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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Notre père qui êtes aux cieux:restez-y jacques prévert

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : mai 20, 2011  11:39

Je suis athée


A comme absolument athée
T comme totalement athée
H comme hermétiquement athée
É accent aigu comme étonnamment athée
E comme entièrement athée

J.Prévert (Paroles)

....

Quand [le Diable] rencontre Dieu
il est très embêté
parce qu'il doit le saluer
c'est réglementaire […]
alors il se rend compte
qu'il est légèrement ridicule
et il s'en retourne chez lui en courant
il allume un grand feu en pleurant […]
et il se couche sur le brasier
avec une grande flamme blanche
comme oreiller
et il ronronne tout doucement
comme le feu
comme les chats quand ils sont heureux
et il rêve aux bons tours
qu'il va jouer au bon Dieu.

(Jacques Prévert / 1900-1977 / Paroles - Ecritures saintes)
...
Pater noster

Notre Père qui êtes aux cieux
Restez-y
Et nous nous resterons sur la terrre
Qui est quelquefois si jolie
Avec ses mystères de New York
Et puis ses mystères de Paris
Qui valent bien celui de la Trinité
Avec son petit canal de l'Ourcq
Sa grande muraille de Chine
Sa rivière de Morlaix
Ses bêtises de Cambrai
Avec son Océan Pacifique
Et ses deux bassins aux Tuilleries
Avec ses bons enfants et ses mauvais sujets
Avec toutes les merveilles du monde
Qui sont là
Simplement sur la terre
Offertes à tout le monde
Éparpillées
Émerveillées elles-même d'être de telles merveilles
Et qui n'osent se l'avouer
Comme une jolie fille nue qui n'ose se montrer
Avec les épouvantables malheurs du monde
Qui sont légion
Avec leurs légionnaires
Aves leur tortionnaires
Avec les maîtres de ce monde
Les maîtres avec leurs prêtres leurs traîtres et leurs reîtres
Avec les saisons
Avec les années
Avec les jolies filles et avec les vieux cons
Avec la paille de la misère pourrissant dans l'acier des canons.

....

...

Le paon fait la roue
Le hasard fait le reste
Dieu s’assoit dedans
Et l’homme le pousse

(Jacques Prévert / 1900-1977 / Paroles - La brouette ou les grandes inventions)
..

"Ils sont à table
Ils ne mangent pas
Ils ne sont pas dans leur assiette
Et leur assiette se tient toute droite
Verticalement derrière leur tête."
(Jacques Prévert / 1900-1977 / Paroles - La Cène)

… mais le pape l'interrompt
Ah! Foutez-moi la paix à la fin
je ne suis tout de même pas arrivé à mon âge et à la haute situation pour me laisser emmerder par
un malheureux petit libre penseur de rien du tout
venu je ne sais d'où
Je ne suis pas libre penseur dit le veilleur
je suis athée
Hein quoi dit le Saint-Père
et l'autre dans le tuyau de son oreille
l'autre se met à gueuler
Allo allo Saint-Père vous m'entendez
athée
A comme absolument athée
T comme totalement athée
H comme hermétiquement athée
é accent aigu comme étonnement athée
E comme entièrement athée
pas libre penseur
athée
il y a une nuance

(Jacques Prévert / 1900-1977 / Paroles - La crosse en l'air [feuilleton])
...

Dieu est un grand lapin
il habite plus haut que la terre
tout en haut là-haut dans les cieux
dans son grand terrier nuageux.

Dieu est aussi un prêteur sur gage
un vieil usurier
il se cache dans une bicoque
tout en haut de son mont de piété
et il prête à la petite semaine
au mois au siècle et à l'éternité.

Dieu est aussi un grand voyageur
et quand il voyage pas moyen de le faire tenir en place
il s'installe dans tous les wagons
et il descend dans tous les hôtels à la fois
à ces moments-là
tous les voyageurs marchent à pied
et couchent dehors

Dieu est aussi une grosse dinde de Noël
qui se fait manger par les riches
pour souhaiter la fête à son fils.
Alors les coudes sur la sainte table
le Diable regarde Dieu en face
avec un sourire de côté et il fait du pied aux anges
et Dieu est bien embêté.

(Jacques Prévert / 1900-1977)

.....
Et Dieu chassa Adam


Et Dieu chasse Adam à coups de canne à sucre
Et ce fut le premier rhum sur la terre
Et Adam et Eve trébuchèrent
Dans les vignes du Seigneur
La sainte Trinité les traquait
Mais ils s'obstinaient à chanter
D'une enfantine vois d'alphabet
Dieu et Dieu quatre
Dieu et Dieu quatre
Et la sainte Trinité pleurait sur le triangle isocèle et sacré
Un biangle isopoivre brillait
Et l'éclipsait.


*Ce message a été édité le May 8, 2025 2:28 AM par Epsilon*

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : mai 9, 2008  03:41

Dieu, le Diable, Adam, pour un athée, l'inspiration de Prévert est curieusement
religieuse.. avec tendresse et ironie, comme on parle souvent de ce que l'on aime..Je le
sens beaucoup plus croyant que beaucoup de pratiquants.

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : mai 10, 2008  01:54

GRIFOUILLIS
dans le fouillis gris

La douleur
des fois c'est à vomir, trop à voir, à ressentir,
mon cœur a mal à la tête et ma tête a
des haut-le-cœur.
Mais les amibes de nos amis sont nos amibes, et
quand ceux que j'aime s'abîment et tombent
dans leurs petits abîmes, avec eux je tombe
et j'ai peur de les perdre,
c'est toujours pareil, un beau jour de
calendrier, il y a eu quelque chose
de cassé,
aucune vitre ne me reste tellement elle
a été brisée, qui, la vitre,
quelle vitre, quelle huître,
le vitrier est un ouvrier,
l'huîtrier est un oiseau,
et les huîtriers du Congo tombent
de vertige des roseaux,
rien à faire quoi qu'on dise,
se taire,
je ne suis pas le aujourd'hui, je suis
le hier, et demain je
le refuse des deux mains.
Dès demain, j'essaierai
mais qu'est-ce que j'essaierai...

(Extrait de Soleil de nuit)

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : mai 10, 2008  10:47


Déjeuner du matin


Il a mis le café
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Avec la petite cuiller
Il a tourné
Il a bu le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler
Il a allumé
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres
Dans le cendrier
Sans me parler
Sans me regarder
Il s'est levé
Il a mis
Son chapeau sur sa tête
Il a mis
Son manteau de pluie
Parce qu'il pleuvait
Et il est parti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder
Et moi j'ai pris
Ma tête dans ma main
Et j'ai pleuré.

Jacques Prévert

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : mai 11, 2008  01:08

Il ne faut pas...

Il ne faut pas laisser les intellectuels jouer avec les allumettes
Parce que Messieurs quand on le laisse seul
le monde mental Messssieurs
N'est pas du tout brillant
Et sitôt qu'il est seul
Travaille arbitrairement
S'érigeant pour soi-même
Et soi-disant généreusement en l'honneur des travailleurs du
bâtiment
Un auto-monument
Répétons-le Messsssieurs
Quand on le laisse seul
Le monde mental
Ment
Monumentalement.

Summertime
Suisse
Messages : 4692

Date du message : mai 17, 2008  14:01

LE GRAND FRAISIER

Derrière un mur de triple verre
au grand musée des machines
dans un petit bloc de glace
une fraise des bois est exposée
le monde entier s'écrase pour contempler cette fraise
des barèmes disent la hauteur
de l'arbre qui donnait de ces fruits

Trois cent mètres

À côté de la fraise
des fragments de cet arbre
des écrous
enfin des graines
Tout petit cet arbre
le grand naturaliste Eiffel
l'avait rapporté à Paris dans son chapeau
Et l'on peut voir aussi le chapeau du savant
un cylindre de fer appelé tuyau de poêle
vestiges des temps anciens miraculeusement retrouvés
après des siècles de fouilles dans le très ancien
Champ-de-Mars où s'élevait le dernier arbre
le grand fraisier
dont le fruit était si utile aux dentistes de cette époque
arriérée
Arbre que les anciens ont appelé arbre de transmission
de la vie et de la mort

Dans une autre salle du musée
les carrosses de la même époque
avec des dessins représentant astucieusement des
hipocampes
et de nouveaux barèmes indiquant le nombre de ces
animaux
Vingt-deux chevaux
quarante chevaux etc.
Note
Les hippocampes étaient enfermés sous une capote à
       cause de l'eau capote que les anciens au langage très
       vite avaient baptisé capot

C'était l'époque où les ruines d'un Coeur Sacré bâti par
       Le Corbusier sans aucun doute une des dernières
       machines à prier et édifiée par les prêtres-ouvriers
       étaient sans cesse visitées par les touristes de toutes
       contrées

Sans aucun doute en Afrique l'époque heureuse des
       grandes oasis macadamisées venait à peine de
       commencer.
                                                (XXVème siècle après J.-C.)

(Jacques Prévert "Oeuvres complètes" NRF Gallimard /

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : mai 17, 2008  14:12

Je suis heureuse


Je suis heureuse
Il m'a dit hier
qu'il m'aimait
Je suis heureuse et fière
et libre comme le jour
Il n'a pas ajouté
que c'était pour toujours.

Fatras, Éd. Gallimard, Coll. Folio.

Summertime
Suisse
Messages : 4692

Date du message : mai 17, 2008  14:18

LES RAVAGES DE LA DELICATESSE

Un homme achète un journal puis le jette après l'avoir à peine parcouru.
Quelqu'un court derrière lui et le rattrape...
"Monsieur, vous avez fait tomber votre journal.
- Merci, dit l'homme
- Il n'y a pas de quoi, c'est la moindre des choses", reprend l'autre qui s'éloigne...
et l'homme n'ose jeter le journal à nouveau...et il le lit...et, noir sur blanc, apprend
une nouvelle qui modifie a vie.

Enervé et traqué il ne sait plus où il est, demande son chemin à un passant,
le passant s'arrête et avec joie, gentiment, lui explique longuement la marche à
suivre : c'est tout près, à deux pas.

Soudain l'homme se rappelle : ce n'est pas du tout cela, et même c'est tout à fait
la direction opposée, mais l'autre qui s'éloignait se retourne et sourit et l'homme
suit le chemin indiqué par le passant.

Il ne peut absolument pas faire autrement, il ne peut pas blesser ce passant
si aimable et le voilà perdu dans un absurde dédale, et la nuit tombe, et il
rencontre une femme qu'il a perdue de vue depuis cinq ans. Il lui lit la nouvelle parue
dans le journal, elle fond en larmes, tombe dans ses bras et sur eux le malheur
s'acharne exactement comme autrefois.

L'homme et la femme, à nouveau, ne sont plus qu'un seul être, supplicié par
leurs quatre vérités.

("Oeuvres complètes" - (Spectacle 1951)



Epsilon
Modérateur
France

Date du message : mai 17, 2008  16:10

Embrasse moi

C'était dans un quartier de la ville lumière
Où il fait toujours noir où il n'y a jamais d'air
Et l'hiver comme l'été là c'est toujours l'hiver
Elle était dans l'escalier
Lui à côté d'elle elle à côté de lui
C'était la nuit
Ça sentait le souffre
Car on avait tué des punaises dans l'après-midi
Et elle lui disait
Ici il fait noir
Il n'y a pas d'air
L'hiver comme l'été c'est toujours l'hiver
Le soleil du bon dieu ne brill' pas de notr' côté
Il a bien trop à faire dans les riches quartiers
Serre-moi dans tes bras
Embrasse-moi
Embrasse-moi longtemps
Embrasse-moi
Plus tard il sera trop tard
Notre vie c'est maintenant
Ici on crèv' de tout
De chaud et de froid
On gèle on étouffe
On n'a pas d'air
Si tu cessais de m'embrasser
Il me semble que j'mourais étouffée
T'as quinze ans j'en ai quinze
A nous deux on a trente
A trente ans on n'est plus des enfants
On a bien l'âge de travailler
On a bien celui de s'embrasser
Plus tard il sera trop tard
Notre vie c'est maintenant
Embrasse-moi !


...

Être ange

Être ange
C'est étrange
Dit l'ange
Etre âne
C'est étrâne
Dit l'âne
Cela ne veut rien dire
Dit l'ange en haussant les ailes
Pourtant
Si étrange veut dire quelque chose
Etrâne est plus étrange qu'étrange
Dit l'âne
Etrange est
Dit l'ange en tapant des pieds
Etranger vous-même
Dit l'âne
Et il s'envole.


Jacques Prévert


*Ce message a été édité le May 17, 2025 4:16 PM par Epsilon*

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : mai 28, 2008  11:52

A   D R I   E   N

Adrien ne fait pas la mauvaise tête !
Reviens !

La boule de neige
que tu m'avais jetée
à Chamonix
l'hiver dernier
je l'ai gardée
Elle est sur la cheminée
près de la couronne de mariée
de feu ma pauvre mère
qui mourut assassinée
par défunt mon père
qui mourut guillotiné
un triste matin d'hiver
ou de printemps...
Adrien ne fait pas la mauvaise tête !
Reviens !
j'ai eu des torts j'en conviens
je suis restée de longues années
sans rentrer
à la maison
Mais je te l'ai toujours caché
c'est que j'étais en prison !
J'ai eu des torts j'en conviens
souvent je battais le chien
mais je t'aimais bien !...
Adrien ne fait pas la mauvaise tête !
Reviens !
Et Brin d'osier
ton petit fox-terrier
qui est crevé
la semaine dernière
je l'ai gardé !
Il est dans le frigidaire
et quand parfois j'ouvre la porte
pour prendre de la bière
je vois la pauvre bête morte
ca me désespère!
Pourtant c'est moi qui l'ai fait
un soir pour passer le temps
en t'attendant...
Adrien ne fais pas la mauvaise tête !
reviens !
De la tour Saint-Jacques
je me suis jetée
avant-hier
je me suis tuée
à cause de toi
Hier on m'a enterrée
dans un très joli cimetière
et je pensais à toi
Et ce soir je suis revenue
dans l'appartement
où tu te promenais nu
du temps que j'étais vivante
et je t'attends...
Adrien ne fais pas la mauvaise tête !
Reviens !
J'ai eu des torts j'en conviens
je suis restée de longues années
sans rentrer à la maison
Mais je te l'ai toujours caché
c'est que j'étais en prison !
J'ai eu des torts, j'en conviens
souvent je battais le chien
mais je t'aimais bien !...
Adrien ne fait pas la mauvaise tête !
Reviens !


Jacques Prévert, Histoires.






*Ce message a été édité le May 28, 2025 11:55 AM par Epsilon*

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : mai 29, 2008  10:28

SOLEIL DE NUIT


je hurle à la lumière avec de l'encre et du papier
le soir tard
et je crie
tout de même
il y a la lumière
chacun a sa lumière
et le monde crève de froid
le monde a peur de se brûler les doigts
évidemment
c'est la lumière qui brille qui brûle qui fait cuire
et qui glace le sang
c'est la grande omelette surprise
le soleil avec des caillots de sang
lueur du cœur
lueur de l'amour
lueur
oh il faut la poursuivre cette lueur aveuglante
elle existe
elle crève les yeux
mais s'il faut que les yeux crèvent pour tout voir
crevez les yeux

soleil de nuit
lune de jour
étoiles de l'après-midi
battements de cœur avant l'amour
pendant l'amour
après l'amour

Jacques Prévert

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : novembre 30, 2009  03:45

ces poèmes de Prévert...je les avais un peu oubliés...Relire Prévert, c'est toujours un plaisir, et un plaisir
joyeux !

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : aout 29, 2010  13:01


CHANSON POUR CHANTER À TUE-TÊTE
ET À CLOCHE-PIED

Un immense brin d'herbe
Une toute petite forêt
Un ciel tout à fait vert
Et des nuages en osier
Une église dans une malle
La malle dans un grenier
Le grenier dans une cave


Sur la tour d'un château
Le château à cheval
A cheval sur un jet d'eau
Le jet d'eau dans un sac
A côté d'une rose
La rose d'un fraisier
Planté dans une armoire
Ouverte sur un champ de blé
Un champ de blé couché
Dans les plis d'un miroir
Sous les ailes d'un tonneau
Le tonneau dans un verre
Dans un verre à Bordeaux
Bordeaux sur une falaise
Où rêve un vieux corbeau
Dans le tiroir d'une chaise
D'une chaise en papier
En beau papier de pierre
Soigneusement taillé
Par un tailleur de verre
Dans un petit gravier
Tout au fond d'une mare
Sous les plumes d'un mouton
Nageant dans un lavoir
A la lueur d'un lampion
Éclairant une mine
Une mine de crayons
Derrière une colline
Gardée par un dindon
Un gros dindon assis
Sur la tête d'un jambon
Un jambon de faïence
Et puis de porcelaine
Qui fait le tour de France
A pied sur une baleine
Au milieu de la lune
Dans un quartier perdu
Perdu dans une carafe
Une carafe d'eau rougie
D'eau rougie à la flamme
A la flamme d'une bougie
Sous la queue d'une horloge
Tendue de velours rouge
Dans la cour d'une école
Au milieu d'un désert
Où de grandes girafes
Et des enfants trouvés
Chantent chantent sans cesse
A tue-tête à cloche-pied
Histoire de s'amuser
Les mots sans queue ni tête
Qui dansent dans leur tête
Sans jamais s'arrêter

Et on recommence
Un immense brin d'herbe
Une toute petite forêt...
................................

etc., etc., etc.


jacques Prévert
(à apprendre par coeur, pour votre prochaine randonnée...)

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : mai 22, 2011  11:50

L'école des Beaux-Arts.

   Dans une boite de paille tressée
Le père choisit une petite boule de papier
   Et il la jette
   Dans la cuvette
Devant ses enfants intrigués
   Surgit alors
   Multicolore
La grande fleur japonaise
Le nénuphar instantané
Et les enfants se taisent
   Emerveillés
Jamais plus tard dans leur souvenir
Cette fleur ne pourra se faner
   Cette fleur subite
   Faite pour eux
   A la minute
   Devant eux.

Jacques Prévert. Paroles".






Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : mai 22, 2011  12:02

Le miroir brisé;

Le petit homme qui chantait sans cesse
le petit homme qui dansait dans ma tête
   le petit homme de la jeunesse
   a cassé son lacet de soulier
   et toutes les baraques de la fête
   tout d'un coup se sont écroulées
   et dans le silence de cette fête
   dans le désert de cette fête
j'ai entendu ta voix heureuse
   ta voix déchirée et fragile
   enfantine et désolée
venant de loin et qui m'appelait
et j'ai mis ma main sur mon coeur
   où remuait
   ensanglantés
Les septs éclats de glace de ton rire étoilé.

Jacques Prévert.

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