Présentement sur Amicalien
Les membres en ligne : 142
Les nouveaux membres : 28
Anniversaires aujourd'hui : 35
Famille : Révèlations poètiques.
Ce sujet fait partie de la famille Révèlations poètiques.. Cette famille est publique. Vous pouvez donc échanger dans cette famille sans vous y inscrire.
![]()
Auteur
Sujet : Les poèmes de notre page d'accueil
|
Epsilon |
Date du message : mars 25, 2009 02:14 |
||
|
Pierres blessées Parfois l’enfant ne sait pas dire son chagrin, Mais il entend, le soir, les étranges présages Qui annoncent aux pierres blessées, à même le sol, Leur libération, où il apprend que les pierres Cœurs brisés, ont parfois l’éclat dur d’un langage. Le bruit de la mer rugit au vestiaire - Et un reproche ; mais cela même est rassurant : Un reproche de moins entre lui et la mort… Et là, sur le tapis devant la cheminée, Il regarde l’enfer et voit son avenir - Qui sait, peut-être une chambre de chauffe ?- Pourtant, l’enfant, je pense, a connu des fous-rires (On dit que de la vie ce sont les seuls remèdes), Et puis, n’eût-il pas survécu, Saurait-il que Rimbaud a connu ces chagrins, Rimbaud dont l’âge d’homme aussi, comme le sien, Fut déserté d’amour et privé de langage ? Malcolm Lowry SONNET Cette ruine à présent où la lune marche seule Éclairant l’araignée en sa toile et la rose J’y fus auparavant, j’aimai chaque pierre sombre ; S’il y en eut aucune, des ombres je fus l’une. L'oreille comme à une conque, ce jour-là, je perçus Dans l’invisible tout massivement délettré, Un mot unique et vrai mais non d’éternité, Arraché aux étranges mutations de l’âme ; Cette ruine, soit masure soit palais, apaisera A la fin ce qui fut dévasté ; conduis-y Le futur famélique et le passé sanglant Dans sa nuit. Seule la lune fera assaut des marches A l’escalier en ruine vers ce qui eût pu être pour, un temps, s’y asseoir, pauvre reine aveuglée. Malcolm Lowry, Poésies complètes, traduit de l’anglais par Jacques Darras, Denoël, 2005
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : mars 26, 2009 13:21 |
||
|
CRÉPUSCULE, AURORE Cygne dolent : la rue qui nage. Rouge cercueil : soleil couchant. Pleureuse : la lune qui cache Le monde avec ses cheveux blancs. Aux rais de lune m'enroulant, Coiffé d'un bleu casque à panache, Je meurs quand, sur un lit brûlant, Le jour de la nuit se dégage. Laszlo NAGY Adaptation de Jean Rousselot~ ******* ERRANT SANS FIN DANS LA SUIE ET LA NEIGE Errant sans fin dans la suie et la neige au sommeil je succombe. Soudain qui je cherchais prend ton visage. ô fleur poussée où le glaive saccage, fleur de ta propre tombe. J'ai perdu mes vingt ans mais que m'importe puisque tu me consoles de ce faubourg qui secrète ma peine, ton harmonica vivement égrène ses notes frivoles. La beauté, la gaîté font à ma vie un chemin merveilleux. Je ne veux exister qu'en brûlant pour elles dussé-je n'y sucer, tel un captif, que le plus mauvais miel. Un brouillard épais tombe sur le monde et tombe sur mon sort. Arme-moi, je t'en prie, d'un pur amour : à toi je me lierai jours après jours Jusqu'à mon lit de mort. Laszlo NAGY (1883-1954) Adaptation de Paul Chaulot.
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : mars 28, 2009 06:28 |
||
|
L'HERBE Dans la Forêt aux Six Couleuvres mes bras autour d'un chêne, j'ai hurlé ! "Je vais mourir." L'azur m'a répondu :"Moi je m'en moque." Le ruisseau ne s'est pas arrêté et le caillou m'a dit : "Ce n'est pas mon affaire car je suis mort sans m'émouvoir plus de cent fois." La fourmi m'a nargué : "Je ne veux rien comprendre." Une herbe toutefois m'a paru plus aimable : "je te recouvrirai, si tu insistes." Alain Bosquet ****** PREFACE A L'AMOUR Alors tu prendras ton habit de feuilles du jardin. N'oublie pas le romarin au pied du mur, Le caillou que je jetais à ta fenêtre. Une poignée d'air se souvient. Les roseaux froissés nous diront toujours l'heure. Tu prendras le fantôme du chien qui dort sous le rosier Et la petite grenouille des murs qui chante sur trois notes Aime-moi. Aime-moi. Ainsi je dis. La bénédiction des arbres tombe sur la rosée. Ceux qui ne dorment pas préparent de nouvelles fêtes. Aime-moi. Souviens-toi. Je n'ai d'autre prière. Je suis fragile. JEAN MALRIEU
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : mars 29, 2009 15:52 |
||
|
INSPIRATION Ombres du jour blanc Contre mes yeux. Je ne vois Rien hormis le blanc. L'heure blanche. L'âme Affranchie du désir et de l'heure. Blancheur des eaux mortes, Oeil ouvert, heure aveugle. Frotte ton silex, mémoire, flambe Contre l'heure et son ressac, Mémoire, flamme nageant. Détaché de mon corps, détaché Du désir, je retourne au désir, A la mémoire de ton corps. Je retourne. Et ton corps flambe en ma mémoire, Et flambe en ton corps ma mémoire. Corps qui fut Dieu, qui fut corps embrasé, Dieu qui fut corps et fut corps déifié, Or il n'est plus que mémoire D'un corps délié d'un autre corps : Ton corps est mémoire de mes os. Ombre solaire sombre faucille Cerne la cécité de mes sources Dénoue le noeud scie le désir Eteins l'âme exténuée Mais la mémoire démembrée nage De ses naissances à son néant Toute montée de son avènement Elle nage outre remous et mandement Elle nage contre le nul Ardeur de l'eau Langue de feu scintille l'eau Pentecôte mot sans mots Sens privé de sens Penser Non pensé qui mémoire transfigure Le reste est brassée d'étincelles. OCTAVIO PAZ
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : mars 31, 2009 01:26 |
||
|
Les trois Pâques de l'année A la première Pâque il fleurit des lilas La terre est toute verte oublieuse d'hiver Tout le ciel est dans l'herbe et se voit à l'envers A la première Pâque A la Paque d'été j'ai perdu mon latin Il fait si bon dormir dans l'abri d'or des meules Quand le jour brûle bien la paille des éteules A la Paque d'été A la Pâque d'hiver il soufflait un grand vent Ouvrez ouvrez la porte à ces enfants de glace Mais les feux sont éteints où vous prendriez place A la Pâque d'hiver.. Trois Pâques ont passé revient le Nouvel An C'est à chacun son tour cueillir les perce-neige L'orgue tourne aux chevaux la chanson du manège Trois Pâques ont passé Revient le Nouvel An qui porte un tablier Comme un champ semé de neuves violettes Et la feuille verdit sur la forêt squelette Revient le Nouvel An Saison de mon pays variables saisons Qu'est-ce que cela fait si ce n'est plus moi-même Qui sur les murs écris le nom de ce que j'aime Saison de mon pays Saisons belles saisons. Louis Aragon "Le Nouveau Crève-coeur"(1897-1982) ****** La pluie fine... La pluie fine a mouillé toutes choses, très doucement et en silence. Il pleut encore un peu. Je vais sortir sous les arbres. Pieds nus, pour ne pas tâcher mes chaussures. La pluie au printemps est délicieuse. Les branches chargées de fleurs mouillées ont un parfum qui m'étourdit. On voit briller au soleil la peau délicate des écorces. Hélas! que de fleurs sur la terre ! Ayez pitié des fleurs tombées. Il ne faut pas les balayer et les mêler dans la boue, mais les conserver aux abeilles. les scarabées et les limaces traversent le chemin entre les flaques d'eau; je ne veux pas Marcher sur eux, ni effrayer ce lézard doré qui s'étire et cligne des paupières. Pierre Louys "Oeuvres" (1870-1925). -(
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : avril 1, 2009 02:25 |
||
|
Je vis un cheval pâle... Le grand ciel noir était plus pâle que ces jambes, avec l'obscurité il ne pouvait se fondre. C'était le soir où près de notre feu un cheval noir apparut à nos yeux. Je n'ai pas de souvenir de noir plus sombre. Plus noires que charbon étaient ses jambes. Il était noir comme la nuit, comme le vide. Il était noir de la crinière au fouet. Mais c'est d'un autre noir, déjà, qu'était son dos qui ignorait la selle. Il restait sans bouger. Endormi, semblait-il. Et la noirceur de ses sabots était terrible. Il était noir, inaccessible à l'ombre. Si noir, qu'il ne pouvait être plus sombre. Aussi noir que l'est la nuit noire à minuit. Aussi noir que l'est le dedans d'une aiguille. Aussi noir que sont les futaies les plus hautes. Comme dans la poitrine l'espace entre les côtes. Comme le trou sous terre où se cache le grain. À l'intérieur de nous c'est noir, je le crois bien. Et pourtant oui, il devenait plus sombre ! Il n'était que minuit à notre montre. Il était là, sans s'avancer d'un pas. Sous son ventre régnaient des ténèbres insondables. Son dos déjà disparaissait. Plus rien de clair ne restait. Ses yeux luisaient en blanc, comme une chiquenaude. Sa prunelle en était plus effrayante encore. Il était comme un négatif. Pourquoi avait-il donc, suspendant son pas vif, décidé de rester parmi nous si longtemps ? Sans s'éloigner de notre feu de camp ? Pourquoi respirait-il cet air si noir, faisant craquer les branches sous son poids ? Pourquoi ce rayon noir qu'il faisait ruisseler ? Parmi nous tous, il se cherchait un cavalier. (Joseph Brodsky)
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : avril 2, 2009 01:22 |
||
|
Le temps d’aimer Il est temps d’aimer cette âme de terre Ce visage rond. Ô femme il est temps De jeter la lune au fond de la mer Pour prendre les poissons à la lumière De cet astre froid que le feu défend. Le jour pousse le soleil sur les pins À midi les fleurs, les insectes flambent Cet homme tout neuf, tout nu, me ressemble Ce ventre, ce front, ces yeux sont les miens L’âme bat comme un balancier d’horloge Le coeur, on dirait qu’il attend quelqu’un Et les oiseaux, les arbres qui s’approchent Cet homme à sauver les reconnaît bien. Ô femme, il est temps de croire à l’amour Le chardonneret choisit la mésange Et l’alouette rechante, relance Le soleil sur le pays d’alentour Ô femme, ces mains, ces yeux qui vous cherchent Cette voix venue de je ne sais où Peuvent tout l’amour sans le sacrilège Le soleil éteint, la pluie nous protège Et je veux vivre le Verbe avec vous. Dans les cris de l’aube et du crépuscule Où tant d’oiseaux, d’insectes sont blottis La mer mange le soleil et la lune Révulse le jour, renverse la nuit Ô femme, il est temps d’aimer ce visage De croire à ce corps, à cette âme qui Mesure l’amour et le multiplie Et manque le monde où Dieu se déplace. Charles LE QUINTREC,Les Noces de la Terre, Grasset. ***** Ronde de nuit Frères du jour et de la nuit J’attends vos ordres vos désirs Je n’ose pas depuis plusieurs jours Regarder dans la glace J’écoute tout simplement à l’affût Et je n’entends rien Un grand sac baille Mes souliers sont à la porte Et une voix qui moue l’amour Grimpe le long des murs en fleurs J’attends toujours Et puis rien Frères du jour et de la nuit, Est-ce moi est-ce vous Qui glissait sans trêve et sans rêve Sans merci Le long de ce grand mur taché Et qui entendait vos longues mains à tâtons A minuit Frères du jour et de la nuit On frappe on regrette on désire Un corps blanc Et des yeux Des yeux Des yeux Philippe Soupault
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : avril 3, 2009 01:53 |
||
|
LE SUPREME EGAREMENT Le suprême égarement de parler quand tout se tait ou de se taire quand tout parle se dissimule dans la manœuvre de parler pour se taire ou de se taire pour parler. La réalité est une toile criblée de gouttes de paroles et de gouttes de silence. Et les gouttes se mélangent dans un délire sans axiomes au point d’imprégner parfois toute la toile. Pourra-t-on un jour sécher la toile pour pouvoir ainsi nous envelopper ? Roberto Juarroz "Quinzième poésie verticale **** HORIZON Ô mer antérieure à nous, tes frayeurs Recelaient des coraux, des plages, des clairières. Forcés les secrets de la nuit, de la brume Serrée, des tourmentes endurées, du mystère, Le Lointain ouvrait ses corolles, et le Sud sidéral Resplendissait sur les nefs de l’initiation. Ligne sévère de la lointaine côte – Quand la nef se rapproche la falaise se dresse De tous ses arbres là même où le Lointain n’avait que du néant; La terre, de plus près, en sons et couleurs se déploie : Enfin, quand on débarque, il y a des oiseaux, des fleurs, Là où de loin n’était rien que l’abstraite ligne. Voici le songe: voir les formes invisibles De la distance vague, et, par de fort sensibles Elans de l’espérance et de la volonté, Aller quérir sur la froide ligne de l’horizon L’arbre, la plage, la fleur, l’oiseau, la source – Les baisers mérités de la Vérité. Roberto Juarroz .Poésie verticale
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : avril 4, 2009 01:44 |
||
|
Si l'on gardait Si l'on gardait, depuis des temps, des temps, Si l'on gardait, souples et odorants, Tous les cheveux des femmes qui sont mortes, Tous les cheveux blonds, tous les cheveux blancs, Crinières de nuit, toisons de safran, Et les cheveux couleur de feuilles mortes, Si on les gardait depuis bien longtemps, Noués bout à bout pour tisser les voiles Qui vont sur la mer ; Il y aurait tant et tant sur la mer, Tant de cheveux roux, tant de cheveux clairs, Et tant de cheveux de nuit sans étoiles, Il y aurait tant de soyeuses voiles Luisant au soleil, bombant sous le vent, Que les oiseaux gris qui vont sur la mer, Que ces grands oiseaux sentiraient souvent Se poser sur eux, Les baisers partis de tous ces cheveux, Baisers qu'un sema sur tous ces cheveux, Et puis en allés parmi le grand vent... Si l'on gardait, depuis des temps, des temps, Si l'on gardait, souples et odorants, Tous les cheveux des femmes qui sont mortes Tous les cheveux blonds, tous les cheveux blancs Crinières de nuit, toisons de safran Et les cheveux couleur de feuilles mortes, Si on les gardait depuis bien longtemps, Noués bout à bout pour tordre des cordes, Afin d'attacher A de gros anneaux tous les prisonniers Et qu'on leur permît de se promener Au bout de leur corde, Les liens des cheveux seraient longs, si longs Qu'en les déroulant du seuil des prisons, Tous les prisonniers, tous les prisonniers Pourraient s'en aller Jusqu'à leur maison... CHARLES VILDRAC **** L'ardoise noire de l'origine adieu à André Frénaud A la fin, il faut laisser gagner l'ennemi qui avait pris votre place, qui avait noyé votre regard, qui semblait si familier. Tous les chiffres ont fait un zéro pur. A la fin, il faut laisser gagner la lumière: le feu blanc du réel, la flamme atroce de la destruction, le rouge brasier solaire. Sur l'ardoise du néant, il y a un visage. C'est le visage de tous nos rêves. C'est l'héritage amer de l'absence. C'est la souffrance sans voix de l'enfance. Sur l'ardoise du néant, il y un visage. Il a fini sa course, le chasseur - et quand il a visé la proie, c'est son visage qui se lisait - comme un livre son propre visage oublié dans les restes du dernier repas. Alain Suied
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : avril 6, 2009 01:10 |
||
|
Matines Ô mes Amours, voici le jour Un jour de mai qui se proclame Un jour qui va, tout feu, tout flamme Durer toujours Voici le jour fort comme quatre Sous sa crinière de beau temps Voici le jour bien trop content Pour en rabattre Dès qu'il pointa son museau tendre Il eut avec lui tous les coqs Les platanes musclés à bloc Pour le défendre C'est promis, juré, décrété L'eau le dit, le bronze le gronde Il va durer pour tout le monde L'éternité ! Laissez s'arrêter les pendules C'est le jour à jamais levé C'est le jour J, c'est le jour V Cœurs incrédules Bah ! On sait qu'il déchantera Midi va l'assommer sans faute Il glissera dans l'herbe haute Ce fier-à-bras Déjà la voix des eaux s'étouffe Le zèle des clochers s'éteint On tient à l'œil ce beau matin Faiseur d'esbroufe Toute mesure et tout velours La sûre nuit guette son heure Hélas, il faudra bien qu'on meure Ô mes Amours LUCIENNE DESNOUES **** Notre-Dame de Salagon A Salagon, j'aurais voulu Quand la chapelle devint grange Assister au départ des anges Et voir s'installer absolu Le blé Ah ! pensèrent les arcs sublimes Il nous arrive un dieu nouveau Tiré par de graves chevaux Jamais ainsi ne nous sentîmes Comblés Dans ces splendeurs qu'on charria De beaux amants la nuit dernière Vinrent chanter à leur manière Alléluia et Gloria Déo ! Vers la voûte faite aux cantates Fusèrent leurs bonheurs jumeaux Chœurs de Noël et des Rameaux Dites si vraiment vous montâtes Plus haut LUCIENNE DESNOUES
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : avril 7, 2009 00:51 |
||
|
VIE ET MARÉE Quelquefois, je ne sais quelle clarté nous faisait entrevoir le sommet d'une vague et parfois aussi le bruit de nos instruments ne couvrait pas le vacarme de l'Océan qui se rapprochait. La nuit de la villa était entourée de mer. Ta voix avait l'inflexion d'une voix d'enfer et le piano n'était plus qu'une ombre sonore. Alors toi, calme, dans ta vareuse rouge, tu me touchas l'épaule du bout de ton archet, comme l'émotion du Déluge m'arrêtait. "Reprenons!" dis-tu. O vie ! ô douleur ! ô souffrances d'éternels recommencements ! que de fois lorsque l'Océan des nécessités m'assiégeait ! que de fois ai-je dit, dominant des chagrins trop réels ! hélas ! " Reprenons! " et ma volonté était comme la villa si terrible cette nuit-là. Les nuits n'ont pour moi que des marées d'équinoxe. JUGEMENT DES FEMMES Aux enfers, Dante et Virgile inspectaient un baril tout neuf. Dante tournait autour. Virgile méditait. Or ce n'était qu'un baril de harengs saurs. Ève toujours belle habite en ces lieux courbée par le désespoir bien qu'elle ait à sa nudité la consolation d'un nimbe. Ève se pinçant le nez déclara: " Oh! mais cela sent mauvais! " et elle s'éloigna. RUSES DU DÉMON POUR RAVOIR SA PROIE Le quai sombre, en triangle de donjon, hérissé de platanes l'hiver, squelettes trop jolis sur l'échancrure du ciel. A l'auberge vivait avec nous une femme belle, mais plate, qui cachait ses cheveux sous une perruque ou du satin noir. Un jour au-dessus du granit, elle m'apparut au plein solei1 de la mer : trop grande - comme les rochers du coin - elle mettait sa chemise, je vis que c'était un homme et je le dis. La nuit sur une espèce de quai londonien j'en fus châtié : éviter le coup de couteau à la face ! se faire abîmer le pouce ! riposter par un poignard dans la poitrine à la hauteur de l'omoplate. L 'Hermaphrodite n'était pas mort. Au secours ! au secours ! on arrive... des hommes, que sais-je ? ma mère ! et je revois la chambre d'auberge sans serrure aux portes : il y avait, Dieu merci, des crochets mais quelle malignité a l'hermaphrodite : une ouverture du grenier, un volet blanc remue et l'hermaphrodite descend par là. MAX JACOB.LE CORNET A DES
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : avril 8, 2009 00:59 |
||
|
Ode Un corbeau devant moi croasse, Une ombre offusque mes regards, Deux belettes et deux renards Traversent l'endroit où je passe, Les pieds faillent à mon cheval, Mon laquais tombe du haut mal, J'entends craqueter le tonnerre, Un esprit se présente à moi, J'ois charon qui m'appelle à soi, Je vois le centre de la terre. Ce ruisseau remonte en sa source, Un boeuf gravit sur un clocher, Le sang coule de ce rocher, Un aspic s'accouple d'une ourse, Sur le haut d'une vieille tour Un serpent déchire un vautour, Le feu brûle dedans la glace, Le Soleil est devenu noir, Je vois la Lune qui va choir, Cet arbre est sorti de sa place. Théophile de Viau (1590-1626)Oeuvres poétiques, Première partie, XLIX (1621) **** Au nom du Père Toutes les cloches du canton Se signent au sommet des arbres Toutes les cloches cardinales Dérobent Dieu dans un buisson Ô les cloches que je confonds Avec les mille bruits de l’âme ! Mon père en silence s’éloigne Le paradis dans la poitrine Je le regarde et n’ose pas Toucher sa tête légitime Par la gloire du Golgotha L’autre rivage le ranime. Mon père est droit dans son habit Son âme sourit sur sa bouche Dès qu’on s’écarte de son lit Il bouge les membres et bouge Un ciel qui le précède et qui Tombe en terre dès qu’on le touche. Toutes les cloches du canton Se signent au sommet des arbres Et dans ce monde où nous mourons L’Amour multiplie ces miracles La Bretagne en forme de barque Tirée par mille percherons Permet à ceux que nous aimons De passer dans l’île de Pâques. Charles LE QUINTREC,Les Noces de la Terre, Grasset.
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : avril 9, 2009 07:44 |
||
|
Attente. Les hirondelles du souvenir Voyagent d'un doigt à l'autre Et sur le bout du doigt Le lézard vert de l'avenir Mangent les mouches du coeur. Je donnerai cette pastille A la langue qui baisera l'ennui fidèle, J'accepterai la main Qui donnera des graines de soleil, De lune, d'étoiles et de nuages A mon perroquet vert. Je crie : A moi, à moi, à moi ! mais je sais bien que ce n'est qu'un perroquet à l'oeil vorace, Car je n'appelle pas, ni moi, ni vous ni personne. Sous le masque j'ai mis le vide. Dans le vide j'ai mis les mille lettres de l'alphabet, Cela fait un beau concert Bien qu'il n'y ait personne. Et pourtant j'attends, j'attends, J'attends le zéro qui ne viendra jamais. Georges Ribemont-Dessaignes (1884-1974) Champs libres 1974. Poèmes à dire et à redire. Dans la jubilation du partage. Poèmes adressés à l'autre, tendus vers l'autre dans une fraternité essentielle.. C'est le choix de Zéno Bianu, dans" poèmes à dire." ***** Du temps. Dans l'eau du temps qui coule à petit bruit, Dans l'air du temps qui souffle à petit vent, Dans l'eau du temps qui parle à petits mots Et sourdement touche l'herbe et le sable; Dans l'eau du temps qui traverse les marbres, Usant au front le rêve des statues, Dans l'eau du temps qui muse au lourd jardin, Le vent du temps qui fuse au lourd feuillage Dans l'air du temps qui ruse aux quatre vents, Et qui jamais ne pose son envol, Dans l'air du temps qui pousse un hurlement Puis va baiser les flores de la vague, Dans l'eau du temps qui retourne à la mer, Dans l'air du temps qui n'a point de maison, Dans l'eau, dans l'air, dans la changeante humeur Du temps, du temps sans heure et sans visage, J'aurai vécu à profonde saveur, Cherchant un peu de terre sous mes pieds, J'aurai vécu à profondes gorgées, Buvant le temps, buvant tout l'air du temps Et tout le vin qui coule dans le temps. Géo Norge (1898-1990) "Oeuvres Poétiques" Seghers 1978. "Poèmes à dire" anthologie de poésie contemporaine francophone.(MERCI MARIE-ELISABETH)
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : avril 10, 2009 13:00 |
||
|
ailleurs ailleurs on précise les fondements le bien-fondé de toute chose et de rien ailleurs on aiguise les narines elles fouilleront leurs propres chemins l'éternité n'est qu'un moment qui se courbe dans les reins depuis toujours la pierre seule répond la pierre seule répand ses entrailles où les mains fomentent leurs minces complots quand sera-ce joué sur les tables de la mémoire cette partie de soi qui va se détachant BEAULIEU, Michel, Anecdotes, Saint-Lambert, Le Noroît, 1977, **** VISAGE EPRIS DE SON DEVENIR visage épris de son devenir et de son devenir absent le fixé le démasqué miettes de mica sur l'envers éparpillé des miroirs j'attends qu'à la longue la peau le ratatine molle chair des joues baiser plissé qui cachent les lignes de si ténébreux ai-je fait du temps ce qu'il a fait de moi si fortuit ô peuple passant de l'histoire Michel Beaulieu
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : avril 12, 2009 00:28 |
||
|
LA ROSE DU MONDE Qui vit en songe que la beauté passe comme un rêve? Pour ces lèvres rouges et leur orgueil affligé, Affligé qu'aucune merveille ne survienne, Troie s’en alla dans une lueur funèbre, Et les enfants d’Usna moururent. Nous passons, nous et le monde laborieux : Avec le cortège des âmes, vacillant et disparaissant Comme les eaux pâles fuyant dans l’hiver, Sous les astres fugitifs, l’écume du ciel Survit sur ce visage unique. Faites révérence, archanges, en votre sombre demeure : Avant d’être, ou avant tout battement de coeur, Gisant et docile près de Son Trône; Il fit du monde une route verdoyante Devant ses pieds vagabonds. W.B. Yeats .Traduites par O.Capparos ***** Lui qui aurait voulu pouvoir offrir le ciel Si je pouvais t'offrir le bleu secret du ciel Brodé de lumière d'or et de reflets d'argents Le mystérieux secret, le secret éternel De la nuit et du jour, de la vie et du temps Avec tout mon amour je le mettrais à tes pieds Mais tu sais je suis pauvre et je n'ai que mes rêves Alors c'est de mes rêves qu'il faut te contenter Marche doucement, car tu marches sur mes rêves Traduction libre de « He wishes for the clothes of heaven » de W.B. Yeats par Keyvan Sayar
|
|||
|
Page 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 |
|||



