Présentement sur Amicalien
Les membres en ligne : 47
Les nouveaux membres : 9
Anniversaires aujourd'hui : 13
Inscrivez-vous à Amicalien pour participer à nos jeux concours !
Thème du concours : Histoire du temps des fêtes
Type de concours : Court récit littéraire
Fin des votes : 15 janvier 2009
Le grand escalier de noël.
.
Le grand escalier de noël
C’était il y a bien des années, au temps où je croyais encore un peu au Père noël, aux loups dans la froidure des soirs d’hiver, aux lutins de la forêt et aux fées qui exaucent les vœux…..
Noël réunissait alors toute la famille, dans la grande maison familiale charentaise, et nous fêtions la nativité, toutes générations confondues.
La maison, durant plusieurs jours, était parcourue de va et vient incessants, l’immense escalier devenant le lieu de toutes les rencontres, de toutes les conversations, de tous les espoirs et de tous les rires.
Le rez de chaussé et le premier étage étaient le lieu de résidence habituel de l’oncle Henry de sa femme et de leurs deux enfants, tandis que le dernier étage, n’était qu’un grand pied à terre pour grand mère Berthe. Nous, les enfants qui ne passions la qu’aux différentes vacances, investissions les lieux avec timidité. Il fallait tout d’abord ôter toutes les housses et draps couvrant les meubles, puis aider la grande mère à défaire les bagages. Mais une ou deux valises restaient mystérieusement pleines de leur contenu secret, et précautionneusement fermées à clef.
Peu à peu, en quelques jours, arrivait d’un peu partout, la famille au grand complet : la tante Liette escortée de ses quatre filles, les cousins de Paris et leurs parents et grands parents, les deux grands cousins célibataires de Touraine, et les sœurs et belles sœurs de la grand mère Berthe. Cela faisait une bien grande famille, dont mes deux frères et moi constituions les plus jeunes éléments.
Tandis que les adultes s’enfermaient dans le grand salon du rez de chaussée, pour tenir des conciliabules mystérieux, nous, les enfants, investissions les lieux de la cave au grenier, nous poursuivant dans l’escalier, traînant dans les cuisines où la gentille Marguerite aidée des femmes, s’affairait à préparer ces grands repas de fêtes. Nous nous risquions même jusqu’au chenil pour jouer à cache- cache….
Si un soir tous les adultes s’absentaient pour rendre visite à des amis, c’était pour nous la liberté, plus ou moins supposée surveillée par les plus âgés d’entre nous. Nous chantions alors à tue tête dans l’escalier « quand les chats sont partis, les souris dansent » et nous mimions les attitudes de certains de nos parents absents. Les aînés, plus au fait des réalités, farfouillaient un peu partout dans la maison, nous tenant, nous les petits, à l’écart de ces investigations secrètes, et nous menaçant des pires représailles si nous parlions aux parents de ces recherches illicites et mystérieuses.
Et puis, le 24 décembre, les odeurs de cuisine envahissaient l’escalier jusqu’au deuxième étage, se faisant délectables et magiques. Les belles robes sortaient des penderies. Les bougies usaient leur mèche en senteur magique …. Tout devenait particulier, comme suspendu dans l’air du temps .Les rires et les cris laissaient place aux chuchotements des plus grands. Il était indéniable, que les plus petits étaient un peu mis à l’écart, tout en étant l’attention première des tantes et grandes tantes. Chacun s’évertuaient à faire en sorte de nous éloigner des lieux stratégiques de la fête. Le grand salon était alors interdit aux jeunes. Les portes se trouvaient soudain fermées à clef, les volets fermés bien avant la nuit tombée …. Venait alors l’heure du repas, servi dans la grande salle à manger un peu austère, où une table réservée aux enfants était ajoutée à l’immense table habituelle .Ce n’était pas un réveillon à proprement parler, juste un repas raffiné, qui devait se terminer pour l’heure de la messe de minuit.
Après la messe de nuit et de froidure, enfin, venait l’heure d’ouvrir le grand salon, les hommes se réservaient un coin pour fumer, les femmes pour bavarder … Nous découvrions alors l’immense sapin de noël, qui montait jusqu’au plafond, tout décoré de guirlandes chevelues et métalliques, de boules multicolores en verre soufflé, et illuminé de petites bougies. La grand mère ne cessait de s’inquiéter d’un éventuel embrasement du sapin, tandis qu’une grand tante distribuait ses immanquables truffes au chocolat, saupoudrées de cacao amer. Pour les enfants, venait enfin l’heure d’aller au lit, tandis que les adultes poursuivaient la soirée au grand salon, en sirotant des infusions pour les dames, et des digestifs pour les messieurs. Nous nous endormions alors dans cet immense espoir de cadeaux merveilleux, et la naïve espérance de voir enfin ce Père noël si discret qu’on ne voyait jamais.
Le lendemain matin, point besoin de sonner clairon, nous étions debout dès le jour levé, trépignant d’impatience. Nous descendions sur la pointe de nos pieds nus, dans l’espoir de trouver la porte du salon ouverte, mais il fallait attendre que tout le monde soit debout pour qu’enfin, l’oncle Henry, réunisse toute la famille dans cet immense escalier. Il nous faisait alors nous ranger en rang d’oignon, chacun assis sur une marche de l’escalier. La plus âgée de la famille sur la première marche. Puis sur la seconde marche, et les suivantes, tous les membres de la famille, en rang d’âge ….si bien que je me trouvais tout en haut, juste avant mon petit frère qui occupait le palier de demi étage. L’oncle ouvrait alors les deux battants de la porte du salon, sans que pour autant nous puissions voir l’intérieur de la pièce. Alors, chaque membre de la famille était invité par l’oncle, à se rendre près du sapin pour y découvrir les cadeaux qu'avait apporté le Père noël durant la nuit.
La grand tante Alice avait l’honneur d’ouvrir ce défilé un tantinet longuet, qui nous faisait battre le cœur comme jamais. Puis, suivaient la grand mère, la tante Suzanne et ainsi de suite. Le tout, entrecoupé par quelques compliments ou plaisanteries que l’oncle distribuait, histoire de faire durer un peu la chose, et d’attiser l’impatience des plus jeunes. A chaque fois qu’une personne entrait enfin au salon, on entendait les exclamations, les rires, les froissements de papier cadeaux… Nous étions au supplice , mais tellement heureux !
De temps en temps, un des plus grands enfants déjà admis au paradis, sortait un minois réjoui dans l’ambrasure de la porte, agitant un cadeau, un ruban, ou un papier coloré. Et puis , enfin, notre tour arrivait, et nous rejoignions cette liesse collective et familiale, nous les petits , un peu plus attendus par les plus grands, qui prenaient autant de plaisir à nous voir ouvrir nos cadeaux , qu’à recevoir les leurs ……
Je crois que j’ai appris la, sur les marches de cet escalier qui reste monumental dans mes souvenirs, le plaisir et la magie de l’attente, qui décuple le bonheur d’obtenir enfin ce qu’on a tant convoité !
Avec le temps et les années qui sont passés, tous ces personnages s’en sont allés au paradis : la grand mère Berthe et ses valises secrètes, ses sœurs toutes ridées, les tantes, les oncles, les grandes cousines …. Tous ces êtres aimés que je ne voyais ce matin de noël, pratiquement que de dos, et d’en haut .S’en est allé aussi l’oncle Henry, maître de cérémonie de ce défilé d’impatience.
Je les imagine partant chacun leur tour vers un ciel d’éternité, montant, en rang d’oignon, et en rang d’âge, grimpant les marches en tenue de soirée, pour disparaître les uns après les autres …. au détour du palier.
Depuis, il y en a eu des noëls, des très gais, des plus tristes, mais aucun n’a plus jamais eu cette plénitude du bonheur de l’attente. Ce bonheur d’entendre les cris de joie des autres, pour enfin …. enfin atteindre à notre tour, le but tant attendu et espéré.
.
Participant : Nola*
Position : 6 de 20
Pointage total : 247
Nombre de votes : 39
Moyenne des votes : 6.3333
Ma note : N/D
Visionnements durant les votes : 113
Visionnements depuis les votes : 327