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Un petit message de l'organisatrice (-grimalkin-) :
photo envoyée par Dauphin
Lichens
Même si la montagne se consume, même si les suivants s’entretuent ... Dors, berger.
N’importe où. Je te trouverai. Mon sommeil est l’égal du tien. Sur le versant clair paissent
nos troupeaux. Sur le versant abrupt paissant nos troupeaux. Lichens
Dehors, les charniers occupent le lit des fleuves perdus sous la terre. La roche qui se
délite est la sœur du ciel qui se fend. L’événement devance les présages, et l’oiseau
attaque l’oiseau. Dedans, sous terre, mes mains broient des couleurs à peine
commencés.
Ce que je vois et que tais m’épouvante. Ce dont je parle, et que j’ignore, me délivre. Ne
me délivre pas. Toutes mes nuits suffiront-elles à décomposer cet éclair ? O visage
aperçu, inexorable et martelé par l’air aveugle et blanc !
Les gerbes refusent mes liens. Dans cette infinie dissonance unanime, chaque épi,
chaque goutte de sang parle sa langue et va son chemin. La torche, qui éclaire et ferme
le gouffre, est elle-même un gouffre.
Ivre, ayant renversé ta charrue, tu as pris le soc pour un astre, et la terre t’a donné
raison.
L’herbe est si haute à présent que je ne sais plus si je marche, que je ne sais plus si je
suis vivant.
La lampe éteinte est-elle plus légère ?
Les champs de pierre s’étendent à perte de vue, comme ce bonheur insupportable qui
nous lie, et qui ne nous ressemble pas. Je t’appartiens. Tu me comprends. La chaleur
nous aveugle ...
La nuit qui nous attend et qui nous comble, il fait encore décevoir son attente pour qu’elle
soit la nuit.
Quand marcher devient impossible, c’est le pied qui éclate, non le chemin. On vous a
trompés. La lumière est simple. Et les collines proches. Si par mégarde cette nuit je
heurte votre porte, n’ouvres pas. N’ouvres pas encore. Votre absence de visage est ma
seule obscurité.
Te gravir et, t’ayant gravie - quand la lumière ne prend plus appui sur les mots, et croule
et dévale, - te gravir encore. Autre cime, autre gisement.
Depuis que ma peur est adulte, la montagne a besoin de moi. De mes abîmes, de mes
liens, de mon pas.
Vigiles sur le promontoire. Ne pas descendre. Ne plus se taire. Ni possession, ni
passion. Allées et venues à la vue de tous, dans l’espace étroit, et qui suffit. Vigiles sur le
promontoire où je n’ai pas accès. Mais d’où, depuis toujours, mes regards plongent. Et
tirent. Bonheur. Indestructible bonheur.
Jacques Dupin,
19 janvier 2005
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