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Famille : Révèlations poètiques.
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Sujet : Les poèmes de notre page d'accueil
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Epsilon |
Date du message : mars 16, 2009 18:01 |
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A tous les enfants A tous les enfants qui sont partis le sac au dos Par un brumeux matin d'avril Je voudrais faire un monument A tous les enfants qui ont pleuré le sac au dos Les yeux baissés sur leurs chagrins Je voudrais faire un monument Pas de pierre, pas de béton, ni de bronze qui devient vert sous la morsure aiguë du temps Un monument de leur souffrance Un monument de leur terreur Aussi de leur étonnement Voilà le monde parfumé, plein de rires, plein d'oiseaux bleus, soudain griffé d'un coup de feu Un monde neuf où sur un corps qui va tomber grandit une tache de sang Mais à tous ceux qui sont restés les pieds au chaud, sous leur bureau en calculant le rendement de la guerre qu'ils ont voulue A tous les gras, tous les cocus qui ventripotent dans la vie et comptent et comptent leurs vécus A tous ceux-là je dresserais le monument qui leur convient avec la schlague avec le fouet, avec mes pieds, avec mes poings Avec des mots qui colleront sur leurs faux-plis, sur leurs bajoues, des marques de honte et de boue. Boris Vian ****** Décombres et source leur corps saigne de toutes parts leurs bandes se déciment traîtreusement, ils se scalpent les uns les autres la peau du front, ils arrachent l’image de l’homme de leurs faces opposées mutuellement à l’envi ils dérobent leur personnalité aux non coupables, à l’envi il les humilient et les vendent ou retrouvent à l’aube leur sang sous leurs ongles - et vous qui levez les yeux sur eux et aussitôt les fermez bien et fort avec le sceau des doigts craignant de les connaître, épouvantés de vous reconnaître, ce n’est pas cela, je le sais, que vous voulez vous entendre dire pourtant il n’y a rien à quoi je pense plus passionnément - elle parle haut, elle parle distinctement sous la grande coupole de surdité mon âme bien petite encore vivante parmi ses propres ruines. Et vous ? Muets. MARIO LUZI .Pour baptiser nos débris .1985 (Voir post Poèsie pour aujourd'hui)
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Epsilon |
Date du message : février 22, 2009 00:26 |
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MON COEUR BATTAIT Mon coeur battait comme une voile dans ta voix C'était un soir de toi quand les portes sont closes Et comme un vêtement sur la chaise repose Tout le long passé nu des choses que l'on voit C'était un soir pareil à tous les soirs absents Quand le monde a de tout mémoire machinale Il est trop tard déjà pour lire le journal On n'entend plus la voix que de son propre sang Il saigne quelque part un sanglot de jardin Ou peut-être c'était un chien d'inquiétude L'oreille longuement fait du silence étude J'écoute sur mon coude et voici que soudain : TU RÊVES LOUIS ARAGON, Le voyage de hollande, 1964 ******* LA PEUR Par les plaines de ma crainte, tournée au Nord, Voici le vieux berger des Novembres qui corne, Debout, comme un malheur, au seuil du bercail morne, Qui corne au loin l'appel des troupeaux de la mort. L'étable est là, lourde et vieille comme un remords, Au fond de mes pays de tristesse sans borne, Qu'un ruisselet, bordé de menthe et de viorne Lassé de ses flots lourds, flétrit, d'un cours retors. Brebis noires, à croix rouges sur les épaules, Et béliers couleur feu rentrent, à coups de gaule, Comme ses lents péchés, en mon âme d'effroi ; Le vieux berger des Novembres corne tempête. Dites, quel vol d'éclairs vient d'effleurer ma tête Pour que, ce soir, ma vie ait eu si peur de moi ? EMILE VERHAEREN
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Epsilon |
Date du message : février 23, 2009 00:47 |
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EXTERIEUR DU CHAT Etre le chat faire un effort et être le chat visiteur de l'aube, et sur le faîte du monde visité, immuable. Etre à l'extérieur du chat tout le chat possible après la splendeur tigrée de la nuit ultime, et l'étonnante contraction féline. Commencer sur le zinc au bord des ongles, dans le ciel qui s'égoutte de la gouttière vide et dans la fleur spectrale qui pousse entre les barreaux. Le chat qui réveille pas à pas les vieilles épaules misérables de piètre fabrication et l'air cotonneux des branches au sol, et la terre rasée du mur jusqu'au chemin et jusqu'au bidon sonore qui tremble sous son poids. Etre chat de l'extérieur et parfait comme lui. Le monde semble tenir dans cette pause ondulée, précise comme un astre, qui t'appelle et pour laquelle tu ne refuseras pas d'apparaître nue là où personne ne t'aurait imaginée aurore sur le mur décrépi, aube rosée sur la grisaille d'un chat, avec les pointes nocturnes des seins pointant vers ces hommes soucieux qui arrivent si lentement des faubourgs là-bas. Carlos Barral(1928-1989) Outre son oeuvre poétique, critique et romanesque, il laissera plusieurs volumes de Mémoires, d'une grande richesse" Claude de Frayssinet ***** Blues pour chrétiens Jadis des hommes s'asseyaient pour fumer et regarder lentement la terre. Jadis, beaucoup d'hommes s'asseyaient pour fumer et peu à peu comprenaient la terre; maintenant on ne peut fumer quand vient la nuit Maintenant il ne reste ni tabac ni espérance. Sans doute le ciel et la terre sont passés et toutes les maisons sont vides. Sans doute le ciel et la terre sont passés parce que toutes les maisons sont vides. La mère ne peut plus retourner à ses fourneaux. Ici tout le monde est très triste. Maintenant Dieu viendra avec son madrier, nous verrons sa veste usée. Quand Jésus-Christ viendra vivre parmi nous, il faudra voir son coeur fatigué. Il n'est ici plus d'autre majesté que la douleur. Oui, mon bon ami, il n'en est d'autre, sur la terre. Blues castellano ("Blues espagnol") Antonio Gamoneda, né en 1931 "un poète profondément sérieux, mélancolique et passionné. dit Claude de Frayssinet)même anthologie de poésie espagnole .MERCI GRIMALKIN ,VOIR TON POST SEUL TON AMOUR ET L'EAU.
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Epsilon |
Date du message : février 24, 2009 02:53 |
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Le jour venu Le jour venu, je devine Des colombes, des corbeaux Un soleil, cil après cil, Qui roule dans les roseaux La vie circule à nouveau Comme sève dans les plantes Et les hommes se demandent Quel dieu commande au chaos. Pour l'amour de l'autre Amour Que le monde peut surprendre L'arbre s'anime et s'enchante Et l'abeille en fait le tour Le lézard chauffe la pierre Change de peau tout le jour O pour l'amour de l'Amour D'une main prompte et prudente Je cueille un fruit, je le frotte Au ciel simple de septembre J'en fais une jeune fille Que j'imagine innocente O fruit furieux de son ventre O femme tant bafouée Entre le soleil et l'ombre Elle devra se donner Mourir dans le mouvement Qui pousse vers le ponant Ce jour déjà dépassé... Charles Le Quintrec (1926-2008) Les Noces de la terre, Grasset, 1957 Licorne Licorne au corps si doux de femme Fine tête de demoiselle Le verbe amour blesse ton âme Ton rire tremble jusqu'au ciel Dans les seigles tu dis : je t'aime J'aime le feu que tu réclames. Tu pratiques jeux de jeunesse Licorne folle de mes yeux Dans les seigles que le jour blesse Ta voix veinulée qui me veut Femme qui naît de ma tendresse Tes jambes nues, ta bouche bleue. Folle, ma folle je veux croire À la vérité de ta peau Tes yeux, tes seins réclament gloire Ta bouche déchire les mots Tu marcheras dessus les eaux Je chevaucherai ta victoire. Bouche contre bouche au galop Par les seigles et les forêts Folle, tous les cris que je te tais Mes lèvres mouillées de tes mots Tes mots rouges comme des plaies Ton rire en moi comme un sanglot. Charles Le Quintrec (1970)[La Marche des arbres]
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Epsilon |
Date du message : février 25, 2009 01:12 |
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Amour Kerné à l’Ondine Je te prendrai dans l’émotion des landes muettement tu embrasseras ma terre Je te prendrai dans la clarté des fontaines avidement je te boirai Tu portes mes amours mauves dans la source des prunelles écoute les ajoncs et les plantes vont chanter pour nous deux la nuit fertile, la plage fraternelle Nous referons cette Cornouaille mortelle secrètement dans le lit des hautes herbes je te prendrai dans la grange verte et ton corps aux semences mélangé concevra tout un pays de fougères et de genêts. Ma belle amie sur la grève allongée comme moi désire la mer laisse-toi chavirer sous le vent des navires dans la laine fragile des pluies je te prendrai encore tes bras ruisselant de désirs serreront la bruyère de mes veines Je te prendrai dans l’allée des grands chênes sous tes reins efface la peine des tombeaux il faut vaincre la mort au lever du soleil chaque matin prends la vie à belles mains dans ton regard affamé de merveilles recrée pour moi les paysages que j’aimais Ô femme, ma bourgade de gamines mon dimanche d’écolier, ma chaumine mon amour mauve, mon beau gilet brode des bleuets sur le lin des détresses et couvre-moi de la liesse des grands arbres afin que je t’aime encore, une prochaine fois Xavier GRALL Pêcheur de songes J’habite l’inquiétude fertile, l’île, Poisson d’angoisse, à la lisière des récifs écarlates, L’île giratoire ignorant son centre subtil. Au loin, cette ligne calme des eaux m’est ineffable ordalie. Pêcheur, dans les goémons rouges, par ton œil Cruel et doré, j’entre dans les criques florales. Mon cœur est houle de mer et l’impatience a gréé ses vaisseaux étrangers. Epaule : ma falaise aux saveurs refusées. Sourire : une mouette entre dans mon cœur. Je t’ai retrouvé au petit matin sur la grève du songe. Nous avons découvert ce visage taillé dans le sel, lavé d’une aube antérieure. A cause de sa ressemblance avec cet enfant inconnu, promesse tacite d’une alliance sacrée, nous sommes morts parmi les coquillages. Extrait de “l’Épreuve du temps”, Double Cloche. Emilienne KERHOAS ;(Pour en savoir plus, voir post Bretagne mon amour)
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Epsilon |
Date du message : février 27, 2009 01:07 |
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TOI, MA BELLE Toi, ma belle, en qui dort un parfum sacrilège Tu vas me dire enfin le secret de tes rires. Je sais ce que la nuit t'a prêté de noirceur, Mais je ne t'ai pas vu le regard des étoiles. Ouvre ta bouche où chante un monstre nouveau-né Et parle-moi du jour où mon cœur s'est tué !… Tu vas me ricaner Ta soif de me connaître Avant de tordre un pleur En l'obscur de tes cils ! Et puis tu vas marcher Vers la forêt des mythes Parmi les fleurs expire une odeur de verveine : Je devine un relent de plantes en malaises. Et puis quoi que me dise ma Muse en tournée, Je n'attendrai jamais l'avis des moissonneurs. Lorsque ton pied muet, à force de réserve, Se posera sur l'onde où boit le méhari, Tu te relèveras de tes rêves sans suite Moi, j'aurai le temps de boire à ta santé. KATEB YACINE - Extrait de L'Oeuvre en fragments, inédits rassemblés par Jacqueline Arnaud. ....... POUSSIÈRES DE JUILLET Le sang Reprend racine Oui Nous avions tout oublié Mais notre terre En enfance tombée Sa vieille ardeur se rallume Et même fusillés Les hommes s’arrachent la terre Et même fusillés Ils tirent la terre à eux Comme une couverture Et bientôt les vivants n’auront plus où dormir Et sous la couverture Aux grands trous étoilés Il y a tant de morts Tenant les arbres par la racine Le cœur entre les dents Il y a tant de morts Crachant la terre par la poitrine Pour si peu de poussière Qui nous monte à la gorge Avec ce vent de feu N’ enterrez pas l’ancêtre Tant de fois abattu Laissez-le renouer la trame de son massacre Pareille au javelot tremblant Qui le transperce Nous ramenons à notre gorge La longue escorte des assassins. KATEB YACINE (1929-1989)
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Epsilon |
Date du message : février 28, 2009 01:06 |
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DANS UN PAYS ETRANGE Dans un pays étrange, la folie. Un coeur sans mémoire, ivre de songes, brûle les heures dans les prés rouges. Avant que le soleil disparaisse des prodiges surgiront en ce printemps de mes tempes, en ce printemps des roses et des scorpions. Dans les étangs morts de Chine des poissons vivants plus profonds que la nuit, plus doux que les violettes. Un cerf perd son sang dans les violettes. Et la folie en toutes choses, le froid percutant des grottes, l'aimable dragon de mon enfance, les pays extrêmes de l'Orient. Une belle endormie qui ne s'éveille jamais repose dans les violettes, avec les deux violettes de ses yeux. Il ne reviendra plus le prince qui est demeuré dans la forêt pour écouter une vieille femme et ses contes bleus. Nuit plus pure que ce rêve que le vert poison de la coupe et de la poésie. Tout finit par s'emmêler dans la mémoire. Le coeur s'accroche à n'importe quoi. Alors j'accours et je bois dans chaque rêve, il y a longtemps que j'habite dans le pays du rêve, de chaque violette torturée par la pluie et le vent violent des saisons. Pour une violette la folie, le silence et l'émotion de la pureté, le coeur sans mémoire. Antonio Colinas, traduction Claude de Frayssinet ******** COMME LE BRUISSEMENT DES FEUILLES DES PEUPLIERS La vraie douleur ne fait pas de bruit : elle laisse comme un bruissement de feuilles de peupliers agitées par le vent, une rumeur intime, d'une vibration si profonde, si sensible au moindre frôlement, qu'elle peut devenir solitude, discorde, injustice ou dépit. Je suis là à écouter ses murmures qui, loin de troubler, sont porteurs d'harmonie, si effilés et subtils, avec un tel son de spacieuse sérénité en cette fin d'près-midi, qu'ils sont presque sagesse douloureuse, résignation pure. Trahison qui est venue d'un mauvais conseil de la bouche flétrie de la jalousie. C'est égal. Je suis là à écouter ce qui me contraint et m'enrichit, au prix de blessures qui suppurent encore. Douleur que j'entends avec grand recueillement, comme le frémissement d'un feuillage, sans chercher ni signes, ni mots ni sens. Musique seule, sans énigmes,murmures solitaires qui transpercent mon coeur, douleur qui est ma victoire. Claudio Rodriguez .Traduction Claude de Frayssinet (Voir post de Grimalkin"Seul ton amour et l'eau" )
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Epsilon |
Date du message : mars 1, 2009 01:03 |
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L'ange Et puis après, voici un ange, Un ange en blanc, un ange en bleu, Avec sa bouche et ses deux yeux, Et puis après voici un ange, Avec sa longue robe à manches, Son réseau d'or pour ses cheveux, Et ses ailes pliées en deux, Et puis ainsi voici un ange, Et puis aussi étant dimanche, Voici d'abord que doucement Il marche dans le ciel en long Et puis aussi étant dimanche, Voici qu'avec ses mains il prie Pour les enfants dans les prairies, Et qu'avec ses yeux il regarde Ceux de plus près qu'il faut qu'il garde ; Et tout alors étant en paix Chez les hommes et dans la vie, Au monde ainsi de son souhait, Voici qu'avec sa bouche il rit. Max ELSKAMP (1862-1931)(Recueil : Huit chansons reverdies ***** L’AIMÉE Voici l’aimée qui dit sa chair, Baise les bagues à ses doigts, C’est ton âme qui se repère Dans tout l’amour qui fut en toi, Et ta vie lors qui s’élucide En sa somme tout d’une fois, Vin remonté aux coupes vides Que tu sus pleines autrefois. Choses de rêve qui saluent Femmes peintes comme en grisaille, Dans la mémoire qu’on voit nues, Avec des colliers de corail ; Fidélité qui t’est restée, De la chair que tu as vécue, Amours d’un jour, dans des années Loin au monde en des ports perdus, Mon Dieu, doux à ceux des navires, C’est vous qui les avez jugées, Amours bonnes, même les pires, Parce qu’en l’instant sûres, vraies. Or jardin lors, dans les rochers, Aux lointains mauves de ta vie, Où si souvent tu es monté Chercher des fins tout d’harmonie, A ton désir ou tes souhaits Les yeux fermés ainsi qu’on prie. Jardin clos, de tes rêves faits Qui s’enchaînent ou se délient, Voici l’aimée qui dit sa chair, Baise les bagues de ses doigts, Amours premières ou dernières, Toutes en une et seule en toi. Max Elskamp(1862-1931
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Epsilon |
Date du message : mars 2, 2009 00:56 |
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109 La volupté De l’escargot Est Filiforme. 110 Dans l’éclat La lumière Tient Echoppe. 111 Tous les Gens Cruels Sont Un peu Clowns. 112 Le centre Se vit A travers Et Se découvrit Cercle. 113 L’auto Abrutie Par les cris Des voyageurs Fit Une embardée. 114 La route Usée Ne sentit Plus Sa fatigue. 115 Le charbon Flambant Eut La mémoire De ses origines. 116 Ses branches Voyageaient En Sac postal. 117 Les premiers dessins Donnèrent Aux hommes Le visage de leurs Idées. 118 Le trottoir S’arrêtait A chaque Homme Qui passait Pour voir La rue. 119 La main Se faisait Nid Pour attraper L’oiseau. 120 Le diamant Ne s’attendrit Que Quand On le sème Parmi les perles. 121 Nul fruit N’a De l’embonpoint. MALCOLM DE CHAZAL(1902-1981)(Voir post De grands yeux peuvent se permettre toutes les bouches)
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Epsilon |
Date du message : mars 3, 2009 01:06 |
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Le cœur naviguant Loin des cultes qui nous réduisent en cendres Des temples où le ciel se force en vain une entrée, Loin des puissances d’airain que d’autres puissances culbutent, Élisons encore la vie Au sommet du jour blessé. Plutôt le fruit hasardeux Que la lettre de marbre, Plutôt toujours chercher Et ne jamais savoir : Arc à travers buissons, Aile à travers pièges, Que la sinistre fresque d’une vérité bouclée. Le temps fond comme cire, Et les verrous ne cèdent qu’au cœur naviguant. Andrée Chédid *** Toi-Moi Par l'univers-planète un univers à toute bride Par l'univers-bourdon dans chaque cellule du corps Par les mots qui s'engendrent Par cette parole étranglée Par l'avant-scène du présent Par vents d'éternité Par cette naissance qui nous décerne le monde Par cette mort qui l'escamote Par cette vie Plus bruissante que tout l'imaginé TOI Qui que tu sois Je te suis bien plus proche qu'étranger. Andrée Chedid ("Contre Chant" - Éditions Flammarion - 1968 et 1971)(Voir post de Yannaelle Andrée Chédid)
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Epsilon |
Date du message : mars 4, 2009 01:08 |
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Vieille Clameur Une tige dépouillée dans ma main c’est le monde La serrure se ferme sur l’ombre et l’ombre met son œil à la serrure Et voilà que l’ombre se glisse dans la chambre La belle amante que voila l’ombre plus charnelle que ne l’imagine perdu dans son blasphème le grand oiseau de fourrure blanche perché sur l’épaule de la belle, de l’incomparable pu-tain qui veille sur le sommeil Le chemin se calme soudain en attendant la tempête Un vert filet à papillon s’abat sur la bougie Qui es-tu toi qui prends la flamme pour un insecte Un étrange combat entre la gaze et le feu C’est à vos genoux que je voudrais passer la nuit C’est à tes genoux De temps à autre sur ton front ténébreux et calme en dépit des appparitions nocturnes, je remettrai en place une mèche de cheveux dérangée Je surveillerai le lent balancement du temps et de ta respiration Ce bouton je l’ai trouvé par terre Il est en nacre Et je cherche la boutonnière qui le perdit Je sais qu’il manque un bouton à ton manteau Au flanc de la montagne se flétrit l’edelweiss L’edelweiss qui fleurit dans mon rêve et dans tes mains quand elles s’ouvrent : Salut de bon matin quand l’ivresse est commune quand le fleuve adolescent descend d’un pas nonchalant les escaliers de marbre colossaux avec son cortège de nuées blanches et d’orties La plus belle nuée était un clair de lune récemment transformé et l’ortie la plus haute était couverte de diamants Salut de bon matin à la fleur du charbon la vierge au grand cœur qui m’endormira ce soir Salut de bon matin aux yeux de cristal aux yeux de lavande aux yeux de gypse aux yeux de calme plat aux yeux de sanglot aux yeux de tempête Salut de bon matin salut La flamme est dans mon cœur et le soleil dans le verre Mais jamais plus hélas ne pourrons-nous dire encore Salut de bon matin tous ! crocodiles yeux de cristal orties vierge fleur du charbon vierge au grand cœur. Corps et biens — Robert Desnos
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Epsilon |
Date du message : mars 5, 2009 00:58 |
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MA DOULEUR L'on ne sait pas, L'on ne saura pas, Au juste quand Elle est venue. Gratuite Comme la Grâce Et la nuit, Ma douleur Est venue. Depuis longtemps, Sans doute, Elle avait creusé là Sa place en nous. Présence invisible, Présence qui pèse Sans encore se nommer Puis quel est ce mal, Cette souffrance centrée Qui se découvre Un jour tout établie Sans connivence, Libre et nue, Sans conscience, Elle travaille en nous. Elle n'a pas de figure Monstrueuse, Ni griffes, Ni cornes ; Elle est plate, Telle une bête à bois Dans le bois, Entre les chairs, Confondue au bois, Mêlée aux chairs. C'est le signe de sa perte Et de son désintéressement, Ce grugement aveugle Dans le bois ; Plus elle avance, Moins elle est sûre D'en jamais sortir. Quand je dors, j'entends Ma douleur qui veille. Ma douleur ne dort pas, Elle n'entend pas ; Elle veille. Lorsqu'elle sera devenue Si grande, Plus grande que moi, Que je ne serai plus moi, Qu'elle ne sera plus elle, Lorsqu'il ne sera plus nécessaire De lui prendre la main Pour avancer, Laquelle des deux Sera reconnue Au bout des chemins Laquelle des deux Pourra plus justement dire : "Me voici, Seigneur" ANNE HEBERT *** IL Y A CERTAINEMENT QUELQU' UN ... Il y a certainement quelqu'un Qui m'a tuée Puis s'en est allé Sur la pointe des pieds Sans rompre sa danse parfaite. A oublié de me coucher M'a laissée debout Toute liée Sur le chemin Le cœur dans son coffret ancien Les prunelles pareilles À leur plus pure image d'eau A oublié d'effacer la beauté du monde Autour de moi A oublié de fermer mes yeux avides Et permis leur passion perdue ANNE HEBERT
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Epsilon |
Date du message : mars 6, 2009 01:03 |
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Qui est là toujours là dans la ville et qui pourtant sans cesse arrive et qui pourtant sans cesse s’en va C’est un fleuve répond un enfant un devineur de devinettes Et puis l’œil brillant il ajoute Et le fleuve s’appelle la Seine quand la ville s’appelle Paris et la Seine c’est comme une personne Des fois elle court elle va très vite elle presse le pas quand tombe le soir Des fois au printemps elle s’arrête et vous regarde comme un miroir et elle pleure si vous pleurez ou sourit pour vous consoler et toujours elle éclate de rire quand arrive le soleil d’été Jacques Prévert **** Mais oui, je suis une girafe M’a raconté la tour Eiffel. Et si ma tête est dans le ciel, C’est pour mieux brouter les nuages, Car ils me rendent éternelle. Mais j’ai quatre pieds bien assis Dans une courbe de la Seine. On ne s’ennuie pas à Paris. Les femmes, comme des phalènes, Les hommes, comme des fourmis, Glissent sans fin entre mes jambes Et les fous, les plus ingambes, Montent et descendent le long De mon cou comme des frelons. La nuit, je lèche les étoiles. Et si l’on m’aperçoit de loin C’est que très souvent j’en avale Une sans avoir l’air de rien. Maurice Carême
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Epsilon |
Date du message : mars 7, 2009 01:00 |
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LE VENT D'ÉTÉ… À Léon Tillot. Le vent d’été baise et caresse La nature tout doucement : On dirait un souffle d’amant Qui craint d’éveiller sa maîtresse. Bohémien de la paresse, Lazzarone du frôlement, Le vent d’été baise et caresse La nature tout doucement. Oh ! quelle extase enchanteresse De savourer l’isolement, Au fond d’un pré vert et dormant Qu’avec une si molle ivresse Le vent d’été baise et caresse ! MAURICE ROLLINAT— Les Névroses **** VENT D'ÉTÉ… À Ulysse Rocq, peintre. Vent d'été, tu fais les femmes plus belles En corsage clair, que les seins rebelles Gonflent. Vent d'été, vent des fleurs, doux rêve Caresse un tissu qu'un beau sein soulève. Dans les bois, les champs, corolles, ombelles Entourent la femme ; en haut, les querelles Des oiseaux, dont la romance est trop brève, Tombent dans l'air chaud. Un moment de trêve. Et l'épine rose a des odeurs vagues, La rose de mai tombe de sa tige, Tout frémit dans l'air, chant d'un doux vertige. Quittez votre robe et mettez des bagues ; Et montrez vos seins, éternel prodige. Baisons-nous, avant que mon sang se fige. CHARLES CROS
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Epsilon |
Date du message : mars 8, 2009 01:12 |
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Complainte de la Lune en province Ah ! la belle pleine Lune Grosse comme une fortune ! La retraite sonne au loin, Un passant, monsieur l'adjoint ; Un clavecin joue en face, Un chat traverse la place : La province qui s'endort ! Plaquant un dernier accord, Le piano clôt sa fenêtre. Quelle heure peut-il bien être ? Calme Lune, quel exil ! Faut-il dire : ainsi soit-il ? Lune, ô dilettante Lune, A tous les climats commune, Tu vis hier le Missouri, Et les remparts de Paris, Les fiords bleus de la Norvège, Les pôles, les mers, que sais-je ? Lune heureuse ! ainsi tu vois, A cette heure, le convoi De son voyage de noce ! Ils sont partis pour l'Ecosse. Quel panneau, si, cet hiver, Elle eût pris au mot mes vers ! Lune, vagabonde Lune, Faisons cause et mœurs communes O riches nuits ! je me meurs, La province dans le cœur ! Et la lune a, bonne vieille, Du coton dans les oreilles. Jules Laforgue Sanglot perdu Les étoiles d'or rêvaient éternelles; Seul, sous leurs regards, songeant, loin de tous, Devant leur douceur tombant à genoux, Moi je sanglotais longuement vers elles. « Ah! pourquoi, parlez, étoiles cruelles ! La Terre et son sort? Nous sommes jaloux! N'a-t-elle pas droit aussi bien que vous À sa part d'amour des lois maternelles ? « Quelqu'un veille-t-il, aux nuits solennelles ? Qu'on parle! Est-ce oubli, hasard ou courroux? Pourquoi notre sort? C'est à rendre fous! »... - Les étoiles d'or rêvaient éternelles... Jules Laforgue (1860-1887)
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