Amicalien - Pour créer des liens et des amitiés

Présentement sur Amicalien
Les membres en ligne : 56
Les nouveaux membres : 18
Anniversaires aujourd'hui : 22


Le forum des familles Amicaliennes



  Famille : Révèlations poètiques.


Ce sujet fait partie de la famille Révèlations poètiques.. Cette famille est semi-privée. Vous pouvez lire le contenu de cette famille mais vous devez vous y inscrire pour échanger.



Auteur

Sujet : Georges schéhadé le discret

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : mars 1, 2012  04:07

Georges Schehadé


Poésies I(EXTRAITS)


SANS TITRE

La taille des jeunes filles flottait dans le vent
L'oiseau à l'oeil de perle ne laissait pas de trace
C'était l'époque des anges Oh je me souviens
La Terre heureuse avait le jour et la nuit pour enfants
L'absence gardait le sourire et la parole
Tout brillait de rien : l'herbe et la lampe
À l'exception d'un cheval cabré qui montait la garde
Et criait vers moi :
Une fois n'est pas coutume sauf pour la mort
Oh je me souviens

( Poésies V, 1985)

......


Comme un enfant d'autrefois dont le cri se perd
Dans un verger de pommes blanches
Quand la lune couvre tout de son amour
Je revois dans un miroir désert
Mes souvenirs avec des cannes blanches
Et je ne sais pas qui d'eux ou bien de moi
Est le plus à plaindre
Tellement les années sont cruelles

Lune légère ô miroir d'absence


( Le nageur d'un seul amour, 1985)
.....



Le corbeau qui dérange l’étudiant
En buvant l’eau fraîche des arbres dans le pays de ma mère
N’a pas la plume noire du souci

Compagnon des puits dans la lumière
Et du chevreau seulement endormi
Ce n’est pas lui qu’on désigne comme la mort

Ses ailes sont ouvertes à demi
Juste le temps de noircir une brouette

( Si tu rencontres un ramier, 1951)

.....


(1938)   


I

D'abord derrière les roses il n'y a pas de singes
Il y a un enfant qui a les yeux tourmentés   


II

Les cheveux qui sont l'âge de l'amour

Comme le vin qui coule dans les doigts

Souviens-toi souviens-toi des fleurs de la terre

La honte portait ta tête dans un sac

Mille éboulements marquaient tes pas

Tu es là-haut sur la colline

Où la lune pose ses grandes orgues froides

Les arbres frissonnent comme des méduses

Mais tu ne crois pas à ces cris naturels

Si les montagnes pouvaient toucher à l'air

Et par lui rejondre les saisons

Tu marcherais sur la route du ciel

A ving ans c'est un tremblement

De voir ses yeux dans l'eau des femmes

La chambre a la parure de la mer

Comme deux oiseaux qui volent ensemble s'ecrasent

Du silence dangereux des nids

La nuit a mêlé nos âges

O mélodie de la pierre des îles




IV
. . .

qui dira que j'ai dans mon armoire

Un écu pour tourner la tête de la courtisane

La tête est inutile

Les pieds sont utiles en amour on fait un pas




Poèsies II

(1948)



II

Il y a des jardin qui n'ont plus de pays

Et qui sont seuls avec l'eau

Des colombes les traversent bleues et sans nids



Mais la lune est un cristal de bonheur

Et l'enfant se souvient d'un grand desordre clair


. . .

O mon amour

Nous avons les yeux bleus des prisonniers

Mais notre corps est adoré par les songes

Allongés nous sommes deux ciels dans l'eau

Et la parole est notre seule absence


Georges Schehadé - Les Poésies - Éditions Gallimard (Oueidat) - 1988


....
Stèle pour Nadia M


Elle a quitté la main de ses amis
Pour un jardin tout bleu et fermé
Où l'oiseau s'envole avec son nid

Yeux noirs cheveux noirs
Et maintenant toutes les beautés de l'ombre
Sur ses épaules
Georges Schehadé
   

Nadia Tueni - Les Oeuvres Poétiques Complètes - Éditions Dar An-Nahar - 1993

Prix de la Francophonie en 1986


........



Georges Schéhadé (1905-1989)

«Il y a des jardins qui n'ont plus de pays
Et qui sont seuls avec l'eau
Des colombes les traversent bleues et sans nids
Mais la lune est un cristal de bonheur
Et l'enfant se souvient d'un grand desordre clair.»
               Georges Schéhadé







Georges Schéhadé issu d’une vielle famille de la bourgeoisie libanaise naît le 2 novembre 1905 à
Alexandrie. Mieux compris à Paris, il regrettait Beyrouth d’où il regrettait Paris. Mais c’est à
Paris qu’il fait ses classes poètiques avec Etincelles puis ses premiers poèmes dans la revue
Commerce dirigée par Valéry, Fargue et Larbaud ! Ses vers plaisent à Eluard qui le présente au
groupe surréaliste.

Il trouve un second mode d’expression pendant la seconde guerre mondiale : l’écriture dramatique.

Premier lauréat du Prix de la Francophonie en 1986 par l’Académie française, Georges Schéhadé
scellé l’alliance dde l’Orient et de l’Occident. Il décèdera à Paris le 17 janvier 1989.

Georges Schehadé se laisse découvrir, depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse, à travers sept
chapitres. Le nombre de manuscrits inédits (pièces de théâtre, poèmes de jeunesse, correspondance
et critiques d'art) est impressionnant, pour la plus grande joie de ceux qui pratiquent Schehadé.
À commencer par les écrits de jeunesse dans Essor, la revue du Collège du Sacré-Cur où il a
étudié, et Le père Eusèbe, une comédie en un acte, rédigée alors qu'il avait 15 ou 16 ans. Après
D'Alexandrie à Beyrouth, 1905-1923, suit J'entrai à mon insu dans l'art, 1923-1930 où, entre les
éditions originales d' Étincelles, de Rodogune Sinne et de L'Écolier Sultan, se détache le
manuscrit, jamais publié, de La Chevelure de Bérénice, recueil de poèmes écrit entre 1924 et 1926
et dédiéaupoèteMichelChiha.
Derrière les grands paradis, 1930-1944 annonce le début d'une carrière qui ne cessera d'être
glorieuse. Cette période est, entre autres, celle de la rédaction de Chagrin d'amour, première
pièce jouée de Schehadé, commandée par l'épouse du commandant des Troupes du Levant, en 1938.
Poète Schehadé, 1944-54 assure sa notoriété en tant que poète, salué par les surréalistes, et la
cinquième étape, La poursuite des fables, 1954-1960, le consacre dramaturge et même cinéaste. Une
anecdote amusante relevée dans un entrefilet de L'Orient : le 15 décembre 1956, Georges Schehadé,
qui n'avait pas ses papiers sur lui, est conduit au poste de police où il passe la nuit
La critique artistique. En 1966, il est décoré par le président-poète du Sénégal, Léopold
SedarSenghor. Quand tu quitteras le pays des lampes, 1975-1989 : la dernière partie de la vie du
poète est marquée par la guerre et l'exil à Paris. Sont présentés, auprès d'autres documents et
manuscrits de la fin de sa vie, des entretiens accordés au Nouvel Observateur où Schehadé parle
avec un immense amour du Liban, mais aussi, détail émouvant, un des livres de sa bibliothèque
beyrouthine traversé d'une balle.

Schehadé par lui-même

Georges Schehadé le discret se raconte, selon le vu des auteurs, qui ont pris cette décision en
découvrant l'impressionnante correspondance du poète avec Laurice Schehadé-Benzoni, sa sur aînée.
A cette destinataire privilégiée, il confie ses tourments de poète, ses déboires avec les
éditeurs, ses attentes et ses espoirs. Mais il y a aussi la correspondance fournie avec ses amis
de jeunesse : Antoine Tabet, Henri El Kayem, Marthe Cazal, les articles, haineux ou élogieux, qui
paraissent à Paris après la première de Monsieur Bo'ble, pièce qui fait scandale. Puis plus tard,
la correspondance avec Jean-Louis Barrault, l'homme de théâtre qui montera régulièrement ses
oeuvres.( Histoire de Vasco, les violettes, Le voyage, L’émigré de Brisbane )

Outre les écrits contemporains à l'auteur et à ses proches, cet ouvrage est systématiquement
jalonné de précisions historiques et biographiques. Le lecteur entre donc de plain-pied dans la
réalité quasi quotidienne de l'écrivain, et le suit pas à pas dans son évolution tant littéraire
que personnelle : ainsi, on découvre un Schehadé amoureux, désespéré, orgueilleux, mais toujours
et invariablement drôle.

La poésie de Schehadé a littéralement enchanté les écrivains de l'époque. Tous, ou presque, y ont
succombé : leurs petits mots, leurs lettres ou leurs articles qu'ils lui destinent sont remplis
d'admiration et de respect. Le plus touchant est que la majorité d'entre eux le «remercient»
d'avoir écrit

De la part d'un auteur aussi discret, répugnant à échafauder des théories, on attend tout de même
des révélations fracassantes. Les quelques entretiens qui traversent le catalogue ne révèlent
qu'une chose : Schehadé ne savait pas, et voulait encore moins, parler de poésie. Alors les plus
grands critiques littéraires, comme Gabriel Bounoure ou Gaëtan Picon, ont tenté de l'expliquer.
D'autres poètes, comme Adonis ou Saint-John Perse, lui ont rendu hommage, en prose ou en vers.
Peut-être que le lecteur trouvera quelques pistes dans Interview avec soi-même, par Georges
Schehadé, un texte inédit en français, rédigé pour le programme de la création d' Histoire de
Vasco à Berlin en 1957. Schehadé, dans ce dialogue en miroir, répond à son double qui lui demande
comment il occupe son temps, en tant que secrétaire général de la faculté des lettres : «Je
caresse les rayons de la bibliothèque de la faculté d'où j'ai banni les livres ­ par prudence».

Ses derniers écrits paraissent dans un volume rétrospectif : ce sont Les Poèsies Le portrait de
Jules et le récit de l’An Zéro augmenté plus tard du Nageur d’un seul amour avec poèsies V

Certains thèmes reviennent dans la poésie de Georges Schehadé : Les enfants, le pays natal, la
mère, les Mages et les symboles chrétiens... Ils semblent tous tourner autour de sa propre
enfance, ou revenir à quelque chose ou quelqu'un qui l'a marqué dans sa jeunesse. Il semble que
Schehadé n'eût jamais vraiment quitté son enfance, et qu'il continut à trouver son vocabulaire et
ses thèmes dans ses rêves d'enfant, dans les jardins dont il se souvient ou qu'il construit, ou
même dans le nom de sa mère. Chaque nouvelle rencontre avec une femme semble être la première
rencontre, celle d'un adolescent avec la fille qu'il ne connaît pas et avec qui il explorera le
monde dans l'espace d'une seconde.

Il y a des jardins qui n'ont plus de pays
Et qui sont seuls avec l'eau
Des colombes les traversent bleues et sans nids Mais la lune est un cristal de bonheur
Et l'enfant se souvient d'un grand désordre clair

Joel Kerdraon

Georges Schéhadé est l'auteur de :

Le Nageur d’un seul amour, 1985 (recueil poétique) .
Une anthologie du vers unique, 1977 (recueil poétique) .
L’habit fait le prince, 1973 (théâtre) .
Les Poésies, Paris, 1969 (recueil poétique) .
L’Emigré de Brisbane, 1965 (théâtre) .
Le voyage, 1961 (théâtre) .
Les Violettes, 1961 (théâtre) .
Histoire de Vasco, 1956 (théâtre) .
La Soirée des proverbes, 1954 (théâtre) .
Les Poésies, 1952 (recueil poétique) .
Monsieur Bob’le, 1951 (théâtre) .
Si tu rencontres un ramier, 1951 (recueil poétique) .
L’Ecolier Sultan, 1950 (recueil poétique) .
Poésies III, 1949 (recueil poétique) .
Poésies II, 1948 (recueil poétique) .
Rodogune Sinne, 1947 (recueil poétique) .
Poésies I, 1938 (recueil poétique) .
Oeuvres complètes, Ed. Dar An-Nahar .

Georges Schéhadé sur le site de l'Imec

Georges Schéhadé sur le site de Nuit Blanche

....
ARTICLE TROUVE SUE "ALALETTRE.COM" QUE JE REMERCIE AINSI QUE JOEL KERDRAON,MERCI DE S'Y REPORTER
POUR EN SAVOIR PLUS!














*Ce message a été édité le Jun 8, 2025 1:59 AM par Epsilon*

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juin 8, 2008  12:17


   
Il y a des églises dont les Saints sont dehors...

Il y a des églises dont les Saints sont dehors
Par amour de la solitude
- Mon amour ne disons pas ça
Ils sont loins par obéissance
Ils ont l'oeil bleu des voyages
Comme ces bergers qui dorment en souriant
Dans un ciel monotone comme une chambre
La lune triste avec sa famille

Georges Schehadé

.....

Si tu rencontres un ramier...

Si tu rencontres un ramier
dans un bois si jeune par la vie de sa neige
Quand les yeux veulent dire nœuds du soir
Fais un repos de tout ce qui est à lui
L'âge de la forêt mon amour est un songe

Georges Schehadé

.....


Si tu es belle comme les Mages de mon pays...

Si tu es belle comme les Mages de mon pays
O mon amour tu n'iras pas pleurer
Les soldats tués et leur ombre qui fuit la mort
- Pour nous la mort est une fleur de la pensée

Il faut rêver aux oiseaux qui voyagent
Entre le jour et la nuit comme une trace
Lorsque le soleil s'éloigne dans les arbres
Et fait de leurs feuillages une autre prairie

O mon amour
Nous avons les yeux bleus des prisonniers
Mais notre corps est adoré par les songes
Allongés nous sommes deux ciels dans l'eau
Et la parole est notre seule absence

Georges Schehadé

.....


Les cheveux qui sont l'âge de l'amour...

Les cheveux qui sont l'âge de l'amour
Comme le vin qui coule dans les doigts
Souviens-toi souviens-toi des fleurs de la terre
La honte portait ta tête dans un sac
Mille éboulements marquaient tes pas
Tu es là-haut sur la colline
Où la lune pose ses grandes orgues froides
Les arbres frissonnent comme des méduses
Mais tu ne crois pas à ces cris naturels
Si les montagnes pouvaient toucher à l'air
Et par lui rejondre les saisons
Tu marcherais sur la route du ciel


Georges Schehadé

.....


Petit bye-bye du Liban

Vous qui partez pour un pays lointain
Que les évêques du Songe en habits dorés vous présentent à la lumière
Qu'ils disent que vous êtes la goutte d'eau
Qui tremble à leurs doigts de toute sa richesse
L'ambre et le maïs de leurs colliers
Qu'ils vous appellent cercueil de violon ou gazelle
Chauve-souris malheureuse qui boite dans l'air en voltigeant
Afin que vous soient épargnées les épines du froid
La distance et ses blessures
Et que l'eau soit douce pour vous, même sur la mer

Georges Schehadé
*Ce message a été édité le Jun 8, 2025 12:20 PM par Epsilon*

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juin 9, 2008  11:13

Georges SCHEHADE
XVII

Un corbeau parle sur la montagne
Ma mère en son pays se souvenait

Quelle pourriture ou quelle nacre
Si jamais je reviens ô fontaine
Si l'ombre d'un arbre me conserve son jour

Poésies III

...

Georges SCHEHADE
IX

Si jamais tu reviens en terre natale
À pas lents comme un cheval dont le soir accroît la fatigue
Oh va dans ce jardin
Retrouver la rose méconnaissable
Le chrysanthème à la crinière de lion
- D'immenses araignées volent avec des papillons
Comme dans les fièvres de l'enfance
Souris ou pleure mais ne crains rien
C'est l'ombre qui remue avant d'être nuit claire.

Le nageur d'un seul amour, 1985

....
Georges SCHEHADE

Elle se levait la nuit pour regarder le Christ
Elle touchait le bronze de sa plaie pour guérir
Et son corps tremblait comme du jasmin

- J'aime dans l'obscurité la profondeur de votre ombre
Vous pleurez si doucement qu'en vous touchant on meurt
Et nul n'a les Vierges de vos lèvres
Que votre image

Le nageur d'un seul amour, 1985




-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 10, 2009  05:39


Enluminures

Poèmes de Georges Shehadé. Extraits de Poésies I (1938),
Poésies II (1948) et Poésies III (1949) © Gallimard

1. (I, I)
D'abord derrière les roses il n'y a pas de singes
Il y a un enfant qui a les yeux tourmentés

2. (II, II)
ll y a des jardins qui n'ont plus de pays
Et qui sont seuls avec l'eau
Des colombes les traversent bleues et sans nids
Mais la lune est un cristal de bonheur
Et l'enfant se souvient d'un grand désordre clair.

3. (II, XIII)
Je me dériderai dans un jardin de pomme
Dans cette eau de la campagne
Aux pas immaculés
Et pour toi amie des saules de la mort
Les colombes qui volent sans air
L’absence plus longue que les années

4. (III, VI)
Celui qui pense et ne parle pas
Un cheval l’entraîne vers la Bible
Un bâton ne lui fait pas peur
Car l’esprit ne l’a point quitté
Celui qui rêve se mélange à l’air

5. (III, XIV)
Nous irons un jour enfants de la terre
Avec nos mouchoirs vermeils
Envoler l’oiseau des mains de la pierre
Aux pays de l’ombre cette brouette triste
Dans une vallée de roses réduite mais violente
A travers les adieux du soleil
Nous verrons la nuit et le jour se défendre
Puis la lune comme une plaine sur la mer
Ainsi nous allons à la découverte du ciel
Avec l’ombre cette brouette triste
Multipliant nos fagots dans la vie froide des nuages
Comme ceux qui dorment dans la terre éternelle

6. (II, XII)
Un violon aveugle pleurait pour nous
Une fontaine de pierre
L’hiver la saison sans figure
Quand les raisins sont noirs

7. (II, VIII)
ô mon amour il n’est rien que nous aimons
Qui ne fuie comme l’ombre
Comme ces terres lointaines où l’on perd son nom
Il n’est rien qui nous retienne
Comme cette pente de cyprès où sommeillent des enfants de fer bleus et morts

8 (II, IV)
Comme ces lacs qui font très mal
Quand l’automne les couvre et les bleuit
Comme l’eau

9. (II, XVIII)
Nous reviendrons corps de cendre ou rosiers
Avec l’oeil cet animal charmant
Ô colombe
Près des puits de bronze où de lointains
Soleils sont couchés
Puis nous reprendrons notre courbe et nos pas
Sous les fontaines sans eau de la lune
Ô colombe
Là où les grandes solitudes mangent la pierre
Les nuits et les jours perdent leurs ombres
par milliers
Le Temps est innocent des choses
Ô colombe
Tout passe comme si j’étais l’oiseau immobile.


Georges Schéhadé

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : septembre 6, 2010  05:09


nageur d'un seul amour
IV
Comme un enfant d'autrefois dont le cri se perd
Dans un verger de pommes blanches
Quand la lune couvre tout de son amour
Je revois dans un miroir désert
Mes souvenirs avec des cannes blanches
Et je ne sais pas qui d'eux ou bien de moi
Est le plus à plaindre
Tellement les années sont cruelles

Lune légère ô miroir d'absence


-------------------------------------------------------------------------------

XVIII
C'est encore une fois l'automne
Le jardin court derrière ses feuilles

Personne n'est plus là :
Les fenêtres les gens
Mais le vent

Il y a une lune oubliée
Dans le ciel comme une figure

En souvenir du bel été
À boire disait une fontaine

Georges Schéhadé

("à boire disait une fontaine" buvons à la source inépuisable de cette fontaine de poésie..)


Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : juin 8, 2011  12:08

Ils ne savent pas.

ils ne savent pas qu'ils ne vont plus revoir
Les vergers d'exil et les plages familières
Les étoiles qui voyagent avec des jambes de sel
Quand la nuit est triste de plusieurs beautés

Ils oublient qu'ils ne vont plus entendre
Le vent de la grille et le chien des images

L'eau qui dort sur la couleur des pierres
La nuit avec des violons de pluie

Tant de magie pour rien
Si ce n'était ce souvenir d'un autre monde
Avec des oiseaux de chair dans la prairie
Avec des montagnes comme des granges
Ô mon enfance Ô ma folie.

Georges Schéhadé "Poésies".



-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juin 8, 2011  12:57

ah la poésie libanaise ! je trouve ces quelques mots sur le net, qui caractérisent bien
Georges Schehadé :

"Georges Schehadé défie mes mots comme il posa les siens en défi de la logique. Sans
être surréaliste, sa poésie est quelque part au dessus de notre réalité ordinaire. Lire ses
poèmes, c'est manquer leur essence; il faut plutôt les subir, les laisser couler sur notre
peau en sentant la douceur de leur chaleur, la fluidité de leur rhythme, mais surtout sans
avoir peur de les prendre comme ils sont, simples ou complexes, longs ou courts, mais
jamais les mêmes."

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juin 9, 2011  11:35



«Il y a des jardins qui n'ont plus de pays
Et qui sont seuls avec l'eau
Des colombes les traversent bleues et sans nids
Mais la lune est un cristal de bonheur
Et l'enfant se souvient d'un grand desordre clair.»

               Georges Schéhadé






-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : février 28, 2012  04:40


Poésies I
(1938)

X

Visage et les doigts en forme de pleurs
Il n'y a rien de commun entre moi et vos gerbes
Ou cette mélodie qui a la couleur
Des naissances
- Alors je descends une rue de rosiers
Et je sens monter en moi un grand chagrin
Comme le sel de la mer



Ô bien-aimée pleine de pleurs
De plaine en plaine en perdant la vue
Nous nous vivrons dans nos mémoires
Vos mains sont sèches comme les rosiers
Les abeilles sourient à votre calvaire
Ah dans les églises vous revoir
La poitrine rouge comme une pierre
Plus douce que le miel en Jésus
Dont le crachat est un grand brouillard



Parce que nous sommes sans nouvelles de l'étoile
Les anges nous frappent avec de grands fers
Allumez-vous vivante sur les rivières
Quand l'éclair pousse les fleurs à la mort
Et laissez-moi votre rosée et votre cendre
- Ô bénie comme les flammes

XI

Cette femme qui rêve dans ses habits
Je ne la verrai plus dans les chants
Que la mort la repose
                                                       j'épouserai ses mains

- Ce souvenir de Galilée est très petit
Il y avait de l'eau et moi tout seul



Comme l'oiseau qui vole dans l'église de marbre
A cause de ta mémoire on t'appela Morte

Je t'ai dit de ne faire nulle peine aux feuilles



Le vent principal songe des amants
Ni l'enfant de tes paupières
Jeune fille aussi haute que les arbres

A cause d'une peine sans figure
Le vin la tristesse et le soir


Georges Schéhadé