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Famille : Révèlations poètiques.
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Sujet : Les poèmes de notre page d'accueil
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Epsilon |
Date du message : mai 25, 2009 01:00 |
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VOYAGEUR(EUSE) Ce sont de grandes herbes folles Dans cette plaine ouverte au vent, Un arbre au feuillage dément, Un plumage d'oiseau s'y colle. Va voyageur des hautes terres, Tout le désert enfle tes mains Sans qu'il soit vrai qu'aux lendemains Il ne reste que la poussière. Ce ne sera que le murmure Qu'on écoute dans les sentiers, Le bruit que font tous les métiers Dans le village en bas qui dure. Et qu'il sonne une heure à l'église Tu n'en comptes plus les échos Toi qui vas répétant les mots Qu'une bouche ne les redise. Si seul déjà que tu t'en ailles Suivant le glissement des eaux, Et qu'il monte au soir des plateaux Encore un appel des sonnailles Vers un feu aussi loin qu'il brille Reviens, voyageur (euse), redescends La colline, et comme un passant Fais le geste d'ouvrir la grille. Rouben Mélik *** HIVER Ce bruit de portes ma mémoire Comme on s'y fait de vivre mal. Que ce soit l'orgue d'une foire Ou la fleur de tulle d'un bal C'est longtemps avant qu'on ne parte Avant que l'aube n'ait changé Le bleu du ciel sur une carte Que l'on devient cet étranger, Que l'on regarde son visage Comme pour la dernière fois Et que l'on devine son âge Aux déchirures d'une voix. Mémoire avec toutes ces choses Que l'on sait bien qu'on laissera Ce mal de vivre qui repose Si près du cœur s'y brisera. Que ce soit l'orgue d'une foire Ou la fleur de tulle d'un bal, Ce rien d'un air dans la mémoire, Cette couleur qu'on verra mal Ils sont de loin comme on emporte Avec sa vie un air de rien, Si près du cœur ce bruit de portes Comme un battant qui va et vient. Rouben MELIK
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Epsilon |
Date du message : mai 26, 2009 01:24 |
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La mort de l'amour Bientôt l'île bleue et joyeuse Parmi les rocs m'apparaîtra; L'île sur l'eau silencieuse Comme un nénuphar flottera. A travers la mer d'améthyste Doucement glisse le bateau, Et je serai joyeux et triste De tant me souvenir bientôt! Le vent roulait les feuilles mortes; Mes pensées Roulaient comme des feuilles mortes, Dans la nuit. Jamais si doucement au ciel noir n'avaient lui Les mille roses d'or d'où tombent les rosées! Une danse effrayante, et les feuilles froissées, Et qui rendaient un son métallique, valsaient, Semblaient gémir sous les étoiles, et disaient L'inexprimable horreur des amours trépassés. Les grands hêtres d'argent que la lune baisait Etaient des spectres: moi, tout mon sang se glaçait En voyant mon aimée étrangement sourire. Comme des fronts de morts nos fronts avaient pâli, Et, muet, me penchant vers elle, je pus lire Ce mot fatal écrit dans ses grands yeux: l'oubli. Le temps des lilas et le temps des roses Ne reviendra plus à ce printemps-ci; Le temps des lilas et le temps des roses Est passé, le temps des œillets aussi. Le vent a changé, les cieux sont moroses, Et nous n'irons plus courir, et cueillir Les lilas en fleur et les belles roses; Le printemps est triste et ne peut fleurir. Oh! joyeux et doux printemps de l'année, Qui vins, l'an passé, nous ensoleiller, Notre fleur d'amour est si bien fanée, Las! que ton baiser ne peut l'éveiller! Et toi, que fais-tu? pas de fleurs écloses, Point de gai soleil ni d'ombrages frais; Le temps des lilas et le temps des roses Avec notre amour est mort à jamais. MAURICE BOUCHOR **** La ressemblance Sur tes riches tapis, sur ton divan qui laisse Au milieu des parfums respirer la mollesse, En ce voluptueux séjour, Où loin de tous les yeux, loin des bruits de la terre, Les voiles enlacés semblent, pour un mystère, Eteindre les rayons du jour, Ne t'enorgueillis pas, courtisane rieuse, Si, pour toutes tes soeurs ma bouche sérieuse Te sourit aussi doucement, Si, pour toi seule ici, moins glacée et moins lente, Ma main sur ton sein nu s'égare, si brûlante Qu'on me prendrait pour un amant. Ce n'est point que mon coeur soumis à ton empire, Au charme décevant que ton regard inspire Incapable de résister, A cet appât trompeur se soit laissé surprendre Et ressente un amour que tu ne peux comprendre, Mon pauvre enfant ! ni mériter. Non : ces rires, ces pleurs, ces baisers, ces morsures, Ce cou, ces bras meurtris d'amoureuses blessures, Ces transports, cet oeil enflammé ; Ce n'est point un aveu, ce n'est point un hommage Au moins : c'est que tes traits me rappellent l'image D'une autre femme que j'aimai. Elle avait ton parler, elle avait ton sourire, Cet air doux et rêveur qui ne peut se décrire. Et semble implorer un soutien ; Et de l'illusion comprends-tu la puissance ? On dirait que son oeil, tout voilé d'innocence, Lançait des feux comme le tien. Allons : regarde-moi de ce regard si tendre, Parle-moi, touche-moi, qu'il me semble l'entendre Et la sentir à mes côtés. Prolonge mon erreur : que cette voix touchante Me rende des accents si connus et me chante Tous les airs q'elle m'a chantés ! Hâtons-nous, hâtons-nous ! Insensé qui d'un songe Quand le jour a chassé le rapide mensonge, Espère encor le ressaisir ! Qu'à mes baisers de feu ta bouche s'abandonne, Viens, que chacun de nous trompe l'autre et lui donne Toi le bonheur, moi le plaisir ! Félix ARVERS (1806-1850) (Recueil : Mes heures perdues)
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Epsilon |
Date du message : mai 29, 2009 00:39 |
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Ce matin là j'étais le premier homme à t'annoncer le lever du soleil à regarder tes yeux s'en eclairer le premier à te dire que tu es douce que c'est trop peu de le dire que tu étais une chance pour la journée que je préparais dans la cuisine Elle nous serait longue elle irait jusqu'à la rivière jusqu'au bois jusqu'à l'arbre et sa racine Le premier à te dire que la vie est belle que nous en sommes Ce matin là était bien né de sa nuit et nous étions les premiers à qui il souriait Mais les fleuves ne passent-ils pas par les rocs Toujours vont vers la mer vers le lieu où ils ne sont plus et deviennent l'océan Yvon Le Men .Quand la rivière se souvient de la source chez Jean Picollec *** SONNET La gomme coule en larmes d'or des cerisiers. Cette journée, ô ma chérie, est tropicale : Endors-toi donc dans le parterre où la cigale Crie aigrement aux coeurs touffus des vieux rosiers. Dans le salon où l'on causait, hier vous posiez... Mais aujourd'hui nous sommes seuls - Rose Bengale ! Endormez-vous tout doucement dans la percale De votre robe, endormez-vous sous mes baisers. Il fait si chaud que l'on n'entend que les abeilles... Endors-toi donc, petite mouche au tendre coeur ! Cet autre bruit ?... C'est le ruisseau sous les corbeilles Des coudriers où dorment les martins-pêcheurs... Endors-toi donc... Je ne sais plus si c'est ton rire Ou l'eau qui court sur les cailloux qu'elle fait luire... FRANCIS JAMMES (1868-1938)
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Epsilon |
Date du message : mai 30, 2009 00:35 |
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CASTA PIANA Tes cheveux bleus aux dessous roux Tes yeux très durs qui sont trop doux, Ta beauté, qui n'en est pas une, Tes seins que busqua, que musqua Un diable cruel et jusqu'à Ta pâleur volée à la lune. Nous ont mis dans tous nos états, Notre-Dame du galetas Que l'on vénère avec des cierges Non bénits, les Ave non plus Récités lors des Angélus Que sonnent tant d'heures peu vierges. Et vraiment tu sens le fagot : Tu tournes un homme en nigaud, En chiffre, en symbole, en un souffle, Le temps de dire ou de faire oui, Le temps d'un bonjour ébloui, Le temps de baiser ta pantoufle. Terrible lieu, ton galetas ! On t'y prend toujours sur le tas À démolir quelque maroufle, Et, décanillés, ces amants Munis de tous les sacrements, T'y penses moins qu'à ta pantoufle ! T'as raison ! Aime-moi donc mieux Que tous ces jeunes et ces vieux Qui ne savent pas la manière, Moi qui suis dans ton mouvement, Moi qui connais le boniment Et te voue une cour plénière ! Ne fronce plus ces sourcils-ci, Casta, ni cette bouche-ci ; Laisse-moi puiser tous tes baumes, Piana, sucrés, salés, poivrés, Et laisse-moi boire, poivrés, Salés, sucrés, tes sacrés baumes ! PAUL VERLAINE A Charles Baudelaire Je ne t'ai pas connu, je ne t'ai pas aimé, Je ne te connais point et je t'aime encor moins : Je me chargerais mal de ton nom diffamé, Et si j'ai quelque droit d'être entre tes témoins, C'est que, d'abord, et c'est qu'ailleurs, vers les Pieds joints D'abord par les clous froids, puis par l'élan pâmé Des femmes de péché - desquelles ô tant oints, Tant baisés, chrême fol et baiser affamé ! - Tu tombas, tu prias, comme moi, comme toutes Les âmes que la faim et la soif sur les routes Poussaient belles d'espoir au Calvaire touché ! - Calvaire juste et vrai, Calvaire où, donc, ces doutes, Ci, çà, grimaces, art, pleurent de leurs déroutes. Hein ? mourir simplement, nous, hommes de péché. PAUL VERLAINE.(recueil, Liturgies intimes )
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Epsilon |
Date du message : mai 31, 2009 22:08 |
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IL NOUS EST ARRIVÉ DES AVENTURES Il nous est arrivé des aventures du bout du monde Quand on vient de loin ce n'est pas pour rester là (Quand on vient de loin nécessairement c'est pour s'en aller) Nos regards sont fatigués d'être fauchés par les mêmes arbres Par la scie contre le ciel des mêmes arbres et nos bras de faucher toujours à la même place. Nos pieds n'étaient plus là pour nous attacher dans la terre Ils nous attiraient tout le corps pour des journées à perte de vue. Il nous est arrivé des départs impérieux Depuis le premier jusqu'à n'en plus finir À perte de vue dans l'horizon renouvelé Qui n'est jamais que cet appel au loin qui module le paysage Ou cette barrière escarpée Qui fouette la rage de notre curiosité Et ramasse en nous de son poids Le ressort de notre bond On n'a pas eu trop de neiges à manger On n'a pas eu à boire trop de vents et de rafales On n'a pas eu trop de glace à porter Trop de morts à porter dans des mains de glaçons Il en est qui n'ont pas pu partir Qui n'ont pas eu le courage de vouloir s'en aller Qui n'ont pas eu la joie aux yeux d'embrasser l'espace Qui n'ont pas eu l'éclair du sang dans les bras de s'étendre Ils se sont endormis sur des bancs Leur âme leur fut ravie durant leur sommeil Ils se sont réveillés en sursaut comme des domestiques Que le maître surprend à ne pas travailler On n'a pas eu envie de s'arrêter On n'a pas eu trop de fatigues à dompter Pour l'indépendance de nos gestes dans l'espace Pour la liberté de nos yeux sur toute la place Pour le libre bond de nos coeurs par-dessus les monts Il en est qui n'ont pas voulu partir Qui ont voulu ne pas partir, mais demeurer, On les regarde on ne sait pas Nous ne sommes pas de la même race. Ils se sont réveillés des animaux parqués là Qui dépensent leurs ardeurs sans âme dans les bordels Et s'en revont dormir sans s'en douter Ils se sont réveillés des comptables, des tracassiers, Des mangeurs de voisins, des rangeurs de péchés, Des collecteurs de revenus, des assassins à petits coups, Rongeurs d'âmes, des satisfaits, des prudents, Baise-culs, lèche-bottes, courbettes Ils abdiquent à longue haleine sans s'en douter N'ayant rien à abdiquer. C'est un pays de petites bêtes sur quoi l'on pile On ne les voit pas parce qu'ils sont morts Mais on voudrait leur botter le derrière Et les voir entrer sous terre pour la beauté de l'espace inhabité. Les autres, on est farouches, on est tout seuls On n'a que l'idée dans la tête d'embrasser On n'a que le goût de partir comme une faim On n'est déjà plus où l'on est On n'a rien à faire ici On n'a rien à dire et l'on n'entend pas de voix d'un compagnon. HECTOR SAINT-DENYS GARNEAU
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Epsilon |
Date du message : juin 2, 2009 12:40 |
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Les maisons Les maisons aux pieds fatigués ont davantage d’escaliers. Les maisons aux mains crispées n’ont plus de balustrades. Les maisons aux yeux qui s’aveuglent ont davantage de lumières. Les maisons aux cœurs qui éclatent sont en ciment. Les maisons de la mort lente ont un night-club au rez-de-chaussée. Trad. Dominique Grandmont -------------------------------------------------------------------------------- Là-bas L'enfer, ou le présent? Et qu'y a-t-il avant? Cela continuerait à cause de nous-mêmes ? Ou bien n'y a-t-il que folie commune, jusqu'au délice d'une destruction protéiforme ? Combien de serpents empêchent notre rencontre dans la cendre, le sable et la poussière du désert, lequel grandira de toute incertitude ? Ah, il n'y a que dans la mère que ce qui a été pleuré depuis longtemps continue à verser des larmes… (La Mère) Traduction Clarice Cloutier, Benoit Meunier, J. G. Páleníãek -------------------------------------------------------------------------------- Comme des enfants Présence d'une femme ! À tout moment ? Oh non! Notre vécu commun peut être un amour allant contre l'amour. Seulement dans la douleur, nous sommes comme des enfants : nous cherchons la mère. L'enfant : il ne sait pas, et le voilà qui pleure ! Nous non plus, nous ne savons pas, mais ce n'est qu'après que nous pleurons… (La Mère) Traduction Clarice Cloutier, Benoit Meunier, J. G. Páleníãek VLADIMIR HOLAN
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Epsilon |
Date du message : juin 4, 2009 10:48 |
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Grande bête dorée, Amour couleur de femme Grande bête dorée, Amour couleur de femme Les bras ouverts, debout au milieu du chemin Que faites-vous de moi dans cette blanche flamme ? Soutiendrais-je longtemps son éclat inhumain ? Laissez donc ma sagesse étendre un peu ses ailes, Passer ce bel oiseau sur mes livres déserts ; Laissez aller mon chant à des amis fidèles Et battre ce coeur dur quand je forme un beau vers. Je retrouve partout votre force pliante Vos longues mains, partout vos mains toutes-puissantes, Ces délices sur moi sans que j'ouvre les yeux Hélas ! et ce plaisir où le corps se dénoue, - Comme un soldat fuyard s'empêtre dans la boue Tombe parmi les morts et se perd avec eux. Odilon-Jean Périer.Le promeneur *** LA DOGANA Est-ce que je crois en Dieu, je ne sais je ne sais plus il faut que j'oublie et je t'invente le matin lorsque je vais le long des quais vers la Douane de la mer payer le prix qu'il faut à l'instable fortune la forme verte et noire et couturée des femmes pour voir mon vrai lion, son cours et son discours sa crinière de force à tes reins savoureux et l'aigle rouge du désir adoucie par le temps, adorée par le bleu où l'amour a son rang de plumes et de pensées. Devant l'inépuisable beauté des eaux et la rose de la tour l'automne fait sonner la cloche des brouillards il est temps d'acquitter les droits de l'amour jeune tout le prix d'amour fier affrontant les années. Avec la grâce en son péril, il faut patience il faut le peuple de la main pour ouvrir cette ville ou cette vie profonde produire un vrai lion qui marche sur la mer et dans l'espace des amants mène la barque noire et rebroussée du temps. HENRI BAUCHAU
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-grimalkin- |
Date du message : juin 5, 2009 03:15 |
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RETOUR DE L'ENFANT PRODIGUE (1922) Ouvrez cette porte où je pleure. La nuit s'infiltre dans mon âme Où vient de s'éteindre l'espoir, Et tant ressemble au vent ma plainte Que les chiens n'ont pas aboyé. Ouvrez-moi la porte, et me faites Une aumône de la clarté Où gît le bonheur sous vos lampes. Partout, j'ai cherché l'Introuvable. Sur des routes que trop de pas Ont broyées jadis en poussière. Dans une auberge où le vin rouge Rappelait d'innombrables crimes, Et sur les balcons du dressoir, Les assiettes, la face pâle Des vagabonds illuminés Tombés là au bout de leur rêve. À l'aurore, quand les montagnes Se couvrent d'un châle de brume. Au carrefour d'un vieux village Sans amour, par un soir obscur, Et le coeur qu'on avait cru mort Surpris par un retour de flamme, Un jour, au bout d'une jetée, Après un départ, quand sont tièdes Encor les anneaux de l'étreinte Des câbles, et qui se referme, Sur l'affreux vide d'elle-même, Une main cherchant à saisir La forme enfuie d'une autre main, Un jour, au bout d'une jetée... Partout j'ai cherché l'Introuvable. Dans les grincements des express Où les silences des arrêts S'emplissent des noms des stations. Dans une plaine où des étangs S'ouvraient au ciel tels des yeux clairs. Dans les livres qui sont des blancs Laissés en marge de la vie, Où des auditeurs ont inscrit, De la conférence des choses, De confuses annotations Prises comme à la dérobée. Devant ceux qui me dévisagent, Et ceux qui me vouent à la haine, Et dans la raison devinée De la haine dont ils m'accablent. Je ne savais plus, du pays, Mériter une paix échue Des choses simples et biens sues. Trop de fumées ont enseigné Au port le chemin de l'azur, Et l'eau trépignait d'impatience Contre les portes des écluses. Ouvrez cette porte où je pleure. La nuit s'infiltre dans mon âme Où vient de s'éteindre l'espoir, Et tant ressemble au vent ma plainte Que les chiens n'ont pas aboyé. Ouvrez-moi la porte, et me faites Une aumône de la clarté Ou gît le bonheur sous vos lampes. Jean Aubert Loranger[Poète québécois : 1896-1942]
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-grimalkin- |
Date du message : juin 6, 2009 03:45 |
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Une femme. Mais maintenant vient une femme, Et lors voici qu'on va aimer, Mais maintenant vient une femme Et lors voici qu'on va pleurer, Et puis qu'on va tout lui donner De sa maison et de son âme, Et puis qu'on va tout lui donner Et lors après qu'on va pleurer Car à présent vient une femme, Avec ses lèvres pour aimer, Car à présent vient une femme Avec sa chair tout en beauté, Et des robes pour la montrer Sur des balcons, sur des terrasses, Et des robes pour la montrer A ceux qui vont, à ceux qui passent, Car maintenant vient une femme Suivant sa vie pour des baisers, Car maintenant vient une femme, Pour s'y complaire et s'en aller. Max Elskamp.(1862-1931)
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-grimalkin- |
Date du message : juin 7, 2009 03:28 |
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Amour notre parole comme un soleil brûlant dans un ciel de nuit savoir ce qu’aimer veut dire dans la lumière perpétuelle du deuil de sa propre enfance tant d’ombres peuplent notre espace divisé tant de routes parallèles de mots oubliés je suis ici aujourd’hui demain soir et matin présente je suis où je peux voir le jour simplement se lever notre langue naissante nos corps morcelés exhument notre paysage réel Amina Saïd
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Epsilon |
Date du message : juin 8, 2009 00:21 |
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Amour, je ne viens pas dénouer vos cheveux Amour, je ne viens pas dénouer vos cheveux. Déserte, toute armée, inutile étrangère, Je vous laisse debout dans un peu de lumière Et je garde ce corps pur et mystérieux. Mais pardonnerez-vous ce merveilleux ouvrage ? Vous perdez un trésor à suivre mon conseil. - Comme une eau solitaire où descend le soleil Renonce pour tant d'or aux plus beaux paysages, Ainsi les mouvements, les ruses de la vie, Ces faiblesses, ces jeux, cette douce agonie, Vous n'en connaîtrez pas le redoutable prix. Toute pure à jamais mais toute prisonnière, Vous resterez debout comme un peu de lumière, Sans vivre, sans mourir, dans les vers que j'écris. Odilon-Jean Perier
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Epsilon |
Date du message : juin 9, 2009 05:55 |
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Dormir avec toi... Ecoute le tonnerre, ce bûcheron, traverser la nuit. Entends ce délire. Ah! Serre-moi dans tes jambes nues. Inonde-moi de chaleur, de lumière.L'orage monte des draps froissés. Je ne suis qu'un homme dans les bras de la nuit. Dormir avec toi. Dans la respiration s'ouvrent des sentiers. Un train de luxe passe dans le sainfoin. Dormir avec toi. Je dors en toi. Je dors toujours en toi, plus profondément en toi.Je t'enlace, tu me pénètres des dents, des bras. Tu as le râle des palombes. Les yeux fermés, je vois ouverts tes yeux. Y dérivent les rivières. Dormir avec toi. Ne me laisse jamais seul. Un cheval tourne dans ma tête. Dormir avec toi pour assouvir la vie. Jean Malrieu."Le nom secret" (1915-1976) *** Mots de passe Par son nom chaque chose m'appelle : La lampe, les draps blancs La chaude nuit de l'été. Dans le lointain silencieux Tremblent quelques lueurs. Une odeur de cendre Dans un battement d'ailes Monte de la terre nue. Qui va là ? Les mots s'enchaînent : Le feu rougit le fer, Le boucher lave ses mains rouges Ses couteaux brillent sur l'étal. Qui va là ? Mots paisibles, arrogants, Qui me fuient, qui m'enlacent Fantômes se coulant dans mes rêves, Enigmes invalides, rébus à déchiffrer, Nous allons dans ce labyrinthe... Qui va là ? Gaston Puel (né à Castres en 1924)
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Epsilon |
Date du message : juin 10, 2009 06:11 |
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Le vieil homme Moi qui n'ai jamais pu me faire à mon visage Que m'importe traîner dans la clarté des cieux Les coutures les traits et les tâches de l'âge Mais lire les journaux demande d'autres yeux Comment courir avec ce cœur qui bat trop vite Que s'est-il donc passé La vie et je suis vieux Tout pèse L'ombre augmente aux gestes qu'elle imite Le monde extérieur se fait plus exigeant Chaque jour autrement je connais mes limites Je me sens étranger toujours parmi les gens J'entends mal je perds intérêt à tant de choses Le jour n'a plus pour moi ses doux effets changeants Le printemps qui revient est sans métamorphoses Il ne m'apporte plus la lourdeur des lilas Je crois me souvenir lorsque je sens les roses Je ne tiens plus jamais jamais entre mes bras La mer qui se ruait et me roulait d'écume Jusqu'à ce qu'à la fin tous les deux fussions las Voici déjà beau temps que je n'ai plus coutume De défier la neige et gravir les sommets Dans l'éblouissement du soleil et des brumes Même comme autrefois je ne puis plus jamais Partir dans les chemins devant moi pour des heures Sans calculer ce que revenir me permet LOUIS ARAGON *** Les trois Pâques de l'année A la première Pâque il fleurit des lilas La terre est toute verte oublieuse d'hiver Tout le ciel est dans l'herbe et se voit à l'envers A la première Pâque A la Pâque d'été j'ai perdu mon latin Il fait si bon dormir dans l'abri d'or des meules Quand le jour brûle bien la paille des éteules A la Paque d'été A la Pâque d'hiver il soufflait un grand vent Ouvrez ouvrez la porte à ces enfants de glace Mais les feux sont éteints où vous prendriez place A la Pâque d'hiver.. Trois Pâques ont passé revient le Nouvel An C'est à chacun son tour cueillir les perce-neige L'orgue tourne aux chevaux la chanson du manège Trois Pâques ont passé Revient le Nouvel An qui porte un tablier Comme un champ semé de neuves violettes Et la feuille verdit sur la forêt squelette Revient le Nouvel An Saison de mon pays variables saisons Qu'est-ce que cela fait si ce n'est plus moi-même Qui sur les murs écris le nom de ce que j'aime Saison de mon pays Saisons belles saisons. Louis Aragon "Le Nouveau Crève-coeur"(1897-1982)
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Epsilon |
Date du message : juin 12, 2009 21:50 |
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Odeur du temps En songe revient l’odeur trouble sur le marbre d’une cheminée s’y mêle celle des habits défaits la fièvre d’exister une étoile offre son ciel. Alors que Napoléon pose sur sa tête la couronne une pierre tombe des voûtes de Notre-Dame vient frapper son épaule le pape baise l’empereur sur la joue ; en Égypte un frénétique vautour fond sur les œufs du crocodile mêmes faits historiques. Jean Follain. Ordre terrestre, *** FRUSTES REPAS Saucisson comme un marbre rouge que le manœuvre mange d’un couteau affilé dans une rue sans ciel alors qu’un enfant pleure près d’un comptoir d’étain ! Nourriture d’émeute comme ces durs poissons saurs qu’avec du vin bleu on distribuait aux pâles soldats de la Commune assemblés sous les troupeaux d’étoiles. Jean Follain. Usage du temps/Poésie Gallimard. *** Il arrive que pour soi l'on prononce quelques mots seul sur cette étrange terre alors la fleurette blanche la caillou semblable à tous ceux du passé la brindille de chaume se trouvent réunis au pied de la barrière que l'on ouvre avec lenteur pour rentrer dans la maison d'argile tandis que chaises, table, armoire s'embrasent d'un soleil de gloire. Jean Follain, Exister, suivi de Territoires, Poésie/Gallimard, 1969.
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-grimalkin- |
Date du message : juin 15, 2009 02:57 |
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Cantate pour Valiha.(l'éloge d'une princesse au teint de miel) Salut à toi, O Nahita! Nahita, ma princesse au teint de miel brulé! Je te découvre sur la cime cupide du bonheur, à ce point du promontoire où le rêve et l'extase ont suspendu le hamac de l'ivresse et le lit du ravissement! L'abondance de tes cheveux, lourdes nappes de palissandre, dévalant les épaules jusqu'à l'axe interdit de tes flancs de légende, porte le sceau mystique et royal des ondines du lac sacré. Tes attaches font concurrence avec le prestige de la gazelle, et tes jambes longues proclament la symbolique de l'ibis, la ligne ardente et souple de mes désirs! Qui nous modulera l'éloge de ton cou de nymphe apparue au tournant de nos mythes? Parure de la nuit laissée en charge au bras de l'aube ou souffle d'arc-en-ciel qui divinise l'horizon! Et ton rire, O Nahita, résonne, étincelant, aux ourlets de mon coeur, le roucoulement de la source en la forêt de l'Est, le vivat de la sarcelle au crépuscule en rut, en pleins ébats d'amour sur l'eau montante du Mangour! Ta marche aussi est un chant: la flexibilité du bambou sous la caresse de l'alizé. Ton nom lui-même est un jet d'éclair, un hymne à la découverte de l'ombreuse savane où s'enfonce à minuit la caravane de mes songes en maraude. Toi, la danseuse aux reins frénétiques, plus légère dans l'arène que le milan dans l'espace, plus souple dans les bras du roi que la lance d'argent entre les mains du guerrier! Ton champion, la tête fière, te portera comme un trophée au milieu du gymnase des astres! Tu es l'élue et tu es l'incomparable!.. Ton corps sombre, ma rampe de volupté! Ton corps plus doux que soie et plus fin que croissant d'automne, dédicace de marbre noir aux divinités de la grâce, je t'adore, O fulgurance des beautés opimes et je porte haut ton écharpe en étendard de victoire jusqu'au sommet de la planète! Jacques Rabémanandjara.Auteur malgache né en 1913 et décèdé en 2005. Tout à coup J'étais en train de lire un livre quand tout à coup je vis ma vitre emplir son oeil absent d'oiseaux légers et ivres Oui, il neigeait. La folle neige! Elle tombait tranquille et fraîche dans le coeur tout troué comme un filet de pêche. C'était si bon! et j'étais ivre de ces flocons heureux de vivre que ma main oublieuse, laissa tomber le livre! En ai-je vu neiger la neige dans le coeur nu ! Ah Dieu ! Que n'ai-je su garder dans mon coeur un peu de cette neige ! Toujours en train de lire un livre! Toujours en train d'écrire un livre! Et tout à coup la neige tranquille dans ma vitre BENJAMIN FONDANE(1944)
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