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Famille : Révèlations poètiques.
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Auteur
Sujet : Les poèmes de notre page d'accueil
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Epsilon |
Date du message : avril 15, 2009 00:49 |
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Saint-Jean-de-la Croix-De- L'Infiguré à Edmond Humeau 1 Ni clarté, ni lueur mais lumière Ni éclat ni éclair mais lumière Ni couleurs ni formes mais lumière Ni pureté ni brasier mais lumière Ni soleil ni sommeil mais lumière Ni aurore ni jour mais lumière Ni chaleur ni rayons mais lumière Ni incendie ni foudre mais lumière. La grande substance d'or de la lumière L'être impérieux de la lumière Le silence nourricier de la lumière La paix innommée de la lumière Le repos la réfection de la lumière La contemplation la race la vraie nature La pensée sans rides du mourant Le vivant intérieur bien raciné Que rien ne peut plus étêter ou équeuter. Mandragore de la seule lumière Réponse à toi Adoration à toi Tutoiement à toi. Mais à toi aussi, nuit vastatrice Veilleuse aux merveilleurs Bonne marâtre nuit Formule obscure Remède ténébreux Emplâtre d'ombre Refuge splendeureux Contre tout affre Et tout faux-noir- Lumière , notre nuit 2 Ce qui ne sert à rien a sa place en ce monde Son rôle, sa vertu sa chance, son roman Ce qui ne mène à rien possède son moment Sa lune, son trésor, sa racine profonde. Ce qui n'ajoute à rien et ne couronne rien Et ne nous aide en rien et n'est rien ni personne Ni rime ni raison ni voyelle ou consonne Est peut-être cela qui nous fait le plus de bien. Ce qui n'explique rien et qui nous rapproche De l'autre ni de l'un de ceux que nous aimons Est peut-être l'unique et la plus ferme roche Où reposer sa tête et dormir pour de bon. 3 Ni la mer ni la neige mais la terre Ni le froid ni le chaud mais la terre Ni l'azur ni le roc mais la terre Ni le sel ni le miel mais la terre. Ni l'hiver ni l'été mais la terre Ni la bête ni l'homme mais la terre Ni copains ni épouses mais la terre Ni couronnes ni fleurs mais la terre. Car si la terre venait à nos manquer Comme le vin et le sang épuisés O orphelins de toute intelligence O commensaux d'une table sans lois O voyageurs, à quel port aborder Où mettre pied parmi l'encombrement Dans quel désert faire sa voix entendre Dans quelle autre fadeur suprême et maternelle Enfouir nos trésors perdus et retrouvés ? Adrian Miatlev .1956 .Poètes d'aujourd'hui chez Seghers
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Epsilon |
Date du message : avril 16, 2009 14:22 |
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Je vais m'occuper du possible aujourd'hui Je vais m'occuper du possible aujourd'hui. Un train passe. Une géographie survit dans le tabac. Ma poche est un tambour. Je vais m'occuper des angles et du moteur, secouer la journée comme un drap et pousser des clameurs entre les ailes du moulin. Il se peut que la mort me prenne à la tâche. J'y pense souvent, je me demande si la mort y pense ou si penser lui creuse un trou. Aujourd'hui, je vais m'occuper de tout cela : de la mort, du chemin de fer, du lit, de l'eau, de la fumée, du vent et de l'amour. la journée sera rude, en somme. Lucien NOULLEZ ******* Autopsychographie Le poète est un simulateur, Il simule si totalement qu'il arrive À simuler comme une douleur La douleur qu'il ressent vraiment. Ceux qui lisent ce qu'il écrit Sentent sous la douleur qu'ils ont lue, Non pas les deux que lui a ressenties Mais celle qu'eux ne ressentent pas. Ainsi sur les rails tourne En rond, pour occuper la raison, Ce petit train mécanique Qu'on appelle le coeur. Pessoa Fernando
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Epsilon |
Date du message : avril 19, 2009 03:04 |
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DERIVES DU SANG Je suis, dit l’homme, comme un volcan en marche J’ai dans mon ventre le feu grondant de la terre Mes jambes ont la force du basalte et du granit Dans mes veines rougeoient les futurs incendies Avec le cri des ibiscus perchés aux plis de mes oreilles Des forêts se déploient de mes épaules à mes reins Mes bras ont la lente puissance du fleuve qui coule en deçà des monts et mes yeux sont perçants comme l’éclair d’orage Ma poitrine s’élève et s’abaisse avec le vent Avec les nuages du matin, avec le battement d’ailes des aigles au départ J’ai des milliers de truites dans le sang de mes veines et des appels d’oiseaux parcourent sans arrêt les branches de mes mains Mais c’est au creux le plus profond de mon épaule mâle là où se nouent les racines de l’être et de la mort que brûle l’intransigeant désir de ton corps de femme C’est de là que jaillit avec la force délectable irraisonnée des catastrophes cette lave d’amour dont j’inonde ton cœur ce feu liquide à ravager ta chair pour qu’éclate la fulgurante floraison de ta salive où roulent des millions d’étoiles. ARTHUR HAULOT. ***** JE T’AI PRISE A PLEINES MAINS Je t’ai plantée sur la dixième marche de l’escalier cérémoniel et je t’ai confiée à la volonté de tes bras. Alors ton corps s’est dénudé sous la très courte robe Nous avons commencé à nous élever vers le zénith Je portais ce corps appuyé sur la seule force de mes regards Il devenait lave brûlante qui te faisait fermer les yeux de douleur et de plaisir A chaque marche que touchait ton pied mon sang bondissait plus fort au nœud de tes tempes et le soleil ne pouvait rien contre le rayonnement de ma brûlure à pleine peau. Je t’ai hissée ainsi à la pointe de mon désir. Con*****é à sa trajectoire de flèche le tien brillait comme une étoile rose sur le sombre du ciel. Quand nous sommes arrivés sur le palier suprême celui d’où les dieux regardent et jugent les hommes il y avait autour de nous une telle lumière que j’ai entendu dans le bourdonnement du sang à mes oreilles l’approbation heureuse du grand Quetzacoatl. ARTHUR HAULOT.(Poèmes d’Amour, Couleur Livres, Charleroi 2006)
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Summertime |
Date du message : avril 19, 2009 03:48 |
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Magnifique Arthur Haulot ! Merci Epsi...
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Epsilon |
Date du message : avril 21, 2009 01:16 |
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L'ÎLE Solitude au vent,ô sans pays, mon île Que les barques de loin entourent d'élans Et d'appels sous l'essor gris des goèlands, Mon île, mon lieu sans port,ni quai, ni ville, Mon île ou s'élance en secret la montagne La plus haute que Dieu heurte du talon Et repousse....O seule entre les aquilons Qui n'as que la mer farouche pour compagne. Temps ou se plaint l'air en éternels préludes, Mon île ou l'amour me héla sur le bord D'un chemin de cieux qui descendait à mort, Espace ou les vols se brisent, Solitude, Solitude, Aire en émoi de Coeur immense Qui sans cesse jette au large ses oiseaux, Sans cesse au-dessus d'infranchissables eaux, Sans cesse les perd, sans cesse recommence Désolation royale,terre folle Que berce l'abîme entre ses bras massifs, Mon île , tu tiens un Silence captif Qu'interroge en vain la houle des paroles. MARIE NOËL. Chants d'arrière-saison. Stock Marie Noël s'attarde souvent, longuement, à décrire d'avance ce qu'elle entrevoit de ses fins dernières. D'abord, elle ne veut pas partir seule. Elle réclame le Viatique. Allez me chercher Jésus-Christ. Allez à sa porte cachée Allez me chercher Jésus-Christ ! Livrez-le, candide bouchée Au sort boueux de mes débris, Pour en moi faire être qui dure, Envers et contre mort, jetez A corps et âme cette pure Parcelle de Ressuscité. Jetez, engloutie en ma perte Dans la béante obscurité De ma dernière bouche ouverte La semence d'éternité. "Ces vers ont aujourd'hui pour nous un accent qui nous bouleverse. Nous savons en effet que Marie Noël a rendu son dernier soupir en recevant sa dernière hostie." extrait de l'Oraison Funèbre de Marie-Noël, le 27 Décembre 1967
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Epsilon |
Date du message : avril 22, 2009 01:27 |
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Le lecteur pressé Que viens-tu faire ici lecteur ? Tu as ouvert sans ménagement ce livre et tu remues fébrilement le sable des pages à la recherche de je ne sais quel trésor enfoui Es-tu là pour pleurer ou pour rire N'as-tu personne d'autre à qui parler Ta vie est-elle à ce point vide ? Alors referme vite ce livre Pose-le loin du réveille-matin et de la boîte à médicaments Laisse-le mûrir au soleil du désir sur la branche du beau silence ..... Pourquoi cette feuille ? À un détail près le monde n’a pas changé en si peu de temps À un détail près ce matin est une réplique grisaille à l’appui du précédent À un détail près le poids écrasant la poitrine ne s’est pas allégé d’un iota À un détail près l’on se sent toujours vivant un peu plus un peu moins Le même équilibre fragile ou non À un détail près celui de cette petite question entêtante : Pourquoi cette feuille ni plus jaune ni plus verte que les autres est-elle tombée de l’arbre ? ...... Ce n’est pas une affaire d’épaules ni de biceps que le fardeau du monde Ceux qui viennent à le porter sont souvent les plus frêles Eux aussi sont sujets à la peur au doute au découragement et en arrivent parfois à maudire l’Idée ou le Rêve splendides qui les ont exposés au feu de la géhenne Mais s’ils plient ils ne rompent pas et quand par malheur fréquent on les coupe et mutile ces roseaux humains savent que leurs corps lardés par la traîtrise deviendront autant de flûtes que des bergers de l’éveil emboucheront pour capter et convoyer jusqu’aux étoiles la symphonie de la résistance Abdellatif Laâbi
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Epsilon |
Date du message : avril 23, 2009 00:53 |
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La belle de Halley. Le voyage est si long pour que je resplendisse! Au-delà des dernières planètes aux confins du système solaire. Dans l'obscurité pure et le froid absolu tourne autour du Soleil une invisible sphère Idôle informe et vague, Ô ma mère cruelle et glacée en coulisses! Par milliards ses cristaux gravitent lentement figés dans ses anneaux qu'elle a voulu enclore Je reviens du royaume de la comète mère, noir nuage d'Oort, où les ténèbres donnent un air de pelage à la mort! Nuage d'Oort, Ô mère morte d'aucune carte stellaire, trop lointain réservoir cométaire! Cimetière spiral au fond du corridor, ombre tirant les corps, ombre étirant les peaux!.. D'une chiquenaude parfois je m'en vais et voilée je m'élance penchée pour un tournoi sans fin Je descends tout au long du fluide univers à travers les premières nébuleuses ou d'une île-univers à l'autre Remontant le passé dense et chaud je vois les galaxies s'attirer et s'enfuir en cohortes Et captant la lumière du grand brasier qui flotte j'emporte la rumeur amplifiée du Rien Et toute seule sous mon dôme, fille aux cheveux d'argent sans âge ni désir, j'erre aux miroirs concaves qui se moquent.. La galaxie est une serre où s'étirent d'énormes fleurs, des tubuleuses qui s'allongent Et dans ses beaux quartiers je reconnais la Terre: c'est la petite bleue qui songe Le Soleil collossal ventriloque des nuits exalte mon itinéraire Quand je m'émeus à ses rayons sur cent millions de lieues ma bannière l'escorte Bientôt je resplendis nocturne cimeterre sur la Sublime Porte ! Et toute saoule sous mon dais j'emporte au loin tous les parfums des océans et des forêts Les guetteurs de l'espace à présent que je passe à portée de leur voix m'exhortent en prières Suivez-moi, remontons aux aurores du Nuage d'Oort! Ne levez pas le voile où dorment mes secrets! Que suffisent l'attrait des peurs que je provoque! Signes sûrs du néant conjuré par la vie sur la Terre Montez en moi barque chantante, fendons l'obscurité attachante des cieux! Allons dans l'univers explosif où éclate le rire des dieux, l'immense rire des dieux ! Alain Borer(1949)" La comète de Halley, Fourbis, 1991..
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Epsilon |
Date du message : avril 24, 2009 01:26 |
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EN COSTUME DE FEUILLES MORTES Rêve-moi rêve-moi en hâte étoile de terre cultivée par mes paupières prends-moi par mes anses d’ombre affole-moi d’ailes de marbre en feu étoile étoile parmi mes cendres Pouvoir pouvoir enfin trouver dans mon vertige la statue d’un héros de soleil les pieds à fleur d’eau les yeux à fleur d’hiver Adieu le monde entre mes rêves d’adieu les hommes adieu les hommes et les petits villages de leurs mains Il y a partout des épées qui me coupent en morceaux oh cataractes d’épées Cataractes d’épées c’est l’ordre en marche c’est moi qui marche sur des cavernes craquantes comme des crânes Personne ne s’était encore noyé Personne n’était jadis dans l’ombre Aujourd’hui c’est moi mais moi ne m’ap-partiens pas plus que les oi- seaux qui dorment dans mes yeux ne leur appartiennent JUAN LARREA ***** ÉPINES QUAND IL NEIGE Dans le jardin de Fray Luis Rêve-moi rêve-moi en hâte étoile de terre cultivée par mes paupières prends-moi par mes anses d’ombre affole-moi d’ailes de marbre en feu étoile étoile parmi mes cendres Pouvoir pouvoir enfin trouver dans mon vertige la statue d’un soir de soleil les gestes à fleur d’eau les yeux à fleur d’hiver Toi qui, dans l’alcôve du vent, veilles l’innocence de dépendre de la beauté fugitive qui se trahit dans l’ardeur des feuilles tournées vers le coeur le plus faible Toi qui assumes la lumière et l’abîme au bord de cette chair qui tombe à mes pieds comme un élan blessé Toi, égarée dans des forêts d’erreur suppose que mon silence est habité par une sombre rose sans issue et sans lutte. JUAN LARREA
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Epsilon |
Date du message : avril 25, 2009 14:07 |
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Marie, Air jaillissant... Air jaillissant, mère du monde, Partout m'entourant d'un nid, Qui chaque cil ou cheveu Cercle, entre le plus épais, Frêle duvet de flocon Arrive, en toute vie infime Parfaitement s'infuse, Se diffuse et foisonne ; Cet élément nourricier, Essentiel, inépuisable, Qui m'est plus que boire ou manger, L'aliment de la moindre seconde, Cet air, sans cesse qu'il me faut Selon la loi de vie aspirer, A maints égards me met en l'esprit, Rien qu'à soupirer ici sa louange, Celle qui non seulement donna A la divine infinité, Resserrée en un petit enfant, L'accueil de sa chair, de son sein, Naissance, lait et toute sollicitude, Mais met au monde chaque grâce Qui parvient encore au peuple des hommes - Marie l'Immaculée, Simple femme, mais dont La présence et puissance Surpassent ce que des déesses On a cru ou conçu, et qui A reçu cette unique tâche : Laisser paraître toute la gloire Divine, gloire qui a choisi de passer Par elle et d'elle s'épancher, Déborder, sans autre source qu'elle. Je dis que nous enveloppe De partout miséricorde, Comme l'air, de même en est-il De Marie, et plus encore par son nom. Etoffe native et manteau de merveille, Elle couvre la terre fautive Puisque Dieu a laissé dispenser A ses prières sa Providence : Mieux, plus que don de l'aumône, Elle est la douce aumône même, Et l'homme est appelé à prendre part A sa vie, comme la vie à l'air. Si je comprends ici, Elle est mère éminente De tout bien en nous de l'esprit Et a dans la grâce sa part Auprès du cœur frémissant de l'homme, Apaisant, comme un flux subtil d'air, La mortelle danse du sang ; Mais cette part toujours Reste le Christ Sauveur . De sa chair il a pris chair - Et ne cesse encore de prendre, En un mode tout de mystère, Aujourd'hui, non chair, mais esprit Et donne, Ô merveilleusement ! En nous de nouveaux Nazareth Où encore elle concevra Son Fils, à l'aube, le midi et le soir, De nouveaux Bethléem où lui Naîtra le soir, le midi, le matin - Bethléem, Nazareth où l'on peut Tel le souffle, aspirer Le Christ davantage et déjouer la mort ; Et lui, naissant ainsi, devient L'être nouveau, plus noble, singulier En chacun de nous et chacun Grandit, quand ceci s'accomplit, Le Fils de Dieu mais aussi de Marie. Regardez là-haut encore tout cet air azuré, Ô tellement ! Il suffit d'être là Où l'on peut dresser la main Vers le ciel : son flot foisonnant baigne Chacun des doigts ouverts. Pourtant ce ciel tout vibrant de saphir , Chargé, saturé de couleur, laisse Sans tache sa lumière. Oui, voyez, Il ne lui nuit en rien. Les jours de bleu limpide sont ceux Où chaque ton s'avive, Chaque forme, chaque ombre se détache. Quoique si bleue, cette voûte Transmet les sept ou sept fois sept Nuances du rayon du soleil En leur intacte perfection. Ou si quelque teinte douce Effleure les lointains, les hauteurs, Ce seul ajout coloré Vient embellir la terre ; Car si l'air ne formait Ce bain de bleu pour rafraîchir Son feu, le soleil tremblerait, Sphère aveuglante et vague, Cernée d'obscur, et le cortège Entier des étoiles ne charrierait Que les lueurs de fragments charbonneux, De quartz veinuré ou d'étincelles de sel, Dans l'immense noirceur du ciel. Tel était le Dieu d'antan ; Une mère vint façonner Ces membres semblables aux nôtres Et ne pouvant que rendre l'astre De nos jours bien plus cher à nos yeux ; Sa gloire nue rendrait aveugle Ou serait moins sensible à l'âme. A travers sa mère nous le voyons Adouci, sans être obscurci, Et grâce à sa main cet éclat Tamisé s'accommode à la vue. Sois donc, Ô toi, mère Chère, l'atmosphère qui m'entoure, L'univers plus heureux où je puis Aller sans péché en chemin ; Sois au-dessus de moi, tout autour , Offrant à mon regard aventureux La douceur du ciel sans blessure ; Frémis en mon oreille et dis L'amour de Dieu, Ô air vivant, La patience, pénitence, prière : Mère du monde, air jaillissant, De toi environné, tel une île, Enveloppe, enclos en toi ton enfant. Gérard-Manley Hopkins (Traduction française par Pierre Leyris)
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Epsilon |
Date du message : avril 27, 2009 01:13 |
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[aet on d’ar porzh d’ar selin] [je suis allé dans le port au crépuscule] je suis allé dans le port au crépuscule comme si c’était la dernière fois j’ai longé les longs murs des conserveries jusqu’à la masse bleu noir de la mer en me disant que je ne serai jamais de nulle-part un lourd cargo mouillait retenu à la terre par quelques minuscules aussières je n’ai pas pu devenir un marin alors je suis devenu un bateau les lumières du château tombaient sur les eaux de la rade et se transformaient en sirènes quand la terre ne reflétait rien j’ai le mal de mer mais j’aime nager dans l’océan tiède ou glacé peu m’importe tant que mon corps s’en enveloppe demain les lamaneurs ramasseront les aussières certaines effleureront l’eau remonteront trempées ou humides elles sècheront au large Antony Heulin ******* Le feu. Le feu encore une fois le feu le feu joint à la lumière sur le plancher montant sur les fauteuils traversant les fenêtres et derrière lui le feu, seulement le feu. Encore une fois le feu. Ils ne le voient pas? Ils ne le voient pas! Pour eux, je suis une femme assise. Je veux m'habiller. Les dessous que je portais ont troué leurs mailles, la chaleur les a vaincus, mon corsage a déchiré sa toile, vaincue elle aussi, ma jupe a cassé ses fils? en flamme je les laissai tomber.. Je veux m'habiller. Le feu. Je n'ai rien d'autre que lui: Je suis la dénudée, celle qui n'a pas de charmes. je veux m'habiller je brule mes vêtements. Mes cheveux sont vaincus eux aussi, mes cils, mes yeux; ma salive, un jour intacte, t'attend aussi rendue, vaincue, humiliée, pliée, agenouillée blessée comme la vapeur comme elle isolée noyée dans ton attente. Je veux m'habiller Aucun animal ne me ressemble Je suis nue comme une oie comme le Lys Aucune plante ne me ressemble Je suis brûlée, je me consume, impatiente, interminablement. Que les ânes me viennent en aide! Que les cochons, les hérons les rossignols, les cannes à sucre viennent à mon secours! Rien ne peut m'aider! Je suis vaincue par toi! Pour toi je me suis abandonnée! Carmen Boullosa Cet auteur est née à Mexico en 1954, poète, romancière et dramaturge.. un ouvrage en prose a été publié, en français, en 2002, " sous le nom évocateur "Eux les vaches, nous les porcs", actuellement elle réside à New York.
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Epsilon |
Date du message : avril 28, 2009 02:25 |
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TAÏ CHI Enrobement de l'angoisse lutte contre l'ombre corps tendu avec une vigueur de chute qui s'élève lents tournoiements à la recherche de soi-même yin et yan confondant ciel et terre palper les points cardinaux en équilibre virer du nord au sud chercher possible présence au fond de l'air avec des doigts tremblants capter l'énergie primitive tourner virer virevolter navire au vent recoudre à gestes lents les longs filaments de nos âmes éparses vaincre l'invisible l'inaudible assourdi qui assaillent nos vies gestes précis vibrations de violons violence muette des accords concertés lente maturation esprit qui s'épanouit au rythme des mouvements rose effeuillée au ralenti marche et pourtant danse fragile déploiement de corolles enchaînement/déchaînement défense du corps encerclé stratagèmes du singe « pirouettes, par hasard poésie » sexe du sextant chacun s'oriente vers soi-même et vers les autres dont il perçoit la floraison vers de nouvelles saisons havre enfin après ces vents de vie violente l'équilibre s'instaure l'esprit ne vacille plus lampe désormais la main feu dont les volutes se déroulent selon l'ordonnance des pas l'être retrouve son âtre méditation du corps médiation l’ouverture des bras accueille le monde et l’abolit dans une savante giration aucune ouverture pour l’ennemi sourire pour les amis dont les gestes sont même langage pourtant personnelle iconographie chacun investit l’espace écrit sa vie avec cet alphabet de vêtements divers qui se meuvent selon les mouvements du taï tchi tao Gilles Hénault, Poèmes 1937-1997, Éditons Sémap*****s, Montréal 2006
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Epsilon |
Date du message : avril 29, 2009 01:06 |
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J'ai de beaux mots J'ai de beaux mots ainsi que bêtes à l'herbage j'aime sur mes prés verts, rassembler mes troupeaux. Je traque le gibier encor chaud des images avant que le désir n'ait glissé de mes os. C'est que j'ai eu mon poids de verdure et de paille et des nichées de Mai qui criaient dans ma voix, tous les soleils en tas et mes nuits qui tressaillent avec leur pouls d'étoiles au ras de chaque toit. Et certains soirs j'ai mis des larmes sur mes rimes j'eus des feux de Noël confits dans les grands froids. L'ancienne neige était plus douce que farine J'ai tué trois amours pour n'aimer qu'une fois. C'est si beau chaque soir, cette foire à l'image ce furieux déballage où l'univers est pris que si vous me plaignez pour mon triste visage vous brûlerez tout vifs en mon étrange esprit. Avec mes vers, j'ai fait trois fois le tour du monde, toute coite au logis, sur mes jupons tassée, mais j'ai l'âme si drue et si lourde et si ronde comme si quelque dieu me l'avait engrossée. Andrée Sodenkamp extrait de "Femmes des longs matins"
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Epsilon |
Date du message : avril 30, 2009 14:14 |
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Election de la sagesse J’ai reconnu que l’orbe de ce monde Est plus pauvre de fleurs que le rivage De quelque îlot rocheux Mais ton visage Mobile et clair me baigne de son onde J’ai découvert à travers ton visage Le seul amour qui soit autre que moi J’ai peur sais-tu d’effleurer de mes doigts Tant de beauté proche profonde et sage J’étais perdu dans les joncs des marais Mais tu t’es révélée par un seul geste En déployant ta chevelure agreste Sur la blancheur de tes cimes de lait Tu viens parée d’un sourire entendu Dont l’énigme est l’attrait de ta figure Tu marches sur la mer sans un murmure Tandis que Dieu chancelle dans les nues Comme le jour qui gravit la montagne Tu frôles de tes pieds mes horizons De tes pieds nus tendres et fiers qui sont La hâte de l’amour dont tu me gagnes Ton regard est plus pur que l’eau des sources Tes gestes lents y font l’ombre des feuilles Tu n’as voulu que moi Tu te recueilles Comme un zéphyr suspendu sur sa course Faible chanson sur la route des vents Que n’es-tu là tout à fait Tu t’élances Comme les fleurs de cana que balancent Les restes d’un cyclone intermittent Sainte est la clarté de tes yeux de vierge Sacré le vent qui souffle en tes cheveux Et pur l’émoi qui sur ton sein frileux Se pose ainsi qu’un oiseau sur la berge O doux bluet d’améthyste et de miel Enlève à la ramure des forêts Les feuilles dont l’ombre est comme un projet Sous la fraîcheur orageuse du ciel Ta bouche est le fruit mûr du néflier Et ta parole est un ruisseau qui jase Ensevelit le soleil dans la vase Et va pendre la lune au prunellier Jean Grosjean (1912 – 2006), L’élection de la sagesse, dans Lama Sabachthani, publié dans les Cahiers de la Pléiade XIII, automne 1951- printemps 1952.
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Epsilon |
Date du message : mai 2, 2009 01:01 |
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Et moi qui m'étais cru poète, je ne savais pas trouver les mots pour appeler le soleil. Je lui disais : Soleil ! sors de ton trou, casse le couvercle, frappe les brouillards, mange la nuit, dissous le noir, montre-toi, montre-nous le monde, montre-nous au monde, parle, Soleil, sors de ton trou, parle, montre que tu es, montre qui tu es ! C'était trop maladroit. Je jetais du bois au feu et j'essayais un autre ton. Sors donc de là, si tu peux ! Montre-toi, si tu l'oses ! Mais tu as bien trop peur de l'ombre, tu crèves de peur dans ton trou, petit trou toi-même, petite absence ronde! Je n'avais pas plus de succès. Après avoir donné au feu quelques planches d'une vieille armoire, je reprenais: Viens, Soleil, la table est servie pour toi. Tous les arbres, toutes les herbes, toudes les bêtes et tous les hommes, toutes les mers et tous les fleuves attendent que tu viennes les saisir de tes bras brûlants, les élever jusqu'à ta gueule, dévorante bouche du ciel ; viens boire et manger, la table est servie de l'Est à l'Ouest. C'était aussi peu efficace. Bientôt, il n'y eut plus rien à brûler dans la salle. J'allai chercher la literie qui était dans la soupente et la donnai peu à peu aux flammes. Soleil, toi le plus vieux, toi le plus jeune, toi le plus sage et le plus fou, toi qui n'es jamais diminué, jamais partagé, toujours seul, et pourtant contenu tout entier dans chaque oeil vivant, toi le plus grand qui peux emplir l'espace, toi le plus petit, qui passes par le trou d'une aiguille, toi le plus libre, que rien n'atteint, mais aussi le plus enchaîné à la loi, toi qui ne peux pas ne pas te lever tout à l'heure René Daumal
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Epsilon |
Date du message : mai 3, 2009 13:31 |
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Dompteuse Elle vint dans Ninive énorme, où sont les fous Qui veillent dans les lits et dorment sur les tables, Et le théâtre est cendre où, les soirs ineffables, Elle noyait sa tête aux crins des lions doux. Fixant sur eux des yeux charmeurs comme en des fables, Elle allait, éteignant leurs cris dans ses genoux, Calme, et trouvant l'odeur des palmes et des sables Au souffle de leur gueule errant sur ses seins roux. Ses cheveux fiers, sa main doucement suspendue, Ses robes dans leur fleur ne l'ont point défendue. Un jour la griffe immense et tranquille la prit. La foule ayant fui blême, un parfum pour des âmes Sembla mêler, le long des promenoirs à femmes, Le sang de la Dompteuse aux roses de la Nuit. Germain NOUVEAU (1851-1920) (Recueil : Autres vers ) **** Ciels Le Ciel a de jeunes pâturages Tendres, vers un palais triste et vermeil : Un Essaim d'Heures sauvages Guide Pasiphaé, petite-fille du Soleil. Des troupeaux silencieux du ciel, Un nuage, un doux taureau s'écume, Se détache, avec le souci réel Du Baiser qui l'arrose et la parfume. Et ces neiges, fraîcheur et ferveur, Au ciel des étreintes fatales, S'unissent, ô Douleur ! Le taureau roule sur la prairie idéale. La Passion plus doucement encore a lui Sous le Baiser qui les parfume et les arrose, Ils s'absorbent au ciel qui les absorbe en lui. Reste seule la bave du Baiser, amère et rose. Le Couchant a brûlé comme un palais, Et le ciel s'aveugle avec les cendres Qu'un Dieu noir chasse avec un balai. Vénus, diamant et feu, au jardin d'amour, va pendre. I Autour de la jeune Eglise, Par les prés et les clôtures Et les vieilles routes pures, La nuit comme une eau s'épuise. II C'est l'aube toute divine Et la plage violette, Avec des voiles en fête Au ciel tel qu'une marine. III Guerre et semaille, avalanches De nos thèmes et nos mythes, Par les labours sans limites Sommeillant pour les revanches. IV Mais le sang petit et pâle Que l'aurore a dans les veines, Ô Seigneur ! est-ce nos peines Ou votre pitié fatale ? V Nos voeux des vôtres sont frères, Vous tous dont le coeur murmure Depuis l'ancienne aventure Montez, Aubes et Colères ! Germain NOUVEAU (18510) (Recueil : Autres vers)
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