|
-grimalkin- 
Modérateur
France 
|
Date du message :
juillet 5, 2009 02:47
|
Au plus mûr de l'automne, courons encore Vers la senteur des sorghos vers les appels de l'ivresse Courons tous les sentiers fleuris Puisqu'à chaque détour une coupe de lune nous attend Le dragon s'est révélé fleuve Le phénix s'est découvert brise La noce ciel-terre s'accomplit enfin au-dedans de nous Au plus mûr de l'automne, qu'attendre d'autre Sinon serpent-tortue, sinon nuage-pluie En nous se consume la flamme d'ici Avant le règne des ténèbres
Une étoile, là encore, au bord du ciel Dans la plaine, déjà, ultime luciole..  autre extrait.. Entrer de plain-pied dans l'heure nocturne L'heure du sommeil
l'heure de l'éveil Dehors Les saules ont séché leurs pleurs Le bouleau s'est dévêtu de sa laiteuse nostalgie Au milieu du gazon, près des rocailles Plus que le hibou vigilant Un lys tient ouvert l'oeil du mystère Retenant pour longtemps le furtif rayon qui passe.
François Cheng
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
juillet 6, 2009 01:40
|
Tour du secteur calme.
Je monte sur les sacs, à l'angle de la villa détruite, dont la cave nous sert d'abri.
Dans ce froid, de même qu'un homme qui a faim pense à un plat, je pensais à un feu de bois tout de cendre et de braise qui endort, beau et méchant si on s'approche, comme la figure d'un tigre.
Je suis seul avec la mer. La vrai mer, la mer du Nord; qui ne donne pas plus envie de se baigner que de se mettre au feu ou de s'enterrer vif.
Ecoutez-la, elle secoue ses millions de litres vides. Elle remue son ventre qui souffre et fait verdir les joues.
Pleine d'humeurs, de cauchemars, d'épaves, de mines. Le sous-marin, poisson de Troie, entre, la nuit, dans le port d'Ostende.
Là-bas, au large, la torpille touche au but. Un voilier à cinq étages, tout à coup lourd comme un ange de pierre saluant la vierge, s'incline et coule à pic...
Jean Cocteau :extrait du "Tour du secteur "
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
juillet 7, 2009 00:29
|
De ton rêve trop plein
De ton rêve trop plein, fleur en dedans nombreuse, mouillée comme une pleureuse, tu te penches sur le matin.
Tes douces forces qui dorment, dans un désir incertain, développent ces tendres formes entre joues et seins.
Rainer Maria RILKE (1875-1926
*** La femme.
Mais maintenant vient une femme, Et lors voici qu'on va aimer, Mais maintenant vient une femme Et lors voici qu'on va pleurer,
Et puis qu'on va tout lui donner De sa maison et de son âme, Et puis qu'on va tout lui donner Et lors après qu'on va pleurer
Car à présent vient une femme, Avec ses lèvres pour aimer, Car à présent vient une femme Avec sa chair tout en beauté,
Et des robes pour la montrer Sur des balcons, sur des terrasses, Et des robes pour la montrer A ceux qui vont, à ceux qui passent,
Car maintenant vient une femme Suivant sa vie pour des baisers, Car maintenant vient une femme, Pour s'y complaire et s'en aller.
Max Elskamp.(1862-1931)
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
juillet 7, 2009 14:18
|
J'entre dans ton amour comme dans une église...
J'entre dans ton amour comme dans une église Où flotte un voile bleu de silence et d'encens : Je ne sais si mes yeux se trompent, mais je sens Des visions de ciel où mon coeur s'angélise. Est-ce bien toi que j'aime ou bien est-ce l'amour ? Est-ce la cathédrale ou plutôt la madone ? Qu'importe ! Si mon coeur remué s'abandonne Et vibre avec la cloche au sommet de la tour ! Qu'importent les autels et qu'importent les vierges, Si je sens là, parmi la paix du soir tombé, Un peu de toi qui chante aux orgues du jubé, Quelque chose de moi qui brûle dans les cierges.
Georges Rodenbach.Vers d'amour
***
C'est tout là-bas, parmi le Nord où tout est mort...
C'est tout là-bas, parmi le Nord où tout est mort : Des beffrois survivant dans l'air frileux du nord; Les Beffrois invaincus, les Beffrois militaires, Montés comme des cris vers les ciels planétaires; Eux dont les carillons sont une pluie en fer, Eux dont l'ombre à leur pied met le froid de la mer ! Or, moi, j'ai trop vécu dans le Nord; rien n'obvie A cette ombre à présent des Beffrois sur ma vie. Partout cette influence et partout l'ombre aussi Des autres tours qui m'ont fait le coeur si transi; Et toujours tel cadran, que mon absence pleure, Répandant dans mes yeux l'avancement de l'heure, Tel cadran d'autrefois qui m'hallucine encor, Couronne d'où, sur moi, s'effeuille l'heure en or !
Georges Rodenbach .Le Règne du silence
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
juillet 9, 2009 00:17
|
LE TIERS CHANT
Te prendre à Dieu contre moi même Étreindre étreindre ce qu'on aime Tout le reste est jouer aux dés
Suivre ton bras toucher ta bouche Être toi par où je te touche Et tout le reste est des idées
Je suis la croix où tu t'endors Le chemin creux qui pluie implore Je suis ton ombre lapidée
Je suis ta nuit et ton silence Oubliée dans ma souvenance Ton rendez-vous contremandé
Te prendre à Dieu contre moi même Étreindre étreindre ce qu'on aime Tout le reste est jouer aux dés
Suivre ton bras toucher ta bouche Être toi par où je te touche Et tout le reste est des idées
Le mendiant devant ta porte Qui se morfond que tu ne sortes Et peut mourir s'il est tardé
Et je demeure comme meurt A ton oreille une rumeur Le miroir de toi défardé
Te prendre à Dieu contre moi même Étreindre étreindre ce qu'on aime Tout le reste est jouer aux dés
Suivre ton bras toucher ta bouche Être toi par où je te touche Et tout le reste est des idées
LOUIS ARAGON
***
Avec ta robe sur le rocher comme une aile blanche Des gouttes au creux de ta main comme une blessure fraîche Et toi riant la tête renversée comme un enfant seul
Avec tes pieds faibles et nus sur la dure force du rocher Et tes bras qui t’entourent d’éclairs nonchalants Et ton genou rond comme l’Île de mon enfance
Avec tes jeunes seins qu’un chant muet soulève pour une vaine allégresse Et les courbes de ton corps plongeant toutes vers ton frêle secret. Et ce pur mystère que ton sang guette pour des nuits futures
Ô toi pareille à un rêve déjà perdu Ô toi pareille à une fiancée déjà morte Ô toi mortel instant de l’éternel fleuve
Laisse-moi seulement fermer mes yeux Laisse-moi seulement poser les paumes de mes mains sur mes paupières Laisse-moi ne plus te voir
Pour ne pas voir dans l’épaisseur des ombres Lentement s’entrouvrir et tourner Les lourdes portes de l’oubli
(Alain Grandbois, Les Îles de la nuit, 1944)
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
juillet 10, 2009 10:04
|
TOUTE UNE HISTOIRE
Toi, parce que tu m’aimes, serre-moi bien fort, caresse-moi, sois douce et bonne, apaise-moi de silence, ne dis pas un mot. Toi, parce que je t’aime, je suis fort pour toi. Je te soutiens. L’eau est vivante autour de nous. L’eau vive court dans les entrailles de la terre entre nous. Toi, mon épouse, ta voix me parle au-dessus de l’eau. Tes mains, tes bras solennels, traversent l’eau et m’étreignent. Ton corps est magnifique. Il parle et franchit l’eau. Épouse plus douce que le miel, au coeur joyeux, nos coeurs battent sur la passerelle de nos bras. Nos mots sont des mots de joie dans la nuit de l’allégresse. Nos mots vivent. Nos mots sont des enfants qui dansent devant nous pareils à des étoiles sur l’eau. Mon épouse, ma toute bien-aimée, plus douce que le miel, que le fruit mûr, solennelle, grave, un oiseau en vol, serre-moi. Sois douce et bonne. Je t’aime. Sois gentille envers moi. Je suis fort pour toi. Je te soutiens. L’aurore de dix mille aurores s’embrase dans le ciel. L’eau inonde la terre. Les enfants rient dans l’air.
Kenneth Rexroth [1956]
***
elle me chevauche
et la faim millénaire qui les durcit contre mes hanches dresse mon arbre dans les immensités de sa nuit
et très loin au dessus de moi avec des gestes lents et graves elle les palpe les pince les presse les pétrit leur ménage une combe dans ses paumes les offre en pâture à mes regards extasiés
puis elle s'incline et je bois tour à tour à chacune des deux sources
et une force d'une violence jusqu'alors inconnue déferle en moi comme une mer afflue dans mon arbre m'impose de l'enfouir toujours plus profond dans sa terre
Charles Juliet.Affûts
|
|
Dauphin42 
France
Messages : 430 
|
Date du message :
juillet 11, 2009 18:00
|
|
Quel plaisir de lire tes poèmes Merci
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
juillet 11, 2009 23:51
|
quand mon amour vient me voir c'est un peu comme de la musique,un peu plus comme une couleur incurvée(disons orange)dans le silence,ou l'obscurité...la venue de mon amour émet une odeur merveilleuse dans mon esprit,il faut voir quand je me retourne pour la trouver comment le moindre de mes battements-de-cœur faiblit.et alors toute sa beauté est un étau dont les mâchoires apaisantes m'assassinent subitement, [...]À l'instar du sourire de l'aimée, l'amour est une aventure que rien n'obère pour le jeune poète sensuel, qui peut aussi bien écrire : « c'est drôle,tu seras morte un jour » et « j'ai trouvé en quoi tu ressemblais / à la pluie », mais aussi « j'aime mon corps quand il est avec ton / corps. C'est une chose si neuve. » E.E .Cummings . Traduction Thierry Gillybœuf
J’aime mon corps quand il est avec ton corps C’est une si toute nouvelle chose. Muscle améliore et nerf plus donne.J’aime ton corps j’aime ce qu’il fait,j’aime ses comment. J’aime sentir l’échine de ton corps et ses os, et la tremblante -ferme-douceur et que je veux encore et encore et encore embrasser, j’aime de toi embrasser ci et ça., j’aime, lentement caressant le, choc du duvet de ta fourrure électrique, et qu’est-ce qui arrive à la chair s’écartant…Et des yeux les grosses miettes d’amour,et possiblement j’aime le frisson de sous moi toi si toute nouvelle.
Il est si beau ce poème de E.E .Cummings , traduit par Robert Davreu, editions José Corti !Merci Grim!
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
juillet 12, 2009 16:39
|
Chair des choses
Je possède, en mes doigts subtils, le sens du monde, Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix. L'harmonie et le songe et la douleur profonde Frémissement longuement sur le bout de mes doigts.
Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles, Je partage leur vie intense en les touchant. C'est alors que je sais ce qu'elles ont en elles De noble, de très doux et de pareil au chant.
Car mes doigts ont connu la chair des poteries, La chair lisse du marbre aux féminins contours Que la main qui les sait modeler a meurtris Et celle de la perle et celle du velours.
Ils ont connu la vie intime des fourrures, Toison chaude et superbe où l'on plonge les mains, Et l'odorant secret des belles chevelures Où la brise du soir effeuilla des jasmins.
Semblables à ceux-là qui viennent des voyages, Mes doigts ont parcouru d'infinis horizons, Ils ont éclairé, mieux que mes yeux, des visages Et m'ont prophétisé d'obscures trahisons.
Ils ont connu la peau subtile de la femme, Et ses frissons cruels et ses parfums sournois... Chair des choses ! j'ai cru parfois étreindre une âme Avec le frôlement prolongé de mes doigts...
Renée Vivien .Sillages, 1908
**** La Toilette :Le Lavement des Seins
Qui lavera vos seins magnifiques, maîtresse ? Quelle main lascive épongera leur splendeur D'un geste délicat, lent comme une caresse À les faire exulter de joie et d'impudeur ?
Quel lait de quelle biche qui ne les salisse ? Quelle douceur de doigt qui ne heurte leur grain ? Sera-ce votre lait, ô chère ? et votre main, Qui laveront ce soir leur virginité lisse ?
Lavez-les bien, vos seins; lavez-les, vos seins blancs Promenez vos doigts fins sur leurs globes tremblants Et pénétrez-les d'éblouissante lumière
Afin qu'en vos cheveux dont la noirceur reluit Ils brillent dans leur sérénité coutumière, Lunes de clarté nue au torse de la Nuit.
PIERRE LOUYS (1870-1925)
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
juillet 14, 2009 00:06
|
Nous les mères, venons chercher des semences de nostalgie du fond de la nuit océane, sommes celles qui viennent chercher les trésors dispersés.
Nous les mères, errant rêveuses avec les astres, les marées d’hier et demain nous laissent avec notre naissance comme avec une île seules.
Nous les mères qui disons à la mort :
Éclos dans notre sang. Nous qui apportons du sable aux berges d’amour et aux étoiles un monde en reflets —
Nous les mères, qui dans les berceaux berçons les souvenirs crépusculaires du jour de la création — la respiration est la mélodie de notre chant d’amour.
Nous les mères berçons au cœur du monde la mélodie de la paix.
Nelly Sachs .Éclipse d’étoile (trad. Mireille Gansel)
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
juillet 15, 2009 06:59
|
Les Yeux d'Elsa
Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire J'ai vu tous les soleils y venir se mirer S'y jeter à mourir tous les désespérés Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire
À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent L'été taille la nue au tablier des anges Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés
Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure
Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée Sept glaives ont percé le prisme des couleurs Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs L'iris troué de noir plus bleu d'être endeuillé
Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche Par où se reproduit le miracle des Rois Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois Le manteau de Marie accroché dans la crèche
Une bouche suffit au mois de Mai des mots Pour toutes les chansons et pour tous les hélas Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux
L'enfant accaparé par les belles images Écarquille les siens moins démesurément Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages
Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où Des insectes défont leurs amours violentes Je suis pris au filet des étoiles filantes Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août
J'ai retiré ce radium de la pechblende Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu Ô paradis cent fois retrouvé reperdu Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes
Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent Moi je voyais briller au-dessus de la mer Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa
Louis Aragon
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
juillet 16, 2009 12:08
|
FEMMES DE MON PAYS
Femmes de mon pays, une même lumière durcit vos corps, une même ombre le repose; doucement élégiaques en vos métamorphoses. Une même souffrance gerce vos lèvres, et vos yeux sont sertis par un unique orfèvre. Vous, qui rassurez la montagne, qui faites croire à l'homme qu'il est homme, à la cendre qu'elle est fertile, au paysage qu'il est immuable. Femmes de mon pays, vous, qui dans le chaos retrouvez le durable.
***
HOMMES DE MON PAYS
Dans nos montagnes il y a des hommes, ce sont des amis de la nuit; leurs yeux brillent du noir des chèvres, leurs gestes raides comme la pluie. Ils ont pour maître l'olivier, simple vieillard aux bras croisés. Eux, leurs mains sont de chardons, leurs poitrines sanctuaires, "le ciel tourne autour de leurs fronts, comme un insecte lourd à la chaude saison". Dans nos montagnes il y a des hommes, qui ressemblent au tonnerre, et savent que le monde est gros comme une pomme.
NADIA TUENI (1935-1983) Poètesse d'origine libanaise écrivant en français.
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
juillet 17, 2009 12:33
|
Poème de ce vendredi saint.....
Lumière.
le vendredi à sept heures du soir par toutes les portes entre un flamboiement pour célébrer la création du monde chaque septième jour la mer de lumière se prète de nouveau à la terre pour que l'on puisse distinguer ses formes pour que l'on continue à leur donner chaque jour un nouveau nom le vendredi à sept heures du soir tu es morte en regardant vers la porte et la lumière t'a inondée
depuis un cercueil en bois arbre creux endormi ton corps retournera dans un drap blanc à l'ombre fraîche de la terre
Les gens déambulent chuchotent, se regardent nul ne sait que faire de la mort, ma soeur nul ne sait que faire de ta mort
sous les cyprès au sommet de la montagne près des nuages et du silence le regard se prolonge vers la clarté six femmes lavent ta peau elles l'honorent pour la dernière fois elles prient pour le corps et l'âme l'eau claire qui le purifie
nous déchirons nos robes à l'endroit du coeur
je marche lentement derrière le cercueil de pin vers la grotte où tu habiteras le rabbin murmure l'un après l'autre nous jetons une pelletée de terre noire afin de revêtir le cercueil nu et d'y déposer un caillou les pierres t'accompagneront tout au long du chemin médiatrices parfaites rédemptrices dure barrière d'humidité de feu pour que tu ne perdes pas ton chemin pour que tu ne reviennes pas
j'aurais préféré garder la texture de la terre poudre du caillou que je t'ai déposée en offrande mais les vivants ont l'obligation de laver la mort de la laisser à sa place chaque pierre un fondement de ta nouvelle maison
sept jours de prières pour que l'âme dise adieu sept jours pour qu'elle parte en paix sept jours de cauchemar assis par terre près de la terre où tu reposes les miroirs sont voilés l'âme ne voit pas son image les proches ne regardent pas leur deuil les couronnes de pain en cercles parfaits attrapent en leur centre vide pur et protecteur mémoire
la vie s'inventera tous les jours les proches retourneront dans le monde les miroirs seront dévoilés
Aleha ha-shalom.. Monica Mansour. Auteur né en Argentine en 1946, poète, essayiste et traductrice Ses "Poèmes ont paru en français en 2009.Traduction de Randolph Gilbert et Adrien Pellaumail. Merci Marie-elisabeth!
|
|
Epsilon 
Admin famille
France 
|
Date du message :
juillet 18, 2009 21:21
|
le temps et moi
Dans le sous-sol le plus secret de ma détresse Où le vice a reçu la trempe de la mort je redonne le ton au disque Le refrain à la vie Un terme à mon remords
Dans le cercle sans horizon où se lamente la nature Si la chaleur-qui passe du sang à ton esprit Tu pouvais suivre la mesure En te hâtant sans bruit au tournant de la peur To ut ce qu'on m'a repris des roues de la poitrine Cette montre qui sonne l'heure sans arrêt Et l'amère lueur qui coulait goutte à goutte Entre la main et l'oeil Le chemin de la peau La débâcle au bruit sec de la glace légère qui se brise au réveil
je vais plus loin la main tendue au mouvement inconscient de la pendule Une curiosité perçante au fond du coeur Et pour toi dans la tempe le bruit sourd qui ondule Des lièvres du péché à l'haleine des fleurs
Va-et-vient lumineux Ressac de la fatigue Goutte à goutte le temps creuse ta pierre nue Poitrine ravinée par l'acier des minutes Et la main dans le dos qui pousse à l'inconnu
Pierre Reverdy.Extrait de Ferrailles. Edition Poésie Gallimard
****
à double tour
je suis si loin des voix Des rumeurs de la fête Le moulin d'écume tourne à rebours Le sanglot des sources s'arrête L'heure a glissé péniblement Sur les grandes plages de lune Et dans l'espace tiède étroit sans une faille je dors la tête au coude Sur le désert placide du cercle de la lampe Temps terrible temps inhumain Chassé sur les trottoirs de boue Loin du cirque limpide qui décline des verres Loin du chant décanté naissant de la paresse Dans une âpre mêlée de rîtes entre les dents Une douleur fanée qui tremble à tes racines je préfère la mort l'oubli l'a dignité je suis si loin quand je compte tout ce que j'aime
Pierre Reverdy .EXTRAIT . Le chant des morts
|
|
-grimalkin- 
Modérateur
France 
|
Date du message :
juillet 20, 2009 03:03
|
Le désir
Avide je bois ton parfum et je prends ton visage entre mes mains comme on serre en son âme un miracle. Si proches l'un de l'autre, tes yeux dans mes yeux, que c'en est brûlure. Et pourtant tu murmures à mon oreille que je te manque. Mystérieuse et hantée de désir tu m'appelles comme si vivais exilé sur une autre planète.
Femme, quelle mer portes-tu dans le coeur et qui es-tu ? Ô, que s'élève encore une fois le chant de ton désir, j'écouterai ta voix et chaque instant sera comme un bourgeon gonflé où fleurit en vérité - l'éternité.
Lucien Blaga

Le vent d'été.
Le vent d'été baise et caresse La nature tout doucement : On dirait un souffle d'amant Qui craint d'éveiller sa maîtresse.
Bohémien de la paresse, Lazzarone du frôlement, Le vent d'été baise et caresse La nature tout doucement.
Oh! quelle extase enchanteresse De savourer l'isolement, Au fond d'un pré vert et dormant Qu'avec une si molle ivresse Le vent d'été baise et caresse!
Maurice Rollinat "Les Névroses"
|
|
Page 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14
Messages suivants >
Dernier message
|