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  Famille : Révèlations poètiques.


Ce sujet fait partie de la famille Révèlations poètiques.. Cette famille est semi-privée. Vous pouvez lire le contenu de cette famille mais vous devez vous y inscrire pour échanger.



Auteur

Sujet : Frank venaille ou l'homme floué(epsilon)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : octobre 23, 2011  02:35

je transfere ce post de "poésie d'aujourd'hui" qui fermera u n jour, pour qu'il soit conservé
et lu ! c'est un grand poète.
**************************



Je suis un homme floué.
La mort, la maladie, ont sonné à ma porte.
Je sens leur impatience et, très souvent, je la comprends.
Je leur demande encore un petit, un peu, un petit peu de temps si précieux. Non pas pour
faire
l'âne devant les doctes assemblées.
Mais afin de mieux comprendre ce qui m'échappe encore:
Le sens de la vie, la place exacte que prend le sexe dans cette aventure minimaliste.
Je ne suis pas membre d'une confrérie d'orgueilleux.
Mais je sais ce que sont exactement les livres que j'écris.
Malgré tout, je suis cet homme que la vie a floué.

Paris, mon beau Paris, il faudra bien qu'un jour l'homme en noir descende en gare du
Nord,
s'arrête Au rendez-vous des Belges, mette une croix face à mon nom sur son carnet
douteux.

Paris, mon beau Paris, vous serez mon témoin.
Je vous ai aimé et si j'ai passé tant de nuits dans tant de capitales, c'était !
Les mots se doivent d'être justes.
C'était !
Pour le goût des rencontres peut-être.
Un détaIl baroque sur la Place d'Armes.
La découverte d'un pont suspendu.

Paris, mon beau Paris, je m'adresse à vous dans l'urgence.
Voyez, je suis fatigué.
A la violence de la maladie s'ajoute désormais celle de la médecine.
Faites, s'il vous plaît, en une nuit, exploser tous les Services de Neurologie de vos
hôpitaux.
J'y gagnerai du répit, faites-le, c'est en votre pouvoir!

Je suis cet homme qui se sent floué et tape du poing sur les portes à s'en briser les
phalanges.

Franck Venaille      
      
***
Douleur que j’ai aimée, dis-je...

Douleur que j’ai aimée, dis-je, « aimée » est-ce le mot
Qu’alors j’employai devant tous ces visages de mauvais
Lieux ? Douleur ! Cette manière de nous mouvoir au
Milieu de la foule dolorante. Lui ! Que fait-il, voûté ? Il
Essaie, oui peut-être essaie-t-il de faire entrer toute cette
Souffrance dans ces sacs de deuil noir, des mouvements
Du glas, de larmes. Reviennent à lui ces mots : « douleur
Aimée » & se souvient de chacun des termes de cette
Lettre qu’au grand jamais il n’écrira : « D’amour ah ! je
Me suis pour vous, blessé ». Pourquoi & quand ? Désormais
Quelle armée lui tient compagnie ? Quel officier la veille ?
Douleur aimée, pourquoi geindre ? Vous vous éveillez
Près d’eux, ces hommes sortant du bal, dites ! en sang.

Franck Venaille

***
Epsilon
Date du message : mars 18, 2009 09:11

Je décidai de devenir cheval flamand, de hennir, de penser et d'écrire dans cette langue".
Franck Venaille (né à Paris en 1936) est un poète et écrivain français. Sa poésie se
caractérise
par sa puissance expressive, cherchant à faire ressortir la part animale de l'homme, ses
pulsions
et ses angoisses.

Né dans une famille catholique, dans le XIème arrondissement de Paris, Franck Venaille
sera
durablement marqué par son service militaire durant lequel il participe à la guerre
d'Algérie.
Cette épreuve ressurgit de loin en loin dans sa poésie, jusque dans ses recueils les
plus
tardifs. Elle forme la matière explicite de La Guerre d'Algérie (1978) et d'Algeria (2004).

Dans son enfance, il effectue un séjour de trois mois en Belgique, à l'origine d'une
attirance
profonde pour le pays flamand. Ce dernier constitue l'arrière–fond récurrent de sa poésie,
en
particulier de son œuvre majeure, La Descente de l'Escaut (1995).

Franck Venaille est proche des peintres Peter Klasen et Jacques Monory, qui ont exercé
une
influence notable sur son œuvre. Il collabore à la revue Action poétique (années 1960) et
à
Orange Export Ltd (années 1980). Il a également créé les revues Chorus (1968) et
Monsieur Bloom
(1978). (Wikipedia)
***

Epsilon
Date du message : mars 18, 2009 09:47

J’ai souffrance beaucoup,de cœur surtout

J’ai, très fort en moi, angoisse d’être vivant : j’ai !
Chaque naissance m’est blessure et la mienne gît
Quelque part dans une ville qui m’apparaît plus morte
Encore que ce rat dans l’égout – lui, au moins, n’atten-
Dant rien, n’espérant rien – (mais en est-on sûr ?) de
La vie. J’en ai grand angoisse ! J’ai angoisse de cela.
Il reste l’écriture, avec ses soldats, ses hommes par Mil-
Liers : nos libérateurs. Ressentent-ils eux-mêmes cet-
Te sensation ? Être des mots, blessés, qu’angoisse ronge !

***

Quelqu’un habite en nous


quelqu’un se tient de nuit
lourdement obscur
debout
contre un portail
en fait on ne distingue que ses chaussures noires, leurs lacets élégants
quelqu’un
ça ! il ne laisse rien voir de lui, il
observe les passants, les habitués de la brasserie, il
se tient comme un cavalier de l’Apocalypse dont le cheval se serait noyé Il et Il
ô monde malade, mon devoir est de rendre compte de l’état de tes nerfs
de ta pensée et de certains de tes actes
cet autre moi-même, debout, adossé à la porte, s’y emploie
mais qui est-il vraiment ? double – jumeau ? faussaire en identité scabreuse ?
on ne voit que ses chaussures, leurs larges lacets élégants, cela suffit
cela suffit pour l’instant
quelqu’un habite en nous : amoureux de la vie, stratège de la mort
qui chaque nuit
dirige la Baraque des rêves ouverte toute l’année
ô monde si peu scrupuleux, si versatile, si mal ouvert aux autres
accepte aussi mon étrange présence
pour en finir jamais


Franck Venaille, Ça, Mercure de France, 2009
***

Epsilon
Date du message : mars 18, 2009 09:51

LA DESCENTE DE L'ESCAUT
(extrait)

On marche dans la fêlure intime du monde
Ces soubresauts nés de la douleur primitive

Quelle est la voix qui le dira ? Quel sera
ce corps qui saura mener jusqu'à son terme la

Valse triste ? Une voix s'élève à l'intérieur
de nous-mêmes – voix chère – exprimant ce qui s'

apparente à l'expression de la plainte première
Je suis cet homme-là qui, tant et tant, crut aux ver-

Tiges et qui, désormais, dans la déchirure du lan-
gage se tient, regard clair, miné toutefois, blessé

Dans la fêlure du monde où les plaies suintent.

Frank Venaille, La Descente de l'Escaut

***      

Celui qui n’a jamais voulu se châtrer n’est qu’un chien Moi je dis le mot désespoir J’écris
le
mot désespoir avec le pâle sourire de celui qui sait Qui est déjà mort Qui vit à côté de lui-
même
attentif à la vie quotidienne l’âme enterrée déjà Je ne termine plus mes phrases Bientôt
plus
aucun son ne sortira de ma bouche J’attendrai comme celui assis sur sa valise dans
une gare Sans
billet Sans raison de partir Sans envie et bientôt curieusement sans douleur comme
sous la
torture Je n’ai rien dit N’ai rien avoué moi qui pourtant sais tout Maintenant n’écoute que
mon
sang familier Observe des heures la pulsation régulière à mon poignet Poi-gnet Poi-gnet
Poi-gnet
Serait-ce cela la mort Ce détachement de soi Cette absence en soi-même Ce calme plat
de la non
espérance Du non désir aussi avec mon sexe ridicule porté comme une blessure à
peine secrète Est-
il l’heure Est-il déjà l’heure Les murs m’observent M’entourent Se referment sur moi qui
n’aurai
bientôt plus de peau Plus de larmes Moi qui ai tant pleuré sur moi Hier encore lorsque je
vivais
Mais est-ce bien cela vivre cette perpétuelle déchirure il devait bien y avoir autre chose

               Que je n’ai pas su voir —

***

Franck Venaille, Pourquoi tu pleures, dis ? Pourquoi tu pleures ? Parce que le ciel est
bleu
Parce que le ciel est bleu…, éd. Pierre-Jean Oswald, 1972

-grimalkin-
Date du message : mars 19, 2009 12:26

LE MARCHEUR D'EAU


Il étreint le froid
Il étreint le vide

Il a peur du vide

Craint de ressembler aux joncs

Il guette le vide

Le givre avec sa tête de mouton

L'enserre et le cerne

Dure est cette angoisse

De la bête perdue

Qui étreint le froid
Qui étreint le vide

L'écluse fermée

On y regarde l'eau dans les yeux

Etreignant le froid
Etreignant le vide



On marche dans la fêlure intime du monde
Ces soubresauts nés de la douleur primitive

Quelle est la voix qui le dira ? Quel sera
ce corps qui saura mener jusqu'à son terme la

Valse triste ? Une voix s'élève à l'intérieur
De nous-mêmes---voix chère---exprimant ce qui s'

Apparente à l'expression de la plainte première
Je suis cet homme là qui, tant et tant, crut aux ver-

Tiges et qui, désormais, dans la déchirure du lan-
gage se tient, regard clair, miné toutefois, blessé

Dans la fêlure du monde où les plaies suintent.

J'ai droit au repos du cheval journalier Dé
sormais je ne partirai plus vers quel labeur

Et je suis ce centaure qui s'éveille et geint
Autour de lui les aveugles s'affolent craignant

Ses ruades Ô grand cheval qui, autrefois, tractait
vers la berge les navires, te voilà effacé Il ne

demeure de toi que ce signe sur cette feuille
Sont-ce tes traces dernière ? Ta signature de sabot
Ebroue-toi Redonne-moi confiance ! Plongeons en-
Semble je saurai bien te faire retrouver cette joie

enfantine que tu poursuis sur la rive noyée à demi.

Du vaste paysage autrefois immergés
élève une plainte dont nul ne connait l'origine

Exprime-t-elle ce que les hommes nomme : la
Douleur ?Dit-elle ce, qu'à eux-mêmes, se cachent

Les peupliers serrés comme autant de frères au-
Tour de la dépouille du père. Et qui geignent !

Disant l'angoisse ancestrale des pays plats
devant la montée de l'eau Ah ! tous ces arbres

Dressés à l'intérieur même du fleuve Que je ne
sais pas voir mais dont je sens la solitude

Tels les grands crucifiés à l'angle des plaines !

Ce n'est pas là ---où passent les moutons de sel---
   que se
terrent les images perverses du monde Pas en un tel lieu

Où le pâle soleil blanc projette mon reflet à l'avant du
cargo Babtai Là je distingue alors la silhouette ô combien

Contrefaite que, désormais, les troupeaux d'eau connaissent
bien Ce n'est pas là ! Voici plutôt l'apaisement Le renon-

Cement Et ce compagnonnage avec le fleuve n'est en rien équi-
voque J'ai marché bu des bières au filtre magique
    pleuré Me

Voici d'or vêtu Me retournant vers la source Lui par-
    lant Evo -
quant ces guerriers qui y trempaient leurs bras afin que l'

épée de la justice soit, pour eux, moins lourde à manier !

Franck Venaille

***
-grimalkin-
Date du message : juin 3, 2009 11:02

                                                    CANTOS

                                           Du chant premier

                                                          J'
                                                         avais
                                                          peur
                                  de me rendre sur leur tombe
                                                          Ô
                         combien je craignais cette prise en mains


                                                          D'
                                                      ailleurs
                                  qu'aurais-je bien pu psalmodier
                         (le coeur lourd de ma présence au monde)
                                     sinon la vengance de Dieu ?

               Trop tôt & trop tard pour être mon proche ange gardien

                                                            IL
                                  suffisait toutefois de rallumer
                                                            la
                                          mèche de nos bougies
                                              enfoncées à demi
                                                            là
                                                 dans la terre
                                                 très ancienne
                                             -comme ébréchée-

                                          Pour supprimer l'effroi

Franck Venaille
la poésie contemporaine
le cherche midi

***

-grimalkin-
Date du message : juin 4, 2009 12:04

du chant second


                                        La vie m'a blessé l'âme
                                           Ah ! ce mur d'anxiété
                                                          qui
                                                    peu à peu
                                                    m'enserre
                                                       ALORS
                                                            que
          simplement je demande à quiter la scène où je me débats
                                  fût-ce par la sortie bon secours

          Ce sont toujours les mêmes qui pratiquent l'autopsie de leur
                                                    propre corps.
            Cela tient du cheval-vapeur ouvert dégoulinant de viscères
                                                          noirs.


                                                             Je
                  ne cherche qu'à disparaître dignement de ma vie.
                  Avec un zeste de dandysme pour l'illusion dernière.


                                                            Rien !
                                                       On est rien.
                                                      On nait mort.

                         Vite on recoud vite en sifflant vite le cadavre.
                                           -déjà fané avant l'heure légale-

Frank Venaille (Cantos)

***
-grimalkin-
Date du message : juin 5, 2009 10:37

Du chant troisième

                                                                      Les
                                        trépassés de l'aube dans la chambre
                                                                   voisine
                                           (encore si peu vivants soient-ils ! )
                                                                        ce
                                                                      n'est
                                                                      pas
                                  avec eux que l'on échangera farces & attrapes
                      lentement, ils pénétrèrent lentement dans ce chant troisième
                                        sans penser aux dépenses du temps,
                                                                  lentement.


                                                                     JAMAIS
                                                                         on
                                                         ne les voit se plaindre
                                                         à l'office sous perfusion



                                                                      JAMAIS
                                                                           on
                                                          ne les entend critiquer
                                                             le choix de l'Eternel.

                                              Forcément la vie s'en est pris à eux
                                                                -d'abord à eux-

                                                                              A
                                                                         ceux-là !

   -grimalkin-
Date du message : juin 7, 2009 13:21

DU CHANT QUATRE

                                                          JAMAIS
                                                               on
                                             ne les voit se plaindre
                                           à l'office sous perfusion
                                                          JAMAIS
                                                               on
                                              ne les entend critiquer
                                                le choix de l'Eternel.

                                     Forcément la vie s'en est pris à eux
                                                    -d'abord à eux-


                                                                A
                                                            ceux-là !


DU CHANT QUATRE

                                                            Echange ;
                     spleen, détresse, anxiété, appréhension, sentiment d'oppression,
                     contre non pas lebonheurmondieu mais au moins quelque chose
                                       ayant à voir avec le repos du corps.
                         Ah ! De celui-là avec son monde nocturne, caves et souterrains,
                                              je suis prêt à m'éloigner.

                              Pourtant nous fûmes amis, je me souviens,
                                        Liés l'un à l'autre, j'en ai souvenir.
                         Un peu amant, frère & père, je l'ai parfaitement en mémoire.

                                                             Dès lors :
                      pourquoi se dispenser de lui ? Le demande-t-on à la femme belle
                                                 qui vit en chacun de nous ?
                        Et puis pourquoi, oui, pourquoi se séparer de l''intérieur certes
                                                       rempli de vapeurs,
                                  de sécrétions fatales, d'odeurs d'avant-hier ?
                                                             Pourquoi ?

                                        ET LE COURS DU FLEUVE SANG !
                         Celui-là c'est Meuse, Rhin, Danube, Tamise réunis.
                           Je me souviens. J'en ai souvenir? De sa beauté.

                   A qui nous cédons toujous notre place dans l'autobus 80.

Frank Venaille (Cantos)

***
-grimalkin-
Date du message : juin 8, 2009 18:56

DU CHANT CINQUIEME   (et dernier)

                  
                                                             Lorsque
                                                                   je
                                           serai réconcilié avec mes morts

                                                                Quand
                                                                   ils
                                                                     s'
                                                      attableront avec moi
                                                      pour le festin du soir
                               moins inquiets qu'autrefois ils ne l'étaient vivants.

                      Encore sur la réserve aux mains gantées d'hiver autrefois.

                                                                  Alors
                                                 alléluia alléluia la neige
                                                                devant
                                                                tombes
                                                                ouvertes
                                                         nous danserons
                                                                alléluia
                                                                        l'
                                                             ALLEMANDE
                                                                   Autour
                                                                      du
                                                                   brasero
                                                                      où
                                       leurs ombres se morfondent & tremblent.

Franck Venaille (cantos)
la poésie française contemporaine
le cherche midi

***
-grimalkin-
Date du message : aout 18, 2009 18:31


Peut-être devons-nous
1 — 2 — 3
compter les journées de vraie joie
sur les doigts d'une main morte ?

Peut-être nous faut-il transformer
4 — 5 — 6
cri — crac — cri —
les râles en rire de ventriloque ?

*

J'avais
mal à vivre
ô
que j'eus peine
à trouver mon chemin
parmi
ronces et broussailles
tous ces fruits rouges que je
cueillais
avec élégance
avant
de leur confier
écrasé dans ma paume
mon
désespoir d'enfant.

*

Tragiquement tragique
la boiserie les vins les corps allongés

tragiquement tragique
la nudité du fleuve
en cette aube trop blanche

les regrets les remords
devant la vie hostile

crûment-crue
carrément criminelle

*

Faire sourire un corps mort !

On s'interroge
pour employer le mots justes

Puis
on raconte

Mais sans cesse
celui que la vie a quitté
exige une autre histoire
avec une autre fin

Et
l'on rentre chez soi
encore plus âgé
encore plus triste

*


Franck Venaille. Ça. MERCVRE DE FRANCE
(juin 2009)

***
-grimalkin-
Date du message : mars 27, 2010 11:01


Je suis celui-ci, mal à l’aise de vie, je suis d’ici, du lieu d’où je dors
D’où j’accepte mes faiblesses d’homme mes à-peu-près d’âme aussi
Voilà ce qui me motive, me donne la force d’aller plus loin, là-bas, où ?
Je ne le sais mais il y aura des femmes des hommes de mon bord.
--------------------------------------------------------------------------------
Je me suis égaré dans la banlieue de vivre.
C’était un soir blafard comme je les aime assez
J’enseignais la solitude.
Donnant cours (magistraux !) à celles et à ceux que ce mot,
rien que lui, fait blémir.
Disons que j’écris afin que Gabriel Fauré mette de la musique sous mes
mots.
Je suis sans âge, pourquoi dès lors, ne pas unir les forces qui demeurent
en moi avec celles d’un musicien composant, désormais, pour le cosmos.
Je me suis trompé, il n’y a rien à vivre sur cette terre.
Autoportrait en homme qui crie
Pas assez crié dans ma vie. Pas assez hurlé ! Que cela se déchire, là- dedans, en pleine
poumonerie.
Ce qu’il faut c’est bien regarder à l’intérieur de soi. Le cri vient vite dès que les images se
font plus nettes.
Las ! Pas assez. Pas assez crié à la mort. Hurlé oui. Mais pas assez. Je vous en conjure :
criez pendant
qu’il est temps encore. Après ce sera dans l’impossible. Pour le moment c’est calme.
Les agités sont
devenus gisants. Ils tiennent la nuit dans leurs mains. (…)

--------------------------------------------------------------------------------

Les vagues de la lagune
J’avance vers davantage de lumière
Les barques désormais
Sont vides
Elles ont accosté pleines de rires et chansons
Qui ne sont pas pour moi
Qui ne sont pas pour nous
Qui avons notre propre répertoire à crêpe noir ou satin rouge
Mais c’est la vie ordinaire qui exige, comment dire ? autre chose, de moins !
de plus !
J’avance
Ce que j’entends c’est le fracas de rames
Mêlé aux cloches catholiquement triomphantes
Ô comme nous sommes civilisés !
Nous qui avons pourtant tout à apprendre des vagues et de la régularité avec la quelle
elles viennent se
heurter au quai
Il me faut maintenant passer le pont
Atteindre la ruelle où sèche le linge
Ce lieu où le linge sèche

Frank Venaille




Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : octobre 20, 2011  05:49

C'était bon...

-   C'était bon d'avoir trente ans et de vivre à Paris où tant de
   femmes ressemblent à des Gromaire
de caresser des nuques devenues timidement amies
en prononçant des paroles sans fin ni importance
ba n a les et sereines parfois même imprévues
au rythme de la locomotive du sang des hardiesses et des
   désespoirs fulgurants
qui faisaient tituber maudire et regretter, parfois pleurer
souvent pleurer et nous réfugier dans une indifférence
   factice
prête à laisser jaillir ce feu qui nous consumait
au premier sourire à la première parole simplement aimable
à ce geste de la main vers notre main notre bras sur notre
   épaule
à nous qui marchions dévoré de tendresses et d'envies
   contraditoires
C'était bon de rire avec elles de parler avec elles de souffrir
   avec elles
et de tenter sa chance sans louvoyer
de dire notre détresse et notre solitude
et d'appeler encore plus de détresse et plus de solitude
déjà muré dans l'inextricable déchéance d'une vie aux
   espérances saccagées -

Franck Venaille "l'apprenti foudroyé" 1966.



-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : octobre 20, 2011  06:01

Très beau ! merci Marie-Elisabeth ! j'avoue avoir un grand faible pour ce poète !

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : octobre 21, 2011  05:16

Celui qui n'a jamais voulu....

- Celui qui n'a jamais voulu se châtrer n'est qu'un chien
Moi je dis le mot désespoir J'écris le mot désespoir avec
le pâle sourire de celui qui sait Qui est déjà mort Qui vit
à côté de lui-même attentif à la vie quotidienne l'âme
enterrée déjà Je ne termine plus mes phrases Bientôt plus
aucun son ne sortira de ma bouche J'attendrai comme celui
assis sur sa valise dans une gare Sans billet Sans raison de
partir Sans envie et bientôt curieusement sans douleur
comme sous la torture Je n'ai rien dit N'ai rien avoué moi
qui pourtant sais tout Maintenant n'écoute que mon sang
familier Observe des heures la pulsation régulière à mon
poignet Poi-gnet Poi-gnet Poi-gnet Serait-ce cela la mort
Ce détachement de soi Cette absence en soi-même Ce
calme plat de la non espérance Du non désir aussi avec
mon sexe ridicule avec mon sexe ignoble obcène et lourd
porté comme une blessure à peine secrète avec mon sexe
qui saigne et vomissait Est-il l'heure Est-il déjà l'heure Les
murs m'observent M'entourent Se referment sur moi qui
n'aurai bientôt plus de peau Plus de larmes Moi qui ai tant
pleuré sur moi Hier encore lorsque je vivais Mais est-ce
bien cela vivre cette perpétuelle déchirure il devait bien
y avoir autre chose que je n'ai pas su voir -

Franck Venaille. "Pourquoi tu pleurs, dis,
                   pourquoi tu pleures?
                  Parce que le ciel est bleu.
                  Parce que le ciel est bleu."


-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : octobre 21, 2011  12:33


Notes sur la poésie : Franck Venaille
Publié le 20 avril 2009 par Florence Trocmé

le poète dit :


"Écrire me rend malade. Toutes mes journées de travail se partagent entre ce bureau et
le lit où je vais m’étendre, la main posée sur mon côté droit, pour me calmer. C’est ce va-
et-vient entre les deux lieux qui est à la base de tous mes livres. Parler de l’écriture sans
tenir compte de cela serait impossible ou mensonger. Tout passe par la douleur
physique et, pourtant, je continue d’écrire. Je ne sais faire que cela. Je crains même qu’il
n’y ait désormais chez moi une sorte de course tout à fait incessante avec l’écriture
devenue besoin, exigence, au même titre, par exemple, que la respiration. Et si,
d’emblée, j’évoque la respiration, ce n’est nullement par hasard. Je lutte à peu près
constamment pour mieux respirer. Je suis hanté par la peur d’étouffer. D’ailleurs je suis
persuadé que cela est en rapport direct avec ce que j’écris.
En fait, j’ai la sensation d’écrire constamment, d’être sans arrêt en train d’imaginer des
fictions possibles et c’est là une manière très consciente je crois de réagir aux chocs. Je
suis presque persuadé que l’écriture est liée, viscéralement, à ma vie. Vie médiocre
égale passage à vide et silence. Je crois que l’écriture est devenue la vie et la vie
l’écriture.

Frank Venaille


-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : octobre 21, 2011  12:36




                   J’avais
               mal à vivre
                      ô
            que j’eus peine
       à trouver mon chemin
                   parmi
       ronces et broussailles
   tous ces fruits rouges que je
                  cueillais
             avec élégance
                   avant
               de leur confier
       écrasé dans ma paume
                     mon
          désespoir d’enfant.


Frank Venaille


-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mars 14, 2013  12:54

A jamais différent de ceux pourvus de tout.

Croyant pourtant à semblables chimères en d'
identiques rêveries conservées de l'enfance.

Il fredonne et cela donne ce léger clapotis
dans sa pensée, bleuté toutefois, pareil à cet
alcool trop amer que, frissonnant, l'on boit.

Tout juste un homme fait de sa propre mort
qui apprivoise les moineaux ceux-là gris de
douleur compagnons modestes de chambrée.

L'égal des grands soleils, du midi formida-
ble, de cette lame à vif qui perce le couchant.

Face tragique, corps menacé, rebelle à jamais.


Frank Venaille
: Poète toi-même,une anthologie de poésie contemporaine : 40 poètes
/ préface de Jean-Michel Maulpoix.

* *

Lorsque
je
serai réconcilié avec mes morts.

Quand
ils
s'
attableront avec moi
pour le festin du soir,
moins inquiets qu'autrefois ils ne l'étaient, vivants.

Encore sur la réserve aux mains gantées d'hiver toutefois.

Alors
alléluia alléluia la neige
devant
tombes
ouvertes
nous danserons
alléluia
l'
ALLEMANDE
Autour
du
brasero

leurs ombres se morfondent & tremblent.


Frank Venaille
La poésie française contemporaine :anthologie / réunie par Jean Orizet.


*Ce message a été édité le 14-Mar-2013 12:56 PM par -grimalkin-*

Rechab
Modérateur
France

Date du message : février 22, 2014  11:17

[CE QUE JE SUIS ?]



ce
que je suis ?
le héros de ma propre vie
ainsi
bien au-dessus de mes rêves
une femme dort dans la maison certaine
sa respiration évoquant des froissements d’ailes
cela crée la vision pudique d’un corps blond re-
Couvert de plumes
le nu est dessous
il faut aller loin, le chercher loin, ce plaisir qui est le frère puîné de la joie
le chercher en-dessous
dans l’espace sonore
de la volupté
en ce lieu sombre & austère
placé
sous la surveillance murale
du
crucifié splendide



Franck Venaille, « Rejetant la tristesse » in   C’est à dire, Mercure de France, 2012, page 30.

Lavande38
France
Messages : 39478

Date du message : aout 22, 2016  04:12



               

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : octobre 21, 2016  09:12

« Je suis. (simplement). Je ne porte le deuil de personne. Cessez donc de m’interroger
sur l’au-delà. Moi je suis ici. Au présent. »

   Frank Venaille.



Lavande38
France
Messages : 39478

Date du message : décembre 20, 2017  02:05


   

Rechab
Modérateur
France

Date du message : janvier 9, 2018  07:14

par rapport à la dernière citation de M Elizabeth,

c'est une des raisons pour lesquelles je maintiens cet ensemble de textes autour de Franck Venaille...
Grim et M Eliz sont toujours présentes à nos esprits...

Lavande38
France
Messages : 39478

Date du message : janvier 16, 2018  00:35



         

Lavande38
France
Messages : 39478

Date du message : février 17, 2019  01:58


   

Lavande38
France
Messages : 39478

Date du message : juin 18, 2019  01:14

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