quelque chose d'incompréhensible qui permet de passer et de voir de l'avant voir qu'on a eu lieu proche d'aucune ressemblance la pulmonation irritée tel rideau feu le rictus de l'être : c'est tout cela que le corps exhibe et veut qu'on le détourne de ce qu'il n'a appris nulle part, crier – ni à être l'enfant première échéance pour toujours Guy Viarre, Extrait de Le Museau Mis, Rivaginaires, n°26, 2001
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Epsilon |
Date du message : mai 17, 2009 10:44 |
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le soleil dans le capricorne Trois jours de repos Pourquoi pas la tombe J’étouffe sans ta bouche L’attente déforme l’aube prochaine Et les longues heures de l’escalier Sentent le gaz À plat ventre j’attends demain Je vois luire ta peau Dans la grande trouée de la nuit Le balancement lent d’un beau clair de lune Sur la mer intérieure de mon sexe Poussière sur poussière Marteau sur matelas Soleil sur tambour de plomb Toujours souriant ta main tonne l’indifférence Cruellement vêtu incliné vers le vide Tu dis non et le plus petit objet qu’abrite un corps de femme Courbe l’échine Niche artificielle Parfum factice de l’heure sur le canapé Pour quelles pâles girafes Ai-je délaissé Byzance La solitude pue Une pierre de lune dans un cadre ovale Encore un poignard palpitant sous la pluie Diamants et délires du souvenir de demain Sueurs de taffetas plages sans abri Démence de ma chair égarée Joyce Mansour, poème de Carré blanc, Prose & poésie, Œuvre complète, éd. Actes Sud, 1991,(Carré blanc, dédicacé à André Breton, a été premièrement publié en 1965 aux éd. du Soleil noir) **** Décembre La nuit gouverne les branchages de mon coeur Je vous parle à travers la brume et la distance, Terre immobile où rien n'est vrai Que ce murmure d'eau qui chante. Plus vieux mais non vieilli, J'ai le regard de l'enfant solitaire Qui reflète longtemps les étangs et les arbres. Il dure à l'épreuve, le coeur, Malgré la nuit si longue. Mon chant profond n'est que la pluie aux tresses pâles, Mon chant n'est qu'un murmure sans paroles, Et l'on dirait parfois la phrase interminable Du vent qui se disperse à travers la campagne. Jean-Pierre Schlunegger, Oeuvres, Editions de l'Aire, Collection Bleue, Jean-Pierre Schlunegger, poète suisse, né à Vevey en 1925 et décédé à Montreux en 1964.
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Celyes |
Date du message : mai 18, 2009 06:44 |
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Voyage au coeur du vent je me suis posé sur une fleur papillon qui referme ses ailes dans le parfum d'un ciel d'été la rivière s'enfuit pressée au loin elle serpente dans la fraîcheur sous les arbres elle se cache disparaît dans l'ombre du sous-bois j'évite ses yeux trop vifs elle qui coule sans fin et qui scrute le visage du ciel qui en connaît tous les secrets tous les recoins elle qui de son regard de nuit fixe sans ciller les fragiles étoiles les gigantesques galaxies elle se perd dans le rêve et s'insinue dans le mien celui qu'elle tisse au jour le jour et qui fait naître le soleil à l'orée de l'aube livide tout au bout du sommeil * je plonge dans l'eau fraîche aux profondeurs bleutées où gisent tant d'objets familiers des agates qui m'observent de leurs iris multicolores certaines ont des reflets d'innocence elles brillent comme des lucioles d'autres se cachent dans le noir et laissent échapper des fumerolles incandescence de volcans intérieurs prudence à leur approche instants qui viennent au coeur frapper souvenirs presque oubliés qui hantent les bas-fonds de la mémoire que d'oubliettes dont j'ai perdu la clef que d'endroits où j'évite d'entrer je marche doucement sur un sol mouvant j'assure chacun de mes pas l'angoisse me taraude de son bec crochu elle me torture les entrailles me faut-il réveiller cet enfant qui dort à poings fermés qui serre dans ses mains vulnérables des bribes d'un passé enterré * le paysage s'étale fantomatique devant moi le jour brille en lambeaux il déchire de ses doigts les nuages là sous la lumière s'épanouissent des fleurs enchantées d'un éternel été ailleurs les lueurs vespérales cachent des arbres défeuillés depuis longtemps sans vie nul souvenir ne s'y accroche plus ils ont rendu l'âme ils ne parlent plus ils se sont à jamais tus je me souviens de mots murmurés à l'oreille au goût de miel ils avaient la chaleur du sein la douceur des caresses l'âme s'y abreuvait y trempait ses lèvres fluides jusqu'à l'ivresse je me souviens de chaleureuses étreintes qui me serraient si fort contre une poitrine aimante épanchement rempli de moiteur tendresse je me souviens de ses mains qui me collaient l'oreille attentive contre les battements berceurs d'un coeur ô félicité ô bonheur * volières en fête où frémissent des cris radieux où s'entremêlent de multiples chants les oiseaux se sont dispersés par la porte entrebaîllée gerbes colorées qui ont réjoui l'air de leurs frémissements un arc-en-ciel se cambre sous mes paupières closes coin de paradis où mon enfance s'est endormie au fond des eaux une idole silencieuse veille figure hiératique qui surnage dans son sommeil inoubliable spectre emmuré dans son mutisme enfermé dans le jardin de jadis là où s'est engravée mon insouciance quand le vautour charognard m'a labouré les viscères solitude qui s'est logée sous ma peau où s'est inscrite à jamais ma peine * sur une plage ma barque éventrée s'est échouée blessée les vagues viennent y mourir à bout de souffle qui font tressaillir de tristesse mon âme écorchée estropiée qui a tant vécu de détresses réminiscences douloureuses qu'a emportées avec elle dans ses voiles diaprées l'aurore laiteuse * dans la pénombre du temple des volutes d'encens embaument l'air des psaumes retentissent sous la voûte entremêlés de prières murmurées dans une tiédeur feutrée par des voix d'autrefois depuis longtemps tombées dans l'oubli la mer qui rugit n'est pas loin elle s'étale obscure sur la plage sous la clarté crépusculaire elle fait miroiter les crêtes écumeuses de ses vagues qui furieuses captent la lune de leurs mains et lacèrent le sable de leurs griffes pointues * le vaisseau dort au quai et je sens sur ma chair les embruns du départ le vent souffle vers l'exil alors que le matin sort du brouillard devant moi s'étend la mer indéfinissable au large front pensif et soucieux au regard profond et sombre le vent gonfle les voiles et la goélette déploie ses fines ailes l'équipage largue les amarres dans sa hâte de gagner le large et je quitte ce pays jetant par-dessus bord les traces du passé je pars lège de mes jeunes années vers l'horizon indéfini qui mène partout vers les ailleurs vers ces cieux inconnus qui se mirent dans des eaux turquoises vers ces paysages modelés de songes où les toucans fleurissent les ramures exotiques de forêts foisonnantes où le soleil marbré se voit filtrer par la jungle mystérieuse lieux inexplorés où je veux perdre la naïveté la candeur de mes illusions * craquement de la coque qui creuse son sillon malgré la colère de la mer je nargue la furie des flots qui fouettent le ventre nu du navire appuyé sur le bastingage je file sans regret prêt à affronter les hurlements des vents et à braver la nausée du tangage jours et nuits l'embarcation fonce tout droit sans l'ombre du doute le havre se repose là-bas au bout de la route c'est de là qu'arrivent les mouettes rieuses criardes au-dessus des mâts elles suivent avec avidité notre sillage elles escortent le navire volage qui déposera sa fatigue sur le môle apaisement de l'arrivée déjà une brise légère m'accueille de loin avec l'odeur paisible de la terre * frénésie du bourlingueur quand il arrive à l'escale sitôt qu'il met le pied sur le sol encore secoué par les mouvements de la mer il se retrouve au zinc d'un bar mal famé qui accueille les navigateurs il se soûle il perd aux dés la moitié de ses gages et gage l'autre moitié avant de se blottir aviné dans les bras d'une fille à marin et de se réveiller nu dans la solitude du matin j'ai les yeux brouillés par la nuit blanche après avoir cueilli tout ébahi sur le ventre d'une inconnue la fleur odorante du plaisir vite fanée vite retrouvée parfum capiteux qui m'enivre délire soif de ta peau blanchâtre ô femme cajoleuse qui m'a dévoilé dans l'obscénité d'une alcôve les secrets de l'éden la griserie de la jouissance la délectation du corps en folie l'exaltation des sens assouvis * le temps signale le départ il me faut repartir toujours et sans cesse et plus loin et je me précipite insouciant dans le sang des heures je louvoie naviguant d'un port à l'autre les tempêtes enragées déchirent la voilure et fracassent l'embarcation sur une batture cauchemar du naufragé quand la quille s'éventre et qu'il doit radouber la carène afin de reprendre le souffle du vent * mon regard se perd dans le lointain incertitude au-delà du visible l'avenir brille d'espoir il gît dans l'obscurité celle des profondeurs océanes où se recueillent les astres nimbés d'une luminosité spectrale l'espoir se cache là il s'éveille dans les plis de la nuit il s'échappe des vapeurs nocturnes et voilà que des scintillements éclatants projettent vers demain l'itinéraire phosphorescent du voyage malgré les dangers je me confie aux flots courroucés et je me dirige vers l'île hospitalière où s'apaise l'impétuosité des flots c'est sur ce calme rivage que tu m'attends femme au doux visage patiente bienveillante qui à mon arrivée me tendra la main à la paume de satin tu noueras à mon cou tes bras de firmament me donnant l'univers à adorer * ô amour dès le premier instant nous nous reconnaîtrons tes yeux de jais m'embraseront luminescence véhémence ils recréeront à travers ta vue ma vie passée et je revivrai la tienne en parcourant ta peau coup de foudre qui nous étreindra de sa chaleur fatigué par l'incertitude du voyage je me jetterai à tes genoux pour embrasser tes pieds et nous sombrerons ensemble dans le sommeil de l'émerveillement de nos corps retrouvés et l'un à l'autre liés sur le rivage doux comme ta peau déferleront dans le calme de l'aube les longues lames à saveur d'éternité Yves Brillon est un poète Québécois Novembre 1999
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Epsilon |
Date du message : mai 19, 2009 01:26 |
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LIMBÉ Pour Robert Romain Rendez-les moi mes poupées noires qu'elles dissipent l'image des catins blêmes marchands d'amour qui s'en vont viennent sur le boulevard de mon ennui Rendez-les moi mes poupées noires qu'elles dissipent l'image sempiternelle l'image hallucinante des fantoches empilés féssus dont le vent porte au nez la misère miséricorde Donnez-moi l'illusion que je n'aurai plus à contenter le besoin étale de miséricordes ronflant sous l'inconscient dédain du monde Rendez-les moi mes poupées noires que je joue avec elles les jeux naïfs de mon instinct resté à l'ombre de ses lois recouvrés mon courage mon audace redevenu moi-même nouveau moi-même de ce que Hier j'étais hier sans complexité hier quand est venue l'heure du déracinement Le sauront-ils jamais cette rancune de mon coeur A l'oeil de ma méfiance ouvert trop tard ils ont cambriolé l'espace qui était le mien la coutume les jours la vie la chanson le rythme l'effort le sentier l'eau la case la terre enfumée grise la sagesse les mots les palabres les vieux la cadence les mains la mesure les mains le piétinement le sol Rendez-les moi mes poupées noires mes poupées noires poupées noires noires noires Léon Gontran Damas (PiGMENTS) viré-monté
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Epsilon |
Date du message : mai 20, 2009 06:21 |
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Je ne sais donc rien du vide ni des îles ni du désert ni des oasis Je l’ai affirmé inconsidérément Car je n’appartiens pas à la vie ni au sol Oui je décide d’interrompre mon rêve Tout l’inconnu d’un enfant que nulle mère n’a initié s’agite en moi Il crie dans la confusion du réveil pressentant que sa mémoire est l’étrangeté à venir où il renifle seul Chacun est ainsi nommé deux fois Et la deuxième fois est la seconde Et que sait la poésie de cela de ces instants où l’aiguille de la vie oscille et n’indique rien pas même le fantôme côtier d’une île Rien te dis-je Il n’y eut jamais rien qu’une vie inapparue de telle sorte que le passage n’a rien montré encore moins révélé André Breton l’a dit Nous n’arrivons jamais à la gare MATHIEU BENEZET *** Étrange affaire J'ai vécu O longtemps au fond d'un enfant triste A tromper mon ennui sous des longs ciels de traîne Doublure de mon double en cette mise en scène Le pion chauve c'est sûr était un piètre artiste Ma folie je veux dire ces accès de poème Qui me montaient parfois comme une fièvre obscure Je la cachais rageur la secrète brûlure Sous des masques bon teint pressentant l'anathème Mais j'entendais la voix celle de l'intérieur Celle qui vient du sang des veines et des artères Triturant forcené dans mon vocabulaire Les mots incandescents qui diraient ma fureur Et les heures et les jours les mois et les années Et les adolescences et les maturités Tout cela passe vite et le temps vous surine Coin du bois dans le dos d'une lame assassine Va je m'y suis brûlé à tous ces incendies A tous ces feux de paille allumés dans ma vie J'y ai brûlé d'amour autant que de révolte Mais qui sème son Chant son seul écho récolte O tout brinquebalé dans l'ornière des routes Au long de ces années poussières envolées toutes Ces nuits toutes ces nuits trouées de braseros Quand le cœur bat de l'aile là bas plus loin plus haut Quel ange aveugle en moi planta sa banderille Et quelle flamme bleue dans mes circuits grésille J'en sais si peu l'ami sur cette étrange affaire Mais le peu que j'en sais m'empêche de me taire Jean Vasca
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Epsilon |
Date du message : mai 21, 2009 15:03 |
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Le jour venu Le jour venu, je devine Des colombes, des corbeaux Un soleil, cil après cil, Qui roule dans les roseaux La vie circule à nouveau Comme sève dans les plantes Et les hommes se demandent Quel dieu commande au chaos. Pour l'amour de l'autre Amour Que le monde peut surprendre L'arbre s'anime et s'enchante Et l'abeille en fait le tour Le lézard chauffe la pierre Change de peau tout le jour O pour l'amour de l'Amour D'une main prompte et prudente Je cueille un fruit, je le frotte Au ciel simple de septembre J'en fais une jeune fille Que j'imagine innocente O fruit furieux de son ventre O femme tant bafouée Entre le soleil et l'ombre Elle devra se donner Mourir dans le mouvement Qui pousse vers le ponant Ce jour déjà dépassé... Charles Le Quintrec (1926-2008) Les Noces de la terre, Grasset, 1957 *** Licorne Licorne au corps si doux de femme Fine tête de demoiselle Le verbe amour blesse ton âme Ton rire tremble jusqu'au ciel Dans les seigles tu dis : je t'aime J'aime le feu que tu réclames. Tu pratiques jeux de jeunesse Licorne folle de mes yeux Dans les seigles que le jour blesse Ta voix veinulée qui me veut Femme qui naît de ma tendresse Tes jambes nues, ta bouche bleue. Folle, ma folle je veux croire À la vérité de ta peau Tes yeux, tes seins réclament gloire Ta bouche déchire les mots Tu marcheras dessus les eaux Je chevaucherai ta victoire. Bouche contre bouche au galop Par les seigles et les forêts Folle, tous les cris que je te tais Mes lèvres mouillées de tes mots Tes mots rouges comme des plaies Ton rire en moi comme un sanglot. Charles Le Quintrec (1970)[La Marche des arbres]
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Epsilon |
Date du message : mai 25, 2009 01:12 |
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A PRESENT QUE TON ABSENCE... A présent que ton absence a nettoyé mes lèvres bien mieux que tes baisers que seul demeure dans ma bouche le feu amer de ton passage Je déchire d'eaux caressées les jours que tu m'a donnés et les parfums du temps Je dis désir je dis délire ma solitude prend la courbe amère et longue de ton ventre Je te veux toi pour chaque nuit Il est noire nuit sur ton cri Sur le silence après l'amour Sur le pleur que rien n'enferme Sur ton corps irréprochable Sur l'envie que j'ai de toi Je dis désir, je dis sagesse Aucun amour sans désespoir et aucun désespoir qui ne prenne le goût intarrissable de ton rire Je te veux pour chaque nuit pour la paix enfin conquise sur l'oubli de toute peur pour le vertige et pour la mort de toute joie que l'on dépense J'avais cru pouvoir t'oublier Je te chantais à en devenir fou J'avais crevé les yeux du ciel pour te garder dans la nuit de mes mains Nuit ô nuit de mon délire Nuit de mes nuits vécues sans toi nuit de ma quête sans visage Je ferai de toi un cachot une rive sans barreaux pour enfermer sa nudité Nuits de désirs et de douleurs Je prend racine dans ta chair au nom de la joie que j'exige le soleil s'ouvre comme un ventre. Yves Rouquette, poète occitan, né en 1936 à Sète, **** Une vague de vie Etoile blanchâtre des dimanches aux chairs vives escalade de désirs le sillage de ta voix fait mousser des furolles* nues Tu éblouis la pâleur des tropiques Tu terrasses l’envie de mordre aux versants de ta bouche azurée J’ai suivi la courbe de tes hanches élastiques soleil des lumières flèche des soirs de mai ton remous nageait dans le jeu des feuilles de marronniers L’éclair ramifié de tes dents échauffait la vie hallucinante de boire à souhait pour goutter ton délire les voluptés de ta peau récif des frissons de corail Je t’érige la statue du désir ROBERT RIUS (1914-1944)Frappe de l’Echo, Ed. Surréaliste, mai 1940. *furolle.feu-follet À
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Epsilon |
Date du message : mai 27, 2009 00:53 |
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Je m'appelle personne Je n'ai pas de nom. Je m'appelle Personne. Les riches ont l'or, mes maigres mains creusent le rio. Mes maigres mains creusent un sillon de mort. J'ai enterré tant d'enfants que ma mémoire est une encre sauvage. Je n'ai plus de mains. Je n'ai plus d'âge. J'ai la sagesse des grands arbres brisés par les Américains. Je suis un Peau-Rouge. Jamais je ne marcherai dans une file indienne. J'ai très mal au cœur, au sexe, aux entrailles. Je prie. Je suis Sioux. Je prie. Je crois à la revanche. Je suis celui qu'on ne peut pas tuer au cœur de la bataille. ANDRE LAUDE *** J'étais je suis je serai J'étais pierre éclatée, soleil-sida, j'étais cadavre sous les brassées de fleurs. J'étais silence mural. J'étais cimetière de campagne. J'étais oiseau aux ailes brisées, mazoutées. J'étais vieux, alcool parlant sans cesse de guerre dans les djebels. Je suis un scénario de suicide. Je contemple le fleuve. Je vois passer des cadavres de veuves. Je me hais et je veux mourir. Je me hais et je veux mourir. Fermez les yeux. Songez une dernière fois à mon profil de poète grec, dans la plus pouilleuse île. Je serai, à partir de ce jour, ciel, ciel et ciel. Ciel au-delà de vos folies meurtrières. Je serai ciel. Je serai éternel. ANDRE LAUDE **** Dernier poème Ne comptez pas sur moi je ne reviendrai jamais je siège déjà là-haut parmi les Elus Près des astres froids Ce que je quitte n’a pas de nom Ce qui m’attend n’en a pas non plus Du sombre au sombre j’ai fait un chemin de pèlerin Je m’éloigne totalement sans voix Le vécu mille et une fois m’abuse, vaincu. Moi le fils des Rois. ANDRE LAUDE
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Epsilon |
Date du message : mai 29, 2009 00:32 |
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LA MORT EST NATURELLE Je t'aurai tant aimée que l'oubli ne pourra donner une autre forme au vide que j'habille. Je m'en irai, manteau de ta légère absence, écharpe au cou du vent qui portait ton visage. Je passerai, serrant les biens que tu me fus, geôle de ton passé, bouche de ton silence AXEK TOURSKY **** Quelquechose mais pas tout Mon village est fait de pierres De pierres grises Et d’eau de fontaine Les maisons se touchent Comme je touche l’herbe et la terre Sans avoir A me salir les mains Un vieux passe Il ressemble à grand-père Il a quelque chose de lui Mais je m’en doute Ce n’est pas lui Les maisons se touchent toujours Mais il n’y a plus d’herbe Il nous reste quand même Deux poignées de terre MARIE-PAULE LAVEZZI
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Epsilon |
Date du message : mai 30, 2009 04:05 |
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Le vent Fait chanter les feuilles Sans musique. A pas lents Sur le chemin entre les arbres Je m'adonne au soleil. La douce amère fleurit Près de l'enchanteresse Avec la Toute Bonne Parmi les ombres. Je me déserte et m'abîme Dans l'ivresse lucide Des multiples présences Où le soir mêle Comme dans un premier rêve Les mots, les choses, Et le souvenir de la pluie. Surpris de mon pas lourd De métaphysicien fatigué Un lézard se cache Sous une pierre. *** C'est aujourd'hui ce jour Où les oiseaux se taisent. L'été règne seul sur les chênes, Ouvre les gouffres du silence. Le fils de la maison sort, Vêtu comme un homme; Il ferme le portail Monte dans la voiture Dont les chromes redisent La solitude des nuages. Puis le soir vient la rumeur D'une tondeuse un peu machinale Qui veut rendre l'herbe folle A des jeux imaginaires. Autour de la chapelle abandonnées Les tombes lentement s'effacent. EMMANUEL HIRIART **** La neige tombe dans la cour O neige ! neige ! neige ! avalanche en parcelles ! Tourbillonnement clair par ma vitre aperçu... Hallucination de blanches étincelles Dont je subis la griserie à mon insu... C'est un vol à l'envers de plumes, de pétales, Que le ciel jette au sol, où je ne les vois pas : Et j'éprouve l'étrange impression mentale De quelque ascension faite de haut en bas. Sous mes yeux fascinés la chute continue Vertige de flocons, vous troublez ma raison ! Et je crois voir monter, monter jusqu'à la nue, A l'encontre de vos fleurs blanches, ma maison. MARGUERITE DUPORTAL
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Epsilon |
Date du message : mai 31, 2009 22:05 |
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Comme il est bon d'aimer Comme il est bon d'aimer Il suffit d'un mot Pour prendre le monde Au piège de nos rêves Il suffit d'un geste Pour relever la branche Pour apaiser le vent Il suffit d'un sourire Pour endormir la nuit Délivrer nos visages De leur masque d'ombre Mais cent milliards de poèmes Ne suffiraient pas Pour dire Comme il est bon d'aimer Saisons Si je dis Les corbeaux font la ronde Aux dessus du silence Tu me dis c'est l'hiver. Si je dis Les rivières se font blanches En descendant chez nous Tu me dis le printemps. Si je dis Les arbres ont poussé leurs millions de soleils Tu me dis c'est l'été. Si je dis Les fontaines sont rousses Et les chemins profonds Tu me diras l'automne. Mais si je dis Le bonheur est à tous Et tous sont heureux Quelle saison diras-tu ? Quelle saison des hommes ? Nous ne vieillirons pas Nous ne vieillirons pas mon ami je le jure si nous faisons du temps le jardin de nos rives si nous suivons les pas de l'été dans les fleurs si nous marions nos mains aux fontaines prodigues si chaque jour nouveau est un nouveau voyage et le beau partage du fruit pour nos lèvres Nous ne vieillirons pas l'eau est née pour la source nous sommes nés pour vivre JEAN-PIERRE SIMEON
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Epsilon |
Date du message : juin 3, 2009 00:18 |
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Saccades (trois extraits...) Langue de pain noir et d'eau pure, Lorsqu'une bêche te retourne Le ciel entre en activité. Nos bras amoureux noircissent, Nos bras ouvriers se nouent. Juste la force De basculer dans le ravin Notre cadavre successif Et ma bibliothèque de cailloux. *** Ta nuque, plus bas que la pierre, Ton corps plus nu Que cette table de granit... Sans le tonnerre d'un seul de tes cils, Serais-tu devenue la même Lisse et insaisissable ennemie Dans la poussière de la route Et la mémoire du glacier ? Amours anfractueuses, revenez, Déchirez le corps clairvoyant. . *** L'immobilité devenue Un voyage pur et tranchant, Tu attends ta décollation Par la hache des ténèbres De ce ciel monotone et fou. Ah, qu'il jaillisse et retombe, Ton sang cyclopéen, Sur les labours harassés, Et nos lèvres mortes ! JACQUES DUPIN .Le corps clairvoyant, 1963-1982.Editions Gallimard (Coll. Poésie), 1999
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