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  Famille : Poèsie d'aujourd'hui


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Auteur

Sujet : Présence des poètes

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : juillet 25, 2009  04:46


Mon amour, mon amour
le grand bonheur que me donnent tes mains
c'est le bonheur d'une chose
qui saurait qu'elle est belle

Tuiles romaines
qui aiment
leur rondeur
Collines

que charme la mélodie de leur profil
Mes seins jaillis du lait horizontal
convoitent leurs étoiles soeurs

prisonnières dans tes doigts

Le grand bonheur que me donne ta bouche

est celui d'une chose bu
qui se réjouit de son goût

Liqueur Saveur Faveur Salive
Le grand bonheur que me donne ton sexe

est le bonheur des choses gouvernées
le bonheur des choses qu'on ouvre
le grand bonheur des choses éclatées
le grand repos des choses immobiles.


MIREILLE SORGUE.



-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : juillet 26, 2009  04:24



La porte nocturne

Fou, flou, un feu glacial s'agite sous les larmes, sous les pétales du souffle dernier, qui
se d

ilue. Je suis comme arrachée.
Ce souffle, ton souffle!

Combien de fois l'ai-je cherché, angoissée, à travers le silence, de peur qu'il ne cessât,
cette odeur humide et claire, qui s'élevait avec la légerté de la sève et retombait avec la
certitude du bonheur.

Oscillation immuable et magique de ta respiration!

La conscience, comme un éclair, s'attache aux rayons de lune, pour éviter la fêlure
impatiente qui siffle dans ma poitrine. Les mains s'effleurent et se rassemblent. Dans la
chaleur tremblante de leur impuissance, elles se résignent et dessinent les fleurs du
voyage. L'âme pourpre encore estampillée de rosée se pose et se repose dans ce
brasier d'effusions. Puis, peu à peu,elle s'abandonne, tachée d'illuminations mystiques.

Je veille la mort dans une couverture de neige blanche!

En palpant l'inévitable passage, une peur hagarde, prête à déverser une coulée de
larmes noires, brûle en mes artères les derniers rayons de notre union. La révolte
sanglante est proche. Mais devant la paix de ton regard s'éveille en moi le silence et la
douceur troublante de l'attente.

A l'aube de ton absence, je ne veux que la transparence des poussières de blé et non la
furie du despéré. Je ne veux que ton rire, testament de ta joie, ton sourire, immobile à
jamais sur ma blessure. Et si je ne soutiens le silence proche des ténèbres, le chant des
lilas nous enveloppera.

Mais la brume nocturne grandit sur ton visage et me dévoile pour la première fois le reflet
de ta finitude. Tout cesse alors d'exister! Tout se mélange, dans le balancement gris de
la nuit, la vie, tes yeux, mon sang, la mort!

Qui dira les peurs des prunelles, les sursauts de soleil?

Son regard fleuri des étoiles et de mes baisers se dresse encore une fois sur la plaine.
Elle joue la danse verte et jaune du talus. Entre mes mains, immobile, elle n'a jamais été
si vivante, traversée par la lumière d'or de cet unique automne. Mes doigts en ont gardé la
couleur du miel!
Elle a la forme des hivers comme celle des étés.
Un baiser monte... L'amour a flambé!
Sa tête s'endort dans mes mains. Mon âme roule en ses songes.


Julie Delaloye

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : juillet 27, 2009  04:05


Lettre d'amour (1960)

Pas facile de formuler le changement que tu as fait en moi.
Si je suis en vie maintenant, j'étais alors morte,
Bien que, comme une pierre, indifférente totalement,
je restais là immobile suivant mon habitude.
Tu ne m'as pas seulement bougée d’un pouce, non -
Ni même laissé ajuster mon petit Œil nu
A nouveau vers le ciel, sans espoir, bien sûr,
De pouvoir saisir le bleu, ou les étoiles.
Ce n'était pas ça. Je dormais, disons : un serpent
Masqué parmi les roches noires comme une roche noire
dans le hiatus blanc de l'hiver -
Comme mes voisines, ne prenant aucun plaisir
A ce million de joues parfaitement polies
Qui se posaient à tout moment afin de faire fondre
Ma joue de basalte. Et elles devenaient larmes,
Anges pleurant sur des natures monotones,
Mais je n'étais pas convaincue. Ces larmes gelaient.
Chaque tête morte avait une visière de glace.
Et je continuais de dormir, comme un doigt tordu
La première chose que j'ai vue n'était que de l'air pur
Et ces gouttes enfermées qui montaient en rosée,
Limpides comme des esprits. Tout alentour
Beaucoup de pierres compactes et inexpressives
Je ne savais pas quoi faire de cela.
Je brillais, écaillée de mica,
et déroulée pour me déverser tel un fluide
Parmi les pattes d'oiseaux et les tiges des plantes.
Je ne m’étais pas laissé berner. Je t'ai reconnu aussitôt.
L'arbre et la pierre scintillaient, sans ombres.
La longueur de mes doigts a grandi, lucide comme du verre.
J'ai commencé à bourgeonner comme rameau de mars :
Un bras et une jambe, un bras, une jambe.
De pierre au nuage, ainsi je me suis élevée.
Maintenant je ressemble à une sorte de dieu
Je flotte à travers l'air, âme tournoyante,
Aussi pure qu'un pain de glace. C'est un don.

Sylvia Plath,

(envoi d'un visiteur : Marcello)

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : juillet 28, 2009  03:43


regarde ma main qui telle
une aile
vaque, balance de gauche à droite,
active, adroite,
vive, nerveuse,
heureuse,
hésitante quoique sûre d’elle :
dans ses élans sur la feuille,
comment sait-elle
qu’elle écrit ou dessine, recueille
la forme des mots qui gîtent en moi,
disant un quelque chose d’inconnu,
de l’ordre du savoir ou de la foi,
qui ne saurait demeurer perdu
et qu’elle cherche et sent et trouve,
tel un fouineur de truffes d’autrefois,
plus profond en sa tanière,
que ne se tient le lièvre ?


Des mots qui lancent loin l’esprit
soulèvent l’âme éprise d’infini,
la portent au rire aussi bien qu’aux larmes,
la dévorent et la créent dans leur flamme,
la jettent dans le trouble d’un corps avide
dont hardiment elle éprouve les sens
à n’importe quel prix pour aussitôt les fuir.


Je les regarde, ces deux folles,
accompagner l’indécise qui vient, une parole,
comme devinant ce qu’elle dérobe
quoique encore à enrober de notes,
et traçant à l’avance
- selon sa fougue ou sa paresse, sa danse -
le désarroi qui l’épouvante,

le désordre qui l’accable
la douleur qui l’obsède,
ou l’obscure joie dont elle vit.


Quel lien les relie à la pensée
pour une seconde encore informulée ?
Quel éclair les traverse
quand l’orage me cherche ?


Si je les attachais derrière moi
ne serais-je pas soudain muet,
incapable d’exprimer comme de faire
et réduit dès lors à me taire ?
Car leur mouvement, tout intuitif,
me porte à une juste délivrance,
lui dont s’accompagne
mon hésitante naissance.

------------------------------------

Oublier, s’il le faut,
tout ce qui est d’ici :
rien d’autre en somme
que le visage de la mort !

Quoique résonne en moi la musique du vent,
m’épousent le grondement allègre des vagues
et
l’odeur de lait sûr des enfances d’autrefois…
Quoique encore s’entendent, pourtant oubliés,
des rires vifs qui furent de toutes mes joies…

Quoique hélas s’invitent, plus violents que la peur,
des cris qui toujours me furent tels des pleurs
comme venus d’ailleurs ou de noires prisons
jamais connues, jamais visitées, jamais pourtant jamais
perdues de vue par les temps les plus sombres :
ils me parlent de l’effroi d’amis inconnus
jetés aux poubelles de l’Histoire,
sacrifiés aux mythes du progrès,
éliminés au profit d’un Moloch
plus absurde que l’absurde néant.

(D’un recueil inédit qui se nomme « Face à l’effroi ».

DOMINIQUE DAGUET

merci Marcello

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juillet 29, 2009  00:26


« C’est moi. Réveille-toi. Debout. Viens ! J’ai besoin des craquements de tes vingt ans. J’ai
besoin de ta main dans la mienne. Sois-moi complice. Lève-toi. J’ai besoin de marche avec toi
dans la nuit. Ardemment. Marcher en silence en bousculant des formes, des vents, des ruades de
parfums, des clartés qui passent. Marcher longtemps, le cœur en marche. Les dents serrées. Les
routes et les pierres et les arbresEt le cœur en marche dans la nuit. Le cœur dans la gorge et
les dents serrées.
Tu le sais bien où nous allons… Tu t’imaginais que nous allions cueillir les boutons de roses et
d’aurore ? Tu crois que j’avais besoin de toi pour trouver l’autre ? Alors, pourquoi me demander
où nous allons. Et moi, tu crois que je le sais ? Pourquoi donc veux-tu le savoir ?
Allez, marche, sinon jamais nous n’arriverons. »

Benard Manciet

Accidents .Poèmes traduits de l’occitan par l’auteur


Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juillet 30, 2009  02:15


L'ARBRE

Quand ma porte est fermée , que ma lampe est éteinte
et que je reste enveloppée dans l'haleine du crépuscule
je sens bouger tout autour de moi
des branches , les branches d'un arbre

Dans ma chambre que nulle autre habite
l'arbre étend une ombre douce comme un voile
Il vit silencieux , il croit sans doute
il devient ce que veut un inconnu

Une puissance spirituelle , une puissance secrete
a mis sa volonté dans les racines cachées de cet arbre
Parfois , j'ai peur, je demande anxieusement :
Sommes-nous si sûrement amis ?

Mais il vit calmement , il pousse tranquille
je ne sais vers ou il tend , vers ou il veut aller .
Il est doux et magique d'habiter si près
de quelqu'un que l'on ne connait pas

KARIN BOYE


Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juillet 31, 2009  02:40


Le peuple du soleil

I
Il coule entre mes doigts le murmure du monde
Je ne sais pas s'il vit cet oiseau que je tiens
Ou s'il veut s'endormir au secret de ma paume
J'ai besoin de son chant, de son vol j'ai besoin
Il est blanc cet oiseau, je le nomme Colombe
C'est le clair messager des armes du printemps
Et moi je suis blessé de tant de terre et d'onde
En laissant mon oiseau s'envoler dans le temps.

II
Je dis l'arbre, l'enfant, je dis soleil, planètes
Et tout devient plus clair ----- écoutez immortels
Les mots de mon amour, je dis oiseau prunelles
Et vous battez déjà le grand vol de vos cils
Ils ne mourront jamais les mots que je répète
Ces dieux ne s'usent pas ------- voici les fruits, les fleurs
Voici la biche au lac que sa clarté reflète
Voici la femme et l'homme et voici l'univers.

III
Lorsque je combattrai les fauves et les guerres
N'ayant pour tout soleil que l'amure du cœur
Vous me suivrez mes yeux, plus haut que la prière
Et vous ma main de flamme au royaume des fleurs
Vous cueillerez le lys, le thym, la marjolaine
Pour apaiser les dieux, vous cueillerez la mort
Lorsque je combattrai les fauves et les guerres
Vous me suivrez mes yeux, vous me suivrez mon corps.

IV
Mais quel est cet oiseau que nul ne peut atteindre
Et qui vit dans les cœurs et s'envole en chantant
On le nomme la joie, il dissipe les limbes
Et traverse d'un vol le plus clair de nos ans.
Mais quel est cet oiseau qui dépasse nos têtes
Tantôt d'air et de feu, tantôt de terre et d'eau
Ce simple chant dans l'arbre apaise les planètes
On l'écoute pour vivre au pays des oiseaux.

V
Les mains peuvent parler quand les bouches se taisent
Et quand les yeux sont clos peuvent danser les doigts
Mais privé de la voix, du regard, de l'oreille
N'étant plus rien qu'un corps écrasé sur le bois
Blessé de solitude à l'autre bout du monde
Dans un fleuve de sang roulant au fond des mois
J'aurai toujours assez de forces et de foi
Pour jeter cet oiseau qu'on appelle Colombe.

VI
Peuple de ce temps dur, il te faut réapprendre
La langue du soleil ------- il te faut décimer
Les démons de la nuit. En soufflant sur la cendre
Tu peux faire jaillir un grand arbre de mai
Peuple voici venir à toi les mille orphées
Ne les repousse pas, peuple qui t'émerveilles
D'un simple oiseau de jour, d'une bûche enflammée
Orphée t'offre la joie, Ô peuple du soleil !

ROBERT SABATIER (Merci BABY POUR CE POEME!)

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : aout 1, 2009  12:23


Poème de séparation 1

Comme aujourd'hui quand me quitte cette fille
chaque fois j'ai saigné dur à n'en pas tarir
par les sources et les noeuds qui s'enchevêtrent
je ne suis plus qu'un homme descendu à sa boue
chagrins et pluies couronnent ma tête hagarde
et tandis que l'oiseau s'émiette dans la pierre
les fleurs avancées du monde agonisent de froid
et le fleuve remonte seul debout dans ses vents


je me creusais un sillon aux larges épaules
au bout son visage montait comme l'horizon
maintenant je suis pioché d'un mal d'épieu
christ pareil à tous les christs de par le monde
couchés dans les rafales lucides de leur amour
qui seul amour change la face de l'homme
qui seul amour prend hauteur d'éternité
sur la mort blanche des destins bien en cible


je t'aime et je n'ai plus que les lèvres
pour te le dire dans mon ramas de ténèbres
le reste est mon corps igné ma douleur cymbale
nuit basalte de mon sang et mon coeur derrick
je cahote dans mes veines de carcasse et de boucane


la souffrance a les yeux vides du fer-blanc
elle rave en dessous feu de terre noire
la souffrance la pas belle qui déforme
est dans l'âme un essaim de la mort de l'âme


Ma Rose Stellaire Rose Bouée Rose Ma
Rose Éternité
ma caille de tendresse mon allant d'espérance
mon premier amour aux seins de pommiers en fleurs
dans la chaleur de midi violente

GASTON MIRON
******************




Epsilon
Admin famille
France

Date du message : aout 3, 2009  00:44

Je me faufile

Je me faufile entre les heures
pour te saisir
toi le temps maigre des encoignures
et t’habiter
en mage étreinte
Je m’évertue
à t’investir
à te clouer contre les portes
et mes années battent en mesure
à tous les noms
que l’on te donne sans le vouloir
tailleur d’habits
d’ici d’ailleurs
qui du plus loin m’énamoures
pour t’arrêter
à fleur de nuit
pour me tromper
à peine

Jacques Fusina

***   

LES MOTS APPRIVOISÉS

Les mots apprivoisés
s’assemblent
au bout du compte
au bout des terres
Les mots cerceaux
s’enroulent
et roulent
et dégringolent
le long des pentes
Les mots mensonges
se mirent
et se fondent en nous
comme un lisse poison
Les mots étranges
se sont égaillés
la bride sur le cou
à perte de vue
Les mots tissus
alors se mettent en
marche
et progressivement
grommelant
ils remontent la pente
Les mots vérité
parlent à tous
s’affrontent à nous
en âcre miel

Jacques Fusina, Retour sur images, Stamperia Sammarcelli, Biguglia, 2005.

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : aout 6, 2009  01:06

Puissance des yeux qui s’ouvrent sans retour les soupirs

Puissance des yeux qui s’ouvrent sans retour les soupirs
répétés par groupe de cent milles s’agglutinent autour.

Le vent à n’en plus finir dans mes pieds en vérité mes
souvenirs se couchent sur le sol ardent de l’air.

Désirs oui désirs une source la peur de ne plus être il eût
fallu à propos de l’eau ou simplement à peine la
nommer.

Et le signe de sa présence jusqu’à la frontière avez-vous
déjà pleuré par haine de l’espace.

Il semble que j’aie besoin de vous seul derrière ma voix
je me retourne je n’ai plus rien et je suis riche.

Les sortilèges se dégagent de nouveau par autosuggestion
les bras croisés sans bouger je demeure avec 1,2,3,4,5,6,
7,8,9,10.

François Charron

***   

Les statues pleurent sur la solidité]

Les statues pleurent sur la solidité qui n'existe pas les
âmes sont dangereuses.

Je sens ce que je sens à quoi sert le hasard sinon à lire les
étoiles.

Même le feu s'imagine qu'un fantôme éclatant se présenta à
ma vue alors je recule.

L'obscurité pointe vers la coupure à tel point que mon cœur
pense trou dans une feuille.

On aurait voulu réchauffer les arbres on se dépouille on
sort regarder sa souffrance dans la matière.

Il est temps d'allumer sa lampe avec une douceur
rassurante et aller vers la lumière même si la lumière
est un mythe


François Charron

***

Mes paupières se referment doucement sous tes lèvres, renoncer à soi-même nous
enfante. Ce qui compte ici n'a plus d'identité. Aimer est un mystère nourri par le feu. La
certitude d'être vivant laisse la porte ouverte. Nous nous amusons aisément sous le
soleil, nous buvons ensemble la fluidité du silence. Notre conscience fascinée s'en
trouve comme agrandie. ***

Je te prends par la taille, les plis de ta robe bougent. Notre âme d'enfance nous parle
tout
bas. Les secondes s'écoulent. Nous avons des yeux, nous avons des mains. Nos
haleines se mêlent, tu te mets à gémir doucement. Notre corps d'avant le sens attire sur
lui toute la clarté du monde, la loi qui nous invente a oublié notre place en face du miroir.
Ce qu'il s'agit d'élucider brûle très lentement dans notre voix.

François Charron


Epsilon
Admin famille
France

Date du message : aout 7, 2009  01:06

Chants du cygne avec tambourins et flutiaux par Henri Droguet

l
Premier venu défunt sursitaire
il taillera la forcenée stupeur
la fureur brouillonnante
du confus fourré permo-carbonifère
il passera le saut-de-loup laissera
à main gauche un morceau de lumière fourchue
(brève baignade)
il forcera par en bas
la porte petite tintante et légère
et bleue (n'oublie pas: bleue)
fera juste trois pas
dans l'allée de galets roses

ce sera un jardin sauvage
le fredon monodique apaisant des mouches
l'intempestif orage enfin suspendu
le ventre du monde
l'é-ja-cu-la-ti-on formidable de Dieu
nous irons nous irons

en habit la pie
fait la queue clopine dégoise à sa ripaille
au ciel plombé large débaroule un caillot
très noir on passe l'eau on trotte à la lande
déjà Merlin rit sous ses aubépines.

2 novembre 2001

2
La mer dans l'Est hostile et rechignée
vague soleil inconsistant
le ciel bleu gentiane
est vide énormément
quelques nuages se guindent aux lisières
je regarde la terre crue

Ah! Saint-Frusquin priez pour nous!
4 novembre 2001

3
Tout ce tintouin
vagues grises verrous nuages jaunes
le ciel barricadé
le vent robuste les effarants bosquets
tondus sous les houles des nuits
et la terreur
quelquefois

l'opiniâtre et très las saumon
se dresse et gagne l'eau première
jette sa ponte dans l'évidence lumineuse
de sa fin

un marteau clair tamponne une enclume
au fond d'une forge
une porte grince
l'oiseau bienvenu chante sec sa/notre vie
brève embuscade coma furtif effraction
dans rien presque l'éternité.

7 novembre 2001

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : aout 7, 2009  23:26

Liste des langues que je parle

Je parle

en cambré du kiki en qui
en écrit en bestiau
en ziau en fiou en artiau

en mégère vit poivré
en alectrop
en harpi plu-humé

en glas en pis
en pire en père pipi
en ni

en nenni en ni
en pot d'lati
en tapin en salingue

en cuisse en trique
en sac loustic

en déglingue
en églin lacté
en dératé

en lutin gris en crise
en cheese ! en cheese !
en anglois
en moyen haut émoi
en étrusque en osque en atrosque
en truc â s'mosquer du
loquedu

en gallo en gaulois
gan l'oumois
ango ! ango !
en angoûmois
en glottois en novarinois

en mourmé en belligéré
en digéré
en joychien
en petit chien

en argon en gergon
en dourbesque en germanon
nen calao ren otwelsh
en cant en *****ney en belche

en coquillart en soudard
pan populolacan
en guyotard

en gland en gluche en francillot
en bamboché en boché
en ritalon
en pariglotte en pampluchion
en jigollier
en sabir

en euple blanc en pli d'pélite
en hoplite en peuhl
en bêche-de-mer en pidgin
en jean ! en jean !

en lingua franca
en moi
en moi
en blin blesquin en loucherbem
en largonji
en nargondu
en javanais
en back-slang du Touquet
en petit-nègre comme la pègre
embourge en besque en bourbesque
en arabesque

en bran en coprocopte
en linéaire en B
en cul d'néiforme
en égypton
en japonié
en litterletter
en cerveaucrobate
en mamerdloque
en célinien
en mécrit

en neuf glotté en grappe
en gland vieux slave
en verlan
en vers et contredanse
en cadence

en haut-landais
en betterave
en flemme ingambe
en viande de geôle
en gnole de jambe

en os-vrai-chien
en sue-des-doigts
en fin d'langué
en chair-de-main
en merde-de-chien

en han
en han han nan
en hi han
en ahan
en nanan
en non

en non !

en sou arable
pendule de gare
en tambouille en décline

en import en déglaise
en chlic de chloc
en excitant
en breton
en breton

en oualon zorrifique
en glamoureux
en ego défectueux
en jacte de marque
en txtien
en chien

en trou
en trou

en rien du trou
en vers et contre trou
en cours d'étrou
en vis et en versa
en rut et en bagoût
en caca

en caca

encaca

et cetera !

Christian Prigent

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : aout 9, 2009  04:30



Point de vue

Pour retraverser tant d’années, il suffit parfois d’une colline à redescendre : sitôt la rivière
atteinte, votre pas d’homme a disparu ; un pied d’adolescent casse les roseaux secs,
froisse les
poésies, les feuilles mortes et dessine au sable de la rive la même empreinte jadis
noyée par les
grandes eaux. Quelques larmes de moins, le sentiment plus aigu d’une ignorance
illimitée, les
désordres du sang domptés ou mués en puissance continue – tout cela n’est que
nuances et
n’introduit pas de différence profonde entre la rêverie ancienne et la nouvelle, au bord de
la
même eau sans profondeur sous sa carapace de reflets miroitants. Qu’est ce que ce
monde veut
dire ? Et s’il n’a pas de réponse à nous donner, pourquoi feint-il sans trêve un discours ?
Maintenant comme jadis, cette fuite et cette présence simultanées à mes pieds de l’eau
perpétuelle murmurent indéfinissablement quelque chose et je sursaute quand le merle
me scande
(c’est bientôt la nuit) une question indubitable.

Gustave ROUD . Air de la Solitude --- Poésie/Gallimard – 2002

   

La folle

Elle a les cheveux blancs, très blancs. Elle est jolie
Encore, dans sa robe aux chiffons de couleur.

Elle emporte, en passant, des branches qu’elle oublie :
Les jardins sont absents et morte est la douleur.

Elle a des yeux d’enfant qui reflètent les jours,
Eau transparente où passe et repasse une fuite.

Sa sagesse est donnée avec des mots sans suite,
Des mots divins qui vont mourir dans le vent lourd.

Edmond-Henri Crisinel (1897-1948)(Le veilleur, éditions des Trois collines, 1939)

   


Epsilon
Admin famille
France

Date du message : aout 12, 2009  01:31

ET LA LEGENDE

J’ai été aveuglée par le vent
Qui soufflait en tornade
L’odeur d’herbe coupée flottait dans la maison
Il y avait du rose au ciel sur les coteaux

J’ai vu des milliers d’êtres
Lever la toison d’or alors que s’enfle un chœur
J’ai vu l’eau claire surgir en cascade
Et baigner des fleurs blanches
Et la tempête se calmer
Il y avait du rose au ciel sur les coteaux

Tu es venu et tu es là
J’ai laissé faire ce qui germait en moi
Levant peureusement puis de plus en plus vite
Hors du cercle où j’étais enfermée
Et je découvre qui je suis, qui je peux être
Qui je serai sans l’être devenue
Avec envie de tout connaître et le goût de me battre
La certitude aussi de ne pouvoir grand-chose
Sur ma vie quelquefois
Au rythme des saisons qui se font malgré moi

Je suis enchâssée lourdement dans la terre
Dans le chant d’un oiseau et les rosiers en fleurs
Je suis le fruit qui gonfle
Et le blé à perte de vue
Et le fléau qui bat et l’ombre du bois qui tombe
Et la fraîcheur d’un mur de pierre en plein soleil
Je suis le causse et la légende
Il y a du rose au ciel sur les coteaux
On dirait, on dirait la vie
Et le soupir secret d’un enfant qui s’étonne…

Isabelle Normand

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : aout 13, 2009  09:33


Solo
Solo de mes pensées dolentes
musiques enfuies motets anciens
tout périt dans les marées violentes
l’Océan tracasse des pianos
à la gueule des chiens

Seigneur me voici c’est moi
je viens à vous issu d’un pays de mer
les tempêtes ont réjoui mon amère jeunesse
la liesse des alizés roulait dans les collèges
les goélands croisaient dans mes classes latines
des Maris Stella à matines
éclataient dans les nefs
les noroîts jouaient de l’harmonium
délirium du graduel
cantique des grèves ivres
O les navires et les chapelles
Etoile de la mer
Qu’ai-je fait de ma chère jeunesse ?

Seigneur me voici c’est moi
dans les bonnes auberges
j’ai traîné ma détresse
les bouteilles entonnaient des pavanes
dans les verres je buvais des rengaines
les bars roulaient comme des rivières
j’ai prié comme jamais dans les ivresses
faisant des femmes des suzeraines
qu’elles fussent allemandes
bretonnes françaises
leur beauté glorifiée par l’absinthe
dissolvait la bassesse
c’était ma tournée aux tables saintes

Seigneur
les bars chantent toujours dans les villes
ma santé trop vile les déserte
je ne vois plus les Belles
qu’au fond de ma mémoire
Brestoises Rhénanes ou Parisiennes
elles ont quitté mon domaine
fermons les persiennes
sur mes cinquante et une années
j’écrase les feuilles mortes
dans les allées
les temps ronge les vies et les grimoires
adieu les Reines les bars et camarades
je tiens comme un pourboire
votre souvenir
adieu mes fêtes et mes délires
adieu mes désirades

(…)
Xavier Grall

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