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Famille : Révèlations poètiques.
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Auteur
Sujet : Les poèmes de notre page d'accueil
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doublesix |
Date du message : aout 10, 2009 08:18 |
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La peinture doit être, comme la musique, un mode d'expression poétique . Auteur : Kandinsky Doublesix
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Epsilon |
Date du message : aout 11, 2009 01:16 |
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Comme une grande fleur ... Comme une grande fleur trop lourde qui défaille, Parfois, toute en mes bras, tu renverses ta taille Et plonges dans mes yeux tes beaux yeux verts ardents, Avec un long sourire où miroitent tes dents... Je t'enlace ; j'ai comme un peu de l'âpre joie Du fauve frémissant et fier qui tient sa proie. Tu souris... je te tiens pâle et l'âme perdue De se sentir au bord du bonheur suspendue, Et toujours le désir pareil au coeur me mord De t'emporter ainsi, vivante, dans la mort. Incliné sur tes yeux où palpite une flamme Je descends, je descends, on dirait, dans ton âme... De ta robe entr'ouverte aux larges plis flottants, Où des éclairs de peau reluisent par instants, Un arôme charnel où le désir s'allume Monte à longs flots vers moi comme un parfum qui fume. Et, lentement, les yeux clos, pour mieux m'en griser, Je cueille sur tes dents la fleur de ton baiser ! ... Albert Samain " Le chariot d'or "
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Epsilon |
Date du message : aout 12, 2009 01:34 |
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J'entre ce soir dans la maison déserte, sous les pins. L'ombre a tout saccagé. Cependant, je reviens Tout seul, comme autrefois je marchais sur la plage, Ignorant, ignoré des amis de mon âge. À l'heure où les cafés bourdonnent comme un nid De frelons, je regagne un des ports de ma vie. Voici le chemin pluvieux et la barrière blanche Et le sol tapissé d'épaves et de branches ; Quelqu'un m'attendait là : un visage de sable, Quand je rentrais, traquant une meute d'étoiles. Je t'appelle, visage, et voici que le vent Chante, comme il chantait sous les pas du printemps. J'ai franchi tant d'espace et rompus tant de liens Que je ne sais plus trop qui je suis, d'où je viens ; Cependant une main invisible me guide. Est-ce vrai qu'on ne peut rompre la chrysalide Et ramener à soi le cœur évanoui Qui erre et se disloque au travers de la nuit ? Je l'ai quitté ici et nous avons vécu, Apaisant notre faim d'un froment inconnu, Mais je l'entends toujours ricocher et sombrer Dans un pâle silence aux frontières murées. Ô ma mère, voici l'enfant de votre chair, Il ne craint ni l'écueil, ni la soif du désert Et si vous l'attirez dans une aride veille, Comme un arbre d'automne oublieux de ses feuilles Il saura rassembler sous le plafond des chambres Ensanglantées et nues, les guirlandes de cendre Où la fleur toujours vive, en sa robe océane, Scintille, épanouie comme un oiseau qui plane. Ô mes saisons perdues et mes lampes éteintes, C'est une voix en vous qui gravite et qui tinte, C'est un regard absent qui vous livre un secret Maternel, enrobé de ténèbre et de craie. Michel Manoll (1911-1984)
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Epsilon |
Date du message : aout 13, 2009 01:48 |
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si noir à dire écoutez la poésie tel qu’Orphée je la joue sur les cordes de la vie de la mort et dans la beauté de la terre et tes yeux, qui exploitent le ciel, je ne sais que dire les ténèbres. N’oublie pas, que toi aussi, soudain, un matin précis, quand ton gîte encore humide de rosée et d’œillets sur ton cœur dormait, tu vis le sombre fleuve, qui défilait devant toi. Les cordes du silence tendues des vagues du sang, je saisis ton cœur sonnant, tes boucles étaient changées en la chevelure d’ombre de la nuit, les noirs flocons des ténèbres enneigé ton visage. Et je ne t’entendais plus. Tous les deux nous nous lamentions. Mais comme Orphée je sais qu’au côté de la mort la vie et en moi scintille tes yeux à jamais refermés Ingeborg Bachmann (Traduction trouvée sur ESpritsnomades que je remercie) ***** Eve que fit-elle ? Ils dirent : vous avez tant vécu, tant travaillé La gloire était un faux miroir à l’envers, Tout est remis à l’endroit dans le verre. Tout est pillé, souillé, raillé. De nos amours rien ne reste. Si : l’amour. En manches de veste Le pendu fait des signes immobiles Le long des fuyantes automobiles. Dessus, les gens mettent des matelas Contre le feu de l’apocalypse. Ces fuyards sont fous et sont las. Fausses dames, faux prélats, Tombant de ce ciel d’éclipse. Ils tombaient comme massacre, Comme à l’époque des artistes. Car le vainqueur, pour son sacre, Se faisait précéder par des parachutistes. Que tout soit fini lorsque C’était l’aurore de nos rêves, C’est à se demander si Eve Ne tirait pas le diable par la queue. Jean Cocteau
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Epsilon |
Date du message : aout 14, 2009 00:38 |
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Mort de Rimbaud. Je voudrais qu'en mangeant des moules au bistro du Port, Tu t'imagines que c'est aujourd'hui qu'est mort Rimbaud. Dans ce gobelet de bois, Prends le soleil de la fenêtre; Un impondérable bien-être Descend ce matin sur toi. Le bonheur parait si facile.. Comme on cueillerait un fruit, Je tends la main vers la ville, Mon amour et mon souci. Le Port gris est une estampe, La mer signe d'un bouquet, Et dans l'eau les îles trempent Leurs pieds blancs. Au parapet Tu t'accoudes, nonchalante, Ma belle amie, et j'ai mal De te voir sans épouvante Regarder cet hopital. Ah!par ces mille ouvertures Quels désirs extasiés, Vers l'horizon des mâtures N'ont tendu leurs mains liés! Ils recevaient de l'espace Des promesses d'Orient; Le soleil leur donnait la grâce Tous les soirs d'être couchant. Un jour il faisait la sieste, Au pavillon Sud là-bas... "J'attends, dit sa soeur, je reste." C'est Dieu qui le réveilla. Regarde, le matin a repeint les tartanes; Une femme, à grande eau, lave sur le trottoir Les ordures et le sang de la nuit courtisane. Nos corps sont innocents. Nous tenons tout l'espoir.. Tout semble dire encore qu'il n'a pas pu mourir Au creux d'un jour pareil, sans que ne le retiennent, De leurs bras éperdus autour du souvenir, Les vergues bénisseuses et les mâts de misaine. Ô tous les beaux voiliers en qui les paysages sont embaumés et ne cessent pas de languir, Inactifs dans l'après-midi des carénages, Epanouis de voiles blanches pour partir, Se peut-il qu'un midi, de ces midis torrides Où le Port tout entier nous devient fraternel, Quans je sens, moites, lourds, les quais, les bateaux vides, Et que la foule chaude est un contact charnel, Vous l'avez laissé s'en aller à la dérive Dans le vaisseau maudit de son hopital, Sur la mer angoissante et qui chasse ses rives, Sans carte, sans copains, sans barre et sans f*****!... .. Pilote du schooner fantôme de la nuit, Qui t'a crucifié contre la croix australe, Corps tordu, mutilé, rosace sidérale Que les oiseaux de mer entrelacent dans leurs cris? Immobile, fixé comme le dernier phare, Transmetteur des clartés fulgurantes de Dieu Sur la borne du monde et le seuil de l'adieu Protège du récif notre pauve gabare. Un pot de géranium, net comme un coup de sabre, S'appuie sur le Port attendri. La chaleur tombe. On voit les marins de l'escadre, En voiture, les yeux ravis. Dans les cafés, vient se garer la lymphatique Foule qui boit l'apéritif; Dans les bars, on entend les pianos mécaniques Rôter des airs rétifs. Et la nuit glisse sur les globes électriques. Des sirènes, au loin, souffrent dans le brouillard, Un camelotlot crie le journal. Retour d'Afrique, Rimbaud est mort ce soir. Louis Brauquier "Le Bar d'escale" A georges Gallian. Louis Brauquier, célèbre, ici, Rimbaud et salue sa dernière halte à l'hopital de la Conception, à Marseille, où de retour d'Afrique, il mourut en 1891
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Epsilon |
Date du message : aout 14, 2009 22:13 |
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LA FEMME ET LA TERRE Quand elle était, ce cœur était plus fort que la lumière Son sang sous l’influence de la lune était plus ouvert Que le sang répandu, et sa nuit plus obscure et velue Que la nuit mais aussi scintillante et dure Un sexe plus qu’une âme un astre plus qu’un sexe Une église la chevelure la surmontait Et vous qui dormez ! autre granit et vieilles roses Qui passez et disparaissez dans un bain pur Sans faiblesse comme sans distance Hautes hautes terres étranger azur Pesez sur elle qui n’est plus Dans le temps ni sein ni spasmes ni larmes Qui s’est retournée sur la terre Vers l’autre plus cendreux soleil. Étrange! Ô je suis encore une vraie fois Contre ton sein ton globe mystique au parfum Plus suave que la rondeur du printemps Et que la mort rosée chargée de veines, Ton mamelon de femmes des vallées Mon Hélène ! et je vois gonfler dans tes cheveux La rose magnétique et pourpre de ce monde Dans la touffe effrayante et des tresses d’enfance Le merveilleux sentier en gloire et en fumée La fente de la vie la rose de la langue. Pierre Jean Jouve, La Femme et la Terre, Hélène, Matière céleste [1937], Gallimard, Collection Poésie, 1995.
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Epsilon |
Date du message : aout 17, 2009 00:52 |
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Vertige de l'écriture Un mot pour un autre partir à la montagne partir avec la montagne, avec la mer se quitter un moment se réveiller osier, nacre, poêle à frire se retrouver dans les entrailles de sa mère ne jamais avoir existé, ne pas avoir été compromis par la vie, par les autres, par soi. Il me faudra du temps pour oublier cette fâcheuse et tortueuse affaire, l'existence humaine. Qu'aurai-je vu? Qu'aurai-je rencontré? Pas même Dieu, me serai croisé à peine trop pressé pour me reconnaitre. Toujours comme une marée ce flot de sentiments brisés sur l'écueil, toujours cette réalité sans harmonie ni délicatesse, cette chute sans ailes dans un escalier sans marches, ce fond sans fin je crois que j'en sortirai meurtri, marqué pour l'éternité. Jean-Pierre Rosnay ***** Comme un bateau a la mer Je ne veux rien savoir Rien écouter et rien entendre J'élude le blanc et le noir Et j'ignore le vert le plus tendre Je ne veux ce soir rien comprendre Mais te voir te boire et te prendre Je te prendrai comme un bateau prend la mer Je briserai les vagues Je te prendrai comme un oiseau fend l'air Je te prendrai comme on plante une dague Je te prendrai Comme un clochard arrache la monnaie au fond de sa sébile Et comme mille avions bombardant une ville Je te prendrai comme on puise à la source Et comme le voleur dans le sang prend la bourse Je te prendrai Comme le jour qui balbutie entrouvre à demi la paupiére Comme un moine dans sa priére Comme un voyou lançant sa pierre Je te prendrai commc on pend la sorcière Je te prendrai comme on peindrait sa mére Je te prendrai dans le coeur de ma main Comme un enfant comptant ses billes Ou peut-être au creux d'un chemin Comme un garçon et une fille Dans les senteurs du romarin Je te prendrai mon doux chagrin Jean-Pierre Rosnay .Comme un bateau prend la mer/éditions Gallimard
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Epsilon |
Date du message : aout 18, 2009 12:44 |
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Sous les signes en tourment Qui couvaient les destinées, Quelque part dans les années Dit le poète au Serpent: Je suis tien par le mystère De la lune et des hauts puits, Je te suivrai dans tes nuits, Cher ennemi de la terre! Je suis tien par ce regard Plein de songe et de génie, Par la lucide et honnie Exactitude du dard. Je suis tien par cette haine Que seule a connu l'amour, O toi, beau comme le jour, Toi qui, frère, eus tant de peine. Je suis tien par l'oiseau mort Mais qui renaît,rose et flammes! Tien par la barque des âmes Et l'obscure clef du Port. Je suis tien par la science Et le grand Arbre incompris, Frère aimé qui me souris, O toi ,foudre et patience! Vincent Muselli. Sous les Signes COUCHANT Par delà les forêts où les chaudes ténèbres Terrassent la lumière et dressent ses tombeaux, Où brûlent dans l'éclat de leurs gloires funèbres Les sapins alignés comme de grands flambeaux, Le soleil sur les lacs bordés de fleurs cuivrées Pour attendre la mort plante ses pavillons, Et sur le vert miroir de leurs eaux mordorées Décompose l'ardeur de ses derniers rayons. Vieux coeur ! arrête ainsi ta course monotone, Décore ton néant de l'éclat des festins; Et sur les lacs sanglants de ton dernier automne Jette la pourpre et l'or de tes rêves éteints ! Vincent Muselli
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Epsilon |
Date du message : aout 19, 2009 23:54 |
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Lectures transatlantiques Ramper avec le serpent se glisser parmi les lignes rugir avec la panthère interpréter le moindre signe se prélasser dans les sables se conjuguer dans les herbes fleurir de toute sa peau Plonger avec le dauphin naviguer de phrase en phrase goûter le sel dans les voiles aspirer dans le grand vent la guérison des malaises interroger l'horizon sur la piste d'Atlantide Se sentir pousser des ailes adapter masques et rôles planer avec le condor se faufiler dans les ruines caresser des chevelures Brûler dans tous les héros S'éveiller s'émerveiller. Michel Butor. *** Miroir de l'églantier Feu de sarments dans tes yeux feu de ronces sur tes joues feu de silex sur ton front feu d'amandes sur tes lèvres feu d'anguilles dans tes doigts feu de laves sur tes seins feu d'oranges dans ton coeur feu d'oeillets à ta ceinture feu de chardons sur ton ventre feu de glaise à tes genoux feu de bave sous tes pieds feu de sel et feu de boue un incendie réel tout droit sur la falaise un faisceau de saveurs où je me reconnais Mère ma ténébreuse. Jean Sénac (Alger 1949).
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Epsilon |
Date du message : aout 21, 2009 03:18 |
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TES YEUX NE M'ONT PAS VU Tes yeux ne m'ont pas vu vierge comme l'eau créatrice du sperme Ils ne m'ont pas vu venant de là-bas dans un cortège d'offrandes l'herbe et la foudre sous mes pas Demain, demain, dans le feu et le printemps tu me reconnaîtras tueur des troupeaux, éleveur des semences Demain, demain, tes yeux croiront en moi ADONIS, Mémoire du vent / Poésie/Gallimard
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Epsilon |
Date du message : aout 22, 2009 04:54 |
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J’écoute, Istanbul Les yeux fermés, j’écoute Istanbul Tout d’abord, le souffle du vent Et le feuillage qui tangue Lentement dans les arbres ; Loin, très loin, les cloches des Porteurs d’eau qui chantent, Les yeux fermés, j’écoute, Istanbul. Les yeux fermés, j’écoute Istanbul Un oiseau passe, Des oiseaux passent, leurs cris, leurs cris, Filets qu’on retire des pêcheries, Orteil d’une femme qui barbotte dans l’eau, Les yeux fermés, j’écoute, Istanbul J’écoute, Le grand Bazar, sa fraîcheur, Mahmud Pacha qui gazouille Empli de pigeons, Sa cour immense, Rumeurs de coups de marteau sur les quais, Dans la brise d’été, loin, au loin, odeurs de sueur, J’écoute. Les yeux fermés, j’écoute Istanbul Ivresse des jours passés Dans cette villa en bois des bords de mer, embarcadère vide, Pris au piège, le vent du sud-ouest, qui mugit, Pris au piège, mes songes Les yeux fermés, j’écoute Istanbul. Les yeux fermés, j’écoute Istanbul Sur le trottoir passe une élégante, De dépit, elle chante, chante, passe ; Quelque chose tombe de ta main Par terre Une rose, sûrement. Les yeux fermés, j’écoute Istanbul. Les yeux fermés, j’écoute Istanbul autour de ta taille volette un oiseau ; Je sais si ton front est moite ou froid Si tes lèvres sont humides et sèches ; Ou si une lune blanche s’élève au-dessus du pistachier Mon cœur qui bat me parle… Les yeux fermés, j’écoute Istanbul Orhan Veli .MERCI GRIMALKIN
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Epsilon |
Date du message : aout 24, 2009 01:14 |
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La cave de la mémoire Sottise pure; je vis dans la tristesse Et le souvenir me torture Je rends rarement visite à ma mémoire , Et toujours elle me mène par le bout du nez, Quand je descends avec ma lanterne dans la cave, j'ai l'impression qu'une sourde avalanche Gronde une fois de plus derrière moi l'escalier. La lanterne fume, je ne peux repartir, Et je sais que je vais à l'ennemi. Et je demande comme une grâce...mais là -bas Il fait sombre, pas un bruit Ma fête est finie ! Il y a trente ans que l'on a reconduit ces dames, Le célèbre polisson est mort de vieillesse.... Je suis en retard. Et tant pis! Je ne peux plus me montrer nulle part . Je touche les fresques sur les murs, Je me chauffe à la cheminée. Merveille ! Dans ce moisi, cette odeur âcre cette pourriture, Brillent deux émeraudes vertes. le chat a miaulé. Allons,, rentrons chez nous ! Mais oû est ma maison ? Oû est mon bon sens ? Anna Akhmatova .1940. 18 janvier **** Comme sur les bords d'un nuage Je me rappelle tes paroles. Mais à cause de tes paroles Tes nuits sont plus claires que mes jours; Donc, repoussés loin de la terre, Nous allions haut comme des astres. Pas de désespoir, pas de honte, Ni maintenant, ni plus tard, ni alors. Mais vivant les yeux grands ouverts Tu entends comme je t'appelle. Anna Akhmatova MERCI DOUBLESIX POUR CETTE DECOUVERTE!
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Epsilon |
Date du message : aout 25, 2009 12:10 |
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Les eaux croupies On s’essuiera l’âme nous nous sècherons les pieds Tout sera verdoyant l’eau départagera le ciel et la terre nous aurons une maison aux lambris sans or aux lambris de silence ou tout simplement de limon en cas de pardon acquis Nous ferons fortune D’une main reçue en plein cœur puis il y aura du sucre dans nos yeux. Je confirme je me quitte Venez à la fête n’ayez n’ayez tête d’agonie le pardon a sanctifié le sang il le liera à la bouche offerte j’ai deux pieds de moins dans la danse je suis la porte que sept clés ouvrent sur un pays qui sera de cocagne qu’importe si pour l’heure mon parfum est celui des eaux croupies Je conjugue le verbe être à l’intérieur d’un être qui vient polir un astre qu’un vent triste oxyda Je dis prenez la hache par le manche je dis prenez le vent par la poupe il nous sera gagné un maillon dans une chaîne d’hommes qui se gagnent la haute mer Il y a Tiberiade dans chaque hance d’eau Je dis prenez cette terre par la main afin que tarissent les eaux croupies et le maïs avec une barbe plus affolante que ce nid dans le coeur TCHICAYA U TAM 'SI (Voir post de Grimalkin "Quand on a pas l'amour des siens )
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Epsilon |
Date du message : aout 29, 2009 01:30 |
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Transmettre Tu es pressé d'écrire, Comme si tu étais en retard sur la vie. S'il en est ainsi fais cortège à tes sources. Hâte-toi. Hâte-toi de transmettre Ta part de merveilleux de rébellion de bienfaisance. Effectivement tu es en retard sur la vie, La vie inexprimable, La seule en fin de compte à laquelle tu acceptes de t'unir, Celle qui t'est refusée chaque jour par les êtres et par les choses, Dont tu obtiens péniblement de-ci de-là quelques fragments décharnés Au bout de combats sans merci. Hors d'elle, tout n'est qu'agonie soumise, fin grossière. Si tu rencontres la mort durant ton labeur, Reçois-la comme la nuque en sueur trouve bon le mouchoir aride, En t'inclinant. Si tu veux rire, Offre ta soumission, jamais tes armes. Tu as été créé pour des moments peu communs. Modifie-toi, disparais sans regret Au gré de la rigueur suave. Quartier suivant quartier la liquidation du monde se poursuit Sans interruption, Sans égarement. Essaime la poussière. Nul ne décèlera votre union. René Char. Commune présence
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-grimalkin- |
Date du message : aout 30, 2009 03:51 |
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Oloron Sainte Marie Comme du temps de mes pères les Pyrénées écoutent aux portes Et je me sens surveillé par leurs rugueuses cohortes. Le gave coule, paupières basses, ne voulant pas de différence Entre les hommes et les ombres, Et il passe entre des pierres Qui ne craignent pas les siècles Mais s’appuient dessus pour rêver. C’est la ville de mon père, j’ai affaire un peu partout. Je rôde dans les rues et monte des étages n’importe où, Ces étages font de moi comme un sentier de montagne, J’entre sans frapper dans des chambres que traverse la campagne, Les miroirs refont les bois, portent secours aux ruisseaux, Je me découvre pris et repris par leurs eaux. J’erre sur les toits d’ardoise, je vais en haut de la tour, Et, pour rassembler les morts qu’une rumeur effarouche, Je suis le battant humain, Que ne révèle aucun bruit, De la cloche de la nuit, Dans le ciel pyrénéen. O morts à la démarche dérobée, Que nous confondons toujours avec l’immobilité, Perdus dans votre sourire comme sous la pluie l’épitaphe, Morts aux postures contraintes et gênés par trop d’espace, O vous qui venez rôder autour de nos positions, C’est nous qui sommes les boiteux tout prêts à tomber sur le front. Vous êtes guéris du sang De ce sang qui nous assoiffe. Vous êtes guéris de voir La mer, le ciel et les bois. Vous en avez fini avec les lèvres, leurs raisons et leurs baisers, Avec nos mains qui nous suivent partout sans nous apaiser, Avec les cheveux qui poussent et les ongles qui se cassent, Et, derrière le front dur, notre esprit qui se déplace. Mais en nous rien n’est plus vrai Que ce froid qui vous ressemble, Nous ne sommes séparés Que par le frisson d’un tremble. Ne me tournez pas le dos. Devinez-vous Un vivant de votre race près de vos anciens genoux ? Amis, ne craignez pas tant Qu’on vous tire par un pan de votre costume flottant ! N’avez-vous pas un peu envie, Chers écoliers de la mort, qu’on vous décline la vie ? Nous vous dirons de nouveau Comment l’ombre et le soleil, Dans un instant qui sommeille, Font et défont un bouleau. Et nous vous reconstruirons Chaque ville avec les arches respirantes de ses ponts, La campagne avec le vent, Et le soleil au milieu de ses frères se levant. Etes-vous sûrs, êtes-vous sûrs de n’avoir rien à ajouter, Que c’est toujours de ce côté le même jour, le même été ? Ah comment apaiser mes os dans leur misère, Troupe blafarde, aveugle, au visage calcaire, Qui réclame la mort de son chef aux yeux bleus Tournés vers le dehors. Je les entends qui m’emplissent de leur voix sourde. Plantés dans ma chair, ces os, Comme de secrets couteaux Qui n’ont jamais vu le jour : - N’échappe pas ainsi à notre entendement. Ton silence nous ment. Nous ne faisons qu’un avec toi, Ne nous oublie pas. Nous avons partie liée Tels l’époux et l’épousée Quand il souffle la bougie Pour la longueur de la nuit. - Petits os, grands os, cartilages, Il est de plus cruelles cages. Patientez, violents éclairs, Dans l’orage clos de ma chair. Thorax, sans arrière-pensée Laisse entrer l’air de la croisée. Comprendras-tu que le soleil Va jusqu’à toi du fond du ciel ? Ecoute-moi, sombre humérus, Les ténèbres de chair sont douces. Il ne faut pas songer encor A la flûte lisse des morts. Et toi, rosaire d’os, colonne vertébrale, Que nulle main n’égrènera, Retarde notre heure ennemie, Prions pour le ruisseau de vie Qui se presse vers nos prunelles. Jules Supervielle. Extrait du Forçat innocent.
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