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Famille : Poèsie d'aujourd'hui
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Auteur
Sujet : Présence des poètes
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Epsilon |
Date du message : novembre 24, 2009 23:15 |
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REQUIEM Qui est sans nuit ? Que fuit celui qui aime ? Est-ce toi ? Non. Ni moi. Dans l’éboulis De tant d’années qui sont un requiem Tout prend pour nous la couleur de l’oubli. Ton corps est-il pareil au pare-brise Que constelle la pluie ? Est-ce le mien Qui de très haut choit dans ma tête grise Comme en un gouffre et n’y reconnaît rien ? Es-tu mon paysage insomniaque, En moi ce tas de feuilles recrachées Par tous les mots que j’écris maniaque, Ou ceux qu’à ta margelle j’ai cherchés ? La source nous sépare et sur ta bouche Jamais ma soif ne se calme. Un dibbouk Parle la langue expulsée de ma souche Qui a franchi la Vistule et le Boug. Et mon passé m’arrache bribe à bribe Au verbe vase où l’algue se dénoue. Des cris perdus je redeviens le scribe Et de l’amour, palimpseste de nous. Charles Dobzynski(Liturgie profane) *** l’infini, J’attache à ton désir un désir absolu, J’appelle de ton nom le chant des solitudes. Il y a je le sais des traces sur le vide, Des blessures qui dessinent le chaos de mon coeur. Je suis au labyrinthe où je me suis perdu, En rêvant de me perdre sans retour avec ton désir absolu Entre visions et reflets mon amour, Je prends l’empreinte de tes yeux, Le cristal de ton corps jeté dans la lumière. Je pars nous mettre à l’abri de ce temps. Je donne ton sourire à une bouche d’or, Je laisse tes cheveux recoudre i. Je te veux dans mes bras comme au ciel, Je te veux à tous les échos essoufflés, Je te veux à bout portant accordée, Je te veux avec moi dans un néant solitaire. En ton visage est au creux de mes mains, Je le presse si fort sur mon propre visage, Que je traverse monts et désastres, ruines ou glaciers, Jusqu’à toucher encore cette merveille de nous, Entre visions et reflets mon amour. André Velter
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Epsilon |
Date du message : novembre 25, 2009 23:20 |
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Un éclat Tes mots sont ma maison, j'y entre. Tu as posé le café sur la table et le pain pour ma bouche. Je vois des fleurs dans la lumière bleue, ou verte. C'est exactement le paysage que j'aime, il a le visage de ta voix. La pluie rince finement une joie tranquille. Aucune barrière, aucune pièce vide. Désormais tout s'écrit en silence habité. De cette plénitude, je parcours la détermination des choses. L'arbre porte fièrement ses cerises comme une belle ouvrage. Il installe une trêve dans l'interstice des branches. Pas de passion tapageuse mais la rondeur du rouge. Un éclat. Des fleurs, encore lasses d'hiver, se sont maquillées depuis peu. Le soleil astique le cuivre des terres. Peut-on apprendre à reconnaitre l'existence ? La rivière miraculeusement pleine, inonde son layon. La carriole du plaisir est de passage. Des oiseaux aux poissons, les rêves quotidiens font bonne mesure. Tout est bien. Ile Eniger - "Un cahier ordinaire"
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Epsilon |
Date du message : novembre 26, 2009 23:31 |
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SEUL une peau morte au mieux tendue dessous encore voilà on continue sur ce qui reste commun de quoi d'enfance comment commune ça va vite jusqu'à sans voir si vite on se dit c'est pas grave il en reste assez et non garder qui quelle mémoire au fond dans ce qui bouge arbres si long pour monter et puis coupés net avec leur odeur partis leurs écureuils rapides d'un coup de scie l'enfance on ne la retrouve plus à quoi bon depuis combien d'années déjà l'absence des passe-crassanes et pourtant non bien sûr pour rien mais quelque chose au moins comme dire que résiste net sec clair le goût de cette poire ou l'odeur de cette résine sur des doigts sales qui collent Antoine Emaz *** Ah! depuis ma naissance Légèreté souriante d'automne là dans ce soleil de prix l'espérance d'être de longues courbes m'emporte bras s'étirant des bras jusqu'aux douces températures Ah ! depuis ma naissance ma première étendue je cherche Dire les fils où septembre s'unit à l'air dans la phrase sensible la mise en avant des mots dont j'allège les sommes Ainsi importe parler résonne l'être autour peut-être dans l'espace à prendre jusqu'à toi. Henri Heuretebise "Chant profond"
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Epsilon |
Date du message : novembre 27, 2009 15:31 |
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Ce soir, même une feuille qui bouge fait trop de bruit. Au premier mot j'ai compris que je faisais fausse route dans ma bouche Ni l'équerre ni le compas n'ont pu mesurer un arbre . N'ajoute pas de la poussière à la poussière laisse devant la chambre tes souliers. peut-être qu'on respire encore sous les racines et que le ciel oublie Quelqu'un crie que tout est noir , mais c'est dans sa tête qu'il se cogne Dans la mémoire des autres nos blessures guérissent toujours J'ai compté sept gouttes de pluie sur un pétale sept bonnes pensées Je porterai le temps sur l'épaule pour marcher mieux la lumière qu'on cherchait ensemble n'est plus jamais revenue A moi, rien qu'à moi je ne partage avec personne querelle de moineaux ce papillon je l'ai vu dans un autre rêve il y a mille ans A ne désaltérer que l'absolu l'eau devient sèche Il se trompe le soleil il écrit chaque jour de droite à gauche Et sur le mur cette ombre qui n'appartient à personne Cette rumeur , c'est peut être une étoile tombée dans l'herbe Au temps de l'encrier même les mots avaient une odeur violette Avant de quitter le jardin il embrassa l'écorce d'un saule Claude Esteban "Morceaux de ciel, presque rien"
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Epsilon |
Date du message : novembre 29, 2009 10:43 |
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Voyage d'hiver Ô mon amour, parmi les herbes qui blanchissent Je te cherche, tu n'es plus là, et cet hiver que tu voulais grandit seul maintenant sur les marges de ma mémoire. Il a neigé, sais-tu. La montagne qui portait ton nom lance vers le soleil sa haute masse triomphante. Il a neigé. Le givre envahit les chemins. C'est à nouveau dans le sol dur le même assoupissement des coquilles. Je te cherche, j’ai tout laissé. La maison est aveugle malgré les lampes. Froide aussi, malgré tous les feux, secrètement blessée par ton absence. qui d'autre marcherait que moi ? Il est tard dans le temps. Un homme se soucie de ce qu'il aime et ce qu'il aime le maintient plus haut que lui. Il est tard, maintenant, pour dire tout, pour le sauver peut-être. Je marche, j'ai marché. Dis-moi que ce voyage est beau, toi, mon amour, parmi les herbes qui blanchissent. Il a neigé, sais-tu, sur tous les mots que je gardais pour toi. Sur tous les mots, c'est une couche de silence ou de détresse. C'est la peur si petite avec ses doigts. Je la connais depuis toujours et chaque fois elle étouffe mon cœur quand tu t'éloignes. Les mots qui restent sont des mots d'effroi. Ô mon amour, réchauffe-moi parmi ces mots qui tremblent. Il a neigé, sais-tu, sur les arbres qui nous cachaient. tu voulais que je t'embrasse, là, sous les branches. tu voulais cette houle qui montait toujours plus fort, jusqu'à l'ultime voûte de ton ventre. C'était l'automne encore et tu riais de tous ces fruits que nous allions cueillir ensemble. Ô le jardin, nos chairs si chèrement unies, ô la sève soudaine et bienfaisante ! Puis cet enfant qui surgirait de nous, plus neuf que nous, dans la lumière franche. C'est la nuit, maintenant, sur tous les arbres du jardin. Les branches cassent. C'est la nuit pour toujours, puisque je marche seul dans ce jardin, et que la nuit m'enferme dans sa glace. Ô mon amour, mon amie de si loin retrouve-moi parmi les jours qui se ressemblent. Il a neigé, sais-tu. Les dieux sont morts. Ceux qui portaient le ciel, ceux qui frappaient aussi avec la foudre et les paroles vengeresses. Les dieux sont morts, c'est vrai, plus morts que nous, mais les blessures continuent, les cris renaissent, et sur les membres du voleur de feu ce sont les mêmes chaînes qui meurtrissent. Moi, dont le lot est de ne pas mourir, la seule issue pourtant mais il n'est point de terme à mon supplice Claude Esteban, Le nom et la demeure, Flammarion 1985.
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Epsilon |
Date du message : novembre 30, 2009 23:19 |
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LE TRANSIT DE SATURNE Chaque jour je reçois de moi-même ce que l’usage est d’appeler de « mauvaises nouvelles » et ces lettres bordées de noir je les déchire je les jette aux corneilles Chaque aube dans la forêt que j’avais plantée je m’égare jusqu’à l’arbre seigneurial jusqu’à la plus haute branche jusqu’au plus ancien souvenir et je m’y pends Chaque matin je me porte en terre mais je suis seul à marcher derrière moi maigre cortège dans ces campagnes obscures qui n’ont ni horizon ni forme Chaque midi je renais et je creuse d’autres chantent moi je creuse cela fait quelques années déjà suis bien enfoui dans ce terrier magique ne perçois plus vos voix et pour mes oreilles aujourd’hui même le mot solitude sonne comme une rumeur nombreuse comme un refrain presque frivole De la nuit à la nuit je fouille la montagne ombres m’entendez-vous ? m’entends-tu l’imposteur ? m’entendez-vous creuser ? j’en atteindrai le cœur où le rire et le sel ont la même saveur j’en atteindrai le cœur et le ferai sauter Nicolas Bouvier (« Le dedans », Kyoto, 1966, Genève, 1971) MERCI SUMMERTIME!
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Epsilon |
Date du message : décembre 1, 2009 23:03 |
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La dormeuse Puisqu’elle dort, dans la forêt de ses cheveux nous démêlons feuilles et lianes ailes et griffes, fruit et poison, nous démêlons les lourdes mèches de la mort. Dans la forêt, passent le cerf, le renard et la biche et passe le veneur, le brutal vêtu d’orgueil, ganté de sang. Nous démêlons, nous démêlons les mèches dans la douleur. Et la dormeuse, l’errante, poursuit un rêve de sang. Est-ce bien le cerf qui brame au loin ou bien le cor : la voix de l’ogre ? Avant la nuit, dans la douleur et le désir nous démêlons. Belle est pourtant la sombre chevelure où le jour et la nuit, bouche à bouche mêlés, s’étreignent et se mordent. Jean Joubert .Etat d’urgence(Editions Editinter) **** Peut-on encore parler de la rose? Refus de la rose noire; rose pendue, crucifiée dans les forêts de l'orage. Des hommes noirs sont venus par les chemins de l'orage: mains barbelées, bouches noires pour le déni de la rose. Rose travestie, rose noire, visage nié sous le manque. Pourquoi dans le jardin d'enfance la rose brûlait-elle si rouge? Rose rouge si lointaine, et si rouge dans la mémoire et dans le jardin d'enfance où le le coeur brûlait plus rouge. Coeur égaré, coeur fané: métaphore de la rose. Rose rouge ressuscitée dans le jardin du poème. Jean Joubert .Poème inédit( mai 2008 )
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Epsilon |
Date du message : décembre 2, 2009 23:06 |
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AU PIED DE L'ARBRE Au pied du mur le lierre s’enracine dans l’arborescence de l’ombre – nul ne saurait contraindre l’éclair, ni la foudre à tomber. Les glissements de terrain, et de sens, parfois nous emportent vers l’impromptu, grâce auquel advient la résurgence du jour. Là, sous le houppier d’un arbre incalculable, je demeure dans le discours du monde ; ce qui tente de vivre se répercute par delà les frontières. Le fourmillement d’un ruisseau effleure mes oreilles, comme si ce qui va se presse contre l’abîme. N’y aurait-il pas de tiges à tailler, d’élans à sarcler, de vertiges à émonder – que les souffles nous traversent enfin ? Et les crampons du lierre vont-ils fissurer l’ombre ? C’est la demeure où tout voyage, l’espace entre l’aube et le vent, je est un mobile, au pied de l’arbre / la vie s'implante / dans l’oscillation des soleils. Entrenœuds, les signes fixeraient-ils – ce qui s’éloigne / avant de s’éclipser Daniel Leduc, né à Paris le 30 juillet 1950, est un écrivain français.
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Epsilon |
Date du message : décembre 4, 2009 12:53 |
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LA MORT OUVRE LE COEUR La rose à l'ombre des cyprès danse.Inondée de ténèbres, elle,au langage détourné ne parvient plus à l'attention, dans la distance accroît le bruit du coeur désordonné. Le soir descend dans chaque rose et l'eau s'éclaire dans leur mort. Dans les cyprès le coeur murmure. Pierre Torreilles **** LE JUSTE ELOIGNEMENT En ce lieu s'établit la parole désencombrée, les oiseaux vivent dans leurs cris, les arbres dans leur vibration, l'herbe dans le souci de l'eau. En ce jardin l'éloignement est permanence du murmure ou chaque tige se prononce exactement. Demeure attentif au silence et dans l'attente exerce ta vision; c'est lentement que la distance devient signe, et le calme, porteur de la proximité. L'herbe libère le silence, les graminées à l'horizon de lumières et d'oiseaux. Pierre Torreilles
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Epsilon |
Date du message : décembre 6, 2009 08:14 |
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Légitime défense Importuns tracassiers, que me veulent ceux-là qui m’exhortent – morts et vivantes créatures – au devoir courant ? J’ai sachez-le mes cultes, mes rosiers clandestins, mes lectures occultes J’ai mes ports mes processions mes nuages dans plus d’une acception Ceux qui veulent, volent mon temps non déclaré si je cède à leurs pressions le mince filet fortifié de mes raisons s’engorgera Or la lutte est lassante contre les autres, le sens commun, le remords et le néant – un corps à corps sans merci Sachez que si je succombe mon ombre n’aura pas de paix pour avoir livré sans défense le pays naissant de la dure géologie de mon silence Louise Herlin, L’amour exact, éditions de la Différence, 1990. **** En des rondes d'or et de sang Aux printemps des années bissextiles Elles entraient par les fenêtres Très vite, s'imposaient Des explosions de nerfs, de lèvres saoules La crucifixion de l'aube Nos draps de lit défaits Célébraient chaque matin la création du monde Innombrables les papillons bleus De nos nuits blanches Innombrables les levers du jour, en équilibre Sur nos corps confondus Innombrables, les aveux faibles et tièdes Qui déchirèrent un silence Anéanti et fiévreux Aux printemps des années bissextiles, Elles entraient par les fenêtres Mais avant les étés Elles disparaissaient dans leurs cafés Avec des morceaux de sucre blanc A toutes les femmes avec qui j'ai fait l'amour et dont il ne me reste rien Nice 2005 Paul Mari
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Epsilon |
Date du message : décembre 9, 2009 00:00 |
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CHANTS À CÔTÉ Pour tout vous dire (ou presque) Voilà. J'habite par 49°39' de latitude Nord et 2°01' de longitude Ouest. J'y prends le vent (secteur dominant nord-quart-nord-ouest) dans tous les sens ; j'y prends la mer (quelquefois) ; je prends mon temps ; des mots me surprennent. Je n'écris pas de poésie figurative. C'est Pierre Soulages qui a dit : « Je ne représente pas, je présente. » Eh bien voilà, je ne figure pas, je défigure et c'est du tohu-bohu élémentaire et verbal que je mets en espace, en musique, en crise, en désordre, que je bricole avec ma caisse à outils rhétoriques et intertextuels. Je connais la manœuvre mais je me soucie peu d'acrobaties, d'installations, de dispositifs, de performances formalistes post-modernes ou post-post-modernes… Je règle des comptes avec d'obsolètes soudards et dieux à ferrailles, toges ou barbes, avec moi-moi-moi (par hygiène). J'ajoute des paquets d'oiseaux et de mer, un ébouriffé foutoir botanique, du bleu, beaucoup de bleu. Il y a dans certains coins, dans les ombres de cet état de choses (pourquoi ne pas le dire ?), le formidablement discret sourire, le désordre limpide et déchirant de Dieu. Ce sont les viscères ou l'écume du monde et de la réalité dans leur tout, leur moins que tout, leur presque plus que tout. Il n'y a qu'un piéton anonyme, une figure nomade et bancroche en marche dans les nuits dévorées/dévorantes, sous les mansardes hirsutes chevelues des cieux en bataille ; la mer bossue s'affuble et se démène ; une étoile fume ; les pluies picotent un lièvre, des schistes, un deltaplane ; la forêt sent le bétail bleu et le poumon froid. Le passant pisse aux lisières, il bée dans la rature des choses ; les vents bourrus effacent ses traces provisoires ; éberlué il dégoise et dégobille ses rengaines, ses palimpsestes, ses psaumes sans trémolos lacrymogènes ou pathétiques (il ne regarde pas lyriquement son nombril) ; il court plus loin, il baguenaude, il passe outre, droit devant, droit devant… Tout ça s'écrit à la va comme je te pousse, et c'est l'aubaine et c'est l'absence. Il y a, heureusement, ce que j'oublie et ce que j'ignore. Cherchez bien, ça vous trouvera. HENRI DROGUET
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Epsilon |
Date du message : décembre 12, 2009 00:26 |
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Je recueille ton silence comme les bulles du brochet qui passe entre les racines des saules, comme le mutisme de la forêt qui se reforme après la promenade devant la tanière des sangliers. C'est ton pays, où Sisley mourut pauvre en ayant ajouté de la lumière aux feuilles, du ciel aux rivières. Tu as rejoint l'énigme de tes pères et, la sentant monter en moi, je cherche des mots qui éclairent le temps, des mots que nos enfants puissent interroger quand il m'aura fermé la bouche à mon tour." Jean-Pierre Lemaire, L'intérieur du monde, poème tiré de Simple mortel, à mon père, Cheyne / Manier-Mellinette Editeur, 2002 **** LE ROI MALADE à Jeanne-Marie Le miracle est si lent qu’on ne peut le suivre ; à la fin, tu verras le soleil du soir, plus haut dans le ciel, te rendre la terre un long après-midi. Que faire de ce temps nouveau avant le terme ? Un vent léger moire les champs de luzerne. Bientôt, tu reprendras la tâche abandonnée. Bientôt. Mais d’abord, tendre la main vers le soleil, invisible tant qu’il était au zénith, familier maintenant, dans le pommier, au bord des toits et sur le mur à ton chevet. Devenu dans ton cœur mortel un visage sans déclin. (Jean-Pierre Lemaire (inédit)
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Epsilon |
Date du message : décembre 13, 2009 23:31 |
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L'amour au premier regard ils pensent tous deux qu'un sentiment subit les a unis belle est cette certitude plus belle encore l'incertitude ils croient que ne se connaissant pas rien n'a jamais eu lieu entre eux mais ces rues ces escaliers ces couloirs où depuis longtemps ils ont pu se croiser j'aimerais leur demander s'ils n'ont pas souvenir peut-être dans une porte tournante ou un jour face à face quelque part non dans la foule au téléphone mais c'est une erreur mais je sais leur réponse non ils ne s'en souviennent pas mais tout commencement n'est qu'une suite depuis si longtemps déjà le hasard a joué avec eux pas tout à fait prêt à se changer en destin qui les rapproche les éloigne leur coupe la route et étouffant un rire se sauve un peu plus loin il y a eu des signes indéchiffrables qu'importe il y a trois ans peut-être ou bien mardi dernier cette feuille qui a volée d'une épaule à l'autre un objet perdu ramassé qui sait peut-être un ballon déjà perdu dans les fourrés de l'enfance mais tout commencement n'est qu'une suite le livre du destin toujours ouvert il y a eu des poignées des sonnettes où sur la trace d'une main une autre s'imprimera des valises côte à côte à la consigne et peut être une nuit un même rêve dès le réveil au matin effacé mais tout commencement n'est qu'une suite le livre du destin toujours ouvert au milieu W.Szymborska **** ENCORE Dans les wagons plombés des noms traversent le pays, mais où s'en vont-ils ainsi et quand descendront-ils enfin, cela ne me le demandez point, je ne le dirai pas, n'en sais rien. Le nom Nathan frappe sur la portière, le nom Isaac, dément, se met à chanter, le nom Sarah implore de l'eau pour le nom Aaron qui dès lors à la soif succombe. Ne saute pas du train en marche, nom David, nom qui con*****e à être vaincu et que nul ne veut plus donner, nom sans abri, trop lourd à porter dans ce pays. Que mon fils ait un nom bien slave car ici on compte chaque cheveu, car ici on distingue le bien du mal suivant le nom et la coupe des yeux. Ne saute pas du train. Miroslaw sera le fils. Ne saute pas. Il n'est pas encore temps. Ne saute pas. La nuit retentit comme le rire et singe le grincement des roues sur les rails. Un nuage d'hommes a couvert le pays, du grand nuage une petite pluie, une petite pluie, une larme, un temps sec. Les rails mènent dans un bois noir. C'est comme ça, crie la roue. Le bois est sans clairières. Comme ça, comme ça. Un transport d'appels s'en va. Comme ça, comme ça. Réveillée la nuit, j'entends les coups sourds du silence dans le silence. Traduction. Lucienne Rey Wislawa Szymborska, Dans le fleuve d’Héraclite, Maison de la Poésie Nord/Pas de Calais, 1995
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Epsilon |
Date du message : décembre 16, 2009 00:38 |
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LES DEMI-VÉRITÉS L’intimité de ceux qui ont écrit, en vérité, nous est inconnue. Les poèmes intimes, peutêtre, nous touchent. Et cela suffit. Celui qui souvent nous fait le plus de mal, celui qui nous encourage le plus, n’est pas celui qui d’ordinaire a fréquenté les puits de la douleur, ni celui que le bonheur capricieux, respecte, mais celui qui en nommant le mal et le plaisir sait nous faire le plus grand mal ou prodiguer l’encouragement le plus sûr. Les demi-vérités, qui sont, comme nous, insuffisantes, vaines, tortueuses, souvent nous rendent plus proche l’entière vérité. En fin de compte la vérité nue est un territoire toujours aussi étroit que stérile, et ce n’est pas parce qu’il est connu qu’il se montre généralement moins ridicule. Nue, la vérité, en fin de compte, apparaît comme un personnage à demi-dévêtu. Que peut nous apprendre la certitude ? Où nous conduit le fait d’avoir deviné l’étrange condition du monde mérité ? Elle nous conduit au silence, ou peut-être à raconter nos demi-vérités. Ce sont deux actes d’essence très différente : l’un est triste et stérile et l’autre est stérile et tout aussi triste. De La vie de frontière Carlos Marzal.Traduction de Claude LE BIGOT
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Epsilon |
Date du message : décembre 18, 2009 01:28 |
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Encre du cri J’habite à la pointe des terres venteuses entre les seins d’une femme océane avec les éléphants de mer et leurs cohortes de vestales avec les armuriers géants qui mûrissent les métaux avec les seigneurs des eaux les prophètes hallucinés je suis le fils des morts et de la poussière l’amant sacrifié d’une sorcière exilée sur une ’île transparente j’entends battre le cœur du soleil dans le sel de mon sang j’entends respirer la terre dans sa robe vespérale une mémoire me manque pour dire toute la vérité pour dire l’horreur et la beauté d’exister je n’ai que le cri pour résister au silence de ce dieu irrité qui dresse des murailles entre les vies que nous rêvons je n’ai que mes mains pour serrer dans mes bras l’enfant à la tête de dragon je cherche ce que nul ne trouve à moins de s’exposer vivant à la rose des sables la belle aventurière dans son château d’énigmes celle qui fait rêver les troubadours errants celle qui guide les gitans à travers les arcanes du temps la fée des fous qui fait tomber la tête de ses amants dans un gouffre sans fin de voluptés cruelles celle qui défait les nœuds serrés des rubans noirs celle qui saigne lorsque le jour la surprend nue dans le courant de la rivière celle qui aime un prince dément à califourchon sur un loup celle qui s’évapore lorsque j’ouvre les yeux pour rétablir l’irréalité profonde de ce monde qui est de nous-mêmes un reflet notre seul accomplissement possible. j’habite au bord des tempêtes et des grandes marées ANDRE CHENET
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