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  Famille : Révèlations poètiques.


Ce sujet fait partie de la famille Révèlations poètiques.. Cette famille est semi-privée. Vous pouvez lire le contenu de cette famille mais vous devez vous y inscrire pour échanger.



Auteur

Sujet : Walt whitman (une femme m'attend ! )

Canari07
France
Messages : 2140

Date du message : septembre 23, 2010  11:38

Ce grand poète américain .. qu' Epsilon m'a fait connaître il y a quelques mois
maintenant mérite bien de figirer dans révélations poètiques ...
Merci Epsilon .. !!!

Walt Whitman (31 mai 1819 - 26 mars 1892) poète et humaniste Américain, né à Long
Island, New York. Son chef-d'œuvre est sans conteste son recueil de poèmes Leaves of
Grass (litt. Feuilles d'herbe)

Il naquit le 31 mai 1819 dans une ferme près de l'actuelle South Huntington, Long Island.
Il fut le deuxième de neuf enfants. Sa famille déménagea à Brooklyn en 1823, où il suivit
six ans de scolarité seulement, avant d'entrer comme apprenti dans un atelier
d'imprimerie

Whitman et l'homosexualité (source Wikipédia )

Walt Whitman et Bill DuckettUn élément qu'on ne peut passer sous silence au sujet de la
vie et de l'œuvre de Walt Whitman est son homosexualité, que trahit son admiration pour
les idéaux de camaraderie virile du XIXe siècle ou plus crûment ses descriptions quasi
masturbatoires du corps masculin (Song of Myself - c-à-d Ballade de moi-même). Tout
cela entre en complète contradiction avec l'indignation dont faisait montre Whitman
lorsqu'il était confronté à ce genre de texte, qu'il louait la chasteté et stigmatisait la
masturbation.

Toutefois, la critique récente est encline à croire que ses poèmes reflétaient les vrais
sentiments de Whitman envers son sexe, alors qu'il s'efforçait plus ou moins de
préserver sa réputation en public. À titre d'exemple, dans Once I Pass'd Through A
Populous City, il fit du « bien-aimé » une « bien-aimée » avant la publication. Il alla
jusqu'à s'inventer six enfants naturels pour corriger sa réputation.

Pendant la guerre de Sécession, la camaraderie intense qui régnait sur les lignes de
front en Virginie, que Whitman visita en qualité d'infirmier, nourrit ses idées sur la
convergence de l'homosexualité et de la démocratie. Dans Democratic Vistas, il fit pour la
première fois la distinction entre l’amative love (qui serait en fait l'amour hétérosexuel) et
l’adhesive love (qui serait l'amour homosexuel), en s'appuyant sur les résultats d'une
pseudo-science, la phrénologie. Il y voit « l'amour adhésif » comme une éventuelle
colonne vertébrale d'une meilleure forme de démocratie, comme « un contre-poids et un
recalage dans notre démocratie d'Amérique, matérialiste et vulgaire ».

Dans les années 1970, le mouvement d'émancipation homosexuel fit de Whitman son
chantre, en se référant à ses idées subversives et inverties et en le comparant à Jean
Genet pour son amour envers de jeunes hommes ouvriers (We Two Boys Together
Clinging). Les poèmes « Calamus » notamment, rédigés à la suite d'une relation brisée
(vraisemblablement homosexuelle), contiennent des passages qui furent interprétés
comme le coming out d'un homosexuel. Le titre seul de ces poèmes trahit déjà leur
connotations homosexuelles aux initiés, puisque la Calamus est une plante qui tient son
nom du dieu Calamus, qui selon la mythologie dut endurer la mort de son jeune amant
Carpus.

En dépit des preuves fournies par exemple par des amis poètes tels George Sylvester
Viereck et Edward Carpenter, qui toutes abondent dans le sens, à savoir que Walt
Whitman n'eut pas que de simples penchants homosexuels refoulés mais pratiqua bien
l'homosexualité, cette facette de sa personnalité est souvent occultée lorsqu'on présente
son œuvre. On peut par exemple mentionner sa relation présumée avec Bill Duckett, un
jeune homme qu'il fréquentait entre 1884 et 1889.



UNE FEMME M'ATTEND!

Une femme m'attend
Une femme m'attend, elle contient tout, rien n'y manque ;
Mais tout manquerait, si le sexe n'y était pas, et si pas la sève de l'homme qu'il faut.
Le sexe contient tout, corps, âmes,
Idées, preuves, puretés, délicatesses, fins, diffusions,
Chants, commandements, santé, orgueil, le mystère de la maternité, le lait séminal,
Tous espoirs, bienfaisances, dispensations, toutes passions, amours, beautés, délices
de la terre,
Tous gouvernements, juges, dieux, conducteurs de la terre,
C'est dans le sexe, comme autant de facultés du sexe, et toutes ses raisons d'être.
Sans douté, l'homme, tel que je l'aime, sait et avoue les délices de son sexe,
Sans doute, la femme, telle que je l'aime, sait et avoue les délices du sien.
Ainsi, je n'ai que faire des femmes insensibles,
Je veux aller avec celle qui m'attend, avec ces femmes qui ont le sang chaud et peuvent
me faire face,
Je vois qu'elles me comprennent et ne se détournent pas.
Je vois qu'elles sont dignes de moi. C'est de ces femmes que je veux être le solide
époux.
Elles ne sont pas moins que moi, en rien ;
Elles ont la face tannée par les soleils radieux et les vents qui passent,
Leur chair a la vieille souplesse divine, le bon vieux ressort divin ;
Elles savent nager, ramer, monter à cheval, lutter, chasser, courir, frapper, fuir et attaquer,
résister, se défendre.
Elles sont extrêmes dans leur légitimité, - elles sont calmes, limpides, en parfaite
possession d'elles-mêmes.
Je t'attire à moi, femme.
Je ne puis te laisser passer, je voudrais te faire un bien ;
Je suis pour toi et tu es pour moi, non seulement pour l'amour de nous, mais pour
l'amour d'autres encore,
En toi dorment de plus grands héros, de plus grands bardes,
Et ils refusent d'être éveillés par un autre homme que moi.
C'est moi, femme, je vois mon chemin ;
Je suis austère, âpre, immense, inébranlable, mais je t'aime ;
Allons, je ne te blesse pas plus qu'il ne te faut,
Je verse l'essence qui engendrera des garçons et des filles dignes de ces Etats-Unis ; j'y
vais d'un muscle rude et attentionné,
Et je m'enlace bien efficacement, et je n'écoute nulles supplications,
Et je ne puis me retirer avant d'avoir déposé ce qui s'est accumulé si longuement en moi,
A travers toi je lâche les fleuves endigués de mon être,
En toi je dépose un millier d'ans en avant,
Sur toi je greffe le plus cher de moi et de l'Amérique,
Les gouttes que je distille en toi grandiront en chaudes et puissantes filles, en artistes de
demain, musiciens, bardes ;
Les enfants que j'engendre en toi engendreront à leur tour,
Je demande que des hommes parfaits, des femmes parfaites sortent de mes frais
amoureux ;
Je les attends, qu'ils s'accouplent un jour avec d'autres, comme nous accouplons à cette
heure,
Je compte sur les fruits de leurs arrosements jaillissants, comme je compte sur les fruits
des arrosements jaillissants que je donne en cette heure.
Et je surveillerai les moissons d'amour, naissance, vie, mort, immortalité, que je sème
en cette heure, si amoureusement.
Ce poème en V.O.
Walt Whitman (Traduction de Jules Laforgue)

Une qui est belle aussi c'est Ô ÉTOILE DE FRANCE ... !!! A suivre ../...

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : octobre 23, 2007  11:57

je n'aime pas tellement cette présentation de Walt Whitman. Mais pour sa poésie c'est
tout bon.

Canari07
France
Messages : 2140

Date du message : octobre 23, 2007  14:46


Pour la présention .. excuses moi Grim .. mais je n'ai peut être pas résumé l'essentiel ..
pour ça je ne suis pas très douée ..

Bonne lecture .. !!!

ÉTOILE DE FRANCE (1870-1871 )
      
Ô Étoile de France
Le rayonnement de ta foi, de ta puissance, de ta gloire,
Comme quelque orgueilleux vaisseau qui si longtemps mena toute l'escadre,
Tu es aujourd'hui, désastre poussé par la tourmente, une carcasse démâtée ;
Et au milieu de ton équipage affolé, demi-submergé,
Ni timon, ni timonier.
Étoile sinistrement frappée,
Astre, non de la seule France, symbole de mon âme ses plus précieuses espérances,
Lutte et audace, divine furie de liberté,
Astres d'aspirations vers l'idéal lointain, rêves enthousiastes de fraternité,
Astre de terreur pour le tyran et le prêtre.
Étoile crucifiée, vendue, par des traîtres,
Étoile palpitante sur un pays de mort, héroïque pays,
Étrange, passionné, railleur, frivole pays !
Malheureuse ! Mais je ne veux pas te blâmer, maintenant, pour tes erreurs, tes vanités,
tes péchés ;
Ton infortune et tes souffrances sans exemple ont tout racheté,
Et t'ont laissé sacrée.
Parce que, dans toutes tes fautes, ton but fut toujours haut placé,
Parce que tu ne te serais jamais vendue quelque grand que fût le prix,
Parce que certainement tu te réveilles de ta mauvaise ivresse et pleurante,
Parce que seule parmi tes sœurs, toi géante, tu déchiras ceux qui te déshonoraient,
Parce que tu ne pourrais pas, tu ne voudrais pas porter les chaînes traditionnelles,
Pour cela cette crucifixion, ta face livide, tes pieds et tes mains cloués,
La lance enfoncée dans ton flanc.

Ô Étoile ! Ô vaisseau de France, mis en fuite et bafoué !
Soutiens-toi astre frappé ! Ô vaisseau, repars !
Aussi sûrement que le vaisseau de tout, la Terre elle-même,
Produit d'un incendie de mort et du tumultueux chaos,
Se dégageant de ses spasmes de rage et de ses déjections,
Et apparaissant enfin, tout en puissance et beauté,
Et se mettant à suivre son cours sous le soleil,
Ainsi toi, ô vaisseau de France !

Finis les jours, chassés les nuages,
Accomplis l'œuvre de peine et la métamorphose longtemps cherchée.
Voyez! ressuscitée, haut au-dessus du monde européen,
(Et répondant en allégresse, et comme face à face de loin, à nos Etats-Unis)
De nouveau, ton étoile, ô France, belle resplendissante étoile,
Dans la paix céleste, plus pure, plus radieuse que jamais,
Rayonnera immortelle.

Ce poème en V.O.
Walt Whitman (Traduction de Jules Laforgue)




-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : octobre 24, 2007  03:00

Curieux...par moment on croirait presque à du Péguy...

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : octobre 24, 2007  03:03

Ce n'est pas le résumé pour lequel j'émettais des réserves mais l'étude du personnage .
bien au de là... de ce qui est écrit là

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : octobre 27, 2007  07:56

et le célèbrissime " O capitaine"" poème clé du film "le cercle ds poètes disparus"

O Capitaine ! Mon Capitaine !

O Capitaine ! Mon Capitaine ! Finie notre effrayante traversée !
Le navire a tous écueils franchi, le trophée que nous cherchions est conquis
Le port est proche, j'entends les cloches, la foule qui exulte,
En suivant la stable carène des yeux, le vaisseau brave et farouche.
Mais ô cœur ! cœur ! cœur !
O les gouttes rouges qui saignent
Sur le pont où gît mon Capitaine,
Étendu, froid et sans vie.



O Capitaine ! Mon Capitaine ! Dresse-toi, entends les cloches.
Dresse-toi - pour toi le drapeau est hissé - pour toi le clairon vibre,
Pour toi bouquets et couronnes enrubannées - pour toi les rives noires de monde,
Vers toi qu'elle réclame, la masse mouvante tourne ses faces ardentes.
Tiens, Capitaine ! Père chéri !
Ce bras passé sous ta tête,
C'est un rêve que sur le pont
Tu es étendu, froid et sans vie.



Mon Capitaine ne répond pas, ses lèvres sont livides et immobiles;
Mon père ne sent pas mon bras, il n'a plus pouls ni volonté.
Le navire est ancré sain et sauf, son périple clos et conclu.
De l'effrayante traversée le navire rentre victorieux avec son trophée.
O rives, exultez, et sonnez, ô cloches !
Mais moi d'un pas accablé,
j'arpente le pont où gît mon capitaine,
Étendu, froid et sans vie.


(Wikipédia Google)

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : octobre 29, 2007  13:20

citation de Walt Whitman (feuilles d'herbe) docu Google

Morceau choisi
Jeunesse vaste aimante et vigoureuse, jeunesse gracieuse, force fascinante, Sais-tu
que la vieillesse viendra sur tes talons avec non moins de grâce, de force ou de
fascination ?
Jour en plénitude de fleur, jour splendide, jour de l'immense soleil, du rire, de l'action
ambitieuse, La Nuit viendra après toi, ses millions de soleil, son sommeil, son obscurité
rafraîchissante.


- page : 317 - éditeur : Gallimard - date d'édition : 2002 -



Canari07
France
Messages : 2140

Date du message : octobre 30, 2007  09:30

Extrait de feuilles d'herbe

Walt Whitman, a kosmos, of Manhattan the son,

Turbulent, fleshy, sensual, eating, drinking and breeding,
No sentimentalist, no stander above men and women or apart from them,
No more modest than immodest.
Unscrew the locks from the doors!
Unscrew the doors themselves from their jambs!
Whoever degrades another degrades me,
And whatever is done or said returns at last to me.
Through me the afflatus surging and surging, through me the current and index.
I speak the pass-word primeval, I give the sign of democracy,
By God! I will accept nothing which all cannot have their counterpart of on the same terms.
Through me many long dumb voices,
Voices of the interminable generations of prisoners and slaves,
Voices of the diseas'd and despairing and of thieves and dwarfs,
Voices of cycles of preparation and accretion,
And of the threads that connect the stars, and of wombs and of the father-stuff,
And of the rights of them the others are down upon,
Of the deform'd, trivial, flat, foolish, despised,
Fog in the air, beetles rolling balls of dung.
Through me forbidden voices,
Voices of sexes and lusts, voices veil'd and I remove the veil,
Voices indecent by me clarified and transfigur'd.
I do not press my fingers across my mouth,
I keep as delicate around the bowels as around the head and heart,
Copulation is no more rank to me than death is.
I believe in the flesh and the appetites,
Seeing, hearing, feeling, are miracles, and each part and tag of me is a miracle.
Divine am I inside and out, and I make holy whatever I touch or am touch'd from,
The scent of these arm-pits aroma finer than prayer,
This head more than churches, bibles, and all the creeds.

Traduit en Francais ... !!!


Fils de Manhattan, Walt Whitman, un Kosmos !
Turbulent, charnel, sensuel, mangeur,
buveur, baiseur,
Pas sentimental, pas au-dessus des autres hommes, ni des autres femmes, ni à part
d'eux,
Ni plus immodeste que modeste.
Qu'on dévisse les serrures aux portes!
Qu'on dévisse les portes de leurs charnières!
Si quiconque avilit quelqu'un, c'est moi qu'il avilit,
Tout ce qu'on dit ou fait, à la fin me revient.
En moi, la foule des vagues de l'afflatus, en moi le courant et l'index.
J'énonce le mot de passe primitif, je donne le signe de la démocratie,
Bon Dieu ! Je n'accepterai rien dont personne n'aurait la contrepartie aux mêmes termes.
Par moi, toutes ces voix longtemps muettes,
Ces voix d'interminables générations de prisonniers, d'esclaves,
Ces voix de désespérés, de malades, de voleurs, de nabots,
Ces voix de cycles de préparation, d'accrétion,
De fils connectant les étoiles, d'utérus, de semence de père,
De droits d'individus oppressés par d'autres,
De difformes, de laids, de plats, de méprisés, d'imbéciles,
De la brume dans l'air, du scarabée roulant sa boule de fumier.
Par moi les voix interdites
Les voix de la faim sexuelle, voix voilées - et moi j'enlève le voile -,
Les voix indécentes, clarifiées, transfigurées par mes soins.
Je ne me comprime pas la bouche, avec les doigts,
Je n'ai pas moins de délicatesse pour les intestins que pour la tête ou le coeur,
Le coït n'est pas plus sale pour moi que la mort,
Je crois à la chair, ses appétits,
Voir, ouïr, toucher sont des miracles, pas une des particules qui ne soit miracle.
Divin, je suis, dedans, dehors, sanctifie ce que je touche, ce qui me touche,
L'odeur de mes aisselles est arôme plus subtil que la prière,
Ma tête mieux qu'églises, que bibles, que credo...
                                                          (du Club des Poetes)

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : novembre 1, 2007  05:35

Celui-là, il passe pas.....burk...   On peut pas tout aimer dans un poète....

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : mars 30, 2008  10:13

eh bien maintenant, quatre mois après, même ce dernier, j'aime....

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : mars 31, 2008  13:28


Le manège des âges par cycles s’en revenant

Le manège des âges par cycle s’en revenant,
L’indestructible ronde, ronde immortelle,
Moi, phallique, plein de sève, puissance de reins originelle,
tendresse totale,
Chante mes chants Adamiques,
Appelle dans le nouveau jardin à l’Ouest des grande cités,
Prélude en mon délire aux générations, fais offrande
D’elles-même, de moi-même,
Me baigne dans le Sexe, y baigne mes chant,
Graines de mes reins

Feuilles d'herbe (les Cahiers Rouges, Grasset )

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : mai 14, 2008  06:40

POÈTES A VENIR

Poètes à venir ! orateurs, chanteurs, musiciens à venir !
Ce n'est pas aujourd'hui à me justifier et répondre qui je suis,
Mais vous, une nouvelle génération, pure, puissante, continentale, plus grande qu'on ait
jamais vu,
Levez-vous ! Car vous devez me justifier.
Moi, je n'écris qu'un ou deux mots indicatifs pour l'avenir ;
Moi, j'avance un instant et seulement pour tourner et courir arrière dans les ténèbres.
Je suis un homme qui flânant le long, sans bien s'arrêter, tourne par hasard un regard
vers vous et puis se détourne.
Vous laissant le soin de l'examiner et de le définir,
En attendant de vous le principal.

traduction Jules Laforgue

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : mai 16, 2008  03:51

extrait du recueil (verset 24 "Feuilles d'herbe", Whitman (1819-1892)


Chant de moi-même


Walt Whitman, un cosmos, de Manhattan le fils, Turbulent, bien en chair, sensuel,
mangeant, buvant et procréant,
Pas sentimental, pas dressé au-dessus des autres ou à l'écart d'eux
Pas plus modeste qu'immodeste.


Arrachez les verrous des portes!
Arrachez les portes mêmes de leurs gonds!


Qui dégrade autrui me dégrade
Et rien ne se dit ou se fait, qui ne retourne enfin à moi.


A travers moi le souffle spirituel s'enfle et s'enfle, à travers moi c'est le courant et c'est
l'index.


Je profère le mot des premiers âges, je fais le signe de démocratie,


Par Dieu! Je n'accepterai rien dont tous ne puissent contresigner la copie dans les
mêmes termes.
A travers moi des voix longtemps muettes


Voix des interminables générations de prisonniers, d'esclaves,


Voix des mal portants, des désespérés, des voleurs, des avortons,
Voix des cycles de préparation, d'accroissement,
Et des liens qui relient les astres, et des matrices et du suc paternel.
Et des droits de ceux que les autres foulent aux pieds,
Des êtres mal formés, vulgaires, niais, insanes, méprisés,
Brouillards sur l'air, bousiers roulant leur boule de fiente.


A travers moi des voix proscrites,
Voix des sexes et des ruts, voix voilées, et j'écarte le voile,
Voix indécentes par moi clarifiées et transfigurées.


Je ne pose pas le doigt sur ma bouche
Je traite avec autant de délicatesse les entrailles que je fais la tête et le coeur.
L'accouplement n'est pas plus obscène pour moi que n'est la mort.
J'ai foi dans la chair et dans les appétits,
Le voir, l'ouïr, le toucher, sont miracles, et chaque partie, chaque détail de moi est un
miracle.


Divin je suis au dedans et au dehors, et je sanctifie tout ce que je touche ou qui me
touche.
La senteur de mes aisselles m'est arôme plus exquis que la prière,
Cette tête m'est plus qu'église et bibles et credos.


Si mon culte se tourne de préférence vers quelque chose, ce sera vers la propre
expansion de mon corps, ou vers quelque partie de lui que ce soit.
Transparente argile du corps, ce sera vous!
Bords duvetés et fondement, ce sera vous!
Rigide coutre viril, ce sera vous!
D'où que vous veniez, contribution à mon développement, ce sera vous!
Vous, mon sang riche! vous, laiteuse liqueur, pâle extrait de ma vie!
Poitrine qui contre d'autres poitrines se presse, ce sera vous!
Mon cerveau ce sera vos circonvolutions cachées!
Racine lavée de l'iris d'eau! bécassine craintive! abri surveillé de l'oeuf double! ce sera
vous!
Foin emmêlé et révolté de la tête, barbe, sourcil, ce sera vous!
Sève qui scintille de l'érable, fibre de froment mondé, ce sera vous!
Soleil si généreux, ce sera vous!
Vapeurs éclairant et ombrant ma face, ce sera vous!
Vous, ruisseaux de sueurs et rosées, ce sera vous!
Vous qui me chatouillez doucement en frottant contre moi vos génitoires, ce sera vous!
Larges surfaces musculaires, branches de vivant chêne, vagabond plein d'amour sur
mon chemin sinueux, ce sera vous!
Mains que j'ai prises, visage que j'ai baisé, mortel que j'ai touché peut-être, ce sera vous!


Je raffole de moi-même, mon lot et tout le reste est si délicieux!
Chaque instant et quoi qu'il advienne me pénètre de joie,
Oh! je suis merveilleux!
Je ne sais dire comment plient mes chevilles, ni d'où naît mon plus faible désir.
Ni d'où naît l'amitié qui jaillit de moi, ni d'où naît l'amitié que je reçois en retour.


Lorsque je gravis mon perron, je m'arrête et doute si ce que je vois est réel.
Une belle-de-jour à ma fenêtre me satisfait plus que toute la métaphysique des livres.
Contempler le lever du jour!
La jeune lueur efficace les immenses ombres diaphanes
L'air fleure bon à mon palais.
Poussées du mouvant monde, en ébrouements naïfs, ascension silencieuse, fraîche
exsudation,
Activation oblique haut et bas.
Quelque chose que je ne puis voir érige de libidineux dards
Des flots de jus brillant inondent le ciel.


La terre par le ciel envahie, la conclusion quotidienne de leur jonction
Le défi que déjà l'Orient a lancé par-dessus ma tête,
L'ironique brocard: Vois donc qui de nous deux sera maître!


Walt Whitman (Traduction d'André Gide)

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : juin 24, 2008  04:28

De l'immense Walt Whitman :


IV. Les explorateurs

O vaste Rondeur qui nages dans l'espace,
tout enveloppée de visible puissance et de beauté -
la lumière et le jour alternant avec l'obscurité spirituellement foisonnante, hautes
processions indicibles de soleil, de lune et d'étoiles sans nombre, là haut,
et en bas, les herbes et les eaux multiples,
dans un dessein impénétrable, quelque intention prophétique cachée -
pour la première fois maintenant il semble que mon esprit commence à t'embrasser.


Descendant des jardins de l'Asie,
apparaissent Adam et Eve, suivis de leur progéniture innombrable;
ils errent, languissent, sans repos explorant,
s'interrogeant, déconcertés, confus, fébriles, le coeur jamais heureux,
avec sans cesse cette triste rengaine - «Pourquoi donc, âme insatisfaite?»
«Vers où, ô vie railleuse?»
Ah! Qui apaisera ces enfants fébriles?
Qui justifiera ces explorations sans repos?
Qui dira le secret de la terre impassible?


Pourtant, mon âme, sois sûre que ce dessein premier demeure et sera poursuivi,
peut être même que le temps en est venu.
Après que les mers auront toutes été parcourues,
après que les grands capitaines et ingénieurs auront accompli leur tâche,
après les nobles inventeurs,
finalement viendra le poète digne de ce nom,
le vrai fils de Dieu viendra et chantera ses chants.


Oh! Nous ne pouvons plus attendre!
Nous aussi, ô mon âme, embarquons
et joyeux, nous aussi lançons-nous sur des mers vierges de sillages,
intrépides, vers des rivages inconnus sur des vagues d'extase,
parmi les vents qui nous poussent (tu me serres contre toi, je te serre contre moi, ô mon
Ame!),
chantant gais et libres, entonnant notre chant de Dieu,
chantant notre cantique d'une exploration riche de plaisirs.


O mon âme, tu me donnes ces plaisirs et moi à toi,
lorsque nous sillonnons les mers, ou que nous parcourons les collines, ou que nous
veillons la nuit.
Des pensées, de silencieuses pensées de Temps, d'Espace et de Mort, s'écoulant
comme de l'eau,
me portent vraiment comme à travers des contrées infinies
dont je respire l'air, dont j'entends la risée, me lavent tout entier,
me baignent, ô Dieu, en toi, m'élevant vers toi,
et moi et mon âme parcourons les horizons à portée de toi.


Ô toi, transcendant,
toi sans nom, la fibre et le souffle,
toi lumière de la lumière, semant devant toi des univers, toi leur centre.
Je me recroquevillerais à l'instant à la pensée de Dieu,
devant la Nature et ses merveilles, Temps, Espace et Mort,
si, me retournant, je ne faisais appel à toi, ô mon âme, toi le vrai moi.
Et voici que tu maîtrises doucement le cours des astres,
tu fais échec au Temps, tu souris heureuse à la Mort,
tu te gonfles et remplis les immensités de l'Espace.


Plus grande que les étoiles ou les soleils,
bondissante, ô mon âme, tu pousses plus avant ton voyage.


Partons, ô mon âme! Lève l'ancre à l'instant!
Coupe les amarres - hâle les bouts - largue une à une chaque voile!
Prends le large - ne mets le cap que sur les grands fonds!
Téméraire, ô mon âme, dans tes explorations, moi avec toi et toi avec moi,
car nous sommes en partance pour ces lieux où aucun marin n'a encore jamais osé aller,
et nous risquerons le navire, nous-mêmes et tout le reste.
Ô mon âme valeureuse!
Oh, vogue, vogue plus loin!
Ô joie audacieuse mais sûre! Les mers ne sont-elles pas toutes de Dieu?
Oh, vogue, vogue plus loin!

Walt Whitman
(Traduction: Philippe Gaulhiac)

-grimalkin-
Modérateur
France

Date du message : décembre 26, 2009  03:53


   

A Sea symphony   (l'intégrale...)


I. Un chant pour toutes les mers, pour tous les bateaux Voyez d'abord la mer,
puis sur sa poitrine sans limite, dilatée, les bateaux;
voyez comme leurs voiles blanches, gonflées dans le vent, émaillent le vert et le bleu.
Voyez les vapeurs qui, jetant leur panache, entrent dans le port ou en sortent.
Voyez ténébreuses et ondoyantes, les longues oriflammes de fumée.
Voyez d'abord la mer,
puis sur sa poitrine sans limite, dilatée, les bateaux.


Aujourd'hui un bref récitatif rudimentaire,
de bateaux sillonnant les mers, avec chacun son pavillon ou son fanion personnel,
de héros anonymes, leurs équipages,
de vagues qui s'étendent, s'étendent à perte de vue,
d'embruns qui cinglent, et ces vents qui sifflent et soufflent,
d'où surgit un hymne aux marins de toutes les nations,
fluctuant comme une houle.
De capitaines jeunes et vieux, de seconds, et de tous les matelots intrépides,
des quelques uns, l'élite, taciturnes, que le destin ne peut jamais surprendre ni la mort
effrayer,
pris avec parcimonie, sans bruit, par toi, vieil océan, choisis par toi
- Toi mer qui prends et cueilles cette race, au jour dit, et qui unis les nations -,
allaités par toi, vieille nourrice rauque, t'incarnant,
indomptables, indomptés comme toi.


Envoie, ô mer, les différents pavillons de tes nations!
Envoie, visibles comme toujours, les fanions divers!
Mais réserve tout spécialement pour toi et pour l'âme de l'homme un pavillon au dessus
de tous les autres,
un fanion spirituel tissé pour toutes les nations, emblème de l'homme, exalté au dessus
de la mort.
Témoignage de tous les braves capitaines et de tous les intrépides matelots et seconds,
et de tous ceux qui se sont noyés en faisant leur devoir,
qui célèbre leur mémoire, tressé de tous les capitaines intrépides, jeunes ou vieux,
une oriflamme universelle, qui ondoie légère à jamais au dessus de tous les braves
marins,
de toutes les mers, de tous les bateaux.

II. Sur la plage, seul, la nuit

Sur la plage, seul, la nuit,
tandis que la vieille mère se balance, en avant puis en arrière, et chante sa chanson
rauque
alors que je regarde l'éclat des étoiles brillantes, me vient une pensée sur la clé des
univers et du futur.
Une vaste similitude entrelace toute chose,
toutes les distances d'espace si grandes soient-elles,
toutes les distances de temps,
toutes les âmes, tous les corps vivants pour différents qu'ils soient,
toutes les nations, toutes les identités qui ont existé ou peuvent exister,
toutes les vies et les morts, tout du passé, du présent, du futur,
cette vaste similitude les embrasse, les a toujours embrassés
               et à tout jamais les embrassera et les tiendra étroitement enserrés et ceints.

III. (Scherzo) Les vagues

Derrière le navire, derrière les vents qui sifflent,
derrière les voiles gris-blanc tendues sur leurs mâtures et leurs gréements,
en bas, une myriade, myriade de vaques qui se hâtent, se haussent du col,
tendent en un flux incessant vers le sillage du navire,
vagues de l'océan qui bouillonnent et gargouillent, espiègles et curieuses,
vagues, vagues ondulantes, vagues liquides, inégales, rivales,
vers ce courant tourbillonnant, qui rient et se chevauchent en courbes,
là ou la grande nef, virant de bord dans sa marche, a déplacé la surface.
Vagues plus grandes et plus petites qui flottent nostalgiques sur l'étendue de l'océan
- le sillage du navire après son passage -
flamboyantes et folâtres sous le soleil,
une procession bigarrée en mille mouchetures d'écume et en mille éclats,
suivant le navire majestueux et rapide, le suivant en son sillage.

IV. Les explorateurs (déjà ,édité)

O vaste Rondeur qui nages dans l'espace,
tout enveloppée de visible puissance et de beauté -
la lumière et le jour alternant avec l'obscurité spirituellement foisonnante, hautes
processions indicibles de soleil, de lune et d'étoiles sans nombre, là haut,
et en bas, les herbes et les eaux multiples,
dans un dessein impénétrable, quelque intention prophétique cachée -
pour la première fois maintenant il semble que mon esprit commence à t'embrasser.


Descendant des jardins de l'Asie,
apparaissent Adam et Eve, suivis de leur progéniture innombrable;
ils errent, languissent, sans repos explorant,
s'interrogeant, déconcertés, confus, fébriles, le coeur jamais heureux,
avec sans cesse cette triste rengaine - «Pourquoi donc, âme insatisfaite?»
«Vers où, ô vie railleuse?»
Ah! Qui apaisera ces enfants fébriles?
Qui justifiera ces explorations sans repos?
Qui dira le secret de la terre impassible?


Pourtant, mon âme, sois sûre que ce dessein premier demeure et sera poursuivi,
peut être même que le temps en est venu.
Après que les mers auront toutes été parcourues,
après que les grands capitaines et ingénieurs auront accompli leur tâche,
après les nobles inventeurs,
finalement viendra le poète digne de ce nom,
le vrai fils de Dieu viendra et chantera ses chants.


Oh! Nous ne pouvons plus attendre!
Nous aussi, ô mon âme, embarquons
et joyeux, nous aussi lançons-nous sur des mers vierges de sillages,
intrépides, vers des rivages inconnus sur des vagues d'extase,
parmi les vents qui nous poussent (tu me serres contre toi, je te serre contre moi, ô mon
Ame!),
chantant gais et libres, entonnant notre chant de Dieu,
chantant notre cantique d'une exploration riche de plaisirs.


O mon âme, tu me donnes ces plaisirs et moi à toi,
lorsque nous sillonnons les mers, ou que nous parcourons les collines, ou que nous
veillons la nuit.
Des pensées, de silencieuses pensées de Temps, d'Espace et de Mort, s'écoulant
comme de l'eau,
me portent vraiment comme à travers des contrées infinies
dont je respire l'air, dont j'entends la risée, me lavent tout entier,
me baignent, ô Dieu, en toi, m'élevant vers toi,
et moi et mon âme parcourons les horizons à portée de toi.


Ô toi, transcendant,
toi sans nom, la fibre et le souffle,
toi lumière de la lumière, semant devant toi des univers, toi leur centre.
Je me recroquevillerais à l'instant à la pensée de Dieu,
devant la Nature et ses merveilles, Temps, Espace et Mort,
si, me retournant, je ne faisais appel à toi, ô mon âme, toi le vrai moi.
Et voici que tu maîtrises doucement le cours des astres,
tu fais échec au Temps, tu souris heureuse à la Mort,
tu te gonfles et remplis les immensités de l'Espace.


Plus grande que les étoiles ou les soleils,
bondissante, ô mon âme, tu pousses plus avant ton voyage.


Partons, ô mon âme! Lève l'ancre à l'instant!
Coupe les amarres - hâle les bouts - largue une à une chaque voile!
Prends le large - ne mets le cap que sur les grands fonds!
Téméraire, ô mon âme, dans tes explorations, moi avec toi et toi avec moi,
car nous sommes en partance pour ces lieux où aucun marin n'a encore jamais osé aller,
et nous risquerons le navire, nous-mêmes et tout le reste.
Ô mon âme valeureuse!
Oh, vogue, vogue plus loin!
Ô joie audacieuse mais sûre! Les mers ne sont-elles pas toutes de Dieu?
Oh, vogue, vogue plus loin!

Walt Whitman
(Traduction: Philippe Gaulhiac)