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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Les poèmes de notre page d'accueil

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : juillet 21, 2009  03:28



chanson avec Marie-Elisabeth


Les hommes qui passent Maman
M'envoient toujours des cartes postales
Des Bahamas Maman
Les hommes qui passent tout le temps
Sont musiciens artistes peintres
Ou comédiens
Souvent

Les hommes qui passent Maman
M'offrent toujours une jolie chambre
Avec terrasse Maman
Les hommes qui passent je sens
Qu'ils ont le cœur à marée basse des
Envies d'océan

Les hommes qui passent pourtant
Qu'est-ce que j'aimerai en voler un
Pour un mois pour un an
Les hommes qui passent Maman
Ne me donnent jamais rien que de l'argent

Les hommes qui passent Maman
Leurs nuits d'amour sont des étoiles
Qui laissent des traces Maman
Les hommes qui passent violents
Sont toujours ceux qui ont gardé
Un cœur d'enfant perdant

Les hommes qui passent pourtant
Qu'est-ce que j'aimerai en voler un
Pour un mois pour un an
Les hommes qui passent Maman
Ne me donnent jamais rien que de l'argent

Les hommes qui passent Maman
Ont des sourires qui sont un peu
Comme des grimaces Maman
Les hommes qui passent troublants
Me laissent toujours avec mes rêves
Et mes angoisses d'avant

Les hommes qui passent pourtant
Qu'est-ce que j'aimerai en voler un
Pour un mois pour un an
Les hommes qui passent Maman
Ne me donnent jamais rien que de l'argent....

chanson de Patricia Kaas.

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : juillet 22, 2009  04:36



CLAIR DE LUNE INTELLECTUEL

Ma pensée est couleur de lumières lointaines,
Du fond de quelque crypte aux vagues profondeurs.
Elle a l'éclat parfois des subtiles verdeurs
D'un golfe où le soleil abaisse ses antennes.

En un jardin sonore, au soupir des fontaines,
Elle a vécu dans les soirs doux, dans les odeurs ;
Ma pensée est couleur de lumières lointaines,
Du fond de quelque crypte aux vagues profondeurs.

Elle court à jamais les blanches prétentaines,
Au pays angélique où montent ses ardeurs,
Et, loin de la matière et des brutes laideurs,
Elle rêve l'essor aux céleste Athènes.

Ma pensée est couleur de lunes d'or lointaines.



Emile Nelligan

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : juillet 23, 2009  03:26




poème des indiens des plaines


1    Mes enfants
      Au début j'aimais les Blancs
      Je leur donnais des fruits
      Je leur donnais des fruits

2    Père aie pitié de moi
      Je pleure de soif
      Il n'y a plus rien
      Je n'ai rien à manger

3    Le père descendra
       La terre tremblera
      Ils se lèveront tous
      Tendez vos mains

4    Le corbeau   éhé!    éhé !
      Je l'ai vu quand il descendait
      Vers la terre vers la terre
      Il nous a redonné la vie
      Il a eu pitié de nous

5    Je fais des cercles autour
      Des extrémités de la terre
      J'ai mis mes grandes plumes
      Je vole

6    L'yehé !    mes enfants
       Mes enfants
       Quelle désolation !
         Les Blancs sont fous ! ahé ! ahé ! yu !

7    Nous revivrons
       Nous revivrons

Poèmes et chansons des Indiens d'Amérique du Nord
traduits et présentés par
Jacques Roubaud
et Florence Delay

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : juillet 24, 2009  04:32


LUCIEN JACQUES
(1898-1961)


CREDO

Je crois en l'homme, cette ordure.
Je crois en l'homme, ce fumier,
Ce sable mouvant, cette eau morte.

Je crois en l'homme, ce tordu,
Cette vessie de vanité.
Je crois en l'homme, cette pommade,
Ce grelot, cette plume au vent,
Ce boute-feu, ce fouille-merde.
Je crois en l'homme, ce lèche-sang.

Malgré tout ce qu'il a pu faire
De mortel et d'irréparable.
Je crois en lui
Pour la sûreté de sa main,
Pour son goût de la liberté,
Pour le jeu de sa fantaisie.

Pour son vertige devant l'étoile.
Je crois en lui
Pour le sel de son amitié,
Pour l'eau de ses yeux, pour son rire,
Pour son élan et ses faiblesses.

Je crois à tout jamais en lui
Pour une main qui s'est tendue.
Pour un regard qui s'est offert.
Et puis surtout et avant tout
Pour le simple accueil d'un berger.

Florilège poétique, édition Les Cahiers de l'Artisan, 1954


                     

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : juillet 25, 2009  03:58



voisinage.

Elle habitait le fin fond de la Chine,
Lui, un jardin, clos de murs, d'Argentine,
Mais l'amour pur rapproche tant les êtres
Que la voyant un jour à sa fenêtre
Il lui lança une rose en sa fleur
Et malgré tant de distance à la ronde
Elle la prit et la mit sur son coeur,
Pour bien la montrer à la face du monde
Que les absents ne sont pas dans leur tort,
Que les lointains leur donnent de l'essor.
Je fus chargé de constater la chose
Et vous souhaite une rose aussi rose,
Fleurs d'un amour toujours se rapprochant,
Sans se mouiller il franchit l'océan.

                                                          ***
A un poète.
            
                         (pour Orfila Bardésio,
                              en guise de préface.)
Sur vous et votre livre
Le grand ciel prend le large,
On ne sait si on lit
Ou si l'on vous regarde.

Vos vers battent des cils,
Vos yeux chantent et vibrent;
Votre front reste libre
C'est pour les réunir.

A votre guise et sans
Déplacement de l'âme,
Vous devenez la femme
Ou bien la poésie.

Jules Supervielle.

(merci Marie-Elisabeth)

                                 

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : juillet 26, 2009  03:09


Lichens

Même si la montagne se consume, même si les suivants s’entretuent ... Dors, berger.
N’importe où. Je te trouverai. Mon sommeil est l’égal du tien. Sur le versant clair paissent
nos troupeaux. Sur le versant abrupt paissant nos troupeaux. Lichens

Dehors, les charniers occupent le lit des fleuves perdus sous la terre. La roche qui se
délite est la sœur du ciel qui se fend. L’événement devance les présages, et l’oiseau
attaque l’oiseau. Dedans, sous terre, mes mains broient des couleurs à peine
commencés.

Ce que je vois et que tais m’épouvante. Ce dont je parle, et que j’ignore, me délivre. Ne
me délivre pas. Toutes mes nuits suffiront-elles à décomposer cet éclair ? O visage
aperçu, inexorable et martelé par l’air aveugle et blanc !

Les gerbes refusent mes liens. Dans cette infinie dissonance unanime, chaque épi,
chaque goutte de sang parle sa langue et va son chemin. La torche, qui éclaire et ferme
le gouffre, est elle-même un gouffre.

Ivre, ayant renversé ta charrue, tu as pris le soc pour un astre, et la terre t’a donné
raison.

L’herbe est si haute à présent que je ne sais plus si je marche, que je ne sais plus si je
suis vivant.

La lampe éteinte est-elle plus légère ?

Les champs de pierre s’étendent à perte de vue, comme ce bonheur insupportable qui
nous lie, et qui ne nous ressemble pas. Je t’appartiens. Tu me comprends. La chaleur
nous aveugle ...

La nuit qui nous attend et qui nous comble, il fait encore décevoir son attente pour qu’elle
soit la nuit.

Quand marcher devient impossible, c’est le pied qui éclate, non le chemin. On vous a
trompés. La lumière est simple. Et les collines proches. Si par mégarde cette nuit je
heurte votre porte, n’ouvres pas. N’ouvres pas encore. Votre absence de visage est ma
seule obscurité.

Te gravir et, t’ayant gravie - quand la lumière ne prend plus appui sur les mots, et croule
et dévale, - te gravir encore. Autre cime, autre gisement.

Depuis que ma peur est adulte, la montagne a besoin de moi. De mes abîmes, de mes
liens, de mon pas.

Vigiles sur le promontoire. Ne pas descendre. Ne plus se taire. Ni possession, ni
passion. Allées et venues à la vue de tous, dans l’espace étroit, et qui suffit. Vigiles sur le
promontoire où je n’ai pas accès. Mais d’où, depuis toujours, mes regards plongent. Et
tirent. Bonheur. Indestructible bonheur.


Jacques Dupin,
19 janvier 2005
                                 

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : juillet 27, 2009  03:48


EXTRÉMITÉ

Voici parfaite la femme.
Mort.

Son corps arbore le sourire de l’accomplissement;
L’illusion d’une nécessité grecque

Flotte parmi les volutes de sa toge;
Ses pieds

Nus semblent dire:
Nous sommes arrivés jusqu’ici, c’est fini.

Chaque enfant mort lové, serpent blanc,
Un à chaque petit

Pichet de lait, dorénavant vide.
Elle les a repliés

Dans son corps comme des pétales
De rose se ferment quand le jardin

Se fige et que les odeurs saignent
Des gorges douces et profondes de la fleur de nuit.

Rien ne saurait toucher ni attrister la lune
Qui regarde sans broncher depuis sa cagoule d’os.

Elle a l’habitude de ce genre de chose.
Et ses ténèbres craquent, et ses ténèbres durent.
5 février 1963      

Sylvia Plath

                                 

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : juillet 28, 2009  03:27



textes de Pablo Neruda gravés sur six piliers élevés devant sa maison sur
les flancs du cerro San Cristobal, à Santiago du Chili.

1
Je demande le silence

Maintenant qu'on me laisse tranquille
Qu'on s'habitue à mon absence

Je vais fermer les yeux

Je ne veux que cinq choses
Cinq racines préférées

L'une est l'amour sans fin

2
La seconde est de voir l'automne
Je ne puis vivre sans que les feuilles
Volent et retournent à la terre

La troisième est l'hiver grave
La pluie que j'aime la caresse
Du feu dans le froid sylvestre

En quatrième lieu l'été
Rond comme une pastèque

3
La cinquième ce sont tes yeux

Mathilde mienne Ma bien aimée
Je ne veux pas dormir sans tes yeux
Je ne veux pas vivre hors de ton regard
Je vais refaire le printemps
Pour que tu puisses encore me voir

Amis voici ce que je veux
C'est presque rien et quasiment tout

Maintenant si vous le voulez partez

4
J'ai tant vécu qu'un jour
Vous devrez m'oublier
M'effacer de l'ardoise
Mon coeur fut interminable

Pourquoi réclamer le silence
Vous ne me croyez pas mortel
Le contraire va se produire
Voici que je vais vivre

Voici que je suis et continue

5
Je n'existerai plus mais au dedans
De moi pousseront les céréales
D'abord les grains qui rompent
La terre pour voir la lumière
Mais la terre maternelle est obscure
Et au fond de moi je suis obscur
Je suis comme un puits et dans mes eaux
La nuit abandonne ses étoiles
Pour vaquer seule à travers la campagne

6
J'ai tant vécu c'est la question
Que je voudrais vivre à nouveau

Je ne me suis jamais senti aussi sonore
Je n'ai jamais eu autant de baisers à offrir

Maintenant comme toujours il est tôt
La lumière vole avec ses abeilles

Laissez moi seul avec le jour
Je demande la permission de naître

Pablo Neruda                                 

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : juillet 29, 2009  01:14

Marie-Elisabeth nous dit :

"Le Tour de france est terminé, mais il nous à donné à rêver, particulièrement dans
l'étape du Mont Ventoux, où un hélicoptère a survolé les dentelles de Montmirail..
François Cheng a sa manière, nous a dépeint ce cirque de rochers.; au dessus de
Vaison la Romaine.."

Dentelles de Montmirail.

les vagues s'érigent en rocher
Les morsures de requins
en dentelles

De toute éternité
L'été terrestre doit s'ouvrir
A notre unique regard

Nous fouillerons les entrailles
Du dragon disloqué
A la recheche du sang mâché
du souffle bu
Tout devient voie
Tout devient don

Tout le jour se passe en reconnaissance

Quand disparaît l'ultime nuage
Nous nous prosternerons
Devant le roc élu
qui rehausse nos désirs

Informulés.

François Cheng "Double chant"

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : aout 1, 2009  04:31

je retrouve un poème de Francis James qui me plait bien...alors...

Je m'embête; cueillez-moi des jeunes filles
et des iris bleus à l'ombre des charmilles
où les papillons bleus dansent à midi,
parce que je m'embête
et que je veux voir de petites bêtes
rouges sur les choux, les ails (on dit aulx), les lys.
Je m'embête.

Ces vers que je fais m'embêtent aussi,
et mon chien se met à loucher, assis,
en écoutant la pendule
qui l'embête comme je m'embête.
Vraiment ces trois cils de ce chien de chasse,
de ce chien de poète,
sont cocasses.

Je voudrais savoir peindre. Je peindrais
une prairie bleue, avec des mousserons,
où des jeunes filles nues danseraient en rond
autour d'un vieux botaniste désespéré,
porteur d'un panama et d'une boîte verte
et d'un énorme filet à papillons
vert.

Car j'apprécie les jeunes filles
et les gravures excessivement coloriées
où l'on voit un vieux botaniste éreinté
qui longe un torrent et se dirige
vers l'auberge.

Francis James


Francis Jammes s'embètent, je mèle la voix de Maurice Maeterlinck, dans l'ennui..

Ronde d'ennui.

Je chante les pâles ballades
Des baisers perdus sans retour!
Sur l'herbe épaisse de l'amour
Je vois des noces de malades.

J'entends des voix dans mon sommeil
Si nonchalamment apparues !
Et des lys s'ouvrent en des rues
Sans étoiles et sans soleil.

Et ces élans si lents encore
Et ces désirs que je voulais,
Sont des pauvres dans un palais,
Et des cierges las dans l'aurore.

J'attends la lune dans mes yeux
Ouverts au seuil des nuits sans trêves,
Afin qu'elle étanche mes rêves
Avec ses linges lents et bleus

Maurice Maeterlinck "Serres Chaudes"
MERCI A GRIMALKIN ET A MARIE-ELISABETH POUR CES POEMES DU POST FRANCIS JAMMES

                     

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : aout 3, 2009  00:37

Jusqu’au nid des sirènes

Venus d'Irlande
Evangéliser l'Armorique
Saint Yves et Saint Ronan
N'eurent pour embarcation
Que de gentils blocs granitiques.
L'un flotte encore, éberluant un chat
L'autre qui s'enfonça jusqu'au nid des sirènes
Y fit élection de la moins poissonnière
A preuve qu'elle a deux cuisses
Et que s'il y a queue, il s'agit de la nôtre
Qu'entre elles nous fourrons en vue du paradis
Comme le firent tant de mâles
Depuis longtemps réduits à leur crâne
Mais dont les idoles
Pré-colombiennes dirait-on
Demeurent au même titre
Que la coquille des pèlerins
De Saint-Jacques de Compostelle
Où l'on fait des fromages en forme de sein.

Jean Rousselot

***

Refaire la nuit

Il n'y avait que le silence
Derrière chaque mot volé
La route expirait dans les pierres
Entre les murs écroulés

Et pourtant le dernier poète
Tendait l'oreille vers la mer
Et cherchait encore à saisir
L'insaisissable oiseau de la parole.

Jean Rousselot, Refaire la nuit , Oeuvre poétique, Seghers

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : aout 4, 2009  01:29


ESSAI CHANTEUR

J'en ai plein l'oeuf de commenter l'ovaire
et le furoncle et tout ce qui s'ensuit.
Je veux pomper du vin dans un grand verre
et m'évader de l'asile de nuit.

Bon!je le sais que la vie est malsaine.
Je sais qu'elle est la grand mère des coups.
Oui, je le sais,qu'on crève dans la Seine,
faute d'amour,faute, des fois, de sous.

Mais j'en peux plus de porter ma tête
tous les tracas des compagnons humains.
C'est pas pour ça,mes parents, qu'ils m'ont faite.
C'est pas pour ça qu'ils m'ont donné des mains.

Ils m'ont donné des mains pour que je couse
sur un drap la fleur de ma pomme au four,
que je me fasse une gentille blouse
pour m'en aller du côté de l'amour,

non pas l'amour qui hurle et qui se griffe,
non pas l'amour qui tremble d'exister,
non pas l'amour penché sur l'hièroglyphe
de cette vie, arche d'atrocité,

mais l'amour simple au fil d'une balade,
avec un type.Il me dit mon petit.
J'aime le flan,il aime la salade.
On va sur terre.On s'embrasse assorti.

Etrenne-moi car je suis une femme.
Serre bien fort, que t'es plus grand que moi.
Ne parlons plus de la mort ni de l'âme.
Jouissons-nous sans nous creuser pourquoi.

Ce soir le cirque vient au village
On s'amusera.
Les trapèzistes!Le bel attelage
de miss Barbara!
Ah!dis!ce qu'elle est longue,
la trompe à l'éléphant!
Et,tu parles!le phoque,
comment qu'il se défend!
Regarde!les couteaux
qui tombent dans la cible!
Les acrobates...Tout vole en l'air
pas possible!
Et ce nain!Il a l'air
d'un géant mal écrit.
Ce que c'est beau,le cirque!
Ce que c'est beau, chéri!

Le cirque est reparti, laissant un rond dans l'herbe.
Et puis moi je suis seule et je tourne dedans.
Je tourne comme un vieux cheval.Adieu,superbe,
adieu vorace instant quand nous marchions ardents,

que nous mêlions nos sangs sur la terre,l'unique!
Nous engouffrions le fleuve et la péniche Hector.
Je voulais que tout soit, malgré Saint-Dominique,
malgré Bouddha, que tout soit là, malgré la mort.

Mais mon vice revient,et je tourne, je tourne,
comme un bétail sans yeux dans un chiffre fatal,
moi, la pensive chair ou , quelque part, séjourne
l'élément pardonné, le remède total.

Tourne, tourne!cheval obscène à quatre cuisses!
Remâche sans arrêt ton problème grenu.
Tire avec tes genoux le caisson des supplices,
de Dieu, du bien,de moi, du Christ, du mal connu,

tourne!tant que le cercle,enfin,soudain,se brise
et que, par l'ample issue s'ouvrant sur l'absolu,
t'appelle ,sans crier, sans la croix, sans la crise,
l'espèrance accordée au calvaire conclu.

Jacques Audiberti.Ange aux entrailles.Poèsie/Gallimard

                     

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : aout 5, 2009  03:02



Printemps

Il flotte sur les quais une haleine d'abîmes,
L'air sent la violette entre de lourds poisons,
Des odeurs de goudron, de varech, de poisson ;
Le printemps envahit les chantiers maritimes.

Ce jour de pluie oblique a doucement poncé
Les gréements noirs et gris qui festonnent le port ;
Eaux, docks et ciel unis par un subtil accord
Inscrivent dans l'espace une sourde pensée.

En cale sèche on voit des épaves ouvertes;
En elles l'âme vit peut-être... Oiseau têtu,
Oiseau perdu, de l'aube au soir reviendras-tu
Rêver rie haute mer, d'embruns et d'îles vertes ?

Je rôde aussi, le coeur vide et comme aux abois,
Un navire qui part hurle au loin sous la brume ;
Je tourne dans la ville où les usines fument,
Je cherche obstinément à me rappeler, quoi ?

Mohammed Dib



L’échelle

Il mit le premier pied
Sur le premier barreau.

Il mit le second pied
Sur le second barreau.
J’y suis arrivé,
Dit-il. Il monta encore.

Le soleil se fit proche.
Il continua de monter.

Ses jambes tremblaient.
Lentement il montait.

Il n’avait pas peur.
Aller plus haut, dit-il.

Mohammed Dib

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : aout 7, 2009  23:39

Ophélie

Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles
La blanche Ophélia flotte comme un grand lys,
Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles...
-- On entend dans les bois lointains des hallalis.

Voici plus de mille ans que la triste Ophélie
Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir;
Voici plus de mille ans que sa douce folie
Murmure sa romance à la brise du soir.

Le vent baise ses seins et déploie en corolle
Ses grands voiles bercés mollement par les eaux;
Les saules frissonnants pleurent sur son épaule,
Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux.

Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle;
Elle éveille parfois, dans un aune qui dort,
Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile:
-- Un chant mystérieux tombe des astres d'or.

ô pale Ophélia! belle comme la neige!
Oui tu mourus, enfant, par un fleuve emporté!
-- C'est que les vents tombant des grands monts de Norvège
T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté;

C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure,
A ton esprit rêveur portait d'étranges bruits;
Que ton coeur écoutait le chant de la nature
Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits;

C'est que la voix des mers folles, immense râle,
Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux;
C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle,
Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux!

Ciel! Amour! Liberté! Quel rêve, ô pauvre folle!
Tu te fondais à lui comme une neige au feu:
Tes grandes visions étranglaient ta parole
-- Et l'infini terrible effara ton oeil bleu !

-- Et le poète dit qu'aux rayons des étoiles
Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis,
Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses longs voiles,
La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys.


Arthur Rimbaud

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : aout 9, 2009  04:11



POÈTES

Nous sommes deux amants d'une espèce
qui n'est pas insouciante,
Et notre amour n'est pas une curiosité
Comme des pousses de chèvrefeuille sur un chêne
ou un enfant muni de deux mains gauches) mais un fier appétit
De royale pensée et d'irréprochable agissement ;
Ce que les autres écrivent sur nous a peu de sens,
car ils vivent en un incertain entre-deux de négligence.

Par le fait d'être poètes, la mort nous est décernée :
Mort, ardente synthése paradisiaque
Pour ceux qui toujours se comportent en poètes,
Qui ne peuvent tomber sous l'ignoble malédiction
(Que ce soit par amour de soi ou par dédain
De la vérité) de ne jamais mourir, de ne jamais être né.

Robert Graves .Traduit par Anne Mounic pour la "Collection du Club des Poètes".

***

Deux mille et des poussières
je raye un millénaire sur le calendrier.
- Comment trouvez-vous cette vie? - Palpitante!
- Et ce siècle? - Passable.
L'éternité ne fait pas son âge, ce matin
Et moi, poète confidentiel d'une langue partout étrangère,
Je vous dis que les rues regorgent d'êtres qui n'ont jamais vécu
Et prennent néanmoins la mort en marche ainsi qu'un autobus
Pour des odyssées sans issue vers d'abstraites Sibéries ou de scabreuses Babylones.
Ceux qui n'existèrent qu'à reculons, nourris d'absence et d'avenir posthume
Savent combien il est dangereux de lancer des prières aux dieux
Ou de glisser son âme entre les grilles à portée de leurs griffes.
Serons-nous remboursés à la fin du spectacle?
Vagabond de l'entre-deux-mondes, je guette les oiseaux qui saccagent le ciel.
L'automne a mis partout des fruits qui te ressemblent.

MARC ALYN

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