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Famille : Révèlations poètiques.
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Auteur
Sujet : Les poèmes de notre page d'accueil
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Epsilon |
Date du message : septembre 1, 2009 01:03 |
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lourde angoisse d'épaisses ténèbres se propagent installent en silence une nuit pierreuse sur la terre et le soleil sombre roule dans l'abîme et la lumière ne cessera plus d'agoniser ô toi l'épargnée ouvre-moi ton, sillon apaise la rauque lamentation du sang dépose en moi la lueur qui maintient la vie dans la terre Charles jULIET (affûts)
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Epsilon |
Date du message : septembre 3, 2009 00:33 |
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Mon Dieu, que je voudrais que ma main fût oisive Mon Dieu, que je voudrais que ma main fût oisive, Que ma bouche et mes yeux reprissent leur devoir ! Écrire est peu : c'est plus de parler et de voir, De ces deux oeuvres l'une est morte et l'autre vive. Quelque beau trait d'amour que notre main écrive, Ce sont témoins muets qui n'ont pas le pouvoir Ni le semblable poids, que l'oeil pourrait avoir Et de nos vives voix la vertu plus naïve. Mais quoi ! n'étaient encor ces faibles étançons Et ces fruits mi-rongés dont nous le nourrissons, L'Amour mourrait de faim et cherrait en ruine : Écrivons, attendant de plus fermes plaisirs, Et si le temps domine encor sur nos désirs, Faisons que sur le temps la constance domine. Jean de Sponde **** Je sens dedans mon âme une guerre civile D’un parti ma raison, mes sens d’autre parti, Dont le brûlant discord ne peut être amorti Tant chacun son tranchant l’un contre l’autre affile. Mais mes sens sont armés d’un verre si fragile Que si le cœur bientôt ne s’en est départi Tout l’heur vers ma raison se verra converti, Comme au parti plus fort, plus juste et plus utile. Mes sens veulent ployer sous ce pesant fardeau Des ardeurs que me donne un éloigné flambeau, Au rebours la raison me renforce au martyre. Faisons comme dans Rome à ce peuple mutin De mes sens inconstants arrachons-les enfin Et que notre raison y plante son Empire. Jean de Sponde Les Amours (1598).
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Epsilon |
Date du message : septembre 4, 2009 01:18 |
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Faut faire signe au machiniste La dame attendait l'autobus Le monsieur attendait l'autobus passe un chien noir qui boitait la dame regarde le chien le monsieur regarde le chien et pendant ce temps-là l'autobus passa. R. Queneau .Courir les rues. **** Urbanisme Avec les moyens de la science et de l'industrie modernes (ou à venir) On pourrait bien déplacer les monuments historiques et les foutre tous ensemble dans le même quartier qu'on aurait au préalable rasé comme ça il y aurait côte à côte la tour Eiffel le Sacré Coeur Saint-Honoré-d'Eylau la Sainte-Chapelle le Tribunal de Commerce les Deux-Magots Sainte-Clotilde l'Opéra le musée d'Ennery et cetera ce qui éviterait aux touristes de se disperser inconsidérément dans les rues de la ville. R. Queneau Courir les rues .Gallimard ( pas la rue ...les éditions !)MERCI DOUBLESIX!
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Epsilon |
Date du message : septembre 5, 2009 01:40 |
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Le Bal des Pendus Au gibet noir, manchot aimable, Dansent, dansent les paladins, Les maigres paladins du diable, Les squelettes de Saladins. Messire Belzébuth tire par la cravate Ses petits pantins noirs grimaçant sur le ciel, Et, leur claquant au front un revers de savate, Les fait danser, danser aux sons d'un vieux Noël! Et les pantins choqués enlacent leurs bras grêles: Comme des orgues noirs, les poitrines à jour Que serraient autrefois les gentes damoiselles, Se heurtent longuement dans un hideux amour. Hurrah, les gais danseurs qui n'avez plus de panse! On peut cabrioler, les tréteaux sont si longs! Hop, qu'on ne cache plus si c'est bataille ou danse! Belzébuth, enragé, racle ses violons! Ô durs talons, jamais on n'use sa sandale! Presque tous ont quitté la chemise de peau; Le reste est peu gênant et se voit sans scandale. Sur les crânes la neige applique un blanc chapeau: Le corbeau fait panache à ces têtes fêlées, Un morceau de chair tremble à leur maigre menton: On dirait, tournoyant dans les sombres mêlées, Des preux raides heurtant armures de carton. Hurrah, la bise siffle au grand bal des squelettes! Le gibet noir mugit comme un orgue de fer! Les loups vont répondant, des forêts violettes: À l'horizon, le ciel est d'un rouge d'enfer... Holà, secouez-moi ces capitans funèbres Qui défilent, sournois, de leurs gros doigts cassés Un chapelet d'amour sur leurs pâles vertèbres: Ce n'est pas un moustier ici, les trépassés ! Oh! voilà qu'au milieu de la danse macabre Bondit, par le ciel rouge, un grand squelette fou Emporté par l'élan : tel un cheval se cabre: Et, se sentant encor la corde raide au cou, Il crispe ses dix doigts sur son fémur qui craque Avec des cris pareils à des ricanements, Puis, comme un baladin rentre dans la baraque, Rebondit dans le bal au chant des ossements. Au gibet noir, manchot aimable, Dansent, dansent les paladins, Les maigres paladins du diable, Les squelettes de Saladins. Arthur Rimbaud
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Epsilon |
Date du message : septembre 7, 2009 01:33 |
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Sur une nuit sans ornement Regarder la nuit battue à mort; continuer à nous suffire en elle. Dans la nuit, le poète, le drame et la nature ne font qu'un, mais en montée et s'aspirant. La nuit porte nourriture, le soleil affine la part nourrie. Dans la nuit se tiennent nos apprentissages en l'état de servir à d'autres, après nous. Fertile est la fraîcheur de cette gardienne ! L'infini attaque mais un nuage sauve. La nuit s'affilie à n'importe quelle instance de la vie disposée à finir en printemps, à voler par tempête. La nuit se colore de rouille quand elle consent à nous entrouvrir les grilles de ses jardins. Au regard de la nuit vivante, le rêve n'est parfois qu'un lichen spectral. Il ne fallait pas embrasser le coeur de la nuit. Il fallait que l'obscur fut maître où se cisèle la rosée du matin. La nuit ne succède qu'à elle. Le beffroi solaire n'est qu'une tolérance intéressée de la nuit. La reconduction de notre mystère, c'est la nuit qui en prend soin; la toilette des élus , c'est la nuit qui l'exécute. La nuit déniaise notre passé d'homme, incline sa psyché devant le présent, met de l'indécision dans notre avenir. Je m'emplirai d'une terre céleste. Nuit plénière où le rêve malgracieux ne clignote plus, garde-moi vivant ce que j'aime. René Char .La bibliothèque est en feu.La parole
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Epsilon |
Date du message : septembre 8, 2009 23:56 |
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..."Je te reconnais entre cent, entre deux, Je te reconnais entre mille à ton clin de cil prémonitoire. ... Mais j'en ai marre, moi, marre jusqu'à la nausée du clinquant et des fards sur les joues philistines de la tare encombrant les ailes des narines marre de la virginité technique de l'ombilic et marque de fausseté marre du cauchemard en forme d'hippocampe au bout des boulevards. ... ce ne fut que péché pubère, intrusion dans l'outremont, le plongeon du nageur parmi les nacres des grands fonds. Le coeur est resté comme un vol d'hirondelle au ras des vagues matinales et l'entaille dont j'ai griffé la poitrine de l'interdit s'est mise à la couleur belle de ta nativité. ... dans la courbe des longs sourcils j'ai appris à l'apprivoiser, le vif hiéroglyphe, qui d'un coup de paraphe a garanti pour nous les pages blanches du bonheur. Car ta beauté, charme impair, ta beauté la nudité du corps rythmique du printemps, la nudité de l'âme offerte à l'appétit phallique du soleil. C'est le cri du réveil d'entre les pierres lourdes de cent millions de morts brusquement arrachés à l'hypnose des âges, la reprise à midi du refrain de l'aurore pourqu'à l'ouïr un sursaut vertébral s'empare à même du sol identitaire. En toi tout est symbole, harmonie et synthèse, point d'orgue et joint subtil de toute chose, de mes entrailles pourpres comme des lèvres de volcans, visible invisible ayant reçu comme toi-même en legs le monopole immémorial du lourd dépot du capricorne. Je te reconnaîtrais entre mille entre millions au seul pli du lamba jaculatoire sur le saillant de tes épaules, la voile de mon boutre obsédé du retour au pays d'origine, la retombée d'un bras subite oasis d'ambre où rampe entre deux bonds le plus fauve de mes désirs. ... O semence ! O mystère ! O germination cosmique de la graine ! accord parfait des reins en râle ! et Toi fécondité des ventres tout à coup graves comme la mort et doux de la douceur de la paupière des pintades. Mais quel esprit divin nous illumine, nous, les nouveaux mystagogues. ... Happés nous sommes happés broyés nous sommes broyés engloutis sans appel dans le vagin vermeil des triples telluries...." (Jacques Rabemananjara, oeuvres complètes poésie, Présence africaine)
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Epsilon |
Date du message : septembre 10, 2009 01:48 |
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Epiphanie. Ma promise déraisonnable Tu es partie en ton adolescence Peut-être même avant l'âge de raison Tu as gardé intactes toutes les notes bleues Du blues échevelé où tu risquais ton coeur Aujourd'hui tu revêts une forme sonore Qu'aucun tempo ne peut corrompre Qu'aucune rumeur ne peut troubler Il n'y a pas eu de supplice Pas de déclin Pas de repentir Corps éphémère aussi éclatant Que ce corps subtil Où je te reconnais Tu sèmes à ton ordinaire des germes de lumière Qui seront fleurs seulement Et non fruits Baisers sur la bouche Sitôt envolés Sitôt voués à la beauté A l'éclaircie reconquise A la poésie du réel subjugué L'inaccessible porte est ouverte Elle bat comme l'aile d'un cerf volant A la corde coupée Je sens que le poids de la nuit est tombé C'est à l'excès de jour Qu'il me faut tenir tête.. ANDRE VELTER. (Merci Marie-Elisabeth pour ton post sur ce poète!)
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Epsilon |
Date du message : septembre 12, 2009 09:03 |
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L’Eterna Volutta Nulle des choses les plus douces, Ni le parfum des fleurs décomposées, Ni de la musique en pleine mer, Ni de l’évanouissement bref De la chute des escarpolettes [Les yeux fermés, les jambes bien tendues), Ni une main tiède et caressante dans mes cheveux M’emplissant le crâne de mille petits démons Semblables à des pensées musicales ; Ni la caresse froides des orgues Dans le dos, à l’église ; Ni le chocolat même, Soit en tablettes fondantes, Fraîches d’abord puis brûlantes, Grasses commes des moines, Tendres comme le Nord ! Soit limpide et fumant (Hausse vers moi ton baiser lourd, colorada ! Laissant du feu parfumé après lui Et une moiteur délicate sur tout mon corps...) Ni le fumet d’amandes de certains fards ; Ni la vue des choses à travers des vitres rouges, Ou mauves ou vertes Comme chez Daniéli, à Venise, au fumoir : Ni la sensation précieuse de la peur, Ni le parfum des laques, ni Les cris matinaux des coqs en pleine ville — Nul des plus beaux spectacles : Ni la Méditerranée Avec son odeur à elle, âcre et bleue, Avec son froissement et son battement Si caressants et courts Sur les flancs des navires. — (Oh ! nuits sur le pont, quand pas malade, avec l’officier de quart ! Et toi, vigie, ange gardien de l’équipage Combien ai-je passé de nuits, silencieux, À tes pieds, voyant les étoiles dans tes yeux, Tandis que Boréas nous soufflait au visage.) Avec ses îles, Innombrables, diverses, Les unes blanches avec le gris-vert des oliviers, Les autres dorées, où l’on aperçoit des villages ; D’autres : de longues choses bleues qui se cachent ; Avec ses détroits pleins de musique, Bonifacio semblable aux portes de la mort, Messine avec le Faro, Scylla étincelant Dans la nuit, Les Lipari avec de rares lumières (une, haute et rouge et coulante) ; Et tout le jour Toute cette mer Pareille à un grand jardin fleuri... Non, aucune de ces choses, Aucun de ces spectables, Ne saurait me distraire De la volupté éternelle de la douleur ! Vous voyez en moi un homme Que le sentiment de l’injustice sociale Et de la misère du monde A rendu complètement fou ! Ah ! je suis amoureux du mal ! Je voudrais l’étreindre et m’identifier à lui ; Je voudrais le porter dans mes bras comme le berger porte L’agneau nouveau-né encore gluant... Donnez-moi la vue de toutes les souffrances, Donnez-moi le spectacle de la beauté outragée, De toutes les actions honteuses et de toutes les pensées viles (Je veux moi-même créer plus de douleur encore ; Je veux souffler la haine comme un bûcher). Je veux baiser le mépris à pleines lèvres ; Allez dire à la Honte que je meurs d’amour pour elle ; Je veux me plonger dans l’infamie Comme dans un lit très doux ; Je veux faire tout ce qui est justement défendu ; Je veux être abreuvé de dérision et de ridicule ; Je veux être le plus ignoble des hommes. Que le vice m’appartienne, Que la dépravation soit mon domaine ! Il faut que je venge tous ceux qui souffrent (Et le bonheur n’est pas non plus dans l’innocence) ; Je veux aller plus loin que tous Dans l’ignominie et la réprobation, Je veux souffrir avec tout le monde, Plus que tout le monde ! Ne fermez pas la porte ! Il faut que j’aille me vendre à n’importe quel prix ; Il faut que je me prostitue corps et âme ; J’ai si faim de mépris ! J’ai si soif d’abjection ! Et tant d’autres en sont repus ; tant d’autres : Les Pauvres ! Hélas, je suis trop riche ; le Mal M’est à jamais interdit quoi que je fasse : Je suis un Riche, naturellement bon et vertueux ; Si j’étais plus riche encore, peut-être Je pourrais acheter la Honte, Et la douleur et la bassesse toute nue du monde ? Mais que du moins j’entende, Monter toujours Le cri de la douleur du Monde. Que mon cœur s’en remplisse ineffablement ; Que je l’entende encore de mon tombeau, Et que la grimace de mon visage mort Dise ma joie de l’entendre ! VALERY LARBAUD
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Epsilon |
Date du message : septembre 15, 2009 00:53 |
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Très beau poème d'un auteur que je ne connais pas du tout et que j’ai copié la semaine dernière dans la superbe galerie du Château de Chenonceau où s’expose actuellement une partie de la Collection d’œuvres d’art de l’Unesco. Ce texte magnifique accompagnait une peinture faite par un artiste dont j’ai malheureusement oublié le nom...J’ai vu tant de belles choses au cours d’un petit voyage-découvertes de quelques châteaux de la Loire et d’un séjour en Vendée que certains détails m’ont échappé.... Il y a des ruses au temps mort de la poussière sur les fleurs du hasard les masques charnels de l’endurance des gestes gantés d’innocence et puis soudain l’absence de raison aux mots sans équivalence inutiles et nus dans les plis du silence perdus à la vérité de la transe d’amour du poème interrompu Il y a l’ombre du citronnier à l’abandon et un doute sur le temps passé au travers du regard des morts un chemin de lumière lente au loin irrigue la vaste plaine vide et puis soudain le commencement de la peine à trouver le chemin le cœur si sombre confusion de désir et de haine Il y a tes yeux sombres comme des soldats affamés à la frontière du monde et ta bouche qui nourrit le fruit du reproche et puis soudain tu donnes sans raison à la soie muette de ta peau sombre la déchirure de l’illusion AMIN KHAN ( Merci SUMMERTIME POUR CETTE BELLE DECOUVERTE!)
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Epsilon |
Date du message : septembre 16, 2009 13:29 |
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MONSIEUR ARNAUD, BACHELIER À Arpik Missakian. Les sans-patrie ont toujours tort Puisqu'ils transportent du bois mort Et campent dans de sombres garnis, Chaque mur y a ses petites hernies. Car c'est un hôtel moisi et croulant, Sur une corde se balancent des piments. Hôtel borgne dont l'œil valide s'infecte, Hôtel où les réfugiés et leurs dialectes Se glissent par une vieille porte noircie, La police reconnaît en elle l'objet de ses soucis. Elle la vise, se ravise, et ainsi de suite. Toute la bâtisse sent l'aubergine cuite. Elle le sent violemment vers le soir Quand les gosses jouent sous le porche à demi noir Et que le seul Ascho mendie sur le palier. Ascho est petit. La tête entre deux barres, II nous tend sa main à notre passage, De fenêtre à fenêtre vont des cordages. II Monta d'abord le colonel Kanzadian Qui est tourneur chez Citroën en attendant Le grand jour où il pourra occire les Turcs. Il ne s'arrêtera que pour cracher très loin, Et la mosquée cédera devant la Sainte-Trinité, La mosquée aura des faïences et trois cyprès. Monta ensuite la femme qui lit l'avenir Dans le marc du café toujours amer: « Au-delà des monts, au-delà des mers, « Un colloque entre deux hommes de loi, «À la suite de quoi... » Le chat noir monta. Et montèrent, bien sûr, des malades blêmes, Suivis par le professeur de math-élème, Qui, devenu par faveur cireur de parquets, Caressa le mendiant en ces termes : «O petit! j'aime l'archevêque qui t'a béni.» Mais le dernier arrivant fit comme ça, Laissa tomber son obole comme ça, II la doubla, la tripla, fit tralala. III Il avait le sourire comme on a le cœur gros. Il mendiait le soir nos tickets de métro. Il étalait ces choses périmées sur le lit En vue d'un voyage secret, et puis : «À son âge! disait la mère, à son âge! Mieux que moi, femme d'expérience, «II descend et change aux correspondances ! » Quel rêve l'emportait-il si loin de l'Europe, L'aïeul à demi sourd, le vénérable pope, Dont la lèvre pendante remuait sans mot dire Cependant que le père se mettait à bouillir : «Voyez! voyez! disait le père, l'innocence «Entretient de mystérieuses correspondances, «Ce qui fait que nos enfants s'assimilent vite, «Par des passages souterrains ils nous quittent «Pour devenir relaps et ministre de France, «Ah! c'est bien dans le vide que nos piments se balancent» IV Ici je m'arrête puisqu'il n'y a plus d'Ascho. Depuis longtemps il s'appelle Monsieur Arnaud. Car dans sa prime jeunesse, plus d'une fois, Les poulbots armés de sabres de bois, Le poursuivirent en criant: «Ascho! t'as chaud?» Il en pleura. Ensuite, il fit son bachot. ARMEN LUBIN. (extrait de Les hautes terrasses, Gallimard, 1957)
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Epsilon |
Date du message : septembre 19, 2009 05:47 |
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, elle m'est celle, Par qui je vis et je respire, Si bellement, qu'elle ensorcelle Toute mon âme, avec son rire Et sa colère et ses sanglots de flots ; Dites, pourrais-je un jour, En ce port calme, au fond d'un bourg, Quoique dispos et clair, Me passer d'elle ? La mer ! la mer ! Elle est le rêve et le frisson Dont j'ai senti vivre mon front. Elle est l'orgueil qui fit ma tête Ferme et haute, dans la tempête. Ma peau, mes mains et mes cheveux Sentent la mer Et sa couleur est dans mes yeux ; Et c'est le flux et le jusant Qui sont le rythme de mon sang.... EMILE VERHAEREN **** Le beau jardin fleuri de flammes Le beau jardin fleuri de flammes Qui nous semblait le double ou le miroir Du jardin clair que nous portions dans l'âme Se cristallise en gel et or, ce soir. Un grand silence blanc est descendu s'asseoir Là-bas, aux horizons de marbre, Vers où s'en vont, par défilé, les arbres Avec leur ombre immense et bleue Et régulière, à côté d'eux. Aucun souffle de vent, aucune haleine. Les grands voiles du froid Se déplient seuls, de plaine en plaine, Sur des marais d'argent ou des routes en croix. Les étoiles paraissent vivre. Comme l'acier, brille le givre, A travers l'air translucide et glacé. De clairs métaux pulvérisés A l'infini semblent neiger De la pâleur d'une lune de cuivre. Tout est scintillement dans l'immobilité. Et c'est l'heure divine, où l'esprit est hanté Par ces mille regards que projette sur terre, Vers les hasards de l'humaine misère, La bonne et pure et inchangeable éternité. Emile Verhaeren .Recueil : Les heures claires
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Epsilon |
Date du message : septembre 20, 2009 03:51 |
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" Je voudrais aller me promener dans les bois " de Marie Nervat (1874-1909) Je voudrais aller me promener dans les bois ; j'aurais un grand chapeau, une robe légère, je me griserais d'air et de bonne lumière, et tu me rapprendrais à marcher à ton bras. Je voudrais aller dans un grand bois, un vieux bois, où l'on dit que les fées se promènent encore ; peut-être en attendant du soir jusqu'à l'aurore, qu'une d'elles nous laisserait ouïr sa voix. Moi je n'ai pas vu d'arbres depuis si longtemps, ni de fleurs dans les jardins ! Celles que tu portes, et que tu poses sur mon lit, à moitié mortes, achèvent de mourir dans les appartements. Ce ne sont pas de vraies fleurs libres sous le ciel ; elles ont des robes rouges trop tuyautées, puis, sur les draps, on dirait des taches figées, taches de sang qui font plus pâles mes mains frêles. J'aime mes mains à présent, elles sont si blanches ! je vois les petites veines bleues sous la peau, je n'ai gardé à ma main gauche que l'anneau, l'anneau d'or que tu m'as donné avec ton âme. Mes pauvres mains ont l'air si lasses sur les draps ! Ah ! je voudrais sortir, marcher, je me sens forte, je voudrais fuir bien loin, et refermer la porte sur cette chambre monotone de malade. **** " La Mappemonde " Un enfant noir dessine sur les glaces Une girafe et le pôle en frémit, Mais bien posée aux limites des cartes, Elle offre au monde un mouvement plus pur. L'enfant s'obstine et la girafe marche. Tourne la terre à chacun de ses pas. Que ferions-nous, dit l'homme, sans girafe? Et la voici reine des animaux. Est-ce une fable ? Un enfant qui dessine Sur une boule et tout est décidé. Il marche aussi, cet enfant sur la terre Pour retrouver l'Afrique et l'animal. Est l'exil? On a peur de répondre. L'hoùùe regarde au creux de ses deux mains. Du fond des temps, des paysages montent, Dans l'enfant noir, il reconnaït son ombre Mais il se tait pour préserver demain . Robert Sabatier
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Epsilon |
Date du message : septembre 22, 2009 00:26 |
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A ÉROS Éros, à toi le plus cruel de tous les dieux, pourquoi m'as-tu portée vers le pays de l'ombre ? Quand les petites filles ont grandi, alors on les sépare de la lumière, on les jette au fond d'une pièce toute sombre. Est-ce que mon âme ne flottait pas comme une étoile heureuse dans l'air quand on l'entraîna de force dans ta ronde rouge ? Vois, je suis maintenant pieds et poings liés, sens, je suis contrainte dans toutes mes pensées. Éros, à toi le plus cruel de tous les dieux : je ne fuis pas, je n'attends pas, je souffre seulement comme une bête. SECRET D'ÉROS Je vis rouge. Je vis mon sang. Je n'ai pas renié Éros. Mes lèvres rouges brûlent sur la pierre refroidie de tes autels. Je te connais, Éros - tu n'es homme ni femme, tu es la force qui se tient accroupie dans le temple, pour se relever, plus sauvage qu'un hurlement, plus violente qu'une pierre lancée, et lancer le mot juste de la proclamation au-dessus du monde depuis la porte du temple tout-puissant. Edith Södergran, Landet som icke är, Le Pays qui n'est pas (1925), section I. in Thauma, Traduction du suédois (Finlande) par M-H Archambeaud
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Epsilon |
Date du message : septembre 23, 2009 00:17 |
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The cats will know La pluie tombera encore sur tes doux pavés, une pluie légère comme un souffle ou un pas. La brise et l'aube légères fleuriront encore comme sous ton pas, quand tu rentreras. Entre fleurs et balcons les chats le sauront. Il y aura d'autres jours, il y aura d'autres voix. Tu souriras toute seule. Les chats le sauront. Et tu entendras des mots très anciens, des mots las et vains comme les vieux habits des fêtes d'hier. Toi aussi, tu auras des gestes. Tu diras des mots - visage de printemps, toi aussi, tu auras des gestes. Les chats le sauront, visage de printemps ; et la pluie légère, l'aube de jacinthe, qui déchirent le cœur quand on ne t'espère plus, sont le triste sourire que, seule, tu souris. Il y aura d'autres jours, d'autres voix, d'autres éveils. Nous souffrirons dans l'aube, visage de printemps. Cesare Pavese. La mort viendra et elle aura tes yeux.10 avril 1950
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Epsilon |
Date du message : septembre 24, 2009 02:38 |
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Noël au chemin de fer Saint Joseph n’avait jamais vu de locomotive et il avait peur de perdre les billets. C’était un soir de grand départ, la gare enfiévrée par les multitudes et les sifflets, les lumières. Arrivés trop tôt, trop traîné au buffet... Ils n’avaient pas retenu leurs places Et l’on a dit qu’ils s’étaient trompés de train. Personne pour leur souhaiter bon voyage. Les amis n’avaient pas été prévenus. Crachant fumée jaune et bleue comme un dragon, le train changeait de voie aux aiguilles et change encore, il va plus vite, il va. Disparaissent les banlieues et les signaux. Debout dans le couloir. Qui donc aura pitié d’une femme grosse et si belle et qui geint ? Dans le compartiment voisin, des zélotes s’empoignèrent en partageant leurs provisions. Des soldats rappelés faisaient les malins. Un publicain qui avait commis des exactions et sa maîtresse, une négresse très belle, occupaient les coins côté couloir. Le grand prêtre faisait semblant de lire. Un train passa en fracas et l’enfant dans la nuit maternelle déjà s’effraie. Filons dans l’étendue, il neige, il pleut, qu’importe. Il fait chaud jusque sur les ponts bruissants lorsque fraîchit la rivière traversée. Déjà le temps s’endort et les villes s’espacent. Des forêts sont franchies et des bourgs, la vallée monte. Aux stations inconnues les barrières s’abaissent et se lèvent dans la campagne arrondie très haut par la voûte étoilée. Le chant des anges assourdi par les nuages ne perce pas les grondements du wagon. La Vierge ferme les yeux contre la vitre, elle voit. – Tout le monde descend – C’est le petit jour. Saint Joseph a rassemblé les bagages. L’employé ouvre les portières. Sur le quai l’âne et le boeuf sont là et déjà chuchotent. Ah, dit Marie humblement, c’est ici que la parole doit s’accomplir. André FRÉNAUD, Il n'y a pas de paradis,Gallimard, 1962.
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