Présentement sur Amicalien
Les membres en ligne : 140
Les nouveaux membres : 28
Anniversaires aujourd'hui : 35
Famille : Révèlations poètiques.
Ce sujet fait partie de la famille Révèlations poètiques.. Cette famille est publique. Vous pouvez donc échanger dans cette famille sans vous y inscrire.
![]()
Auteur
Sujet : Les poèmes de notre page d'accueil
|
Celyes |
Date du message : mars 8, 2009 01:33 |
||
|
Le mois d'août Ô mes frères, voici le beau temps des vacances ! Le mois d'août, appelé par dix mois d'espérances ! De bien loin votre aîné ; je ne puis oublier Août et ses jeux riants ; alors, pauvre écolier, Je veux voir mon pays, notre petit domaine ; Et toujours le mois d'août au logis nous ramène, Tant un coeur qui nourrit un regret insensé, Un coeur tendre s'abuse et vit dans le passé ! Voici le beau mois d'août : en courses, camarades ! La chasse le matin, et le soir les baignades ! Vraiment, pour une année, à peine nos parents Nous ont-ils reconnus : vous si forts et si grands, Moi courbé, moi pensif - Ô changements contraires ! La jeunesse vous cherche, elle me fuit, mes frères ; Gaîment vous dépensez vos jours sans les compter, Econome du temps je voudrais l'arrêter. - Mais aux pierres du quai déjà la mer est haute : Toi, mon plus jeune frère, allons ! gagnons la côte ; En chemin par les blés tu liras tes leçons, Ou bien tu cueilleras des mûres aux buissons. Hâtons-nous ! le soleil nous brûle sur ces roches ! - Ne sens-tu pas d'ici les vagues toutes proches ? Et la mer ! l'entends-tu ? Vois-tu tous ces pêcheurs ? N'entends-tu pas les cris et les bras des nageurs ? Ah ! rendez-moi la mer et les bruits du rivage : C'est là que s'éveilla mon enfance sauvage ; Dans ces flots, orageux comme mon avenir, Se reflètent ma vie et tout mon souvenir ! La mer ! J'aime la mer mugissante et houleuse, Ou, comme en un bassin une liqueur huileuse, La mer calme et d'argent ! Sur ses flancs écumeux Quel plaisir de descendre et de bondir comme eux, Ou, mollement bercé, retenant son haleine, De céder comme une algue au flux qui vous entraîne ! Alors on ne voit plus que l'onde et que les cieux, Les nuages dorés passant silencieux, Et les oiseaux de mer, tous allongeant la tête Et jetant un cri sourd en signe de tempête... Ô mer, dans ton repos, dans tes bruits, dans ton air, Comme un amant, je t'aime ! et te salue, ô mer ! Assez, assez nager ! L'ombre vient, la mer tremble ; Contre les flots, mon frère, assez lutter ensemble ! Retrempés dans leur sel, assouplis et nerveux, Partons ! Le vent du soir séchera nos cheveux. Quelle joie en rentrant, mais calme et sans délire, Quand, debout sur la porte et tâchant de sourire, Une mère inquiète est là qui vous attend, Vous baise sur le front, et pour vous à l'instant Presse les serviteurs, quand le foyer pétille, Et que nul n'est absent du repas de famille ! Monotone la veille, et vide, la maison S'anime : un rayon d'or luit sur chaque cloison ; Le couvert s'élargit ; comme des fruits d'automne, D'enfants beaux et vermeils la table se couronne ; Et puis mille babils, mille gais entretiens, Un fou rire, et souvent de longs pleurs pour des riens. Mais plus tard, lorsqu'on touche aux soirs gris de septembre, En cercle réunis dans la plus grande chambre, C'est alors qu'il est doux de veiller au foyer ! On roule près du feu la table de noyer, On s'assied ; chacun prend son cahier, son volume ; Grand silence ! on n'entend que le bruit de la plume, Le feuillet qui se tourne, ou le châtaignier vert Qui craque, et l'on se croit au milieu de l'hiver. Les yeux sur ses enfants, et rêveuse, la mère Sur leur sort à venir invente, une chimère, Songe à l'époux absent depuis la fin du jour, Et prend garde que rien ne manque à son retour. L'aïeule cependant sur sa chaise se penche, Et devant le Seigneur courbe sa tête blanche. Ecoutez-la, Seigneur, et pour elle, et pour nous ! Cette femme, ô mon Dieu, qui vous prie à genoux, Ne la repoussez pas ! Soixante ans à la gêne, Et toujours courageuse, elle a porté sa chaîne : Une heure de repos avant le grand sommeil ! Avant le jour sans fin, quelques jours au soleil ! Auguste BRIZEUX (1803-1858) (Recueil : Marie)
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : mars 9, 2009 02:13 |
||
|
Le rêve du héron bleu Dès l'aube un héron s'est figé comme un jonc Sur le bord du lac vierge où son image plonge. On le dirait surpris par le philtre d'un songe, Évadé du réel, béat sur son pied long. Oh ! bien loin de rêver, ce calme et beau héron Fait devant l'onde grave un geste de mensonge. Dans l'immobilité que sa ruse prolonge Rien des flots recueillis n'échappe à son oeil rond. Qu'une carpe imprudente anime l'eau tranquille Et prompt à la saisir avec son bec agile, Il fera de sa vie errante, son festin. Qu'importe à ce guetteur ce noble paysage ? Seul un désir brutal remplit son coeur sauvage, Et, svelte dans l'aurore, il incarne la Faim. Albert Ferland .Mémoires de la Société royale du Canada, 1931 Holocauste Puisque vous ne sauriez vous lasser, ô mes yeux, D'admirer la splendeur de sa beauté charnelle, Subissez à jamais son charme impérieux Et soyez obsédés des feux de sa prunelle. Puisqu'il m'est douloureux d'oser, en mon amour, Vous sevrer du nectar de sa bouche incarnate, Mes lèvres, brûlez donc de boire chaque jour Son baiser qui parfume ainsi qu'un aromate. Puisqu'en moi s'est accru le désir obsesseur D'étreindre follement ses mains d'impératrice, Ô mes mains, recherchez leur contact enchanteur Jusqu'à ce que le temps pour toujours les flétrisse. Albert FERLAND (1872-1943)(Recueil : Femmes rêvées)
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : mars 10, 2009 01:18 |
||
|
Des chevaux et des chiens Les chevaux et les chiens Parlent mieux que les hommes Et savent de très loin Reconnaître le ciel Ils n’ont pour eux que l’herbe Et la grave tendresse Des bêtes qui remuent Tristement le passé Mais dans leurs yeux inquiets Des choses et des hommes Passe parfois l’éclair D’une saison future. René Guy CADOU **** La porte est bien fermée Une goutte de sang reste encore sur la clé Tu n’es plus là mon père Tu n’es pas revenu de ce côté-ci de la terre Depuis quatre ans Et dans la chambre je t’attends Pour remailler le filets bleus de la lumière La première année j’eus bien froid Bien du mal à porter la croix Et j’usai mes belles mains blanches A raboter mes propres planches Déjà prêt à partir sans toi Puis ce fut le printemps la pâque Je te trouvai au fond de chaque Sillon dans chaque grain de blé Et dans la fleur ouverte aux flaques Impitoyables de l’été Jamais plus les oiseaux n’entreront dans la chambre Ni le feu Ni l’épaule admirable du soir Et l’amour sera fait d’autres mains D’autres lampes Ô mon père Afin que nous puissions nous voir René-Guy CADOU, Hélène ou le règne végétal, Chambre de la douleur
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : mars 11, 2009 01:58 |
||
|
Les cris vains Personne à qui pouvoir dire que nous n'avons rien à dire et que le rien que nous disons continuellement nous nous le disons comme si nous ne disions rien comme si personne ne nous disait même pas nous que nous n'avons rien à dire personne à qui pouvoir le dire même pas à nous Personne à qui pouvoir dire que nous n'avons rien à faire et que nous ne faisons rien d'autre continuellement ce qui est une façon de dire que nous ne faisons rien une façon de ne rien faire et de dire ce que nous faisons Personne à qui pouvoir dire que nous ne faisons rien que nous ne faisons que ce que nous disons c'est-à-dire rien Ghérasim Luca .Héros-Limite (poésie/Gallimard) **** C'est un beau soir de mars. C'est un beau soir de mars, rugueux et froid. L'après-midi, quelques fragiles anémones Ont fleuri toutes à la fois. A cette heure tombe le soleil jaune. Merles et grives S'interpellent et se poursuivent Et s'écoutent siffler à pleine voix, Ou bien encore grincent et se chamaillent Parmi les mailles Des rameaux fins et divergents du bois. Au ras du sol poussent les herbes A petits brins, frêles et lisses. La surface des eaux se plisse Au vent acerbe. Les villages, lavés par la neige et la pluie, Au bord de la grand-route et des mares s'appuient Et reluisent, de loin en loin, parmi les champs : Tuiles rouges et volets verts et pignons blancs. Emile Verhaeren "Toute la Flandre". **** Temps béni C'est ce qu'on appelle un temps délicieux un soleil léger cuit à point une brise légère salée juste un océan pur un horizon droit. Au milieu de ça un homme invisible qui ne se voit pas qui ne se sent pas qui n'a plus de poids. Cet homme sans corps à peine frôlé d'âme aujourd'hui c'est moi et j'entends la vie qui glisse éternelle entre mes vingt doigts. Pierre Boujut "Les poèmes de l'imbécile heureux"(1913-1992)
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : mars 12, 2009 14:02 |
||
|
Je garde dans la solitude Comme un pressentiment de toi. Tu viens ! Et le ciel se déploie, La forêt, l’océan reculent. * Tous deux le soleil nous désigne Par-dessus la ville et les toits Les fenêtres renvoient ses lignes Les fleurs éclatent comme des voix. * Lorsque ton jardin nous reçoit, Ta maison prend un air étrange : Comme un reflet la véranda Nous accueille sourit et change. * Les arbres ont de grands coups d’ailes Derrière et devant les buissons. La vague, au loin, parallèle, Se met à briller par frissons. * Je garde dans la solitude Comme un pressentiment de toi. Tu viens ! Et le ciel se déploie, La forêt, l’océan reculent. Max Jacob.Actualités éternelles, Romance, éd. La Différence, 1996 ***** Vanille Parfum de mes nuits ô Vanille tu prolonges suave le bleu si ton cil de chevreau frise d'ombre l'aube d'été c'est - Vanille - la main de l'aube dont murmure ainsi ta cuisse de lassitude heureuse et c'est l'étoile qui s'enfuit dans ton duvet ni le poivre ni la verveine dont s'ébouriffe notre nuit ne peuvent éteindre la gousse Vanille à ton dos déchirée lune nouvelle noire de ton parfum épars naît cette aube les feuilles à ton souffle se taisent mais en vol courbe et tu courbes la nuit Vanille tu es mon port marin mon épaule soulève ce parfum de lointain de port en tanière puis en clarté sur ce parfum l'aube dérive tu arrondis souple Vanille brugnon lisse ou pêche de rosée ces sources d'aube mais treille d'étincelles s'en effruitent de purs perdreaux te promenant tu es un jardin de nuit - Vanille - odeur enfant mais tu flétris : jardin adieu nul lendemain plus jamais d'aube Bernard Manciet, Véniels, avec des dessins de l’auteur (Escasenças), L’Escampette, 1996.
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : mars 13, 2009 17:51 |
||
|
Adieu Paris Adieu, Paris, ville de fer, Ville de vent, ville de rêve, Cher Paris où l’amour se lève, Doux Paris où j’ai tant souffert ! Et le train file, file, file, Comme un éclair en pleine nuit… Mon cœur fait encor plus de bruit, Mon cœur qui n’est jamais tranquille. Voici, sous la lune de mai, La plaine qu’on dit pittoresque, La verte combe où j’ai ri presque, La colline où j’ai presque aimé. L’histoire est-elle vraie ou fausse ? Suis-je un bon, un mauvais témoin ? Qu’importe ? – Voici déjà loin Les mornes plaines de la Beauce. Puis rien. – Du noir, du noir partout, Noir dans le ciel et sur la terre, Noir surtout au cœur solitaire, Gonflé de rage et de dégoût. Et le train file et le train vole Avec ses gros yeux qui font peur, Le train file à toute vapeur Comme une bête à moitié folle. Un vent mauvais semble frémir Dans les verdures qu’on effleure ; J’entends comme une âme qui pleure… Mon Dieu ! si je pouvais dormir ? Toujours, toujours, toujours la bête Aux crocs baveux, aux flancs repus ! Toujours ces mots interrompus Qui s’entrechoquent dans ma tête ! Les lourds pays indifférents Montrent un coin de leur visage ; La tristesse du paysage Répond à mes rêves errants. – Mais qu’est-ce ? – On dirait de la joie. Tout n’ait donc pas mort encor. Un trait rose, une barre d’or, Et l’infini rit et flamboie. Ce bleu tendre, ce bleu divin ! Qu’ai-je vu ? C’est la mer immense Où tout finit et recommence, Que nul jamais n’invoque en vain. O consolatrice du monde ! Puissante mer, ô grande mer ! Si j’ai quelque chose d’amer, Qu’il se noie en ton eau profonde ! Dame de sange et de langueur, Ensorceleuse de la brume, Ce n’est que dans ton amertume Que je pourrai laver mon cœur ! Gabriel Vicaire .Au pays des ajoncs
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : mars 15, 2009 01:45 |
||
|
Les Pâques à New-York Seigneur, je suis dans le quartier des bons voleurs, Des vagabonds, des va-nu-pieds, des recéleurs. Je pense aux deux larrons qui étaient avec vous à la Potence, Je sais que vous daignez sourire à leur malchance. Seigneur, l’un voudrait une corde avec un noeud au bout, Mais ça n’est pas gratis, la corde, ça coûte vingt sous. Il raisonnait comme un philosophe, ce vieux bandit. Je lui ai donné de l’opium pour qu’il aille plus vite en paradis. Je pense aussi aux musiciens des rues, Au violoniste aveugle, au manchot qui tourne l’orgue de Barbarie, A la chanteuse au chapeau de paille avec des roses de papier ; Je sais que ce sont eux qui chantent durant l’éternité. Seigneur, faites-leur l’aumône, autre que de la lueur des becs de gaz, Seigneur, faites-leur l’aumône de gros sous ici-bas. Seigneur, quand vous mourûtes, le rideau se fendit, Ce qu’on vit derrière, personne ne l’a dit. La rue est dans la nuit comme une déchirure Pleine d’or et de sang, de feu et d’épluchures. Ceux que vous avez chassé du temple avec votre fouet, Flagellent les passants d’une poignée de méfaits. L’Etoile qui disparut alors du tabernacle, Brûle sur les murs dans la lumière crue des spectacles. Seigneur, la Banque illuminée est comme un coffre-fort, Où s’est coagulé le Sang de votre mort. Les rues se font désertes et deviennent plus noires. Je chancelle comme un homme ivre sur les trottoirs. J’ai peur des grands pans d’ombre que les maisons projettent. j’ai peur. Quelqu’un me suit. Je n’ose tourner la tête. Un pas clopin-clopant saute de plus en plus près. J’ai peur. J’ai le vertige. Et je m’arrête exprès. Un effroyable drôle m’a jeté un regard Aigu, puis a passé, mauvais comme un poignard. Seigneur, rien n’a changé depuis que vous n’êtes plus Roi. Blaise Cendrars
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : mars 16, 2009 02:29 |
||
|
Le jardin de la Marjolaine Mademoiselle Marguerite Au bras du liseron sauvage Converse avec la cucurbite Considérable personnage. Le concombre, afin d'échapper A son destin de cornichon , Se gonfle. Va-t-il éclater? Ses joues sont comme des ballons. Ce lourd pachyderme dodu C'est la betterave écarlate, Fouissant de son mufle herbu, La glèbe gorgée de phosphates. Michel Manoll. **** LA MÉRIGOTE Autour de la maison Dans la nuit le vent d’hiver Chante sur deux notes. Contre le sein nu L’enfant rit, tourne la tête Et le lait déborde. Le bras de la mère Le long du petit enfant Un fuseau géant. Mes deux mains se ferment Sur un volume sans égal Le corps de l’aimée Des aiguilles d’acier Percent la maison en criant Tempête du Sud-Ouest Comme le clair de lune Aplatit dans la vallée Le sifflet du train. Nuit d’hiver, campagne Braise rouge dans la cheminée Et mes amis loin. Si je décrivais La lune sur la Mérigote Processions d’esthètes. Je m’éveille la nuit La lune baigne la grand’route Désir de voyage. Nuit sur les fenêtres Nuit sur les champs et les routes Moi seul et ma lampe. Dans le vent du soir Le corbeau retardataire Croasse et se hâte. La pie, sa queue droite Atterrit, fait trois bonds, Se pose et attend. JEAN-RICHARD BLOCH.1920
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : mars 17, 2009 02:00 |
||
|
LES ALLIANCES Ce sont les anges qui préparent Les boules bleues de la lessive, Aussi les blanchisseuses lavent A genoux dans le lavoir. Puis tordent les ailes de linge Puis suspendent partout des anges. Comme l'ange et comme Jacob, Femmes et anges se battent, Se tirent les cheveux, les robes, A pleines mains, à quatre pattes. Le lavoir est un lieu cruel ; Parfois on se démet la hanche. Mais toujours reviennent les anges Apporter les boules de ciel. Batteuses d'anges, de tapis, Prenez garde à vos alliances ! Car les anges sans surveillance Sont pis encore que des pies. Jean COCTEAU, Opéra (1925-1927) ***** Notre entrelacs d'amour à des lettres ressemble, Sur un arbre se mélangeant ; Et, sur ce lit, nos corps s'entortillent ensemble, Comme à ton nom le nom de Jean. Croiriez-vous point, ô mer, reconnaître votre oeuvre, Et les monstres de vos haras, Si vous sentiez bouger cette amoureuse pieuvre Faite de jambes et de bras. Mais le noeud dénoué ne laisse que du vide ; Et tu prends le cheval aux crins, Le cheval du sommeil, qui, d'un sabot rapide, Te dépose aux bords que je crains. Jean COCTEAU, Plain-chant (1923) ***** Mauvaise compagne, espèce de morte, De quels corridors, De quels corridors pousses-tu la porte, Dès que tu t'endors ? Je te vois quitter ta figure close, Bien fermée à clé, Ne laissant ici plus la moindre chose, Que ton chef bouclé. Je baise ta joue et serre tes membres, Mais tu sors de toi, Sans faire de bruit, comme d'une chambre, On sort par le toit. Jean COCTEAU, Plain-chant (1923)
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : mars 18, 2009 02:08 |
||
|
ALBUM L'univers c'est trop difficile. Je dis ton passé. Et la lumière s'élance des portes anciennes. Les verrous n'ont plus leur raison d'être. J'ai appris un sésame plus invulnérable que la mer./Notre légende est faite d'images et de gestes. je n'ai pas encore su la source de ta ressemblance. A être plus près de toi, tu m'échappes./Toutes les vanités viennent de moi. Tu es la seule vérité. Ce soir viendront les heures mystiques. Ou plutôt leurs fantômes. les heures sont abolies.Tu auras ta robe blanche des premières années. Pourquoi une robe blanche ?/ Ce soir le sacrifice aura la forme de mes mains levées vers les arbres trahis de la nuit.N'appelle pas en vain./ Je sais maintenant. Ta robe blanche, c'était pour détruire les ténèbres. Candide enfant. La nuit est invincible./ .Ce soir notre légende espère une nouvelle preuve d'être légende. Tu entends les corbeaux qui reviennent. Ils n'aimaient pourtant pas notre ville autrefois. Ils ont changé, comme la lumière./ Ô connaissance des heures mal mortes qui se fige au fond de tout ce qui respire. Les gestes et les images ont refait le cycle du désespoir. Je viens te crier ce sésame de clarté et de ciel./ La nuit exige le sacrifice de la raison. La mort de l'Amour. On a lancé des fauves sur tous les mendiants de la ville. Je cherche ta robe des premières joies. Tout est immobile. Seule s'avance la nuit qui triomphe. La nuit a vaincu la mer. Le silence a vaincu le chant. Edouard J. Maunick .Elle et Île /poèmes d'une même passion (Le cherche midi)
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : mars 19, 2009 02:27 |
||
|
Chant du ciel La fleur des Alpes disait au coquillage : « tu luis » Le coquillage disait à la mer : « tu résonnes » La mer disait au bateau : « tu trembles » Le bateau disait au feu : « tu brilles » Le feu me disait : « je brille moins que ses yeux » Le bateau me disait : « je tremble moins que ton coeur quand elle paraît » La mer me disait : « je résonne moins que son nom en ton amour » Le coquillage me disait : « je luis moins que le phosp***** du désir dans ton rêve creux » La fleur des Alpes me disait :« elle est belle » Je disais : « elle est belle, elle est belle, elle est émouvante ». Robert Desnos .Corps et biens (Les ténèbres) ****** L'éternité Elle est retrouvée. Quoi ? - L'Eternité. C'est la mer allée Avec le soleil. Ame sentinelle, Murmurons l'aveu De la nuit si nulle Et du jour en feu. Des humains suffrages, Des communs élans Là tu te dégages Et voles selon. Puisque de vous seules, Braises de satin, Le Devoir s'exhale Sans qu'on dise : enfin. Là pas d'espérance, Nul orietur. Science avec patience, Le supplice est sûr. Elle est retrouvée. Quoi ? - L'Eternité. C'est la mer allée Avec le soleil. Arthur Rimbaud
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : mars 20, 2009 03:07 |
||
|
oraison Ô les mots, tous les mots blancs, verts, bleus, jaunes, rouges, noirs, du gouffre et de la cime, tous les mots semblables et contraires, unissez-vous en frères de la primitive famille de la phrase originelle. Laissez-vous cueillir comme on fait pour les fleurs, laissez-vous récolter comme on fait pour les fruits. Acceptez que de tous on compose une gerbe d’amour évoquant le sonore serpent aux longs anneaux d’éternité, que par vous il remonte entre les lèvres demeurées au seuil de l’Aurore Première. Parmi la misère farouche du siècle en folie, ô mots de la Nature, du Mystère, de l’Humanité, mots émanés du Verbe qui fit la Lumière Physique, mots depuis en refuge dans les gorges des êtres et failles des choses, reconstituez-vous dans une équivalente énergie, capable d’extraire cette fois, du fond de la Ténèbre envahissante, une Lumière Morale aux rayons tout fleuris de la fraternité. Condensez-vous, Mots redivinisés, dans la bouche d’un Être unique fait de tout et de tous, et, par Lui, nous tous ensemble, parmi cette heure sombre où nos âmes s’égarent aveugles, clamons, pour un magique éveil de l’entière Beauté, clamons en retour, éperdument, nous les infiniment petits de l’infiniment grand, nous les atomes, nous les hommes, nous les monstres, nous les efforts et les génies épars de l’Univers, clamons à notre tour dans les oreilles d’Or de l’Avenir par cette bouche formidable de l’espoir qui deviendra la nôtre, la phrase initiale du Semeur universel : - « Que la Lumière soit !!! » Saint-Pol-Roux, La Besace du Solitaire, Rougerie, 2000
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : mars 21, 2009 01:45 |
||
|
Avec ta robe Avec ta robe sur le rocher comme une aile blanche Des gouttes au creux de ta main comme une blessure fraîche Et toi riant la tête renversée comme un enfant seul Avec tes pieds faibles et nus sur la dure force du rocher Et tes bras qui t'entourent d'éclairs nonchalants Et ton genou rond comme l'île de mon enfance Avec tes jeunes seins qu'un chant muet soulève pour une vaine allégresse Et les courbes de ton corps plongeant toutes vers ton frêle secret Et ce pur mystère que ton sang guette pour des nuits futures Ô toi pareille à un rêve déjà perdu Ô toi pareille à une fiancée déjà morte Ô toi mortel instant de l'éternel fleuve Laisse-moi seulement fermer mes yeux Laisse-moi seulement poser les paumes de mes mains sur mes paupières Laisse-moi ne plus te voir Pour ne pas voir dans l'épaisseur des ombres Lentements s'entr'ouvrir et tourner Les lourdes portes de l'oubli Alain Grandbois **** IL FAUT ACHETER SON CERCUEIL... Il faut acheter son cercueil de son vivant Le remplir n'est rien Les grands yeux blancs du Solitaire y pourvoiront Celui qui porte sa langue raidie En fer de lance Celui qui frappe le ciel et ses séjours De sa colère d'enfant Il faut laisser rôder sa rage Entres les colonnes de Carthagéna L'Ancêtre reviendra sur ses béquilles d'airain Semer des graines de cailloux Entre les dents de porcelaine Enfin libre du joug de la langue maternelle Dans une famille de plusieurs frères Le premier qui s'accouple expire Tels ces blocs de granit qui font saillie hors de la terre Dans les espaces troubles de la lande Le pubis est un rocher qui sonne creux Au matin L'angoisse se nourrit de boue Joyce Mansour
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : mars 22, 2009 07:04 |
||
|
Printemps Dans l'enclos campagnard où sèche la lessive, La rivière entraîne le ciel à la dérive Et le vent est chargée d'une odeur de lilas. La terre exhale une senteur de terreau gras Dont s'imprègnent les draps grenus, râpeux et rudes Que la servante épaisse, aux lentes attitudes, Recueillera, ce soir, dans son panier d'osier. Je songe au geste égal, rustique et familier De cette femme, détachant comme des grappes De fruits clairs, la blancheur ondoyante des nappes, Qui claquent comme un vol de colombes, soudain Et se déploient, halo vivant, par ce jardin En frappant le silence inconnu d'un bruit d'ailes. Ô rumeurs, vous flottez aux courbes des tonnelles, Vous emplissez l'enclos paisible et la maison Savoure la voluptueuse pâmoison De se sentir ainsi bercéee à vos murmures : Debordez maintenant dans les chambres obscures, Et vous reconnaîtrez, dans l'ombre, chaque fois, L'écho mystérieux qui double votre voix. Francis Carco "La bohême et mon coeur
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : mars 22, 2009 21:39 |
||
|
Erotique Dans le torrent de tes cheveux, dans la rivière de ta bouche, Lisière comme le soir - sombre Un appel vain,vain éclat encore dans l’obscurité je t’envelopperai, oui encore avec la rose de la nuit et disparaîtra le monde d’un geste de baguette, tombera en lambeaux puis il roulera muet,un voile traversera les yeux et je dirai sans être - je suis encore ainsi nageant en toi, je porte ton empreinte dans les iris ou sur les paupières, suspendue telle une larme j’entendrai en toi la mer argentée avec le dauphin gravé dans la coquille de ton corps ensommeillé murmurant. Dans le bois, où tu es le bouleau, la blanche substance laiteuse du jour le barbare monstrueux,mille siècles portant j’exploserai, j’éclaterai, frémissement de la forêt dans tes branches – un oiseau une dédicace : encore un jour – et pour la nostalgie - un siècle un geste – et déjà le cortège des sens un pas – et c’est toi qui existe chaque moment - l’ apparition attendant en germe. (pour ma Bassïa la plus chère– Krzysztof) ****** Le Paradis d’or Je transformerai pour toi le Paradis d’or le ciel et sa voie lactée oh ! mourir pour renaître tel l’écho d’une noix brisée pour toi Je transformerai les bourgeons divins du crépuscule chant envoûtant, les murmures de l’étang, l’exquis sens de la vie, l’aurore aux gazouillis d’oiseaux * Je transformerai pour toi la terre rêche en délicat survol de pissenlits, en bonté. Je disposerai les ombres au loin qu’elles se cabrent comme un chat sa fourrure rayonnante enroulera les ténèbres, les couleurs des orages, les petits esprits et la grisaille des nœuds * Pour toi Je transformerai des ruisseaux l’air vibrant la voûte angélique fumante en des allées illimitées de bouleaux transparents, débordantes de sèves chantantes. Ils joueront tel le violoncelle le chagrin - la lumière des lianes roses les ailes - l'hymne des abeilles * Mais Je te conjure sors-moi d’abord de ces yeux ces débris perçants de verres – le tableau de nos jours les crânes blancs éparpillés sur des prairies par le sang incendiées mais Je te conjure transforme-moi nos temps infirmes, couvre les tombes de lits de rivières secoue de tes cheveux la poussière des batailles cendres noires de ce temps foudroyant Krzysztof Kamil BACZYNSKI,(22/01/2026 - 04 /08/1944)
|
|||
|
Page 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 |
|||




