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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Alda merini ou l'âme sans cage(par epsilon)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : septembre 7, 2012  03:59


MA POÉSIE EST VIVE COMME LE FEU

Ma poésie est vive comme le feu,
elle glisse entre mes doigts comme un rosaire.
Je ne prie pas, car je suis un poète de la disgrâce
qui tait parfois le travail d’une naissance d’entre les heures,
je suis le poète qui crie et joue avec ses cris,
je suis le poète qui chante et ne trouve pas ses mots,
je suis la paille sèche où vient battre le son,
je suis la berceuse qui fait pleurer les enfants,
je suis la vanité qui se laisse chuter,
le manteau de métal d’une longue prière
d’un vieux deuil du passé et qui est sans lumière.


Alda Merini, La volpe e il sipario, Girardi, 1997, in Po&sie 109, 30 ans de poésie italienne, 1,
Éditions Belin, 2004, page 229. Traduction de Martin Rueff.

   

LE TEXTE QUI SUIT EST UN COPIER-COLLER TROUVE SUR LE SITE http://progettogeum.org/wp-
content/uploads/2008/12/alda-merini-ultimogennaio-20091.doc.QUE JE REMERCIE ET AUQUEL JE
RENVOIE!

   


ALDA MERINI OU L’ÂME SANS CAGE


« Je suis née le vintg-et-un au printemps / mais je ne savais pas que naître folle, / ouvrir les
mottes / pouvait déchaîner la tempête ». Ce ne sont pas les premiers vers d’Alda Merini dont on
fait remonter l’écriture à l’âge de quinze ans. On peut cependant les considérer emblématiques de
sa manière de se présenter au monde, de le défier, de « s’offrir » à lui. Non pas dans
l’intention d’épater le lecteur ou à cause de ce prétendu apaisement mental que produirait
l’écriture, à qui elle affirme d’ailleurs préférer la musique : « Je voudrais ne plus écrire /
ne plus dire un mot / mais l’écriture est comme un grillon / qui chante dans ma tête… ». Non, ce
n’est pas du côté du poème-consolation qu’il faut chercher la fibre d’Alda Merini. Ce qui allume
sa pensée, ce n’est que la volonté de décrire ce qu’elle voit, sauf que ce qu’elle voit s’avère «
très loin de la réalité, et bien inférieur à celle-ci, la plupart du temps ».

Mais avant d’entrer de plain-pied dans le noyau de l’œuvre, on ne peut s’exempter de s’aventurer
dans une biographie qui devient partie intégrante de ses poèmes (chaque poème est une histoire),
tout comme on ne pourrait parler de l’œuvre d’Artaud, de Bataille ou de Michaux, sans donner
quelques indices sur les tourments existentiels qui les ont amenés à cette écriture-là.

Alda Merini (presque un demi-siècle de poésie !) est ce qu’on appelle en Italie à tort ou à
raison, « un caso », un cas, qui malgré tout ce qu’on peut imaginer sur les légendes autour de sa
souffrance mentale, malgré les épreuves, n’a jamais démenti son destin de poète.

Elle naît à Milan le 21 mars 1931, d’une mère « totalement hermétique à la culture », d’un père
employé dans une assurance. Dès adolescence elle s’ouvre à l’art (le piano), mais bientôt une
dépression s’installe (ce qui n’empêche pas une formidable boulimie de lecture). Arrive une
cécité « hystérique » qui durera trois ans.

En 1953 elle épouse le propriétaire de plusieurs boulangeries à Milan, Ettore Carniti, qui
décèdera en 1981.

Des événements comme la mort de son père et de sa mère ou la naissance de sa première fille
(1955) la fragilisent. Commence alors une descente aux enfers des lieux d’internement ; séjours
brefs, d’abord, puis toujours plus longs. Ils laisseront une blessure qui ne se refermera jamais
vraiment. Mais lorsque la maladie lui laisse du répit, dans les nombreux moments de lumière, elle
cultive de solides et importantes amitiés dont certaines sont des amitiés de jeunesse. Des amours
surgissent aussi, passionnées, violentes, comme avec les poètes Giorgio Manganelli (« Maître
d’une époque entière »), Salvatore Quasimodo (celui qui devait devenir prix Nobel de littérature)
ou Michele Pierri (son second mari). Parmi les nombreux amis qui l’ont encouragée et ont
contribué à sa formation, on ne peut oublier Pasolini, Spagnoletti, Maria Corti, Montale,
Spaziani, Davide Turoldo, Luciano Erba, Raboni. Son « Diario » (journal intime et poétique édité
par Manni) nous fait connaître de façon très aiguë et souvent drôle, noblesse et la fragilité de
la vie intellectuelle milanaise (et pas seulement milanaise) de l’après- guerre jusqu’à nos
jours : « Pasolini avait un caractère horrible, pas sympathique, ennuyeux, mais doté d’une solide
détermination. Je lui faisais éclater des pétards sous les pieds. J’avais quinze ans, sans doute
l’ai-je aimé, et c’est à lui que je dois cette définition de “ gamine milanaise ” qui m’a peut-
être ouvert les portes du succès ».

Spagnoletti publie en 1950 ses premiers poèmes (« Le bossu » et « Lumière ») dans l’anthologie
Poesia Italiana Contemporanea, 1909-1949 d’où émerge la voix mystique et irrépressible déjà
chargée de toutes « les eaux grises » du monde et prémonitoire de l’étrange destin qui devait la
frapper. En 1955, lorsque naît sa première fille, elle dédie à son pédiatre le recueil Tu sei
Pietro (Scheiwiller) suivi d’un long silence de vingt ans. Un silence du « pays de l’oubli / où
le jugement des autres n’a pas d’importance ». Mais, justement, dans « la morte parenthèse », se
sédimentait le retour à la parole et à la vie.   

Ce n’est qu’en 1979 qu’elle rompt définitivement le silence et commence à travailler à La Terra
Santa, un recueil qui entre de plein fouet dans l’effroyable expérience de la folie et de
l’internement (prix Librex Montale, 1993). Ce recueil d’une intensité lyrique foudroyante, frappe
par cette sorte d’attitude stoïque devant les démons qui hantent son cerveau mais qu’elle combat
par une attitude d’éternelle amoureuse de l’amour et de la vie, comme une grande tragédienne
grecque face à la beauté de son âme. Quoique souvent au comble de la douleur, Merini devient
soudain admirable et puissante par la force de la parole, de l’amour charnel ou spirituel (amour
de Dieu qui subira, d’ailleurs, bien des variantes au fil du temps mais qui restera central dans
sa poésie, même dans l’impression d’abandon, même dans l’invective).

Les « Maestri » de la critique *****ysent, sectionnent, applaudissent les nouvelles évolutions de
la poésie merinienne. Ce sont des poèmes orphiques, érotiques, ironiques, religieux ou
terriblement païens (qui est Dieu, qui est l’amant ?), des vers de rage et d’oxymores (« je te
nomme de façon ténébreusement lumineuse ») parfois jugés « maniérés » ou de « repliés sur soi »
par quelques détracteurs. On pourrait parler d’une sorte de « mise en péril » permanente à
travers l’écriture, d’une autodérision à la puissance désarmante non dépourvue d’accents
féministes à l’occasion (bien que Merini n’utilise jamais le mot féminisme), et s’il est vrai
qu’elle utilise souvent le « je », ce « je » si aigu fait sans doute appel à une manière de
vivre « l’autre » à travers soi et d’y trouver une sorte de compassion. Le poète Raboni, parle
de : « fluidité et immensité du don, félicité spontanée et facilité de la source » ainsi que
d’une « obscure douleur, comme si un obstacle forçait de l’intérieur, dans la menace d’un geste
qui s’interrompt… ». Maria Corti, l’amie précieuse, l’exégète, décrit l’écriture de Merini
comme « force de la nature » et fait remarquer la « constance du processus menant du réel au
visionnaire qui en confirme l’authenticité ».         

Ces dernières années, Merini toujours à mi-chemin entre douleur et joie explosive, n’a pas perdu
sa ferveur intellectuelle (« plus belle que mes poèmes a été ma vie »). Elle dicte ses vers,
ses pensées, au téléphone à ses amis et à ses proches, à toute heure du jour et de la nuit, comme
quelqu’un qui n’aurait jamais quitté la fournaise des sens et qui doit se donner sans attendre
lorsque ces derniers s’éveillent. « Le poète est fatigué », écrit-elle entre deux éclaircies.
Mais vivre en révolte ressemble parfois à vivre en prière, et c’est en 2002 qu’elle nous réserve
un Magnificat (Frassinelli) dédié à la Vierge Marie et en 2007 Francesco – Canto di una creatura
(Frassinelli) où elle prend le point de vue de saint François d’Assise (l’image du « Poverello »
d’Assise et celle de Merini se superposent étrangement), et l’on en revient à sa cohérence
puisqu’elle a depuis toujours affirmé que le poète se doit avant tout d’être humble.   

C’est dans un livret d’une précieuse édition, Dopo tutto anche tu (San Marco dei Giustiniani,
2003), contenant des propos et des poèmes recueillis par un ami psychiatre et poète Angelo
Guarnieri, qu’on trouve l’une des clés de son tempérament : Guarnieri, demandant conseil pour une
introduction au livre qu’il prépare sur elle, Merini-l’espiègle lui « dicte » ce qu’il devrait
écrire. Cela, évidemment, donne lieu à une sorte de scherzo, de blague. « Écris donc ! » ordonne-
t-elle, à son ami : « Parler de poésie avec Alda Merini n’est pas facile ».

On pourrait présumer qu’en inversant le discours, le rapport d’Alda Merini avec la poésie n’a
justement pas été facile puisqu’elle versifie : « sortons de cette vie sans les mots ».
Expérience inoubliable que celle d’écouter la poète lorsqu’elle « dit », de son ton monocorde et
lancinant qui sait émouvoir et séduire comme quelqu’un qui reviendrait de loin. On a l’impression
qu’une ombre passe. Une ombre où, au fond, chacun se reconnaît.   

Parmi les récompenses obtenues par Alda Merini, nous ne citerons que le Prix Librex-Guggenheim «
Eugenio Montale » (en 1993) précédemment remporté par Caproni, Bertolucci, Luzi, Zanzotto,
Fortini. C’est la plus importante consécration italienne concernant les poètes contemporains.   

En 2001, le Pen Club Italiano a posé sa candidature au prix Nobel pour la
Poésie.                              

Viviane Ciampi

************************************   


Les plus beaux poèmes

s’écrivent sur les pierres

genoux écorchés,

esprit aiguisé par le mystère.

Les plus beaux poèmes s’écrivent

devant un autel vide,

encerclés par des agents

de la divine folie.

Ainsi, fou criminel que tu es

tu dictes des vers à l’humanité,

vers de la rescousse

et prophéties bibliques

tu es frère de Jonas.

Mais dans la Terre Promise

où germent les pommes d’or

et l’arbre de la connaissance

Dieu n’est jamais descendu ni ne t’a jamais maudit.

Toi si, tu maudis

heure par heure ton chant

car te voilà descendu dans les limbes

où tu respires l’absinthe

d’une survie refusée.

   
Le più belle poesie

si scrivono sopra le pietre

coi ginocchi piagati

e le menti aguzzate dal mistero.

Le più belle poesie si scrivono

davanti a un altare vuoto,

accerchiati da agenti

della divina follia.

Così, pazzo criminale qual sei

tu detti versi all’umanità,

i versi della riscossa

e le bibliche profezie

e sei fratello a Giona.

Ma nella Terra Promessa

dove germinano i pomi d’oro

e l’albero della conoscenza

Dio non è mai disceso né ti ha mai maledetto.

Ma tu sì, maledici

ora per ora il tuo canto

perché sei sceso nel limbo,

dove aspiri l’assenzio

di una sopravvivenza negata.   


*      


Terminé enfin cet enfer,

depuis longtemps déjà, désormais c’est printemps :

l’ordre juste

du sommeil remonte le long de mes chevilles

frappe ma tête comme un tonnerre.

Enfin la paix,

mes flancs et mon esprit vaincus,

et moi qui repose précise sur les pentes

de mon destin du moins pour cette heure

qui me sépare de l’infâme aurore.


Cessato è finalmente questo inferno,

già da gran tempo, ormai la primavera:

l’indole giusta

del sonno mi risale le caviglie

mi colpisce la testa come un tuono.

Finalmente la pace,

i miei fianchi e la mia mente vinta,

ed io riposo giusta sui declivi

della mia sorte almeno per quell’ora

che mi divide dall’infame aurora.


La terra santa, Scheiwiller, 1984   


*      


J’ai trouvé mon instant précis,

       délire de paix,

         petit oiseau silencieux

         que je tiens entre mes mains blessées.

    J’ai les stigmates, depuis toujours,

du moins depuis que j’ai péché

contre le dur destin

par un moment d’amour.

Adieu adieu mon cloître,

mon exacte demeure

je te quitterai pour les arbres

pour les genêts et les fleurs,

mais ton tombeau terrestre

          je le porterai en mon sein,

          mes turgescentes mamelles

          qui toujours allaitent les anges

          depuis que je fus conçue.



Ho trovato il mio momento preciso,

       delirio di pace,

       piccolo silenzioso uccello

       che ho nelle mani ferite.

    Ho le stigmate e da sempre,

da quando cioè ho peccato

contro la dura sorte

con un momento d’amore.

Addio addio mio chiostro,

mia dimora precisa,

ti lascerò per gli alberi

per le ginestre e i fiori,

ma il tuo avello terreno

            lo porterò nel mio grembo,

            dentro le mie turgide mammelle

            che sempre allattarono gli angeli

            da quando io fui generata.

                     


*      


Folie, ma grande jeune ennemie,

il fut un temps où je te portais comme un voile

sur les yeux, me découvrant à peine.

je me suis vue dans le lointain ta cible,

et tu m’as prise pour ta muse ;

lorsqu’est venue cette chute de dents

qui m’endolorit encore parmi les dépouilles,

tu as acheté cette pomme de l’avenir

et m’as donné le fruit de ton parfum.


Follia, mia grande giovane nemica,

un tempo ti portavo come un velo

sopra i miei occhi e mi scoprivo appena.

Mi vide in lontananza il tuo bersaglio

e hai pensato che fossi la tua musa;

quando mi venne quel calar di denti

che ancora mi addolora tra le spoglie,

comprasti quella mela del futuro

per darmi il frutto della tua fragranza.


                               Vuoto d’amore, Einaudi, 1991

*   


Moi comme vous j’ai été surprise

alors que je dérobais la vie,

évincée par mon désir d’amour.

Moi comme vous je n’ai pas été écoutée

et j’ai vu les barreaux du silence

grandir autour de moi et m’arracher les cheveux.

Moi comme vous j’ai pleuré,

j’ai ri, j’ai espéré.

Moi comme vous j’ai senti qu’on m’enlevait

les vêtements

et quand on m’a donné dans la main

de la honte

j’ai mangé la honte chaque jour.

Moi comme vous j’ai secouru l’ennemi,

j’ai eu foi en mes pauvres chiffons

et j’ai demandé ce qu’est le Seigneur,

puis à l’idée de son existence,

j’ai puisé la force pour sentir le martyre

voler autour de moi comme une colombe vive.

Moi comme vous j’ai consumé l’amour en solitaire

loin de tout et même du Christ ressuscité.

Mais moi comme vous je suis revenue à la science

de la douleur de l’homme, qui est ma science.


Io come voi sono stata sorpresa

mentre rubavo la vita,

buttata fuori dal mio desiderio d’amore.

Io come voi non sono stata ascoltata

e ho visto le sbarre del silenzio

crescermi intorno e strapparmi i capelli.

Io come voi ho pianto,

ho riso e ho sperato.

Io come voi mi sono sentita togliere

i vestiti di dosso

e quando mi hanno dato in mano

la mia vergogna

ho mangiato vergogna ogni giorno.

Io come voi ho soccorso il nemico,

ho avuto fede nei miei poveri panni

e ho domandato che cosa sia il Signore,

poi dall’idea della sua esistenza

ho tratto forza per sentire il martirio

volarmi intorno come colomba viva.

Io come voi ho consumato l’amore da sola

lontana persino dal Cristo risorto.

Ma io come voi sono tornata alla scienza

del dolore dell’uomo, che è la scienza mia.


                            Ballate non pagate, Einaudi, 1998


*      

Sur l’amande d’un abricot

sur la première pensée qui me vient à l’esprit

je pose l’orteil de la raison

pour toucher tes pieds éternels.


Sulla noce di un’albicocca

sul primo pensiero che mi salta in mente

fondo l’alluce della ragione

per toccare i tuoi piedi eterni.


*      


La chose la plus magnifique est la nuit

quand tombent les dernières épouvantes

et que l’âme se lance à l’aventure.

Lui se tait en ton sein

comme résorbé par le sang

qui prend enfin la couleur de Dieu

et toi tu pries pour qu’il se taise à jamais

pour ne pas l’entendre telle une plénitude fixe

jusqu’à l’intérieur des murs.


   


La cosa più superba è la notte

quando cadono gli ultimi spaventi

e l’anima si getta all’avventura.

Lui tace nel tuo grembo

come riassorbito dal sangue

che finalmente si colora di Dio

e tu preghi che taccia per sempre

per non sentirlo come un rigoglio fisso

fin dentro le pareti.


*   


Ô destin, destin de poètes

pleins de flux de joie

qui avez le pain de l’idée dans les cheveux

qui savez dire des choses jamais commencées.

Ô cris de billets de banque dans la pensée

de cet homme qui triche sur ton compte

sans le montrer et avec pureté des cils

déchire le voile de ses belles chansons.


O destino, destino di poeti

pieni di flutti gioiosi

che avete il pane dell’idea nei capelli

che sapete dire cose mai cominciate.

O urla di banconote nella mente

di quell’uomo che bara sul tuo conto

senza darlo a vedere e col ciglio puro

strappa il velo delle sue belle canzoni.


*   


                            à E.C.

La nuit si elle n’est pas rapide

n’arrive pas à couvrir le rêve à temps.

Lanternes sont mes yeux et toi

le souffle qui les embue.

Tu dors sur le cœur de tous

ô petit asphodèle

et à peine les ongles

auront-ils éraflé le givre de l’hiver

que tu redeviendras renoncule repue

me rendre heureuse.

Avides tes coupes d’ivoire

avides les testicules du désir

et les doigts remplis de prunes

incrustent les vastes odeurs.


                           a E.C.

La notte se non è rapida

non fa in tempo a coprire il sogno.

Lanterne sono i miei occhi e tu

il fiato che le appanna.

Dormi sul cuore di tutti

o piccolo asfodelo

e non appena le unghie

avranno scalfito il gelo dell’inverno

tornerai tu ranuncolo pieno

a rendermi felice.

Avide le tue coppe di avorio

avidi i testicoli del desiderio

e le dita piene di prugne

ingemmano i vasti odori.


*   


Nus sont les doigts de la mort

pleins de rides coquines

et la vengeance fleurit sur le front

de ton indomptable voisine.

Comme elle m’est chère cette ombre qui gémit

et réclame si peu de chair

sans compter mes poèmes qu’elle tarit.

Elle exhale sur l’anneau du prodige

celui du mariage annoncé par la vie

le jour de Pâques.   


Sono spoglie le dita della morte

sono piene di rughe maliziose

e la vendetta nasce sulla fronte

di questa tua indomabile vicina.

Come mi è cara quest’ombra che geme

volendo un po’ di carne solamente

oltre ai miei carmi che essa prosciuga.

Ansima sull’anello del prodigio

quello sponsale fatto dalla vita

nel giorno della Pasqua.


Superba è la notte, Einaudi, 2003


*      


Mon récit de foi

n’est pas un récit

ni non plus un souffle humain :

tu me parles par sa bouche à lui

je syllabe une charade

que je ne sais comprendre.

Je suis François,

celui qui, bercé par Dieu,

soigne ses draps sales

d’obscurs diamants.


Il mio racconto di fede

non è un racconto

e neanche un respiro umano:

tu mi parli per bocca di lui

io sillabo una sciarada

che non so capire.

Sono Francesco,

colui che, cullato da Dio,

medica le sue lenzuola sporche

di oscuri diamanti.


*   


Le plus bel instant de ma vie

c’est, Seigneur, quand je parviens

à sortir de mon corps.

En vérité, ce n’est pas moi qui sort

moi qui ne laisserait jamais

cet infâme grabat à personne.

C’est un grabat de mort, je le sais,

mais c’est le premier habit

que m’ont cousu sur mesure

mon père, ma mère et la déesse nature.

J’ai aimé cet infernal grabat

plein de confusion,

mais tu m’appelles de temps à autre

et je monte jusqu’à toi

et je regarde en bas

ce pauvre pantin bien vêtu

que j’ai été si longtemps.

Tu as une voix puissante

qui a un écho universel.


   


Il momento più bello della mia vita

è quando, Signore,

riesco a uscire dal corpo.

Veramente non sono io che esco

che non lascerei mai

questo giaciglio di infamia a nessuno.

È un giaciglio di morte, lo so,

ma è il primo vestito

che mi hanno cucito addosso

mio padre, mia madre e la dea natura.

Io ho amato questo giaciglio infernale,

pieno di confusione,

ma poi tu ogni tanto mi chiami

e io salgo fino a te

e guardo per terra

quel povero burattino ben vestito

che sono stato per tanti anni.

Hai una voce poderosa

che ha un’eco universale.


Francesco Canto di una creatura, Frassinelli, 2007


NdT : ces deux dernier poèmes ont été dictés au téléphone à l’éditeur Arnoldo Mosca Mondadori
Traduit par Viviane Ciampi

******



Epsilon
mai 11, 2009

Alda MERINI
poète


Naît en 1931, à Milan. Elle est l’une des figures de proue de la poésie contemporaine italienne.
Elle commence à écrire à seize ans.
Ses premiers poèmes sont publiés dans l’Anthologie de la poésie italienne 1909-1949, en 1950 et
dans l’Anthologie de la poésie italienne de l’après-guerre, en 1958.
Son premier internement en hôpital psychiatrique date de 1965. Il durera sept ans.
Suivront dramatiquement vingt ans de silence, interrompus avec La terre sainte, Prix Cittadella
pour la poésie en 1985.
Son deuxième internement date de 1984. Il durera quatre ans. Elle se remet à publier en 1988.
A partir de 1997, elle recommence à écrire de la prose.
Sa bibliographie est vaste, elle a écrit plus de vingt recueils de poèmes et une dizaine de
textes en prose. Tous ont été publiés.
Lui ont été attribués de nombreux prix de poésie : Librex-Guggenheim, Eugenio Montale (1993) ;
Viareggio (1998) ; Procida, Elsa Morante (1997) ; Prix de la Présidence des Ministres, section
poésie (1999).
Des auteurs ont écrit son histoire: Salvatore Quasimodo, Pier Paolo Pasolini, Maria Corti, Carlo
Betocchi, Giorgio Manganelli et Giovanni Raboni.

Merci a http://www.lafanfareminable.eu/Pages/FR/Productions/Aurore/Textes.html
***************



Epsilon
mai 11, 2009

La parole d'Alda Merini *

Extraits du texte de Aurore corrosive

Les poèmes de Alda Merini ont été traduits en français par Jean-Paul Manganaro
Alda Merini (de Vuoto d’amore, La Gazza ladra – Venti ritratti)

J’ai aimé tendrement de très doux amants
sans que jamais ils n’en sachent rien.
Et sur eux j’ai tissé des toiles d’araignée
et je fus la proie de ma propre matière.
Il y avait en moi l’âme de la catin
de la sainte de la sanguinaire et de l’hypocrite.
Beaucoup ont donné un nom à ma façon de vivre
et je fus seulement une hystérique.

   

Je suis née le vingt-et-un au printemps (de Vuoto d’amore, Il volume del canto)

Je suis née le vingt-et-un au printemps
mais je ne savais pas que naître folle,
ouvrir les mottes
pouvait déchaîner la tempête.

Ainsi Proserpine légère
voit pleuvoir sur les herbes,
sur les gros épis gentils
et pleure toujours le soir.



C’est peut-être sa prière.

Quand je suis entrée (da Vuoto d’amore, La Terra Santa)
Quand je suis entrée
trois yeux m’ont recueillie
à l’intérieur de leurs sphères,
trois yeux durs devenus fous
de malades déments :
j’ai alors perdu tous mes sens
j’ai compris que ce lac
bleu n’était qu’étang
bourbeux de déchets broyés
où j’allais me noyer.




Là-bas où les dam-nés mouraient (de Vuoto d’amore, La Terra Santa)

Là-bas où les dam-nés mouraient
dans l’enfer décadent et fou
dans l’asile infini,
où les membres engourdis
s’enveloppaient dans le lin
comme un suaire sémite,
là-bas où les ombres du trépas
léchaient tes pieds nus
sortis de sous les draps,
et des bandelettes brûlantes
sillonnaient tes poignets ainsi que tes mains,
et tu sentais les fèces,
là-bas, dans l’asile
il était facile de s’envoler
toucher le paradis.

Tu le faisais l’esprit en feu,
les mains molles de sueur,
le pénis dressé en l’air
comme une obscénité pour Dieu,
là-bas dans l’asile
où les hurlements étaient affaiblis
par les coussins sanguinaires
là-bas tu voyais Dieu
je ne sais pas, dans les idées translucides
de ta grande folie.

Dieu t’apparaissait
et ton corps s’émiettait
en des miettes blondes et odorantes
que descendaient dévaster
des essaims d’hirondelles soudaines.

   

De l’espace, de l’espace je veux, tant d’espace (de Vuoto d’amore, Il Volume del canto)

De l’espace, de l’espace je veux, tant d’espace
pour très doucement bouger et blessée ;
je veux de l’espace pour chanter et grandir
errer et sauter le fossé
de la sagesse divine.
De l’espace, donnez-moi de l’espace
pour que je lance un cri inhumain,
ce hurlement de silence dans les ans
que j’ai touché de ma main.


* Avec l’aimable autorisation des éditions Libri Scheiwiller et Il Melangolo


***


-grimalkin-
mai 11, 2009
*
poète troublé, poésie troublante...Exploration d'un monde poétique inconnu.

*
Epsilon
mai 12, 2009   
**

A la grille se grumèlent les victimes
visages nus et parfaits
refermés dans l’ignorance,
des mains paradoxales
serrées à un fer,
et dehors le train qui passe
ensoleillé léger,
un éclat de lumière lumière
sur mon flanc offensé.
*
J’étais un oiseau
au blanc ventre gentil,
quelqu’un m’a coupé la gorge
pour s’y moquer,
je ne sais.
J’étais un grand albatros
et je m’envolais sur les mers.
Quelqu’un a arrêté mon voyage,
sans aucune charité de son.
Mais bien qu’allongée sur le sol
je chante maintenant pour toi
mes chansons d’amour.


Alda Mérini Poèmes traduits de l’italien par Flaviano Pisanelli

***


Epsilon
juillet 1, 2009



Tu es entrée dans les ombres du sommeil
un jour
et tu y as reconnu mon visage exsangue
aligné aux autres sur l’aire du sacrifice.
avec la torche de ton savoir
Tu as éclairé les ombres de l’enfer.
toi, mère immaculée et triste
pour qui les jours ont été
comme autant de fils

Alda Mérini

***

Psychiatrie

Grand panorama d’amour
Que celui du psychiatre,
Où il a une envie folle
d’un jour qui
ne viendra jamais
parce que le jour du poète,
si semblable à la folie,
ne trouvera pas
sa mesure
dans l’éthique moderne.
Il plane au loin
et s’adresse au médecin,
qui parfois est son Virgile,
pour sortir de l’enfer
des sens
qu’est la vie.

Alda Mérini

***

La tromperie

A celui qui tombe amoureux hors du temps, hors saison et aussi hors de ses propres mesures, je
conseille une dévote anorexie, dévote à soi-même. Et un peu de languissante tristesse pour y
pleurer dessus. Les gens n’ont jamais compris combien le mal pouvait faire du bien et que l’ on
peut utiliser des rebuts pour faire un beau palais. La fantaisie est là: les épluchures de pomme,
les trognons de pomme jetés par Pinocchio peuvent être mangés plus tard, quand il n’y aura plus
rien sur la table, pas même la poésie.

Alda Mérini


***

-grimalkin-
juillet 1, 2009


APRÈS TOUT MÊME TOI

Après tout même toi
que je devrais sentir ennemi
et que je pardonne.
Tu es seulement un homme
qui essaie de comprendre
et de ne comprendre personne.
Ta générosité
est aussi fausse que la mienne.
Aucun de nous
n'est assez bon
pour faire sortir
les miracles des vers.
Aucun de nous
n'est assez pur
pour les oublier
à jamais.


Alda Merini, Après tout même toi/

***

Celyes
juillet 4, 2009   

Ce recueil de Alda Merini est touchant .
Elle nous emmène dans un voyage, son voyage

***
Ensevelie

dans l’amour de tous,
je n’ai plus un souffle de jeunesse.
Je voudrais escalader des montagnes énormes,
embrasser les murs de ma maison,
me sentir sale pleine de boue.
Pourtant ici chaque jour
Ils prennent soin de moi.
Et lentement ça m’éteint.


Sepolta

dentro l’amore di tutti,
non ho più un respiro di giovinezza.
Vorrei scalare montagne enormi,
baciare i muri della mia casa,
sentirmi sporca di fango.
Eppure qui ogni giorno
hanno cura di me.
E questo lentamente mi spegne.

***

L’art de la folie

La folie est un artisanat.
Un puzzle,une ruse du cerveau.
Je crois que le fou
est très futé,
ou seulement opportuniste.
La folie est une translation
où l’on porte la réalité
pour la rendre incandescente.
La folie est un état
d’excitation
et souvent de bien-être

   

L’art de la folie

La folie est un artisanat.
Un puzzle,une ruse du cerveau.
Je crois que le fou
est très futé,
ou seulement opportuniste.
La folie est une translation
où l’on porte la réalité
pour la rendre incandescente.
La folie est un état
d’excitation
et souvent de bien-être.

***
L’arte della follia

La follia è un artigianato.
Un puzzle, una furbata del cervello.
Credo che il folle
sia un gran furbo,
o solamente un opportunista.
La follia è un traslato
dove si porta la realtà
e la si rende incandescente.
La follia è uno stato
di eccitazione
e spesso di benessere.


"Alda Merini traduit en français par Patricia Dao chez Oxybia Editions dans la collection
noire et rouge "

***
-grimalkin-
novembre 13, 2009

La poète italienne Alda Merini est morte ce dimanche 1er novembre à Milan à l'âge de 78 ans.

=> Article de La Repubblica

un grand poète !

***

-grimalkin-
juin 7, 2010

UNA PICCOLA
APE FURIBONDA.

JE SUIS UNE PETITE
ABEILLE FURIBONDE.
ALDA MERINI

***
La pistola
che ho puntata alla tempia
si chiama Poesia.

Le pistolet
pointé sur ma tempe
s’appelle Poésie.

*
Il sogno canta
su una corda sola.

Le rêve chante
sur une seule corde.

*
Non sono una donna
addomesticabile

Je ne suis pas une femme
apprivoisable.

*
La casa della Poesia
non avrà mai porte.

La maison de la Poésie
n’aura jamais de portes.

Alda Mérini

*

IO AMO PERCHE
IL MIO CORPO
È SEMPRE
IN EVOLUZIONE.

SI J’AIME
C’EST QUE MON CORPS
NE CESSE
DE CHANGER.

ALDA MERINI

Dietro ogni
libertà sospirata
c’è in agguato
una belva.

Derrière chaque soupir
de liberté
se tient en embuscade
une bête féroce.

*

Per farsi salvare
la vita
bisogna averla.

Pour qu’on vous sauve
la vie
il faut en avoir une.

*

Il paradiso non mi piace
perché verosimilmente
non ha ossessioni.

Le paradis ne me plait pas,
vraisemblablement
il manque d’obsessions.


Alda Mérini

'Aphorismes et Gri gri, extraits,Milano, Biblioteca Universale Rizzoli

***
-grimalkin-
mars 7, 2011


Alda Merini (1931-2009) par Valter Ferrero
Valter Ferrero, guitariste / traduit de l'italien par Marina Poydenot

..."Ils demandèrent tous comment on fait pour écrire un livre.
On s'approche de Dieu et on lui dit: féconde mon esprit, mets-toi en mon coeur
et emporte-moi loin des autres,
ravis-moi.
Ainsi naissent les livres, ainsi naissent les poètes."



Ainsi écrivit Alda Merini, qui nous a laissé non de la rhétorique mais le monde le plus
pauvre. S'éteint une voix qui a su chanter le mystère insondable de la tendresse de Dieu,
avec une puissance et une profondeur qu'ont seuls les grands mystiques. Ses paroles
sont comme de la lave surgie à l'improviste d'un cratère inattendu. Elles nous ont surpris,
nous chrétiens. J'aimais depuis toujours citer ses paroles, elles me déchiraient le coeur.
Puis vint le chant inattendu et prodigieux du "Magnificat", puis "Corpo d'amore", "Poema
della Croce", "Cantico dei vangeli", "Francesco"... Alda Merini sera consacrée par tous
comme une âme extraordinaire, une des voix les plus élevées dans l'art de chanter
l'antique beauté de Dieu... Aujourd'hui elle est devant Lui, là elle demeurera, chantant à
gorge déchirée les paroles que j'aurais voulu, de tout moi-même, pouvoir penser...


"De toutes parts,
bien que tu sois entièrement nu,
ou entièrement couvert,
ou entièrement fou,
je T'ai vu faire l'ascension des collines de mon origine
et je ne sais pas,
pour vraiment amoureuse que je sois,
comment Tu as fait pour me connaître
et qui a bien pu Te mettre à l'intérieur de moi.
Tu es une feuille,
un dessin abstrait,
un qui vole comme un aigle,
un qui jette des poignées de sel
dans mes blessures ouvertes,
mais peu importe:
c'est toujours le sel de cette mer
pleine de coraux, de poissons,
peut-être de cadavres, et d'infinis fonds marins.
Ce que Tu me dis n'a pas d'importance,
aucun des deux n'écoute l'autre,
parce que nos appels glissent au fond d'un monde
où nous vivons seulement moi et Toi
en compagnie d'un amour
dont personne jamais ne discutera
parce qu'à personne nous n'en avons parlé."


                                       de "Corpo d'Amore"



Les paroles qu'Alda Merini fait dire à Marie dans un poème de "Magnificat" nous
encouragent à vivre dans la lumière de Dieu:


"Vous êtes des ombres qui jettent de la lumière,
vous êtes des ombres scintillantes,
et même dans les nuits les montagnes
brillent de votre présence.
Vous êtes le volcan de Dieu,
vos cendres sont dispersées partout,
et vous êtes morts et amour,
et vous êtes morts et ressuscités,
et vous êtes la mort et la résurrection,
mais vous êtes aussi la grande vendange
de l'éternel sourire."

Alda Merini

Merci, Alda petite pauvre, d'avoir proclamé que Dieu est la richesse des pauvres !
9 décembre 2009
(site En vers libres par Marina Poydenot)




-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : septembre 7, 2012  11:41

extrait de "Délire amoureux"




Extraits
____________________________________________________________________________




   J’ai été trahie : je ne sais pas par qui. Un jour, un nuage gris tomba sur mon existence. Un nuage sans
couleur. Difficile que les hommes puissent remuer le ciel, mais parfois ils se servent des devins pour
cela. Par le biais de chaudrons, de serpents et de sorcières je fus envoyée loin de ma vieille patrie, où je
ne connus plus rien. Je fus enterrée en psychiatrie. Pour l’honneur, par le pouvoir. Le « diario » fut mon
passeport pour une folie dense d’amour et de pauvreté. Je suis pauvre, seule l’obole de mes amis me
permet de vivre. Il y a en cela un certain romantisme, mais je reste fondamentalement pauvre, alors que je
voudrais avoir mon domaine secret. Si on me trahit, je me cache dans l’enchevêtrement des mots et les
mots sont des haies vertes et hautes où se tapissent de nobles faons.

   L’homme est un cannibale qui veut à tout prix manger ses semblables, après quoi il exhibe avec
clameur ses appareils électroniques, ses machines à laver dernier cri, les ordinateurs et tout ce qu’il
appelle progrès (et que j’appelle carnage).

   [p. 42/43]


    Ça fait maintenant deux ans que je suis malade, exactement deux ans, et c’est moi qui l’ait voulu.
Encore une fois j’ai fermé le lourd temple de ma vie. J’ai reculé en me plongeant dans un indéchiffrable
inconscient. L’inconscient est riche comme le fond des mers, plein de coraux et d’éponges, de sirènes et
de personnages de rêves. Plein de fleurs carnivores. J’habite ici depuis deux ans comme quand j’étais à
l’asile psychiatrique. L’asile psychiatrique est une grande caisse de résonance où le délire devient écho.
J’ai vécu en asile psychiatrique parfois volontairement. D’autres fois sans le savoir.

   [p. 83]



Alda Merini
Traduction Patricia Dao, "Les Carnets d'Eucharis"

Rechab
Modérateur
France

Date du message : décembre 15, 2012  17:15

L'âme dans l'amour

L'âme ne ressent pas la douleur
La seule douleur qui peut être égalée avec celle de l'âme est son exil, son défaut involontaire.
Ce qui peut vraiment ressentir la douleur est l'esprit, l'esprit et le cœur, mais l'âme a un
pouvoir surnaturel:

Il peut mourir dans la vie, il peut oublier son corps et son esclavage, il ne peut pas perdre de
vue la candeur de sa recherche, ce mur d'inquiétude et de culpabilité depuis si longtemps
recherché, à se dessécher sans jamais y parvenir.
L'âme est donc la fille de rien, mais la fille d'elle-même et la sagesse même ,
la végétation sublime de Dieu, son bonheur intérieur .
-

L'anima non sente dolore
L'unico dolore che può stare alla pari con l'anima è il suo esilio, la sua involontaria inadempienza.
Chi può veramente sentire dolore è la mente, la mente e il cuore; però l'anima ha un potere
soprannaturale: può morire in vita, può dimenticarsi del proprio corpo e della propria schiavitù,
può perdere di vista il candore della sua ricerca, quel muro di affanno e di colpa che per tanto
tempo ha cercato di inaridire senza mai riuscirvi.
L'anima quindi sarà figlia di nessuno ma anche figlia di se stessa e anche vegetazione sublime
della sapienza di Dio, della sua intima felicità.

da "L’anima innamorata", Alda Merini

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 17, 2012  04:31


poèmes de "Corpo d'amore", traduits de l'italien par Marina P.


               1.


Moi qui suis proche de la mort
moi qui suis loin de la mort,
moi qui ai trouvé un sillon fleuri
que j’ai appelé la vie
parce que m’a surprise,
énormément surprise,
que d’une rive à l’autre
du désespoir et de la passion
il y ait eu un homme appelé Jésus –
moi qui l’ai suivi sans jamais parler
et qui suis devenue une disciple
de l’attente du pleur,
je peux te parler de lui.
Je le connais :
il a rempli mes nuits d'horribles vacarmes,
il a caressé mes entrailles,
blanchi de stupeur mes cheveux.
Il m’a rendue jeune et vieille
à mesure des saisons,
il m’a faite fleurir et mourir
une infinité de fois .
Mais je sais qu’il m’aime
et je te dirais, même si tu ne crois pas,
qu’il s’annonce toujours
par une grande fraîcheur dans tous les membres
comme si tu recommençais à vivre
et voyais le monde pour la première fois.
Et cela c’est la foi, et celui-là c’est lui
qui te cherche n’importe où
même quand tu te caches
pour ne pas te faire voir.
                  2.


Personne n’est rendu compte de lui,
qui est passé silencieux et inerte
au milieu de l’ombre et de la lumière,
qui a parcouru la terre
dans toutes ses longitudes,
qui s’est vêtu de chiffons
et ne s’est jamais soucié de sa propre beauté.
Personne ne s’est rendu compte
qu’autour de lui l’univers
le couvrait d’infamie
et qu’il y avait une grande coulée
de sueur et d’amour,
personne ne l’avait vu.
Et pourtant tous le suivaient,
cherchaient à le toucher,
à le comprendre,
à savoir quelles étaient ses désobéissances.
                   3.


Jésus,
pour ceux qui ont perdu l’esprit
et les principes de la raison,
pour ceux qui sont oppressés
par le dur silence des martyrs,
pour ceux qui ne savent pas crier
parce que personne ne les écoute,
pour ceux qui ne trouvent pas d’autre solution
au cri que la parole,
pour ceux qui conjurent le monde
de ne plus les dévaster,
pour ceux qui attendent un signe d’amour
ne venant pas,
pour ceux qui de façon erronée
font mourir la chair
pour n'en plus sentir l’âme -
en somme,
pour ceux qui meurent en ton nom,
ouvre les grandes portes du Paradis
et fais-leur voir
que ta main
était fraîche et veloutée,
veloutée et fraîche,
comme n’importe quelle fleur,
et qu’eux, peut-être trop audacieux,
n’ont pas compris que le silence était Dieu
et se sont senti oppressés
par ce silence
qui était seulement un nuage de chant.
                      4.


Dans ces cadences fragiles
que sont nos journées merveilleuses,
faites de très peu de choses,
de petits couvents de soupir,
ces journées merveilleuses
où je nie la présence même de Dieu
pour ne pas me sentir obligée de l’aimer -
en ces journées je vois le soleil
partout
mais je ne peux le voir lui
qui est l’unique candeur de ma vie.
Et puis derrière lui
il y a un autre homme
plus grand,
plus sévère,
plus puissant,
un homme qui m’indique
la guérison de l’âme.
Mais je ne crois pas que mon âme soit malade
si elle réussit encore à pleurer,
à sourire,
à franchir les seuils de cette maison.
Jésus,
tu es vraiment un puissant manteau,
tu es une plage illimitée,
tu es un pré qui n’a jamais d’agonie,
tu es une fleur qui se réveille chaque matin,
tu es un chant,
tu es mon propre regard.
Beaucoup me regardent dans les yeux
et demeurent stupéfaits
parce qu’ils comprennent que je t‘ai vu,
que je t’ai senti,
ou que pour le moins quelquefois
je t’ai aussi trahi

Alda Merini

Rechab
Modérateur
France

Date du message : mai 21, 2015  14:13

ouf -- retrouvé !


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