Amicalien - Pour créer des liens et des amitiés

Présentement sur Amicalien
Les membres en ligne : 146
Les nouveaux membres : 28
Anniversaires aujourd'hui : 35

Connexion des membres

  Se souvenir de moi sur cet ordinateur


Cjrs Radio, la radio des boomers


Le forum des familles Amicaliennes



  Famille : Révèlations poètiques.


Ce sujet fait partie de la famille Révèlations poètiques.. Cette famille est publique. Vous pouvez donc échanger dans cette famille sans vous y inscrire.



Auteur

Sujet : Les poèmes de notre page d'accueil

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : juillet 5, 2009  02:47






Au plus mûr de l'automne, courons encore
Vers la senteur des sorghos
vers les appels de l'ivresse
Courons tous les sentiers fleuris
Puisqu'à chaque détour
une coupe de lune nous attend
Le dragon s'est révélé fleuve
Le phénix s'est découvert brise
La noce ciel-terre s'accomplit enfin
au-dedans de nous
Au plus mûr de l'automne, qu'attendre d'autre
Sinon serpent-tortue, sinon nuage-pluie
En nous se consume la flamme d'ici
Avant le règne des ténèbres

Une étoile, là encore, au bord du ciel
Dans la plaine, déjà, ultime luciole..
                                                                  
autre extrait..
Entrer de plain-pied dans l'heure nocturne
L'heure du sommeil

l'heure de l'éveil
Dehors
Les saules ont séché leurs pleurs
Le bouleau s'est dévêtu
de sa laiteuse nostalgie
Au milieu du gazon, près des rocailles
Plus que le hibou vigilant
Un lys tient ouvert l'oeil du mystère
Retenant pour longtemps
le furtif rayon qui passe.

François Cheng

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juillet 6, 2009  01:40


Tour du secteur calme.

Je monte sur les sacs, à l'angle
de la villa détruite,
dont la cave nous sert d'abri.

Dans ce froid, de même qu'un homme
qui a faim pense à un plat,
je pensais à un feu de bois
tout de cendre et de braise qui endort,
beau et méchant si on s'approche,
comme la figure d'un tigre.

Je suis seul avec la mer.
La vrai mer, la mer du Nord;
qui ne donne pas plus envie
de se baigner que de se mettre
au feu ou de s'enterrer vif.

Ecoutez-la, elle secoue
ses millions de litres vides.
Elle remue son ventre
qui souffre et fait verdir les joues.

Pleine d'humeurs, de cauchemars,
d'épaves, de mines.
Le sous-marin, poisson de Troie,
entre, la nuit, dans le port d'Ostende.

Là-bas, au large, la torpille
touche au but. Un voilier
à cinq étages, tout à coup
lourd comme un ange de pierre
saluant la vierge, s'incline
et coule à pic...

Jean Cocteau :extrait du "Tour du secteur "

         

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juillet 7, 2009  00:29


De ton rêve trop plein

De ton rêve trop plein,
fleur en dedans nombreuse,
mouillée comme une pleureuse,
tu te penches sur le matin.

Tes douces forces qui dorment,
dans un désir incertain,
développent ces tendres formes
entre joues et seins.

Rainer Maria RILKE (1875-1926

***
         
La femme.

Mais maintenant vient une femme,
Et lors voici qu'on va aimer,
Mais maintenant vient une femme
Et lors voici qu'on va pleurer,

Et puis qu'on va tout lui donner
De sa maison et de son âme,
Et puis qu'on va tout lui donner
Et lors après qu'on va pleurer

Car à présent vient une femme,
Avec ses lèvres pour aimer,
Car à présent vient une femme
Avec sa chair tout en beauté,

Et des robes pour la montrer
Sur des balcons, sur des terrasses,
Et des robes pour la montrer
A ceux qui vont, à ceux qui passent,

Car maintenant vient une femme
Suivant sa vie pour des baisers,
Car maintenant vient une femme,
Pour s'y complaire et s'en aller.

Max Elskamp.(1862-1931)

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juillet 7, 2009  14:18


J'entre dans ton amour comme dans une église...

J'entre dans ton amour comme dans une église
Où flotte un voile bleu de silence et d'encens :
Je ne sais si mes yeux se trompent, mais je sens
Des visions de ciel où mon coeur s'angélise.
Est-ce bien toi que j'aime ou bien est-ce l'amour ?
Est-ce la cathédrale ou plutôt la madone ?
Qu'importe ! Si mon coeur remué s'abandonne
Et vibre avec la cloche au sommet de la tour !
Qu'importent les autels et qu'importent les vierges,
Si je sens là, parmi la paix du soir tombé,
Un peu de toi qui chante aux orgues du jubé,
Quelque chose de moi qui brûle dans les cierges.

Georges Rodenbach.Vers d'amour

***         

C'est tout là-bas, parmi le Nord où tout est mort...

C'est tout là-bas, parmi le Nord où tout est mort :
Des beffrois survivant dans l'air frileux du nord;
Les Beffrois invaincus, les Beffrois militaires,
Montés comme des cris vers les ciels planétaires;
Eux dont les carillons sont une pluie en fer,
Eux dont l'ombre à leur pied met le froid de la mer !
Or, moi, j'ai trop vécu dans le Nord; rien n'obvie
A cette ombre à présent des Beffrois sur ma vie.
Partout cette influence et partout l'ombre aussi
Des autres tours qui m'ont fait le coeur si transi;
Et toujours tel cadran, que mon absence pleure,
Répandant dans mes yeux l'avancement de l'heure,
Tel cadran d'autrefois qui m'hallucine encor,
Couronne d'où, sur moi, s'effeuille l'heure en or !

Georges Rodenbach .Le Règne du silence         

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juillet 9, 2009  00:17


LE TIERS CHANT

Te prendre à Dieu contre moi même
Étreindre étreindre ce qu'on aime
Tout le reste est jouer aux dés

Suivre ton bras toucher ta bouche
Être toi par où je te touche
Et tout le reste est des idées

Je suis la croix où tu t'endors
Le chemin creux qui pluie implore
Je suis ton ombre lapidée

Je suis ta nuit et ton silence
Oubliée dans ma souvenance
Ton rendez-vous contremandé

Te prendre à Dieu contre moi même
Étreindre étreindre ce qu'on aime
Tout le reste est jouer aux dés

Suivre ton bras toucher ta bouche
Être toi par où je te touche
Et tout le reste est des idées

Le mendiant devant ta porte
Qui se morfond que tu ne sortes
Et peut mourir s'il est tardé

Et je demeure comme meurt
A ton oreille une rumeur
Le miroir de toi défardé

Te prendre à Dieu contre moi même
Étreindre étreindre ce qu'on aime
Tout le reste est jouer aux dés

Suivre ton bras toucher ta bouche
Être toi par où je te touche
Et tout le reste est des idées

LOUIS ARAGON

***                  

Avec ta robe sur le rocher comme une aile blanche
Des gouttes au creux de ta main comme une blessure fraîche
Et toi riant la tête renversée comme un enfant seul

Avec tes pieds faibles et nus sur la dure force du rocher
Et tes bras qui t’entourent d’éclairs nonchalants
Et ton genou rond comme l’Île de mon enfance

Avec tes jeunes seins qu’un chant muet soulève pour une vaine allégresse
Et les courbes de ton corps plongeant toutes vers ton frêle secret.
Et ce pur mystère que ton sang guette pour des nuits futures

Ô toi pareille à un rêve déjà perdu
Ô toi pareille à une fiancée déjà morte
Ô toi mortel instant de l’éternel fleuve

Laisse-moi seulement fermer mes yeux
Laisse-moi seulement poser les paumes de mes mains sur mes paupières
Laisse-moi ne plus te voir

Pour ne pas voir dans l’épaisseur des ombres
Lentement s’entrouvrir et tourner
Les lourdes portes de l’oubli

(Alain Grandbois, Les Îles de la nuit, 1944)

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juillet 10, 2009  10:04


TOUTE UNE HISTOIRE

Toi, parce que tu m’aimes, serre-moi
bien fort, caresse-moi, sois
douce et bonne, apaise-moi
de silence, ne dis pas un mot.
Toi, parce que je t’aime, je suis
fort pour toi. Je te soutiens.
L’eau est vivante
autour de nous. L’eau vive
court dans les entrailles de la terre entre
nous. Toi, mon épouse, ta voix
me parle au-dessus de l’eau.
Tes mains, tes bras solennels,
traversent l’eau et m’étreignent.
Ton corps est magnifique.
Il parle et franchit l’eau.
Épouse plus douce que le miel, au coeur
joyeux, nos coeurs battent sur
la passerelle de nos bras. Nos mots
sont des mots de joie dans la nuit
de l’allégresse. Nos mots vivent.
Nos mots sont des enfants qui dansent
devant nous pareils à des étoiles sur l’eau.
Mon épouse, ma toute bien-aimée,
plus douce que le miel, que le fruit mûr,
solennelle, grave, un oiseau en vol,
serre-moi. Sois douce et bonne.
Je t’aime. Sois gentille envers moi.
Je suis fort pour toi. Je te
soutiens. L’aurore de dix mille
aurores s’embrase dans le ciel.
L’eau inonde la terre.
Les enfants rient dans l’air.

Kenneth Rexroth [1956]

***               

elle me chevauche

et la faim millénaire
qui les durcit
contre mes hanches
dresse mon arbre
dans les immensités
de sa nuit

et très loin
au dessus de moi
avec des gestes
lents et graves
elle les palpe
les pince les presse
les pétrit
leur ménage une combe
dans ses paumes
les offre en pâture
à mes regards extasiés

puis elle s'incline
et je bois
tour à tour
à chacune
des deux sources

et une force d'une violence
jusqu'alors inconnue
déferle en moi
comme une mer
afflue dans mon arbre
m'impose de l'enfouir
toujours plus profond
dans sa terre

Charles Juliet.Affûts   

Dauphin42
France
Messages : 430

Date du message : juillet 11, 2009  18:00

Quel plaisir de lire tes poèmes Merci

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juillet 11, 2009  23:51

quand mon amour vient me voir c'est un peu comme de la musique,un peu plus comme une couleur
incurvée(disons orange)dans le silence,ou l'obscurité...la venue de mon amour émet une odeur
merveilleuse dans mon esprit,il faut voir quand je me retourne pour la trouver comment le moindre
de mes battements-de-cœur faiblit.et alors toute sa beauté est un étau dont les mâchoires
apaisantes m'assassinent subitement, [...]À l'instar du sourire de l'aimée, l'amour est une
aventure que rien n'obère pour le jeune poète sensuel, qui peut aussi bien écrire : « c'est
drôle,tu seras morte un jour » et « j'ai trouvé en quoi tu ressemblais / à la pluie », mais
aussi « j'aime mon corps quand il est avec ton / corps. C'est une chose si neuve. »
E.E .Cummings . Traduction Thierry Gillybœuf

               

J’aime mon corps quand il est avec ton corps C’est une si toute nouvelle chose.
Muscle améliore et nerf plus donne.J’aime ton corps j’aime ce qu’il fait,j’aime ses comment.
J’aime sentir l’échine de ton corps et ses os, et la tremblante -ferme-douceur et que je veux
encore et encore et encore embrasser, j’aime de toi embrasser ci et ça.,
j’aime, lentement caressant le, choc du duvet de ta fourrure électrique, et qu’est-ce qui arrive
à la chair s’écartant…Et des yeux les grosses miettes d’amour,et possiblement j’aime le frisson
de sous moi toi si toute nouvelle.

Il est si beau ce poème de E.E .Cummings , traduit par Robert Davreu, editions José
Corti !Merci Grim!

                  

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juillet 12, 2009  16:39

Chair des choses

Je possède, en mes doigts subtils, le sens du monde,
Car le toucher pénètre ainsi que fait la voix.
L'harmonie et le songe et la douleur profonde
Frémissement longuement sur le bout de mes doigts.

Je comprends mieux, en les frôlant, les choses belles,
Je partage leur vie intense en les touchant.
C'est alors que je sais ce qu'elles ont en elles
De noble, de très doux et de pareil au chant.

Car mes doigts ont connu la chair des poteries,
La chair lisse du marbre aux féminins contours
Que la main qui les sait modeler a meurtris
Et celle de la perle et celle du velours.

Ils ont connu la vie intime des fourrures,
Toison chaude et superbe où l'on plonge les mains,
Et l'odorant secret des belles chevelures
Où la brise du soir effeuilla des jasmins.

Semblables à ceux-là qui viennent des voyages,
Mes doigts ont parcouru d'infinis horizons,
Ils ont éclairé, mieux que mes yeux, des visages
Et m'ont prophétisé d'obscures trahisons.

Ils ont connu la peau subtile de la femme,
Et ses frissons cruels et ses parfums sournois...
Chair des choses ! j'ai cru parfois étreindre une âme
Avec le frôlement prolongé de mes doigts...

Renée Vivien .Sillages, 1908

****
               
La Toilette :Le Lavement des Seins

Qui lavera vos seins magnifiques, maîtresse ?
Quelle main lascive épongera leur splendeur
D'un geste délicat, lent comme une caresse
À les faire exulter de joie et d'impudeur ?

Quel lait de quelle biche qui ne les salisse ?
Quelle douceur de doigt qui ne heurte leur grain ?
Sera-ce votre lait, ô chère ? et votre main,
Qui laveront ce soir leur virginité lisse ?


Lavez-les bien, vos seins; lavez-les, vos seins blancs
Promenez vos doigts fins sur leurs globes tremblants
Et pénétrez-les d'éblouissante lumière

Afin qu'en vos cheveux dont la noirceur reluit
Ils brillent dans leur sérénité coutumière,
Lunes de clarté nue au torse de la Nuit.

PIERRE LOUYS (1870-1925)
         

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juillet 14, 2009  00:06


Nous les mères,
venons chercher
des semences de nostalgie du fond de la nuit océane,
sommes celles qui viennent chercher
les trésors dispersés.

Nous les mères,
errant rêveuses avec les astres,
les marées d’hier et demain
nous laissent
avec notre naissance
comme avec une île
seules.

Nous les mères
qui disons à la mort :

Éclos dans notre sang.
Nous qui apportons du sable aux berges d’amour
et aux étoiles un monde en reflets —

Nous les mères,
qui dans les berceaux
berçons les souvenirs crépusculaires
du jour de la création —
la respiration
est la mélodie de notre chant d’amour.

Nous les mères
berçons au cœur du monde
la mélodie de la paix.

Nelly Sachs .Éclipse d’étoile (trad. Mireille Gansel)

         

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juillet 15, 2009  06:59


Les Yeux d'Elsa

Tes yeux sont si profonds qu'en me penchant pour boire
J'ai vu tous les soleils y venir se mirer
S'y jeter à mourir tous les désespérés
Tes yeux sont si profonds que j'y perds la mémoire

À l'ombre des oiseaux c'est l'océan troublé
Puis le beau temps soudain se lève et tes yeux changent
L'été taille la nue au tablier des anges
Le ciel n'est jamais bleu comme il l'est sur les blés

Les vents chassent en vain les chagrins de l'azur
Tes yeux plus clairs que lui lorsqu'une larme y luit
Tes yeux rendent jaloux le ciel d'après la pluie
Le verre n'est jamais si bleu qu'à sa brisure

Mère des Sept douleurs ô lumière mouillée
Sept glaives ont percé le prisme des couleurs
Le jour est plus poignant qui point entre les pleurs
L'iris troué de noir plus bleu d'être endeuillé

Tes yeux dans le malheur ouvrent la double brèche
Par où se reproduit le miracle des Rois
Lorsque le coeur battant ils virent tous les trois
Le manteau de Marie accroché dans la crèche

Une bouche suffit au mois de Mai des mots
Pour toutes les chansons et pour tous les hélas
Trop peu d'un firmament pour des millions d'astres
Il leur fallait tes yeux et leurs secrets gémeaux

L'enfant accaparé par les belles images
Écarquille les siens moins démesurément
Quand tu fais les grands yeux je ne sais si tu mens
On dirait que l'averse ouvre des fleurs sauvages

Cachent-ils des éclairs dans cette lavande où
Des insectes défont leurs amours violentes
Je suis pris au filet des étoiles filantes
Comme un marin qui meurt en mer en plein mois d'août

J'ai retiré ce radium de la pechblende
Et j'ai brûlé mes doigts à ce feu défendu
Ô paradis cent fois retrouvé reperdu
Tes yeux sont mon Pérou ma Golconde mes Indes

Il advint qu'un beau soir l'univers se brisa
Sur des récifs que les naufrageurs enflammèrent
Moi je voyais briller au-dessus de la mer
Les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa les yeux d'Elsa

Louis Aragon

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juillet 16, 2009  12:08

FEMMES DE MON PAYS

Femmes de mon pays,
une même lumière durcit vos corps,
une même ombre le repose;
doucement élégiaques en vos métamorphoses.
Une même souffrance gerce vos lèvres,
et vos yeux sont sertis par un unique orfèvre.
Vous,
qui rassurez la montagne,
qui faites croire à l'homme qu'il est homme,
à la cendre qu'elle est fertile,
au paysage qu'il est immuable.
Femmes de mon pays,
vous, qui dans le chaos retrouvez le durable.

***               

HOMMES DE MON PAYS

Dans nos montagnes il y a des hommes,
ce sont des amis de la nuit;
leurs yeux brillent du noir des chèvres,
leurs gestes raides comme la pluie.
Ils ont pour maître l'olivier,
simple vieillard aux bras croisés.
Eux,
leurs mains sont de chardons,
leurs poitrines sanctuaires,
"le ciel tourne autour de leurs fronts,
comme un insecte lourd à la chaude saison".
Dans nos montagnes il y a des hommes,
qui ressemblent au tonnerre,
et savent que le monde est gros comme une pomme.

NADIA TUENI (1935-1983) Poètesse d'origine libanaise écrivant en français.            

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juillet 17, 2009  12:33


Poème de ce vendredi saint.....

Lumière.

le vendredi à sept heures du soir
par toutes les portes entre
un flamboiement
pour célébrer la création du monde
chaque septième jour la mer de lumière
se prète de nouveau à la terre
pour que l'on puisse distinguer ses formes
pour que l'on continue à leur donner
chaque jour un nouveau nom
le vendredi à sept heures du soir
tu es morte
en regardant vers la porte
et la lumière t'a inondée

depuis un cercueil en bois
arbre creux endormi
ton corps retournera
dans un drap blanc
à l'ombre fraîche de la terre

Les gens déambulent
chuchotent, se regardent
nul ne sait que faire de la mort, ma soeur
nul ne sait que faire de ta mort

sous les cyprès au sommet de la montagne
près des nuages et du silence
le regard se prolonge vers la clarté
six femmes lavent ta peau
elles l'honorent pour la dernière fois
elles prient pour le corps et l'âme
l'eau claire qui le purifie

nous déchirons nos robes à l'endroit du coeur

je marche lentement derrière le cercueil de pin
vers la grotte où tu habiteras
le rabbin murmure
l'un après l'autre nous jetons une pelletée de terre noire
afin de revêtir le cercueil nu
et d'y déposer un caillou
les pierres t'accompagneront tout au long du chemin
médiatrices parfaites rédemptrices
dure barrière d'humidité de feu
pour que tu ne perdes pas ton chemin
pour que tu ne reviennes pas

j'aurais préféré garder la texture de la terre
poudre du caillou que je t'ai déposée en offrande
mais les vivants ont l'obligation de laver la mort
de la laisser à sa place
chaque pierre un fondement de ta nouvelle maison

sept jours de prières pour que l'âme dise adieu
sept jours pour qu'elle parte en paix
sept jours de cauchemar
assis par terre
près de la terre où tu reposes
les miroirs sont voilés
l'âme ne voit pas son image
les proches ne regardent pas leur deuil
les couronnes de pain en cercles parfaits
attrapent en leur centre vide
pur et protecteur
mémoire

la vie s'inventera tous les jours
les proches retourneront dans le monde
les miroirs seront dévoilés

Aleha ha-shalom..
Monica Mansour.
Auteur né en Argentine en 1946, poète, essayiste et traductrice
Ses "Poèmes ont paru en français en 2009.Traduction de Randolph Gilbert et Adrien Pellaumail.
Merci Marie-elisabeth!

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juillet 18, 2009  21:21


le temps et moi

Dans le sous-sol le plus secret de ma détresse
Où le vice a reçu la trempe de la mort
je redonne le ton au disque
Le refrain à la vie
Un terme à mon remords

Dans le cercle sans horizon où se lamente la nature
Si la chaleur-qui passe du sang à ton esprit
Tu pouvais suivre la mesure
En te hâtant sans bruit au tournant de la peur
To ut ce qu'on m'a repris des roues de la poitrine
Cette montre qui sonne l'heure sans arrêt
Et l'amère lueur qui coulait goutte à goutte
Entre la main et l'oeil
Le chemin de la peau
La débâcle au bruit sec de la glace légère qui se brise au réveil

je vais plus loin la main tendue au mouvement inconscient de la pendule
Une curiosité perçante au fond du coeur
Et pour toi dans la tempe le bruit sourd qui ondule
Des lièvres du péché à l'haleine des fleurs

Va-et-vient lumineux
Ressac de la fatigue
Goutte à goutte le temps creuse ta pierre nue
Poitrine ravinée par l'acier des minutes
Et la main dans le dos qui pousse à l'inconnu


Pierre Reverdy.Extrait de Ferrailles. Edition Poésie Gallimard

****               

à double tour

je suis si loin des voix
Des rumeurs de la fête
Le moulin d'écume tourne à rebours
Le sanglot des sources s'arrête
L'heure a glissé péniblement
Sur les grandes plages de lune
Et dans l'espace tiède étroit sans une faille
je dors la tête au coude
Sur le désert placide du cercle de la lampe
Temps terrible temps inhumain
Chassé sur les trottoirs de boue
Loin du cirque limpide qui décline des verres
Loin du chant décanté naissant de la paresse
Dans une âpre mêlée de rîtes entre les dents
Une douleur fanée qui tremble à tes racines
je préfère la mort l'oubli l'a dignité
je suis si loin quand je compte tout ce que j'aime

Pierre Reverdy .EXTRAIT . Le chant des morts

            

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : juillet 20, 2009  03:03



Le désir

Avide je bois ton parfum et je prends ton visage
entre mes mains comme on serre
en son âme un miracle.
Si proches l'un de l'autre, tes yeux dans mes yeux, que c'en est brûlure.
Et pourtant tu murmures à mon oreille que je te manque.
Mystérieuse et hantée de désir tu m'appelles comme si vivais
exilé sur une autre planète.

Femme,
quelle mer portes-tu dans le coeur et qui es-tu ?
Ô, que s'élève encore une fois le chant de ton désir,
j'écouterai ta voix
et chaque instant sera comme un bourgeon gonflé
où fleurit en vérité - l'éternité.

Lucien Blaga



Le vent d'été.

Le vent d'été baise et caresse
La nature tout doucement :
On dirait un souffle d'amant
Qui craint d'éveiller sa maîtresse.

Bohémien de la paresse,
Lazzarone du frôlement,
Le vent d'été baise et caresse
La nature tout doucement.

Oh! quelle extase enchanteresse
De savourer l'isolement,
Au fond d'un pré vert et dormant
Qu'avec une si molle ivresse
Le vent d'été baise et caresse!

Maurice Rollinat "Les Névroses"

Page 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 | 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14

Messages suivants >  Dernier message


Ajouter cette page à :  Ajouter cette page à Facebook  Ajouter cette page sur MySpace  Ajouter cette page à del.ico.us  Ajouter cette page à Google  Ajouter cette page à Netscape.  Ajouter cette page à Windows Live  Ajouter cette page à Yahoo Ajouter cette page à Ask.com  Ajouter cette page à Stumble.  Ajouter cette page à Digg.  Ajouter cette page à reddit.com  Ajouter cette page à NewsVine  Ajouter cette page dans Simpy