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Date du message :
mars 7, 2009 02:46
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on écoute leurs histoires on attend la fin de l'égouttoir de mémoire et de corps qui ne cesse d'en finir de finir
on écoute le temps lent couler dans leurs paroles le moindre devient montagne on entend doucement s'ébouler le tas de neige
quand de l'histoire traverse leur histoire c'est comme s'ils avaient peur
on écoute on attend on passe dans ce jour le jour ralenti des gestes on comprend la lourdeur d'un manteau ou le besoin d'un châle
tout est si rabougri dans cette vie grignotée comme si cela devait durer toujours alors que les morts dansent de plus en plus vite autour
(…/…)
Antoine Emaz - extrait de "RAS" - Éd. Tarabuste
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Date du message :
mars 7, 2009 10:56
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Pierre-Alain Tâche
Perte d’Hélène
Et maintenant que je la vois où elle n’est pas – au fond d’un tombeau d’ombre bleue où passent des colombes d’or – j’accole une voix déclinante au souffle qui survit. Pour retarder la perte inéluctable. Je prends ce qu’elle a dit dans le livre, et plus tard – l’un n’allant pas sans l’autre – au revers cru de ses beaux masques, comme seule et même eau, ne pouvant la garder en esprit telle qu’elle me fut donnée, lorsque, ingénu, je lisais, devant la montagne mythique.
Est-ce bien la même montagne – et que dire de moi, maintenant? Je confondais le désir et l’ardeur. Hélène avait pour elle une lumière ; et j’ai transhumé longuement dans l’ubac, où l’éclat de sa chair a faibli. Son silence de feu, ses rumeurs, je les aurai noyés – sous d’autres masques! Un jour certain, je devrai la laisser sous le ciel de lit d’un ciel pur – et libre d’un roman non écrit. Je serai sous la cendre de neige ardente. Et c’est pourquoi je rends (mais c’est elle qui me perd encore) sa touffe sombre au matin clair.
Pierre-Alain Tâche
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mars 7, 2009 13:42
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Dès que tu entres dans ma chambre tu la fais se tourner vers le soleil. Le front sur toi de la plus faible lueur et c'est tout le ciel qui t'enjambe.
Pour que mes mains puissent te toucher il faut qu'elles se fraient un passage à travers les blés dans lesquels tu te tiens, avec toute une journée de pollen sur la bouche.
Nue, tu te jettes dans ma nudité comme par une fenêtre au-delà de laquelle le monde n'est plus qu'une affiche qui se débat dans le vent.
Tu ne peux pas aller plus loin que mon corps qui est contre toi comme un mur. Tu fermes les yeux pour mieux suivre les chemins que ma caresse trace sous ta peau.
LUCIEN BECKER(1911-1984 )Plein amour
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Il y a bien une raison pour que le vent se lève, torde les arbres en un geste dément, arrache les feuilles, s’apaise et recommence. Il y a bien une raison pour que la mer avance et recule inlassablement, ronge les roches, convulse les bateaux. Y a-t-il bien une harmonie de ces forces contraires à l’oeuvre dans nos corps, nos paroles, nos rêves même, et qui se cherchent, s’affrontent, s’accouplent, fécondant l’avenir ? Il y a bien un sens à la souffrance, à l’extase, au délire ? Il y a bien un début et une fin à toute chose Ou n’est-ce que béance ?
COLETTE GIBELIN
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Date du message :
mars 9, 2009 13:46
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Copla
J'ai vu ta mort dans le regard où tu m'offrais ta demande secrète
tu as vu mon amour dans le silence où j'ai partagé ta blessure secrète
chacun trouve ce qu'il ne cherche pas chacun donne ce qu'il ne possède pas
j'ai vu ta mort dans le pays où tu revivais ton enfance secrète
tu as vu mon secret dans l'amour où tu as réalisé ma demande oubliée
chacun reçoit ce qu'il n'a pas demandé chacun donne ce qu'il n'a pas reçu
tu as vu ma mort dans la perte où j'ai rejoint ton amour désincarné
Alain Suied
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Date du message :
mars 10, 2009 01:29
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HYPOTHESE....
Tant que ça n'aura pas été fait ça reste une hypothèse Frileuse tenace Enrobée de désir Comme une noix sa bogue Un devenir une passion Quelque chose sans âme - N'ont une âme que les choses qu'on connaît - A l'existence farouche Immense de création Un fantôme Moins réel qu'une ombre Plus vivant que le coeur qui bat Et rigide comme un vol de perdrix
On attend C'et un engoulevent qui lève Ou l'un de ces cailloux à pois qui fossilisent Les bourrasques et les déchaînements Pas de mémoire quand on attend Devant Ce serait plutôt digne d'un seul mot Que je ne connais pas Où le temps ne se manifeste pas encore C'est un avant Prémices tremblements Avant que rien n'ait été fait Tout est vivant Et le fruit et le vent à l'état d'ivresse Et la courbe avant cercle Et l'amour avant geste
On attend Et déjà vient la transparence Où se précisent et se bousculent Ces instants qui Avant s'efface La mémoire fixe ce gitan qui vient là-bas De si loin qu'on dirait un aimant A la voix de miroir Prise par une efilochure de sang Tout est brisure possible Un plaisir déchirant Et l'astreinte à demain C'est un rêve et une providence
On attend Ce n'est plus tout-à-fait l'attente ça va se faire On le sait on le sent On le veut du ventre et des mains La raison s'en empare On le fera C'est un début de quête Dont on ne voit pas la seconde Et pourtant Et pourtant Il arrive que rien ne se passe Et plus rien n'existe du tout Comme on peut gommer un silence ! On attend L'hypothèse produit son divertissement Et résout le rythme à apprendre En avant le ciel s'est obscurci Basculé déchiré dilapidé peut-être L'arc-en-ciel est bougie Et le nombre ineffable Avant que ne retombe la réalité sourde A grands traits sur le choix Destruction
Avant c'est dominante La folie et la déraison la victoire Après c'est dominée Puisque tout recommence Tant que ça n'aura pas été fait
Tiré du recueil "Qu'ils explosent" (1983)
ISABELLE NORMAND
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Date du message :
mars 10, 2009 03:18
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C'est par les veines de la terre que vient Dieu, par les pieds qui sont racines dans l'humus et la pierre, vers les cuisses, l'aine humide et douce comme un herbage de varaigne, et non du ciel virginal où il ne trône pas. ... Sur un lit de faînes rousses je le contemple par les pores de l'inconscience et j'adore la senteur fauve qui transsude de sa présence abyssale. ... Érigé dans la folle avoine je le traque, l'aurochs éternel hérissé d'angons, dont l'œil béant m'invite à la chasse infinie.
Frederic-Jacques TEMPLE . La Chasse Infinie /éditions Granit 1995
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Date du message :
mars 10, 2009 14:23
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Monologue de Monsieur Diable
A vingt ans, tu optes pour l’enthousiasme, tu vois rouge, tu ardes, tu astres, tu happes, tu hampes, tu décliques, tu éclates, tu ébouriffes, tu bats en neige, tu rues dans les brancards, tu manifestes, tu lampionnes, tu arpentes la lune, tu bois le lait bourru le vin nouveau l’alcool irradiant, tu déjeunes à la branche, tu pars à la découverte, tu visites l’air les champs les ruines les métropoles les stades et les musées les jungles et les églises les arènes les volcans les chutes les fjords les oueds les lagunes les bayous les canyons les toundras les déserts les grandes salles des châteaux les jardins suspendus les pyramides les mégalithes les catacombes les cavernes ornées les blanches montagnes les théâtres étoilés la mer Océane, tu bolides, tu pagaies, tu varappes, tu dribbles, tu crawles, tu voles à voile, tu hameçonnes les filles, tu t’amouraches, tu gamahuches, tu renverses la vapeur, tu déploies les couleurs, tu dérides les bonzes, épouvantes les bigotes, scandalises les vieux birbes, tu convoles un jour dans l’infanterie un jour vers les oiseaux-lyres les aigles-bugles les cygnes au cri de cuivre un jour avec les clartés furieuses les splendeurs d’ombre la nature, tu idéalises, tu ambitionnes, tu adores, tu détestes, tu brilles…
A quarante ans je te retrouve rongeant ton frein, tu fondes sur la sympathie, il y a un cerne noir à toute chose, tu déshabilles du regard, tu convoites, tu prémédites, tu disposes tes chances, tu te profiles, tu places ton sourire tes phrases tes bouquets tes collets tes canapés, tu estimes, tu escomptes, tu commerces, tu carbures à prix d’argent, tu te pousses dans les milieux, tu médis du tiers et du quart ou fais du plat selon le rang, tu arroses, tu gobichonnes, tu prends du ventre, tu prends des mesures, tu prends médecine, tu te mets au vert, tu récupères, tu remets ça, tu enrobes et lisses le cheveu, tu ne veux pas avoir l’air, tu opères comme en glissant, tu serpentes, tu attaques par le faible, tu escarmouches à petits coups de Champagne, tu endors les chagrins, tu tamises les lampes, tu officies sous le manteau de la nuit… mais se réveiller : la grisaille la routine les manigances les vacheries… comme tu voudrais un jeu neuf ! que s’il t’était donné, tu laverais les sons, ressourcerais les images, procéderais à la toilette des Muses des Grâces des bonnes fées, or tu débloques, tu calcules, tu cogites, tu épilogues, tu fais silence…
A soixante ans tu dates, tu radotes, tu perds la main l’ouie tes dents, le cœur te faut, les jambes te flageolent, tu tombes en faiblesse, encore un peu et tu retombes dans une enfance touchée à mort…
HENRI PICHETTE . EPIPHANIES.
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Date du message :
mars 11, 2009 03:36
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Bonjour, pauvre visage 1.
Bonjour, pauvre visage si tu as choisi, dans la rigueur du matin, de revenir dans l'être si tu portes, sur le front la rosée des morts comme si le combat de la nuit avait noyé les ombres comme si tu reprenais pied dans l'apesanteur du vivant.
Tu portes les marques les traces , les éclairs de mémoires inconnues. Tu sais, par l'âme ou le cerveau que des rires et des cris ont martelé ta face. C'était un autre jour c'était une autre langue dans le premier éclat de l'univers. Et si tu écoutais vraiment la rumeur du Temps tu pourrais presque saisir le fantôme de nos vies.
Bonjour pauvre visage si tu as choisi, dans la candeur du matin, de revenir dans l'être si tu portes, sur le front l'absurde ignorance des vivants comme si le combat de la nuit avait déçu les ombres comme si tu perdais pied dans l'océan de la vérité.
2.
Le métier d'être: on ne voulait pas l'apprendre On ne se voyait pas emportés par le fleuve du Devenir. Ni menacé par les tourbillons de la perte. Mais sont venus les fantômes au milieu des rires et des flots.
On ne se voyait pas dépossédés par le fleuve de la Naissance. Ni emprisonnés par un lieu inexistant. Mais sont venus les symboles au milieu des cris et des blessures.
Le métier d'être: il est toujours inachevé. C'est pour donner un visage à tous nos regards perdus. C'est pour se rejoindre, un jour au bord de l'infini au bout de nos métamorphoses.
ALAIN SUIED
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Date du message :
mars 11, 2009 12:12
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Pour parler, dit le cochon,
Ce que j’aime c’est les mots porqs :
glaviot grumeau gueule grommelle
chafouin pacha épluchure
mâchon moche miche chameau
empoté chouxgras polisson.
J’aime les mots gras et porcins :
jujube pechblende pépère
compost lardon chouraver
bouillaque tambouille couenne
navet vase chose choucroute.
Je n’aime pas trop potiron
et pas du tout arc-en-ciel.
Ces bons mots je me les fourre sous le groin
et ça fait un pöeme de porq.
Jacques Roubaud . Les Animaux de tout le monde, Seghers, 2004
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Date du message :
mars 12, 2009 01:31
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La neige offrait ses caresses aux sapins saccagés, et toi
qui voulais serrer les étoiles sur ta poitrine, tu aidais la nuit à tomber,
tu lui confiais la neige qui faisait des maisons minuscules sur chaque aspérité des branches à terre,
et les sapins se consolaient de mourir sous cette blancheur qui laissait comme
un vide étrange dans ton envie de pleurer.
Richard ROGNET
***
Tu couds sur mes lèvres
Tu couds sur mes lèvres des baisers de fée, tu cherches le chant mineur qui abasourdit mon jardin, tu ne sais pas, chère flamme, que je ne suis plus avec moi, qu'un autre corps me désespère et termine mes rèves à ma place, tu insistes pourtant, avec le cri des oiseaux qui frôlent étangs et pelouses, tu ignores qu'un terrible orage prend la voix de tout l'univers.
Richard ROGNET [Lutteur sans triomphe, éditions l'Estocade]
*** Dahlia mauve, pale dahlia dans le désastre des ronces —
la maison, une petite ferme, n'attend plus personne depuis longtemps — on sent
sur elle le poids des saisons, et même quand il fait beau, la lumière l'offense
en frôlant le rideau déchiré, à la fenêtre de la cuisine,
rideau de fine dentelle, rideau d'ancienne patience.
Richard ROGNET (Le promeneur et ses ombres, Gallimard 2007)
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Date du message :
mars 13, 2009 02:13
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IMPROMPTU DE TABAGO
Jaspe noir que ce minuit cette nuit toute une grappe tourne et tourne sous la main hanche lisse argile sombre rôde encore svelte cruche t'arrondis comme la paume lune épaule épanouie sois pavane lune noire sur la pointe de ton pied d'une paume sois la joue et contre la joue oiseau cruche toute sois un pleur parole en forme de larme sombre ou d'un grain de raisin goût d'argile goût de rhum goût de larme goût de brume à l'aube fine chemise qu'un souffle disperse en bruine pour qu'au noir d'aube sois brume grain d'argile chair de poire cruche pure figue bleue de salive revêtue mais gorgée obscur sanglot langue laquée et léchée mais de tes grains couronnée cruche mon figuier en feux posée au port de Bordeaux sois plus ronde sous la main maison où jeunesse habite d'un alto l'âme sonore mais oreille d'aromate où se chuchote le jais en trille délicieux figue sèche lèvre épaisse violette et vanillée banane mûre ce cou qui déteint le long des flancs tulipe la sombre joue qui renferme ses cachous maison de musique cruche musique de Tabago tourne ton chancellement entre les doigts et t'incline et t'inclinent tes coteaux nous versant fraîcheur de chai parfum de vin voyagé tout le flanc d'un cargo lourd d'une nuit chaude d'épices d'une sueur d'août humée cargo de vin charge creuse de mots purs sous notre langue de grain de peau doux couteau cruche de vin chancelante qui déborde sur les hanches soit touffes soit cheveux grappe boucles par bouquets ce soir cruche en vigne toute entière telle un adolescent tournante bien fessu lorsqu'il se lève de sources grives frémie mon argile aux mille pampres chair de Pâme si le doigt trace en couleuvre en lierre de l'orteil jusques au souffle frêle fêlure un éclair
Bernard Manciet .Impromptus – © L’escampette, 1997
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Date du message :
mars 14, 2009 01:54
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litanie du coup de la foudre
1 je... 2 c'est lui 3 j'en suis sur 4 c'est lui,c 'est lui 5 aussitôt j'ai su 6 à l'instant même où il 7 mon sang a fait son grand tour 8 à l'instant même où je l'ai vu 9 dès que je vous ai vu, tu m'as plu 10 dès qu'il m'a regardé, je n'ai plus pu 11 dès ce moment je n'ai eu de cesse de 12 il a suffi que vous, il a fallu que tu (oui) 13 mon cœur l'a reconnu au premier coup de son œil 14 c'était en bas, dans la rue, chez des amis, au café (il pleuvait) 15 son âme toute entière vaut le regard, détour, voyage 16 le vous aime depuis que je vous ai vu avec vos cheveux 17 je vous aime depuis que tous ces yeux que vous m'avez balancé 18 je vous aime pour cette façon dont vous m'avez dit je vous aime 19 je vous aime sur mon coeur, sans les mains, sous les pieds, plus si affinités 20 je vous aime pour c'est comme si nous nous étions toujours déjà rencontré 21 dès qu'il est apparu, tout de suite il m'a sauté aux yeux et il m'a fait les poches 22 je vous aime pour ce moi qui m'aimais toi qui t'aimais et nous qui n'avons vu que nous 23 j'aime votre tète, j'aime votre bec. et les plumes, et les ongles, j'aime ton tronc 24 à l'instant où, sitôt que, aussitôt que dès cet instant dorénavant (c'est pas ça du tout) 25 je vous aime pour ma gorge s'est renouée, mon sang n'a fait qu'un, mes veines sont devenues bleues 26 vous m'avez donné le goût des larmes, des chaudes larmes, du sel dans la bouche, du petit salé 27 je vous aime pour tout ce sang que vous avez retourné jusqu'à ce que mon plus grand silence apparaissse 28 c'était chez des organes, Il pleuvait, c'était au café, dans une salle d'attente, c'était, c'était là 29 quand je pense que je nous attendais depuis tant de temps, depuis tout le temps, depuis tout de suite, depuis là 30 pour ma sécurité ne tentez pas de monter en voiture au moment de ma fermeture et du chant du départ 31 pour votre félicité entrez sur vos mains courantes en marchant dans ma vie essuyez-vous les pieds (c'est pas ça non plus) (non) 32 pour ce qu'avant de quoi je n'existais pas, je ne vivais pas, je n'existais pas auparavant, le n'existais pas vraiment (non, non vous ne pouvez pas dire cela, Rosalie) 33 je ne pense qu'à vous, je ne mange plus, je ne dors plus, je ne pense plus, je ne pense qu'à nous, je ne pense plus qu'à moi 34 quand je pense, quand je pense que vous (pensez-vous ) quand j'y pense, je me rappelle tant de choses, mais je n'y pense pas souvent. /...
JACQUES REBOTIER
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Date du message :
mars 15, 2009 01:51
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Robe
La poésie aujourd'hui est une bonne robe parce qu'elle emprunte et parce qu'elle est douce à enlever. Mais quoi dessous ? Des oies qui rejoignent la mer au moment où la pluie tombe sur le pays d'Auge. La poésie est le vêtement ana-logue. Haute robe - Ôte robe. Elle est de l'air dans une cloche et du secret commun. Elle est la peau. Je bois à plein verre ses baisers, mouillures, coulures de papiers, pleines pages. Et le bruit d'écrire comme du petit ongle sur une robe volée, la trousse d'une chambre ouverte, une pomme de terre cuite à l'eau. Bonne robe contre le vent velours c'est la robe qu'on salue. Ventre de son bord de louve c'est le broc ! Trêve de noces, Rien d'offensant ! La poésie, non ! La poésie c'est la robe sanglante de César percée par trente mains et la brutalité de telle déchirure suscite l'image d'un bûcher où jeter le corps. Que le feu la fumée fassent un rucher de cette chair crépitante et coulent les abeilles graisseuses ! Ô comme elles roulent en criant de la robe du corps ! La poésie c'est ça : mettre le feu dans un lieu riche où l'on renverse tout : longue chemise par excellence fourrée de galons bouillonnés qu'on découpe et qu'on donne comme l'écriture échancrée, fendue, où l'échange est un regard évidé ouvert à l'envers mais qui laisse entrevoir des tiges de guingois.
Pierre Lartigue, poème paru dans la revue Révolution, 1982.
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Date du message :
mars 15, 2009 16:01
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Je te serre dans mes bras la nuit commençant. Serrer, mais non, Trop sombre elle ne nous laisse même pas les arbres. Je me rapproche. Je vois encore, peut-être encore un peu, je vois le dessin d’une feuille près d’une autre. Chacun existe, même par terre et je ne vois plus quoi, c’est ici. La nuit donc, au cas où on aurait oublié.
Dans l’obscurité, je vais voir tes yeux ouverts Très doucement et très vivants. C’est nous pas engloutis, la montagne noircie garde une seule courbe, Et la mer, quand le soleil descend la mer brille tellement Si l’on reste près d’elle, Pour voir encore.
Que ton sexe se détende ou se rende -Fente infime, lueur soulevée – Ta douceur demande ma douceur. On a peur qu’il suffirait d’une seule fois, Alors se coucher Se coucher autant de fois qu’il faudra Pour apprendre le mouvement de l’amour sur la terre.
ARIANE DREYFUS
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L'île de la cité
Assis sous le grand saule de l'île de la Cité je peux rester des heures à regarder les bateaux défiler des images s'accumulent dans mes yeux
la Seine c'est plus petit qu'un front dans les mains d'une femme elle tend ses quais ses ponts ses brumes avec les mêmes soupirs qu'elle pousse envers les hommes
la nuit la lenteur fausse le sommeil de l'eau quelquefois des noyés remontent avec eux un carnet de regrets les morts voyagent avec leurs larmes
la lune à leur chevet se glisse un passant se permet d'y laisser ses sanglots comme on pleure en son lit un amant disparu
nul coeur n'a l'amour qu'il désire
ROBBERT FORTIN
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Date du message :
mars 17, 2009 02:03
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NUAGES
Dits, dédits, amours, méprises, et jour et nuit, l'un dans l'autre, le blanc valant le noir et tous - fil blanc perdu dans les bois, fleuve plein de gestes et d'appels, mare aux canards miteux- tous s'en vont finir dans le pur océan et nul n'y revendique : moi,moi, moi, comme ici, nul qui cherche à bâtir pour lui seul une barque pérenne, un nom contre le temps et gravé dans la pierre, nul car le ciel est à eux, qu'ils dénouent et font bouger, les nuages .
Guy Goffette
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Nuit noire, nuit blanche (extrait)
Elle dort sans défense pendant que ça fouille dans son terreau à rêves jusqu'au plus lointain, jusqu'au-delà des racines de tout. Ses mains sont libres d'elle et bougent. Sa bouche bredouille . des bouts d'enfance entre deux souffles apaisés. Parfois, ce qui remue ou qui luit au fond d'elle dans les débris d'anthracite, c'est une ivresse délicate. Alors ses lèvres, ses yeux fermés . sont à merveille un sourire. Parfois, ça lutte dessous sa peau brutalement, un pugilat sans fin. Ce sont ses monstres privés. Ces nuits-là, on voit de l'effroi. Toutes les tendresses butent . sur ce violent désarroi. Plus tard, on entend le très lèger bruit du ressac. La mer tranquille à nouveau roule des brisures de coquilles sur le sable de ses paupières, lentement.
Philippe Longchamp
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