Amicalien - Pour créer des liens et des amitiés

Présentement sur Amicalien
Les membres en ligne : 156
Les nouveaux membres : 27
Anniversaires aujourd'hui : 47

Connexion des membres

  Se souvenir de moi sur cet ordinateur


Cjrs Radio, la radio des boomers


Le forum des familles Amicaliennes



  Famille : Poèsie d'aujourd'hui


Ce sujet fait partie de la famille Poèsie d'aujourd'hui. Cette famille est semi-privée. Vous pouvez lire le contenu de cette famille mais vous devez vous y inscrire pour échanger.



Auteur

Sujet : Présence des poètes

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : octobre 31, 2009  01:00

L'au-dedans de l'en-deça

Belle d'aube et de caresses
Bulles de fard et de fleurs
Tout ce qui fut notre ivresse
Remonte des profondeurs

Des bruyères me reviennent
Au rythme des baisers las
Est-ce ta lèvre ou la mienne
Qui brûlait cette nuit-là

Est-ce plaie ou plainte Sont-ce
Des ecchymoses de ciel
Ou les lisères de ronces
D'un météore charnel

Sais-je quand surgit le doute
Entre la sève et le sang
Ou quand s'effeuillèrent toutes
Les fleurs du buisson ardent

Etait-ce un soir de dimanche
Que le lézard s'ouvrit
Quand touchai sur ta hanche
Un pressentiment d'oubli

Ce qui fut à jamais passe
Au gré de l'ombre et des jours
Tes mots n'ont sur la terrasse
Qu'un lointain reflet d'amour

Etait-ce un soupçon d'abîme
Est-ce toi serait-ce moi
Qui retombait de la cime
Qu'on n'atteint jamais deux fois

Est-ce pour la trop cruelle
Loi vaine d'un vain destin
Que notre flamme éternelle
N'eut qu'un instant de matin

Je cherche et toi sais-tu qu'est-ce
Qui lie et qui délia
Au tréfonds de notre ivresse
L'en-dedans de l'au-delà

Robert Goffin (1898-1984)


Epsilon
Admin famille
France

Date du message : octobre 31, 2009  23:41

DEVANT SA MEMOIRE (Extraits)

Une femme
debout
devant sa mémoire
debout
devant sa mélancolie.

Près d'elle
tout près d'elle
une forme rectangulaire
avec du vide à l'intérieur

Quelques mètres carrés
de silence et d'écho
forme sournoise
qui s'alourdit sous son regard.

C'est l'avenir
l'avenir, dit-elle
l'avenir

Aiguisée par la nuit
par tout ce temps devant
par tout ce temps derrière
cette multitude de chants humains

Rassemblés là
à bout de souffle
rassemblés là
dans les replis du rectangle
rassemblés là.

Or, les continents défilent
de plus en plus ordonnés
de plus en plus durs, ils passent.
Or, l'avenir s'arrête là
où son oeil tombe.

Denise Desautels dans "Tout l'espoir n'est pas de trop, Cent un poèmes, Douze voix francophones".

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : novembre 2, 2009  00:04

Cher amant,

J'avance à votre rencontre sur la pointe des pieds, entendez-vous ?
J'ai des lassitudes de bornes kilométriques, des élans de sarcelles, des glissades de fils
télégraphiques, mais j'arrive.
C'est si long, il faut déboutonner tant de villages avant d'en asseoir un dans son coeur pour
vous en nourrir, car vous êtes un ogre, cher amant, mais un ogre dédaigneux.
Mitron de vos amours, je m'allonge quelquefois dans les yeux de vos femmes alors qu'elles
continuent de paître mécaniquement leur laisse, ou bien j'accentue la vitre qui vous reflète, et
vous vous sentez fragile et fou comme une hélice.
Je suis toujours une petite évidence dans votre coeur, mais j'ajuste si précisément ma voilette,
qu'il vous est encore impossible de me reconnaître.
Je serai là quand vous ne saurez plus l'heure exacte.
En attendant, je vous enrobe de désir,
La mort         

Jocelyne Curtil.« Le soleil sous la peau »


Goût du sel

Et je vais le long de la vieille mer,
Flambant, carbonisé,
La rouge braise au cœur,
Et je n’ai plus de tête et je n’ai plus de corps,
Je suis un sang, le mien qui jette ses vagues
Et fait danser ce bois flotté,
Ce rien de matière où la mémoire a mis ses trous.
La main ne connaît pas son poids,
Qui a jamais soulevé, jamais pesé son passé ?
Mais le long de la mer, la vieille mer qui râle,
Danse avec moi cette ombre de matière,
Et roulent les galets dans la froideur salée,
Roulent les noms dans l’infini murmure.
Le soir, Vénus, la brise inhabitée,
Tout est moi disparu, tout est signe,
Au bout des nerfs les langues sont usées,
Seul le silence parle
Et l’oreille est au fond des rochers creux
Parmi les allées d’algues et leurs venues.
Ô goût de la planète, saveur broyée aux dents,
On dort bien dans un homme éparpillé,
Évapore au vide, on ne sait plus qui rêve,
La flamme court en haut sur son chemin de vagues…

ROBERT ROVINI. poète rare et excellent traducteur, une oeuvre et un écrivain à découvrir
d'urgence.

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : novembre 3, 2009  10:06

Aux choses lentes

Blasons, prenons le temps de bien vous déchiffrer
prenons le temps de tout compter
et de lire l'écriture fine
que modela la belle inconnue
un jour qu'elle était pâle et nue.
Dans un monde touffu se mêlent
les frissons de la maladie
les armes de la médisance
le visage du laboureur
l'éclat de l'amour inconnu
et les yeux bleus du travailleur
celui au front couvert de signes
s'appuyant au bras de sa fille
portant le poids de sa beauté
traquée à l'abri du corset
femme au regard rejoignant
la douceur d'une feuille qui tremble.

Jean Follain

****   

Passage à langue

D'ombre à langue, un seul quinquet
Celui de la petite parole
ou de la petite pupille.
Petite langue à la serpe.
Languette douce, langue de papier.
Langue de boucher, de vitrier.
Langue de musée du verre étoilé.
Deux langues disent la voix
d'un double corps d'épouse.
Langue de dimanche au soleil.
Langue à l'affût des langues,
des dards, des verges et des glus.
J'avance la langue vers toi,
pli très doux du vertige.
Je la loge entre les lèvres
les plus aveugles du corps.
Le bleu tassé inonde
ventre et bouche ensevelis.
Mais l'herbe en masse
étourdit le dormeur.
Le chemin de salive
a longé la forêt.
Langue dodue, langue d'ailleurs.
J'arrache la voix du crieur.
J'avale la voix du voleur.

Jacques Izoard, Vêtu, dévêtu, libre

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : novembre 6, 2009  10:20

Décembre

La nuit gouverne les branchages de mon coeur
Je vous parle à travers la brume et la distance,
Terre immobile où rien n'est vrai
Que ce murmure d'eau qui chante.

Plus vieux mais non vieilli,
J'ai le regard de l'enfant solitaire
Qui reflète longtemps les étangs et les arbres.
Il dure à l'épreuve, le coeur,
Malgré la nuit si longue.

Mon chant profond n'est que la pluie aux tresses pâles,
Mon chant n'est qu'un murmure sans paroles,
Et l'on dirait parfois la phrase interminable
Du vent qui se disperse à travers la campagne.

Jean-Pierre Schlunegger, Oeuvres, Editions de l'Aire, Collection Bleue,
Jean-Pierre Schlunegger, poète suisse, né à Vevey en 1925 et décédé à Montreux en 1964.

°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°°

Je dis: lumière, et je vois bouger de tremblantes verdures.
Je dis: lac, et les vagues dansent à l'unisson.
Je dis: feuille, et je sens tes lèvres sur ma bouche.
Je dis: flamme, et tu viens, ardente comme un buisson.

Je dis: rose, et je vois la nuit qui s'ouvre à l'aube.
Je dis: terre, un sommeil aveugle, un chant profond.
Je dis: amour comme on dit tendre giroflée.
Je dis: femme, et déjà c'est l'écho de ton nom.

Jean-Pierre Schlunegger, Oeuvres, Editions de l'Aire, Collection Bleue, 1977.

J'avoue être très sensible à sa poèsie qui à mon humble avis mériterait d'être plus diffusée.


Epsilon
Admin famille
France

Date du message : novembre 7, 2009  11:18

INTÉRIEUR EXTÉRIEUR

Une seule ligne qui se défait
De courbe
En courbe
Sur la page,
Un espace blanc entre chaque pensée,
Une image n’étant pas image
Mais signe d’une autre image,
Un silence en bribes
Jusqu’à l’éclatement final
De la parole,
Une idée fixe qui chemine
Mot à mot
Dans la mémoire,
Des sons qui prennent forme
Autour d’un non-sens
Comme la vie à vivre,
Des couleurs mentales
Qui sortent
Une à une
Dans un néant visible
Pour se cristalliser en sourires
Et en gestes
Que l’avenir capte,
Restant d’un monologue
Qui pèse depuis la fin des âges
Dans la conscience des peuples
Ou qui prend son essor
De l’intérieur des choses,
Condition d’homme
N’ayant plus droit à sa condition
Et rendu aux derniers décans
De sa personnalité,
Écriture qui renvoie le cri
À son origine
Pour faire place à des discours
Que la langue natale abolit,
Virgules qui se forment en îles
Traçant sur le papier
Leurs propres politiques,
Et diagnostic du poète
Découvrant le monde jusqu’à l’os
À mesure que le soleil augmente
Et que la terre décroît.

JUAN GARCIA
Drôle et lucide bilan de santé mental de la poèsie et de soi-même surtout ?

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : novembre 8, 2009  23:08

Il fait un temps de fatigue heureuse
et de brise singulière,
un temps accompli d'attisement et d'étrangeté
mené par tes yeux.

Dans les battures anticipées où tu te lies à moi,
je te songe.
Parfois je suis le graveur ivre de ton corps,
parfois le scribe de tes désirs.

Du même amour,
je me sens tantôt l'homme
et tantôt la femme.

Marie Uguay

***      

maintenant nous sommes assis à la grande terrasse
où paraît le soir et les voix parlent un langage inconnu
de plus en plus s'efface la limite entre le ciel et la terre
et surgissent du miroir de vigoureuses étoiles
calmes et filantes

plus loin un long mur blanc
et sa corolle de fenêtres noires

ton visage a la douceur de qui pense à autre chose
ton front se pose sur mon front
des portes claquent des pas surgissent dans l'écho
un sable léger court sur l'asphalte
comme une légère fontaine suffocante

en cette heure tardive et gisante
les banlieues sont de braises d'orange

tu ne finis pas tes phrases
comme s'il fallait comprendre de l'oeil
la solitude du verbe
tu es assis au bord du lit
et parfois un grand éclair de chaleur
découvre les toits et ton corps

Marie Ugay

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : novembre 10, 2009  23:50

LE FEU JARDINAIT EN SILENCE

Ce qui fut dit
fut aimé

Ce qui fut fait
fut chanté
dans ce temps
levé comme une gerbe

Le cœur dessinait ses collines
et la peau ses labyrinthes
mais seul un vent mauvais
pouvait en elle s’égarer

Le feu jardinait en silence
les ailes des oiseaux déchus

Ce qui fut dit
fut jeté
Ce qui fut fait
fut coupé

Sans aucun jugement
furent tondues les gerbes

Jean-Marie Berthier (Extrait de Attente très belle de mon attente)

***   

Le troupeau du temps

Ma fille conduit de grands oiseaux blancs
jusqu'au doux pays des neiges perdues
jusqu'au vaste sourire des clairières
que ne frappera nul éclair de feu

Ma fille va dans les galeries de bois ressuscité
une main sur son coeur
soufflant à pas perdus
sur la verte engelure des pierres

Et le troupeau du temps la suit

Ma fille peint sur le chevalet des ombres
de longs poissons venus des profondeurs
qui la regardent attentivement et muets
derrière la forte pluie de leur naissance

Ma fille conduit de grands oiseaux blancs
entre les mains légères de graves antiquaires
parlant plus bas que ses pas de reine cachée

Ma fille garde les ailes du temps

Jean-Marie Berthier

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : novembre 11, 2009  23:14

Après nous le soleil

Ils sont venus
Avec leurs rêves dans leurs mains
Avec le pommier du jardin debout dans leurs poitrines
Les enfants nus les enfants teints
Les enfants éclairés comme des ballerines
Près de l’âne doré et de la vierge peinte
Près du beau jour qui tinte
Près du soir habillé en carême tzigane
Les enfants qui cueillirent les étoiles des mers
Les cloches qui baignent d’eau pure les déserts
Les soleils obscurcis comme des cathédrales
Les enfants purs les enfants chauds
Aux cris éclatés comme des châtaignes
Au dernier horizon nouveau
Qui est comme un homme qui saigne
Avec leurs noms leurs paysages
Tirant sur la corde des mots
Des yeux de paix sur leurs visages
Des bruits d’étoiles sur leur os.

PIERRE GARNIER

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : novembre 14, 2009  23:43

l'arrivée
Un centre battait dans les échelles

Parfois l'éternité tombe
plus tôt
sur le monde et se fait un foulard
avec les rideaux des fenêtres

On allume alors les ampoules
en plein midi
On lâche les chiens sur les mauvais morts

La lumière
donne
des lèvres
à l'ombre sur les bouteilles
comme si tout avait besoin d'une bouche
pour parler

Nous nous embrassons
sans nous voir
Nous coupons le couteau avec le pain
Nous remplissons à raz bord
la soupe avec des assiettes

Les mouches font et défont
la nuit d'un seul coup
et avertissent chaque chose
les unes après les autres

Sur la table
l'oiseau suggéré de la rose
regarde ceux
qui sont restés assis
et sont devenus des fleurs

On nous a appris l'hospitalité
Nous invitons aussi les chaises
à manger

Serge Pey

*****

Le dehors a toujours un dehors plus loin que lui
c'est pour cela qu'on marche sans arrêt
pour trouver un autre dehors
derrière son vêtement de transparence
et de vitres brisées

Les choses sont parfois
comme des oignons
Elles font des couches de peau
à l'infini qui font pleurer
les yeux et le monde

Nous déshabillons le dehors
jusqu'à nous comme dans l'amour

Dehors la lune ne laboure plus la nuit
Une voix dédouble une lèvre
dans une autre voix
Les muscles de l'air saisissent des cailloux
et bâtissent des barricades d'enfants chauves

On tue le soleil à petits coups
de vautours
sur les poubelles

Le dos au noir
on fusille un ange dans chaque mort

Pour saisir le dehors
il nous faut nous-même devenir le dehors

Le poème n'est qu'une méthode pour s'enlever
la peau et trouver le dedans au plus loin de nous

Serge Pey

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : novembre 16, 2009  23:22

   

Depuis qu'elle a mis pied à terre
la mer oublie un moment les noyés
qui lui ont fait confiance
aujourd'hui c'est dimanche elle installe
ses vagues dans les yeux de celle
qui boit tendrement son café
à la terrasse ou le sucre
tiendra lieu de saison
à deux pas de toutes les vies
qu'il peut s'offrir quand bon lui semble
cependant c'est dimanche en novembre
un souvenir d'été se réfugie
dans une femme aux yeux très bleus
calmement battus par la fuite
des heures en apparence tranquilles
pour qui ne veut savoir
comment le vent du large
prendra possession de son âme
en y mêlant ce qu'il lui faut
d'abîme en profondeur
avec davantage de rides
à la surface d'une mer
sur quoi pèsent les lourds soupçons
des traverses qui ne sont que retours
vers le point de départ

François Montmaneix /Les rôles invisibles/le cherche-midi

****   

CHATOIEMENT

Interroger les temps qui viennent
est un métier plein d'avenir
il n'y a qu'à lever la tête
vers les étoiles en fin de carrière
même si elles ne donnent plus
aux ravis aux amants aux poètes
çà et là qu'une ou deux images
qui ne changeront pas le cours du monde
on pourra toujours les dessiner
sur une feuille de papier
sans risquer d'y mettre le feu
quand scintille l'air dans le soir
pareil sous la clarté nocturne
à l'oeil du chat qui brille
d'avoir appris à lire
dans le livre des derniers cris .

François Montmaneix .La poésie française contemporaine/ le cherche midi

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : novembre 17, 2009  23:12

Je suis malade de poissons plats dans la saumure
Que mon vieux ramenait des îles du Levant.
Sa voile, en vain fouilla la gorge des courants.
Il revint, fortune défaite.
Je suis malade de ce vieux qui mourut pour du vent.
Bien le bonjour quand même
Aux océans danseurs
Dans la maison de passe des détroits.

Je suis malade de calvaires
Taillés à coup de foi, à coup de dents.
Mon autre vieux lui donna plus de sang
Que Christ à son suaire.
Bien le bonjour quand même
Aux femmes emmurées
Entre église et chaumière.

Je suis malade de naissance.
On me jeta hors de ma mère
Comme d'une fenêtre
Et je hurlai d'ensoleillance
Au milieu de voisins buvant leur café noir.
Bien le bonjour quand même
O ma terre
Petite pomme tiède encor
Sur les branches du froid.

***

J'ai grand mal de poèmes
De lampes éreintées par la nuit
Sur des syllabes à goût de sel.
Bien le bonjour quand même
A tout pêcheur, à tout tailleur de pierre.
S'il faut tout amour perdre
Que tout amour ne nous perde pas.

Tourne mon cœur comme la terre
Nuit et lumière, nuit et lumière.

YVES HEURTE (1926-2006)

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : novembre 19, 2009  06:57

Poésie pour ceux qui ne lisent pas la poésie - 1960

Quelle bouche en lambeaux crie
dans la chambre de brume ? Qui,
chambre à air autour du cou traverse
à la nage cette mare de bocks de bière
et de sang en ébullition ?

C'est lui,
lui pour qui j'écris sur le sable,
pour lui qui ne déchiffre pas ce que j'écris.

Qui est sous les journaux et le fumier
enseveli ? Qui a de l'uranium dans l'urine ?
Qui se laisse prendre aux gluants filets
des comités ? Qui est plombé de plomb ?

Voyez,
c'est lui, antenne sur la nuque,
goinfre muet au cerveau galeux.

Quelles sont ces incroyables oreilles
d'immonde sucre-glace ruisselantes
qui s'enveloppent de la cote des cours
et s'entassent dans les greffes,
sourdes et maussades liasses ?

Oreilles
tendues de traîtres effarés, auxquelles
obstinément j'adresse des discours de glace.

Et ces hurlements où mes mots
s'engloutissent ? Ce sont les tuyaux d'orgue
des crasseux aigles officiels déchirant,
pour notre protection, le ciel sidéré.

C'est du foie,
le mien et le tien, lecteur
qui ne me lis pas,
qu'is consomment.

Hans Magnus Enzensberger .Traduit par Roger Pillaudin



Le coeur du Groenland

J'aurais voulu faire l'éloge de l'aurore boréale
parce qu'elle est belle
et qu'elle ne saurait être mutilée.
j'aurais voulu dire :
pense à ces comètes rares
à l'abri de tout,
à ce vieux coeur du Groenland
impassible
dans sa cuirasse ; et pense, ma main,
à ce que tu ne toucheras jamais,
c'est cela le monde, et c'est beaucoup,
et nous, pas grand chose.
j'aurais voulu faire l'éloge de l'aurore boréale.

mais dans ses crevasses de glaces sans âge
il ne dit rien
le coeur du Groenland
qui de mensonge convainc le mien
je parlerai donc de nous, ma main,
de ce qui est fragile,
si peu digne d'éloge -
et quels éloges en un temps si bref ! -
car c'est un chancre là qui qui ravage
les crevasses ; et toi, ma main,
je te plongerai
dans ce purin de morts et de cris.

Hans Magnus Enzensberger .Traduit par Roger Pillaudin

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : novembre 22, 2009  01:33

Dans l'abri-caverne

Je me jette vers toi et il me semble aussi que tu te jettes vers moi
Une force part de nous qui est un feu solide qui nous soude
Et puis il y a aussi une contradiction qui fait que nous ne pouvons nous apercevoir
En face de moi la paroi de craie s'effrite
Il y a des cassures
De longues traces d'outils traces lisses et qui semblent être faites dans de la stéarine
Des coins de cassures sont arrachés par le passage des types de ma pièce
Moi j'ai ce soir une âme qui s'est creusée qui est vide
On dirait qu'on y tombe sans cesse et sans trouver de fond
Et qu'il n'y a rien pour se raccrocher
Ce qui y tombe et qui y vit c'est une sorte d'êtres laids qui me font mal et qui viennent de
je ne sais où
Oui je crois qu'ils viennent de la vie d'une sorte de vie qui est dans l'avenir dans l'avenir
brut qu'on n'a pu encore cultiver ou élever ou humaniser
Dans ce grand vide de mon âme il manque un soleil il manque ce qui éclaire
C'est aujourd'hui c'est ce soir et non toujours
Heureusement que ce n'est que ce soir
Les autres jours je me rattache à toi
Les autres jours je me console de la solitude et de toutes les horreurs
En imaginant ta beauté
Pour l'élever au-dessus de l'univers extasié
Puis je pense que je l'imagine en vain
Je ne la connais par aucun sens
Ni même par les mots
Et mon goût de la beauté est-il donc aussi vain
Existes-tu mon amour
Ou n'es-tu qu'une entité que j'ai créée sans le vouloir
Pour peupler la solitude
Es-tu une de ces déesses comme celles que les Grecs avaient douées pour moins s'ennuyer
Je t'adore ô ma déesse exquise même si tu n'es que dans mon imagination.

GUILLAUME APOLLINAIRE.(1880 - 1918)

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : novembre 24, 2009  00:04

Les mots sont comme des enfants qui ne tiennent pas en place. Pour peu qu’on leur lâche la bride,
les voici qui galopent dans le vent, qui s’appellent, se poursuivent, se chamaillent.
Restez donc tranquilles une seconde, dit le poète, je vais vous prendre en poème. Mais le temps
de presser le bouton, l’un a bougé, l’autre tourne le dos, le troisième fait la grimace !
Ainsi ne retrouve-t-on pas toujours sur la page l’image, la musique , ce peu de rêve qu’on
voulait y retenir.
Heureusement une photo, même floue ou mal cadrée, donne parfois à rêver. Un poème, même
imparfait, pourra peut-être t’inciter à te mettre, toi aussi, à l’affût des mots, à les saisir
dans leur élan, dans leur lumière et leur beauté, le temps d’un déclic, l’éclair d’un poème.


Pierre Gabriel

***   
Ce soir-là nous avions rassemblé les collines autour d’un bûcher de silence. La terre foisonnait
dans l’ombre. Le temps prenait peu de place.
Un règne s’apprêtait, la sève maintenant s’inversait à la cime des heures.
Tu t’étonnais de tant de signes et nous cédions à ce halo de vent parmi les feuilles, à cet éclat
sans nom qui survivait en nous d’un soleil oublié.
Sur ce versant du ciel, une flamme en vigie propageait sa mémoire.
Sous la neige des voix veillait sans fin la vie éparse.
Nous entrions sans bruit dans la sérénité des fables.

Pierre GABRIEL (Encres Vives )

Page 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 | 15 | 16 | 17

Messages suivants >  Dernier message


Ajouter cette page à :  Ajouter cette page à Facebook  Ajouter cette page sur MySpace  Ajouter cette page à del.ico.us  Ajouter cette page à Google  Ajouter cette page à Netscape.  Ajouter cette page à Windows Live  Ajouter cette page à Yahoo Ajouter cette page à Ask.com  Ajouter cette page à Stumble.  Ajouter cette page à Digg.  Ajouter cette page à reddit.com  Ajouter cette page à NewsVine  Ajouter cette page dans Simpy