|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
octobre 31, 2009 01:00
|
L'au-dedans de l'en-deça
Belle d'aube et de caresses Bulles de fard et de fleurs Tout ce qui fut notre ivresse Remonte des profondeurs
Des bruyères me reviennent Au rythme des baisers las Est-ce ta lèvre ou la mienne Qui brûlait cette nuit-là
Est-ce plaie ou plainte Sont-ce Des ecchymoses de ciel Ou les lisères de ronces D'un météore charnel
Sais-je quand surgit le doute Entre la sève et le sang Ou quand s'effeuillèrent toutes Les fleurs du buisson ardent
Etait-ce un soir de dimanche Que le lézard s'ouvrit Quand touchai sur ta hanche Un pressentiment d'oubli
Ce qui fut à jamais passe Au gré de l'ombre et des jours Tes mots n'ont sur la terrasse Qu'un lointain reflet d'amour
Etait-ce un soupçon d'abîme Est-ce toi serait-ce moi Qui retombait de la cime Qu'on n'atteint jamais deux fois
Est-ce pour la trop cruelle Loi vaine d'un vain destin Que notre flamme éternelle N'eut qu'un instant de matin
Je cherche et toi sais-tu qu'est-ce Qui lie et qui délia Au tréfonds de notre ivresse L'en-dedans de l'au-delà
Robert Goffin (1898-1984)
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
octobre 31, 2009 23:41
|
DEVANT SA MEMOIRE (Extraits)
Une femme debout devant sa mémoire debout devant sa mélancolie.
Près d'elle tout près d'elle une forme rectangulaire avec du vide à l'intérieur
Quelques mètres carrés de silence et d'écho forme sournoise qui s'alourdit sous son regard.
C'est l'avenir l'avenir, dit-elle l'avenir
Aiguisée par la nuit par tout ce temps devant par tout ce temps derrière cette multitude de chants humains
Rassemblés là à bout de souffle rassemblés là dans les replis du rectangle rassemblés là.
Or, les continents défilent de plus en plus ordonnés de plus en plus durs, ils passent. Or, l'avenir s'arrête là où son oeil tombe.
Denise Desautels dans "Tout l'espoir n'est pas de trop, Cent un poèmes, Douze voix francophones".
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
novembre 2, 2009 00:04
|
Cher amant,
J'avance à votre rencontre sur la pointe des pieds, entendez-vous ? J'ai des lassitudes de bornes kilométriques, des élans de sarcelles, des glissades de fils télégraphiques, mais j'arrive. C'est si long, il faut déboutonner tant de villages avant d'en asseoir un dans son coeur pour vous en nourrir, car vous êtes un ogre, cher amant, mais un ogre dédaigneux. Mitron de vos amours, je m'allonge quelquefois dans les yeux de vos femmes alors qu'elles continuent de paître mécaniquement leur laisse, ou bien j'accentue la vitre qui vous reflète, et vous vous sentez fragile et fou comme une hélice. Je suis toujours une petite évidence dans votre coeur, mais j'ajuste si précisément ma voilette, qu'il vous est encore impossible de me reconnaître. Je serai là quand vous ne saurez plus l'heure exacte. En attendant, je vous enrobe de désir, La mort
Jocelyne Curtil.« Le soleil sous la peau »
 Goût du sel
Et je vais le long de la vieille mer, Flambant, carbonisé, La rouge braise au cœur, Et je n’ai plus de tête et je n’ai plus de corps, Je suis un sang, le mien qui jette ses vagues Et fait danser ce bois flotté, Ce rien de matière où la mémoire a mis ses trous. La main ne connaît pas son poids, Qui a jamais soulevé, jamais pesé son passé ? Mais le long de la mer, la vieille mer qui râle, Danse avec moi cette ombre de matière, Et roulent les galets dans la froideur salée, Roulent les noms dans l’infini murmure. Le soir, Vénus, la brise inhabitée, Tout est moi disparu, tout est signe, Au bout des nerfs les langues sont usées, Seul le silence parle Et l’oreille est au fond des rochers creux Parmi les allées d’algues et leurs venues. Ô goût de la planète, saveur broyée aux dents, On dort bien dans un homme éparpillé, Évapore au vide, on ne sait plus qui rêve, La flamme court en haut sur son chemin de vagues…
ROBERT ROVINI. poète rare et excellent traducteur, une oeuvre et un écrivain à découvrir d'urgence.
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
novembre 3, 2009 10:06
|
Aux choses lentes
Blasons, prenons le temps de bien vous déchiffrer prenons le temps de tout compter et de lire l'écriture fine que modela la belle inconnue un jour qu'elle était pâle et nue. Dans un monde touffu se mêlent les frissons de la maladie les armes de la médisance le visage du laboureur l'éclat de l'amour inconnu et les yeux bleus du travailleur celui au front couvert de signes s'appuyant au bras de sa fille portant le poids de sa beauté traquée à l'abri du corset femme au regard rejoignant la douceur d'une feuille qui tremble.
Jean Follain
****
Passage à langue
D'ombre à langue, un seul quinquet Celui de la petite parole ou de la petite pupille. Petite langue à la serpe. Languette douce, langue de papier. Langue de boucher, de vitrier. Langue de musée du verre étoilé. Deux langues disent la voix d'un double corps d'épouse. Langue de dimanche au soleil. Langue à l'affût des langues, des dards, des verges et des glus. J'avance la langue vers toi, pli très doux du vertige. Je la loge entre les lèvres les plus aveugles du corps. Le bleu tassé inonde ventre et bouche ensevelis. Mais l'herbe en masse étourdit le dormeur. Le chemin de salive a longé la forêt. Langue dodue, langue d'ailleurs. J'arrache la voix du crieur. J'avale la voix du voleur.
Jacques Izoard, Vêtu, dévêtu, libre
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
novembre 6, 2009 10:20
|
Décembre
La nuit gouverne les branchages de mon coeur Je vous parle à travers la brume et la distance, Terre immobile où rien n'est vrai Que ce murmure d'eau qui chante.
Plus vieux mais non vieilli, J'ai le regard de l'enfant solitaire Qui reflète longtemps les étangs et les arbres. Il dure à l'épreuve, le coeur, Malgré la nuit si longue.
Mon chant profond n'est que la pluie aux tresses pâles, Mon chant n'est qu'un murmure sans paroles, Et l'on dirait parfois la phrase interminable Du vent qui se disperse à travers la campagne.
Jean-Pierre Schlunegger, Oeuvres, Editions de l'Aire, Collection Bleue, Jean-Pierre Schlunegger, poète suisse, né à Vevey en 1925 et décédé à Montreux en 1964.
°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°
Je dis: lumière, et je vois bouger de tremblantes verdures. Je dis: lac, et les vagues dansent à l'unisson. Je dis: feuille, et je sens tes lèvres sur ma bouche. Je dis: flamme, et tu viens, ardente comme un buisson.
Je dis: rose, et je vois la nuit qui s'ouvre à l'aube. Je dis: terre, un sommeil aveugle, un chant profond. Je dis: amour comme on dit tendre giroflée. Je dis: femme, et déjà c'est l'écho de ton nom.
Jean-Pierre Schlunegger, Oeuvres, Editions de l'Aire, Collection Bleue, 1977.
J'avoue être très sensible à sa poèsie qui à mon humble avis mériterait d'être plus diffusée.
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
novembre 7, 2009 11:18
|
INTÉRIEUR EXTÉRIEUR
Une seule ligne qui se défait De courbe En courbe Sur la page, Un espace blanc entre chaque pensée, Une image n’étant pas image Mais signe d’une autre image, Un silence en bribes Jusqu’à l’éclatement final De la parole, Une idée fixe qui chemine Mot à mot Dans la mémoire, Des sons qui prennent forme Autour d’un non-sens Comme la vie à vivre, Des couleurs mentales Qui sortent Une à une Dans un néant visible Pour se cristalliser en sourires Et en gestes Que l’avenir capte, Restant d’un monologue Qui pèse depuis la fin des âges Dans la conscience des peuples Ou qui prend son essor De l’intérieur des choses, Condition d’homme N’ayant plus droit à sa condition Et rendu aux derniers décans De sa personnalité, Écriture qui renvoie le cri À son origine Pour faire place à des discours Que la langue natale abolit, Virgules qui se forment en îles Traçant sur le papier Leurs propres politiques, Et diagnostic du poète Découvrant le monde jusqu’à l’os À mesure que le soleil augmente Et que la terre décroît.
JUAN GARCIA Drôle et lucide bilan de santé mental de la poèsie et de soi-même surtout ?
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
novembre 8, 2009 23:08
|
Il fait un temps de fatigue heureuse et de brise singulière, un temps accompli d'attisement et d'étrangeté mené par tes yeux.
Dans les battures anticipées où tu te lies à moi, je te songe. Parfois je suis le graveur ivre de ton corps, parfois le scribe de tes désirs.
Du même amour, je me sens tantôt l'homme et tantôt la femme.
Marie Uguay
***
maintenant nous sommes assis à la grande terrasse où paraît le soir et les voix parlent un langage inconnu de plus en plus s'efface la limite entre le ciel et la terre et surgissent du miroir de vigoureuses étoiles calmes et filantes
plus loin un long mur blanc et sa corolle de fenêtres noires
ton visage a la douceur de qui pense à autre chose ton front se pose sur mon front des portes claquent des pas surgissent dans l'écho un sable léger court sur l'asphalte comme une légère fontaine suffocante
en cette heure tardive et gisante les banlieues sont de braises d'orange
tu ne finis pas tes phrases comme s'il fallait comprendre de l'oeil la solitude du verbe tu es assis au bord du lit et parfois un grand éclair de chaleur découvre les toits et ton corps
Marie Ugay
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
novembre 10, 2009 23:50
|
LE FEU JARDINAIT EN SILENCE
Ce qui fut dit fut aimé
Ce qui fut fait fut chanté dans ce temps levé comme une gerbe
Le cœur dessinait ses collines et la peau ses labyrinthes mais seul un vent mauvais pouvait en elle s’égarer
Le feu jardinait en silence les ailes des oiseaux déchus
Ce qui fut dit fut jeté Ce qui fut fait fut coupé
Sans aucun jugement furent tondues les gerbes
Jean-Marie Berthier (Extrait de Attente très belle de mon attente)
***
Le troupeau du temps
Ma fille conduit de grands oiseaux blancs jusqu'au doux pays des neiges perdues jusqu'au vaste sourire des clairières que ne frappera nul éclair de feu
Ma fille va dans les galeries de bois ressuscité une main sur son coeur soufflant à pas perdus sur la verte engelure des pierres
Et le troupeau du temps la suit
Ma fille peint sur le chevalet des ombres de longs poissons venus des profondeurs qui la regardent attentivement et muets derrière la forte pluie de leur naissance
Ma fille conduit de grands oiseaux blancs entre les mains légères de graves antiquaires parlant plus bas que ses pas de reine cachée
Ma fille garde les ailes du temps
Jean-Marie Berthier
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
novembre 11, 2009 23:14
|
Après nous le soleil
Ils sont venus Avec leurs rêves dans leurs mains Avec le pommier du jardin debout dans leurs poitrines Les enfants nus les enfants teints Les enfants éclairés comme des ballerines Près de l’âne doré et de la vierge peinte Près du beau jour qui tinte Près du soir habillé en carême tzigane Les enfants qui cueillirent les étoiles des mers Les cloches qui baignent d’eau pure les déserts Les soleils obscurcis comme des cathédrales Les enfants purs les enfants chauds Aux cris éclatés comme des châtaignes Au dernier horizon nouveau Qui est comme un homme qui saigne Avec leurs noms leurs paysages Tirant sur la corde des mots Des yeux de paix sur leurs visages Des bruits d’étoiles sur leur os.
PIERRE GARNIER
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
novembre 14, 2009 23:43
|
l'arrivée Un centre battait dans les échelles
Parfois l'éternité tombe plus tôt sur le monde et se fait un foulard avec les rideaux des fenêtres
On allume alors les ampoules en plein midi On lâche les chiens sur les mauvais morts
La lumière donne des lèvres à l'ombre sur les bouteilles comme si tout avait besoin d'une bouche pour parler
Nous nous embrassons sans nous voir Nous coupons le couteau avec le pain Nous remplissons à raz bord la soupe avec des assiettes
Les mouches font et défont la nuit d'un seul coup et avertissent chaque chose les unes après les autres
Sur la table l'oiseau suggéré de la rose regarde ceux qui sont restés assis et sont devenus des fleurs
On nous a appris l'hospitalité Nous invitons aussi les chaises à manger
Serge Pey
*****
Le dehors a toujours un dehors plus loin que lui c'est pour cela qu'on marche sans arrêt pour trouver un autre dehors derrière son vêtement de transparence et de vitres brisées
Les choses sont parfois comme des oignons Elles font des couches de peau à l'infini qui font pleurer les yeux et le monde
Nous déshabillons le dehors jusqu'à nous comme dans l'amour
Dehors la lune ne laboure plus la nuit Une voix dédouble une lèvre dans une autre voix Les muscles de l'air saisissent des cailloux et bâtissent des barricades d'enfants chauves
On tue le soleil à petits coups de vautours sur les poubelles
Le dos au noir on fusille un ange dans chaque mort
Pour saisir le dehors il nous faut nous-même devenir le dehors
Le poème n'est qu'une méthode pour s'enlever la peau et trouver le dedans au plus loin de nous
Serge Pey
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
novembre 16, 2009 23:22
|
Depuis qu'elle a mis pied à terre la mer oublie un moment les noyés qui lui ont fait confiance aujourd'hui c'est dimanche elle installe ses vagues dans les yeux de celle qui boit tendrement son café à la terrasse ou le sucre tiendra lieu de saison à deux pas de toutes les vies qu'il peut s'offrir quand bon lui semble cependant c'est dimanche en novembre un souvenir d'été se réfugie dans une femme aux yeux très bleus calmement battus par la fuite des heures en apparence tranquilles pour qui ne veut savoir comment le vent du large prendra possession de son âme en y mêlant ce qu'il lui faut d'abîme en profondeur avec davantage de rides à la surface d'une mer sur quoi pèsent les lourds soupçons des traverses qui ne sont que retours vers le point de départ
François Montmaneix /Les rôles invisibles/le cherche-midi
****
CHATOIEMENT
Interroger les temps qui viennent est un métier plein d'avenir il n'y a qu'à lever la tête vers les étoiles en fin de carrière même si elles ne donnent plus aux ravis aux amants aux poètes çà et là qu'une ou deux images qui ne changeront pas le cours du monde on pourra toujours les dessiner sur une feuille de papier sans risquer d'y mettre le feu quand scintille l'air dans le soir pareil sous la clarté nocturne à l'oeil du chat qui brille d'avoir appris à lire dans le livre des derniers cris .
François Montmaneix .La poésie française contemporaine/ le cherche midi
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
novembre 17, 2009 23:12
|
Je suis malade de poissons plats dans la saumure Que mon vieux ramenait des îles du Levant. Sa voile, en vain fouilla la gorge des courants. Il revint, fortune défaite. Je suis malade de ce vieux qui mourut pour du vent. Bien le bonjour quand même Aux océans danseurs Dans la maison de passe des détroits.
Je suis malade de calvaires Taillés à coup de foi, à coup de dents. Mon autre vieux lui donna plus de sang Que Christ à son suaire. Bien le bonjour quand même Aux femmes emmurées Entre église et chaumière.
Je suis malade de naissance. On me jeta hors de ma mère Comme d'une fenêtre Et je hurlai d'ensoleillance Au milieu de voisins buvant leur café noir. Bien le bonjour quand même O ma terre Petite pomme tiède encor Sur les branches du froid.
***
J'ai grand mal de poèmes De lampes éreintées par la nuit Sur des syllabes à goût de sel. Bien le bonjour quand même A tout pêcheur, à tout tailleur de pierre. S'il faut tout amour perdre Que tout amour ne nous perde pas.
Tourne mon cœur comme la terre Nuit et lumière, nuit et lumière.
YVES HEURTE (1926-2006)
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
novembre 19, 2009 06:57
|
Poésie pour ceux qui ne lisent pas la poésie - 1960
Quelle bouche en lambeaux crie dans la chambre de brume ? Qui, chambre à air autour du cou traverse à la nage cette mare de bocks de bière et de sang en ébullition ?
C'est lui, lui pour qui j'écris sur le sable, pour lui qui ne déchiffre pas ce que j'écris.
Qui est sous les journaux et le fumier enseveli ? Qui a de l'uranium dans l'urine ? Qui se laisse prendre aux gluants filets des comités ? Qui est plombé de plomb ?
Voyez, c'est lui, antenne sur la nuque, goinfre muet au cerveau galeux.
Quelles sont ces incroyables oreilles d'immonde sucre-glace ruisselantes qui s'enveloppent de la cote des cours et s'entassent dans les greffes, sourdes et maussades liasses ?
Oreilles tendues de traîtres effarés, auxquelles obstinément j'adresse des discours de glace.
Et ces hurlements où mes mots s'engloutissent ? Ce sont les tuyaux d'orgue des crasseux aigles officiels déchirant, pour notre protection, le ciel sidéré.
C'est du foie, le mien et le tien, lecteur qui ne me lis pas, qu'is consomment.
Hans Magnus Enzensberger .Traduit par Roger Pillaudin
Le coeur du Groenland
J'aurais voulu faire l'éloge de l'aurore boréale parce qu'elle est belle et qu'elle ne saurait être mutilée. j'aurais voulu dire : pense à ces comètes rares à l'abri de tout, à ce vieux coeur du Groenland impassible dans sa cuirasse ; et pense, ma main, à ce que tu ne toucheras jamais, c'est cela le monde, et c'est beaucoup, et nous, pas grand chose. j'aurais voulu faire l'éloge de l'aurore boréale.
mais dans ses crevasses de glaces sans âge il ne dit rien le coeur du Groenland qui de mensonge convainc le mien je parlerai donc de nous, ma main, de ce qui est fragile, si peu digne d'éloge - et quels éloges en un temps si bref ! - car c'est un chancre là qui qui ravage les crevasses ; et toi, ma main, je te plongerai dans ce purin de morts et de cris.
Hans Magnus Enzensberger .Traduit par Roger Pillaudin
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
novembre 22, 2009 01:33
|
Dans l'abri-caverne
Je me jette vers toi et il me semble aussi que tu te jettes vers moi Une force part de nous qui est un feu solide qui nous soude Et puis il y a aussi une contradiction qui fait que nous ne pouvons nous apercevoir En face de moi la paroi de craie s'effrite Il y a des cassures De longues traces d'outils traces lisses et qui semblent être faites dans de la stéarine Des coins de cassures sont arrachés par le passage des types de ma pièce Moi j'ai ce soir une âme qui s'est creusée qui est vide On dirait qu'on y tombe sans cesse et sans trouver de fond Et qu'il n'y a rien pour se raccrocher Ce qui y tombe et qui y vit c'est une sorte d'êtres laids qui me font mal et qui viennent de je ne sais où Oui je crois qu'ils viennent de la vie d'une sorte de vie qui est dans l'avenir dans l'avenir brut qu'on n'a pu encore cultiver ou élever ou humaniser Dans ce grand vide de mon âme il manque un soleil il manque ce qui éclaire C'est aujourd'hui c'est ce soir et non toujours Heureusement que ce n'est que ce soir Les autres jours je me rattache à toi Les autres jours je me console de la solitude et de toutes les horreurs En imaginant ta beauté Pour l'élever au-dessus de l'univers extasié Puis je pense que je l'imagine en vain Je ne la connais par aucun sens Ni même par les mots Et mon goût de la beauté est-il donc aussi vain Existes-tu mon amour Ou n'es-tu qu'une entité que j'ai créée sans le vouloir Pour peupler la solitude Es-tu une de ces déesses comme celles que les Grecs avaient douées pour moins s'ennuyer Je t'adore ô ma déesse exquise même si tu n'es que dans mon imagination.
GUILLAUME APOLLINAIRE.(1880 - 1918)
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
novembre 24, 2009 00:04
|
Les mots sont comme des enfants qui ne tiennent pas en place. Pour peu qu’on leur lâche la bride, les voici qui galopent dans le vent, qui s’appellent, se poursuivent, se chamaillent. Restez donc tranquilles une seconde, dit le poète, je vais vous prendre en poème. Mais le temps de presser le bouton, l’un a bougé, l’autre tourne le dos, le troisième fait la grimace ! Ainsi ne retrouve-t-on pas toujours sur la page l’image, la musique , ce peu de rêve qu’on voulait y retenir. Heureusement une photo, même floue ou mal cadrée, donne parfois à rêver. Un poème, même imparfait, pourra peut-être t’inciter à te mettre, toi aussi, à l’affût des mots, à les saisir dans leur élan, dans leur lumière et leur beauté, le temps d’un déclic, l’éclair d’un poème.
Pierre Gabriel
*** Ce soir-là nous avions rassemblé les collines autour d’un bûcher de silence. La terre foisonnait dans l’ombre. Le temps prenait peu de place. Un règne s’apprêtait, la sève maintenant s’inversait à la cime des heures. Tu t’étonnais de tant de signes et nous cédions à ce halo de vent parmi les feuilles, à cet éclat sans nom qui survivait en nous d’un soleil oublié. Sur ce versant du ciel, une flamme en vigie propageait sa mémoire. Sous la neige des voix veillait sans fin la vie éparse. Nous entrions sans bruit dans la sérénité des fables.
Pierre GABRIEL (Encres Vives )
|
|
Page 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17
Messages suivants >
Dernier message
|