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Famille : Carnets de voyages.
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Auteur
Sujet : Périple vietnamien d'avril 2004.
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moa |
Date du message : décembre 10, 2009 11:37 |
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Dimanche 11 avril. Nous arrivons à Hanoi. A l'aéroport, les policiers sont toujours aussi tatillons. Celui qui regarde mon passeport me fixe un long, très long moment sans rien dire. Me rendant compte que j'ai la main sur le menton, je l'enlève… Se montrant satisfait, l'homme cesse de me fixer et me rend mon passeport! Après les formalités et les valises récupérées, une jeune fille se présente, mais le guide traducteur qui nous prendra en charge ensuite commencera demain lundi. Nous arrivons dans la capitale par une route cahoteuse. Sur la partie droite les maisons sont relativement récentes. Sur la gauche se voit un cimetière, des jardins maraîchers flanqués de des petites maisons rurales. La jeune fille explique que ces terres sont en cours d'expropriation pour agrandir la surface de la ville. Les gens sont contraints de partir au fur et à mesure que les constructions avancent, et son rejetés plus loin, vers des endroits peu fertiles où il sera en outre, plus difficile de venir vendre leurs produits aux marchés du centre. Mais la politique de la ville est le "modernisme" à tout prix pour tenter d'égaler Saï Gon! La grande chambre de l'hôtel (affichant pourtant ***) qui nous est donnée est très sale, la moquette est maculée de grosses taches noires, et le tout sent un mélange de vomissures et de vernis à meubles… Tout de suite une grosse nausée me monte à la gorge. Nous obtenons sans difficulté de changer de chambre, la direction de l'hôtel semble parfaitement au courant, mais tente tout de même de fourguer des chambres irrespirables... Nous sortons dans la ville et proposons à notre "accueillante" de boire un café en notre compagnie, elle accepte avec le sourire. Nous entrons dans la cour d'un établissement fréquenté principalement par des habitants de la ville. En sortant de ce café, je vois un vélo chargé de nombreux paniers d'œufs, comme seuls les vietnamiens sont capables d'en empiler sur deux roues sans les casser! Je m'étonne: grippe aviaire oblige! « Mais c'est fini, plus de grippe du poulet! » m'assure la jeune fille nous accompagnant. Nous en aurons la confirmation par le doyen de la fac de médecine le lendemain, ce qui nous rassurera plus. Compte tenu de notre gros décalage horaire et que je n'ai pas dormi dans l'avion, nous allons prendre le repas de "midi" vers 11h. Ensuite, après une douche nous nous reposons. Puis nous ressortons pour nous promener à pied dans la vieille ville, vue à la va-vite en une heure de cyclo-pousse le matin. Nous déambulons dans les quartiers des métiers et corporations où chaque rue possède sa spécialité commerçante. Les "maisons tubes", spécialité architecturale du Viêt Nam, principalement dans la moitié nord, alternent avec les constructions de l'époque coloniale, et tout aurait besoin d'un sérieux nettoyage, la chaleur et l’humidité du pays ne pardonnent pas. J'ai lu à ce propos qu'un programme franco-vietnamien serait en pourparlers en ce sens, pour la conservation de ce morceau d'histoire. Pour traverser la rue, je tiens la main de Daniel, lequel a déjà bien pris la mesure des choses: le trafic est dense et incessant, il faut savoir slalomer entre les véhicules et je ne parviens toujours pas à faire ça! Sur les trottoirs, tout se fabrique et tout se vend. Des femmes assises à même le sol décortiquent des paquets de cigarettes vides pour récupérer la feuille métallique de l'emballage, d'autres épluchent et coupent des légumes dans des cuvettes en plastique, profitant des robinets d'eau publique. De place en place, des vendeurs avec un plateau sur pieds affichent "Lô tô" Les vietnamiens sont des passionnés de jeux, et celui-là fait fureur chez eux aussi! Le "service d'hygiène" est en marche : quelques personnes, des femmes le plus souvent, foulard devant le nez, armées de gants, d'un balai court en fibres végétales et d'un petite pelle obligeant à se baisser, ramassent une partie des ordures jetées à même les trottoirs et les entassent dans une grosse poussette métallique à trois roues, très sale. Il faut faire très attention où l'on marche, d'où l'intérêt pour nous à déambuler en chaussures fermées : il y a de tout partout, des cuisines de plein air sur petit feu consumant cette brique de poussière de charbon aggloméré qu'on trouve partout à bon marché. Les vietnamiens accroupis avalent de la soupe aux nouilles dans des bols, entourant la femme qui cuisine à même le sol. Des coiffeurs de rue sont installés le long des murs où un petit miroir est accroché. Des gens assis dans tous les sens vendent de tout, depuis des animaux vivants, de la viande ou poisson en morceaux dans des cuvettes, des herbes médicinales, du bric à brac… Les mobylettes se fraient un passage entre tout ça et les Klaxons, un des bruits de fond des villes vietnamiennes, cornent à nos oreilles! C'est toute l'ambiance des rues et trottoirs de ce pays et je ne m'en lasse pas! De retour à la chambre, on vient nous prendre pour nous conduire au restaurant Minh An, le même auquel nous avions été menés il y a 4 ans. Ce doit être l'habitude d'y mener les touristes arrivants. Dans la salle où nous sommes installés, il n'y a que des Européens, les Vietnamiens étant à part dans une autre. Nous apprendrons plus tard que la raison en est que ce restaurant appartient à Saigon Tourist. A suivre.
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moa |
Date du message : décembre 12, 2009 14:20 |
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Lundi 12 avril. Nuit difficile compte tenu de la dureté du matelas sans sommier! Nous nous rendons pour 10h 30 au rendez-vous fixé à la Faculté de Médecine de Hanoï avec le Doyen Nguyen Lan Viêt, qui en est responsable ; il est médecin spécialisé en cardiologie. Il nous accueille avec le thé vert traditionnel. Daniel lui offre une grande photo d'un portrait d'Alexandre Yersin qu'il a copié à son intention. Le médecin nous fait visiter l'établissement. Dans une salle, dont le fond est drapé de rouge avec drapeaux à étoile jaune et un buste de Hô Chi Min, les portraits des différents doyens s'alignent au mur. Notre ancêtre Alexandre Yersin y figure le premier. C'est lui qui inaugura cette grande école avec la volonté de former des médecins et personnels soignants vietnamiens, à une époque où toutes les fonctions supérieures et moyennes étaient tenues par les européens colonisateurs. Nous voyons aussi des élèves de première année de médecine en cours pratiques. Tous vêtus de blouses blanches, ils sont alignés devant les paillasses de carrelage blanc de laboratoire, écoutant le professeur. A notre entrée, ils saluent le Doyen qui présente Daniel comme descendant d'Alexandre Yersin. A la fin de la présentation les élèves applaudissent docilement comme ils sont manifestement habitués à le faire lorsque leur Doyen a parlé. Pendant la visite des bâtiments, la jeune femme qui semble être la secrétaire le suit et me tient aimablement la conversation, sans doute ce rôle lui est-il assigné lorsqu'un hôte est accueilli ici: elle parle très bien notre langue. Daniel me demande de prendre quelques clichés souvenirs du Doyen en sa compagnie, le médecin propose de nous prendre lui-même avec mon appareil, puis la jeune femme insiste pour nous photographier tous les trois et demande ensuite au chauffeur de nous prendre tous les quatre… Nous prenons congé du Doyen pour aller, au coeur de la ville, déguster un repas excellent. L'endroit est visiblement pour touristes occidentaux, mais aussi les riches vietnamiens. J'y mange entre autres mets à mon goût, une excellente salade de papaye verte râpée, laquelle est traitée ici comme chez nous les carottes crues. La visite du musée historique de la ville est prévue. Mais comme beaucoup de bâtiments de ce genre, le musée est fermé, n'ouvrant qu'une fois par semaine dans le meilleur des cas, parfois seulement pour les hôtes officiels, et encore, nous dit le guide avec un sourire entendu, plus souvent les salles sont-elles purement et simplement réquisitionnées pour les réunions du Parti Communiste! D'ailleurs, les monuments officiels sont revêtus d'affiches, toutes aussi officielles, pour appeler au vote qui aura lieu prochainement : mais il n'y a qu'un candidat! Notre guide nous dit que les gens comme lui votent, s'il le faut par procuration s'ils sont absents comme c'est souvent son cas. Ne pas voter est considéré comme de l'opposition, et le meilleur moyen de perdre son emploi quand on est, comme lui, employé par un organisme dépendant de l'état! Nous allons voir la pagode Tran Quoc, sur le Lac de l'Ouest, quartier chic le plus cher au m² de Hanoi. Dans ce lieu plusieurs religions se côtoient, dont le bouddhisme et le taoïsme, des bonzes y vivent. Dans le cimetière attenant sont enterrés des religieux sous un monument plus ou moins fastueux selon leur rang. Nous retournons dans la vieille ville pour nous promener sur le marché. Je suis une passionnée des marchés de ce pays. Comme souvent dans les grandes villes, à notre passage les gens me hèlent : "Madam' madam' " en tendant quelque chose où désignant leur éventaire. C'est la première fois que je vois un peu de glace dans certaines cuvettes de poisson… cela reste rarissime. Il y a de gros escargots aquatiques ressemblants à nos bigorneaux, mais de la taille de gros bulots. Des femmes écrasent des crabillons crus avec un pilon dans un gros mortier : "C'est pour la soupe" précise Thu Yen. Dans des cuvettes nagent aussi des parallélépipèdes blancs: du fromage de soja. Sur d'autres étals ces mêmes denrées jaunissantes sont entassées à nu. Partout les œufs et les volailles plumées ou vivantes sont nombreuses, la grippe aviaire ayant duré assez longtemps les gens ont une revanche à prendre sur cette viande, la première consommée dans tout le pays. Je fais l'acquisition d'un joli petit panier rond en bambou, fait pour laver le riz. Une grosse averse de type mousson se déverse sur la ville : les bâches en plastique, rayées ou bleues apparaissent très vite pour tout couvrir, on sent l'habitude chez les gens. Les cyclistes s'encapuchonnent de plastique bleu eux aussi, c'est d'un seul coup la couleur dominante de la rue, les piétons se contentent le plus souvent d'un simple morceau de toile plastifiée nouée sous le menton, le chapeau conique protégeant aussi bien de la pluie que du soleil. Nous rentrons à l'hôtel à bord de la voiture où nous sommes allés nous réfugier. Je commence à rédiger mon cahier de voyage. La pluie s'étant calmée, nous ressortons nous promener à pied dans la ville sans notre guide. J'achète un petit chapeau de toile blanche dans un magasin "chic" spécialisé. Le modèle que j'ai choisi est manifestement créé à l'origine pour l'exportation: il porte l'étiquette: "ELLE Sport" Il est d'ailleurs nettement plus cher que la moyenne des objets qu'il est possible de se procurer ici. Au retour, je prends une douche avant d'aller dîner en ville. Là encore établissement pour vietnamiens riches ou touristes occidentaux, avec musique européenne d'époque coloniale, exécutée de façon amusante pour nous: aux instruments vietnamiens traditionnels! Le repas est par ailleurs très bon : soupe, crevettes pannées, poisson, nems, bœuf aux légumes et ananas, palourdes en sauce, riz nature, et banane à la noix de coco. Ce dernier mets dénote bien le caractère pour touristes du restaurant: les vietnamiens ne mangent pas de met sucré à la fin de leurs repas. Retour à la chambre. Pour améliorer le confort du lit trop dur, j'ai plié en deux la couverture épaisse qui ne sert pas, et l'ai glissée sous le drap, afin de me faire une couche de moelleux! A suivre.
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moa |
Date du message : décembre 13, 2009 13:59 |
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Mardi 13 avril. Départ pour la ville de Diên Biên en avion, la distance à parcourir étant très grande. (Phu voulant dire District) A l'arrivée nous prenons possession de notre chambre, très "locale". Le Guide du Routard indique que le Muong Thanh où nous nous trouvons, est le meilleur hôtel de la ville: cela laisse augurer des autres! L'aspect est propre mais il ne faut pas y regarder de trop près. Le grand coussin bariolé qui sert de matelas (sans alèse, je n'en ai jamais vu sur aucun lit au Viêt Nam), est simplement couvert d'une espèce de drap, trop petit pour border… Le coussin servant d'oreiller est traité de la même manière: un rectangle de tissu blanc posé dessus! La couette, roulée le long du mur et couverte d'une enveloppe à dessins colorés, a manifestement servi à un certain nombre de clients avant nous! Il n'y a pas d'électricité : à cette heure de la journée elle est réservée à la cuisine… On nous la promet pour ce soir, mais il y a toujours des bougies dans les chambres, les coupures d'électricité (ou d'eau) étant habituelles et normales. La salle "d'eau" mérite bien son nom : elle est inondée… Il y a une baignoire, mais qui se révèlera raccordée sur aucune évacuation dès que nous l'utiliserons comme réceptacle de douche, et la robinetterie se trouve fixée au mur… en dehors de la baignoire!!! Preuve que ceux qui ont fait l'installation ne savent pas le lien existant entre robinet et baignoire… La targette fermant la salle d'eau est … une baguette de bambou! Un gros bon point: dans la chambre, il y a une bombonne d'eau filtrée avec robinet, ce qui est rarissime et pour cela signalé positivement dans le Guide du Routard. Nous descendons à la salle de restaurant située dans la cour. C'est une très grande et jolie paillote, toute en bois couverte de feuilles de palmier cocotier. Près de cette salle ouverte en plein air, se trouve une piscine en béton, peinte en bleu, avec d'horribles animaux en ciment autour. Le patron se veut "moderne", et cela donne un "plus" à son établissement sur les guides du voyageur: c'est écrit: "Hôtel avec piscine", ça fait chic! Il n'y a que des vietnamiens, et encore sont-ils rares, pour s'y baigner. Il est manifeste, à voir la couleur de l'eau et ce qui y flotte, que c'est un bouillon de culture! Ayant vu des bassines de linge mouillé le matin tout près du bord, je me suis même demandée si cela ne servait pas un peu aussi à rincer la lessive… Derrière la piscine, le patron est fiers d'élever aussi des ours… dans des cages minuscules et très sales, nourris avec les restes des cuisines. Un tel élevage déclencherait un scandale en France. Le but en est purement lucratif: il récolte par je ne sais quel procédé ce qui est appelé par notre guide "le fiel d'ours", lequel se vend à prix d'or comme aphrodisiaque! Des seringues vides et de curieuses pastilles de matière plastique bleues traînent près des cages. Les bêtes doivent être droguées lors du prélèvement. Sous le grand toit du restaurant, les gens assis sur des tabourets autour des longues tables sont, en majorité, vietnamiens, et la cuisine servie n'est pas concoctée pour les européens. La vaisselle de table se réduit à des bols et des baguettes. Cependant, pour nous, selon les indications de notre guide, il ne nous est pas servi de salade, ni aucun aliment cru : l'eau servant au lavage des légumes n'étant pas potable. Il nous est présenté de la soupe, comme souvent, du poisson grillé délicieux, de la viande, du liseron d'eau cuit et du riz, base de l'alimentation, comme toujours. Le serveur nous apporte également des petites bananes à la fin mais, les vietnamiens ne terminant généralement pas leur repas de cette manière, c'est une variante. A suivre.
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moa |
Date du message : décembre 16, 2009 14:26 |
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Le guide nous ayant prévenu qu'il nous reprendrait à 3h, nous nous reposons d'abord un peu, puis allons nous promener dans la rue principale dans laquelle se trouve l'hôtel. Il y a, de part et d'autre de cette route passante et assez large pour avoir deux voies, des échoppes au rez-de-chaussée des maisons, fabricant et vendant de tout, comme partout: ferronnerie, coiffeuses pour femmes dont les linges douteux pendent au dehors, restauration populaire, pharmacie locale, c'est-à-dire basée sur les graines, plantes et animaux séchés. Comme déjà vu, les maisons-tubes en construction ont leur "grue humaine": un homme en haut, deux en bas, dont un pour charger, l'autre pour tracter le seau au moyen d'une corde passée dans une poulie rudimentaire. Nous poussons jusqu'au marché local, où nous faisons déjà des découvertes intéressantes. Les femmes ne sont pas toutes "vietnamisées" comme dit notre guide, qui entend par là : habillées de chemise et pantalon de confection, souvent chinoise. Les minorités ethniques gardent leur costume local. Celui des femmes Taï Noirs de Diên Biên et sa région est très joli. Le haut est de couleur souvent claire et ajusté ; sur la jupe noire vient une ceinture le plus souvent bleue. La coiffure montée sur un gros chignon qu'elle cache, est une toile noire brodée de rouge et jaune, avec de petits pompons en lisière. Certaines d'entre ces femmes portent par-dessus cette coiffe, le chapeau conique, de ce fait planté très haut, pour se protéger du soleil ou de la pluie, ennemis de la belle couleur blanche de la peau. Elles ont toutes une sac tissé coloré, plus ou moins grand, passé en bandoulière, pour ranger leur argent et leurs affaires personnelles. Des sacs de même facture, mais nettement plus grands, servent au transport de plantes, de choses achetées ou à vendre. Dans ce cas il est porté en passant la large bandoulière sur le front, la charge étant sur le dos. Même si leurs vêtements ne sont pas tous très propres, les femmes minces ont une allure très naturelle, qui les rend très jolies. Celles n'allant pas pieds nus portent des sandales en plastique moulé marron, de ce modèle vu partout, en vrac sur tous les marchés: importation de la Chine toute proche, nous précisera Thu Yen. C'est aussi le cas de bien d'autres objets d'usage courant et des tissus et châles aux couleurs chamarrées et criardes, dont les femmes du cru raffolent! Sur ce marché, encore des petits restaus presque par terre, et des volailles vivantes en surnombre dans des cages de lattes de bambou. Les plumes volent en tout sens. Des femmes assises se laissent coiffer par une autre qui cherche quelque chose dans sa chevelure, le trouve, l'enlève avec une pince, cherche encore et recommence. Nous nous demandons si ce sont les parasites ainsi traqués… Là encore, Thu Yen nous apportera la réponse plus tard: ce sont leurs premiers cheveux blancs que se font arracher de cette façon les coquettes… A 15h, la voiture nous prend et nous emmène sur les lieux de la bataille gagnée il y a cinquante ans par les vietnamiens sur les colonisateurs français, leur donnant ainsi leur indépendance. Il y a d'abord le musée tout récent mais hélas pas climatisé, dans lequel je ne reste pas longtemps. L'odeur de peinture, le manque d'air et la chaleur me sont insupportables. Daniel reste avec Thu Yen pour terminer la visite et je sors. Je m'assois sur les marches et regarde avec amusement mais discrètement, les vietnamiens sortant par grappes, généralement de la génération de ceux ayant combattu à la bataille de libération du pays, se faire photographier dans leur bel uniforme militaire bardé de médailles. Les femmes, certaines en costume militaire, d'autres en Hao Daï, d'autres encore en tenue plus occidentalisée mais avec pantalon flottant, ne sont pas les dernières à poser avec avantage pour l'appareil. Je suis assise au bas des marche d'accès au musée et me rend compte que je gêne sûrement dans le décor pour les photos souvenir des gens. Je vais donc m'asseoir un peu plus loin sur un bord à l'écart. Un vigile a suivi du regard mon déplacement et vient voir de près où je m'assois. Une fois immobilisée je lui fais un sourire tranquille et rassuré il reprend sa place. Dans la cour, du vieux matériel de guerre est exposé. Les anciens chars vietnamiens sont graissés et abrités, alors que le matériel français pris à l'ennemi est rouillé, en tas, et sans aucun entretien… Lourds symboles! A suivre.
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moa |
Date du message : décembre 17, 2009 14:26 |
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Ensuite, nous allons à pied voir la colline Eliane II, un des points stratégiques, où les tranchées ont été recreusées et bétonnées pour en faire un lieu musée. Un Tank français rouillé y est en exposition, et la tombe du soldat vietnamien ayant fait cette prise victorieuse est dressée juste à côté. Nous est montrée aussi la casemate restaurée du général français De Castries qui se trouvait en poste à ce moment et rendit les armes. Notre guide nous précise que lui- même avait deux ans en 54 lors de cette fin de guerre. Nous savons ainsi qu'il est âgé de 52 ans, ce qui n'apparaît pas dans son allure générale: mais il est toujours difficile pour un européen de déterminer l'âge d'un asiatique! Ensuite, Thu Yen nous emmène pour une marche en forêt tropicale de six kms aller- retour, pour nous montrer les caches secrètes des vietnamiens, si bien dissimulées lors de la bataille que les français ne les ont jamais trouvées! Le paysage est magnifique et nous assistons à des scènes de travaux de défrichage et transport de terre par palanches, faits principalement par des femmes, habillées de leurs tenues traditionnelles. Nous visitons aussi un cimetière vietnamien symbolique, sans aucun corps dans les tombes, et créé de fraîche date en vue des cérémonies commémoratives. Une femme accroupie coupe le gazon avec une faucille manuelle. Un autre lieu sans tombes, comme un jardin avec un monument dédié aux soldats français se trouvait déjà en place un peu plus loin. Le soir, nous dînons délicieusement dans le même restaurant de l'hôtel sous la grande paillote. Nous détaillons avec intérêt les dîneurs vietnamiens, attablés autour des bols et des nombreux mets. Ils jettent les déchets sous la table, c'est l'habitude dans ce pays, sauf dans les restaurants pour occidentaux. Les tables du milieu ont des nappes, lesquelles font plusieurs clients de suite, mais celles situées sur les côtés n'en ont tout simplement pas. Des paquets de ce que nous connaissons comme des mouchoirs en papier sont disposés par-ci, par-là au besoin des gens, en guise de serviettes. Les mangeurs boivent beaucoup, de la bière tout d'abord et de l'alcool de riz local. Une bouteille emmanchée d'un morceau de bambou creusé est placée sur chaque table destinée aux dîneurs locaux. Nous nous intéressons de près à une des bouteilles dont le nom en anglais est "Vodka New rice". Le guide installé plus loin nous demande si nous voulons y goûter! Devant notre affirmation il va chercher des godets et nous sert. Je regarde aussi de près de curieuses feuilles roses cuites que les gens jettent sous la table… Après le repas, je vais inspecter les restes des tables pour comprendre de quoi il s'agit : ce sont des pousses de bambous. Il faut enlever les feuilles comme autour d'un artichaut pour mettre à nu la chair comestible. Le lendemain, je demande à ce qu'on nous en donne aussi! De retour à la chambre, la salle d'eau est si difficile d'accès sans mouiller aussi toute la chambre que je sacrifie le T-Shirt porté depuis deux jours pour en faire une serpillière. J'ajoute aussi mes chaussettes usées et portées, ces chiffons resteront ici! A suivre.
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moa |
Date du message : décembre 18, 2009 11:54 |
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Mercredi 14 avril. Le temps est très beau et très chaud dans la journée, mais il y a de gros orages la nuit. Au petit déjeuner, il n'y a plus aucune nappe dans le restaurant, c'est sur les tables nues que tout le monde mange : les vietnamiens la soupe aux nouilles et pour nous du café et du "thé Lipton", (c'est ainsi qu'il est désigné, en opposition au thé vert local), avec du lait concentré directement avec l'infusette dans un grand verre. Nous avons aussi droit à du pain. Certains vietnamiens des villes en consomment aussi, habitude prise lors de la colonisation. Pour cela, le pain se trouve facilement en ville, vendu dans des sachets de plastique pendus, simplement, il est considéré ici comme un gâteau, mangé en dehors des repas, par bouchées sans rien dessus. Nous avons aussi une cuillère à café d'un gel rose vif s'apparentant vaguement à de la confiture et un peu d'un genre de margarine, ce qui semble une denrée rare réservée aux occidentaux. Autour de nous les autochtones mangent la soupe de nouilles avec les baguettes, penchés en avant, en portant le bol contre la bouche. La voiture nous prend et nous emmène au lieu dit Muong Phang, où nous faisons 4 kms à pied pour voir le lieu où était casematé le général en chef vietnamien Giap. Sur le passage, des femmes Thaï accroupies proposent à la vente des herbes médicinales, des objets de leur fabrication, des bijoux ethniques et pièces de costume. Ensuite, Thu Yen nous emmène à pied dans un village. Il nous demande si nous voulons visiter une famille. Devant notre réponse affirmative enthousiaste, il nous fait entrer dans une maison de bois sur pilotis, couverte de palmes. Nous nous déchaussons à la manière vietnamienne, bien que le sol de planches brutes et disjointes soit très sale. Les alentours sont boueux et les gens marchant pieds nus ou en tongs, il n'est pas facile pour eux d'épargner beaucoup leur logis. Nous sommes accueillis par une femme avec un jeune enfant attaché sur le dos. Son gros chignon est orné d'une piastre d'argent retenue par une chaîne. Elle nous présente sa jeune et jolie belle-fille qui, nous dit-on, a un bébé de trois semaines. Nous ne le voyons pas; un berceau vide est suspendu assez bas depuis le plafond. Juste à côté se trouve le foyer, à même le plancher protégé d'une simple plaque. Quelque chose y mijote dans une marmite en fonte noire, et enfilés sur une broche en bois des petits poissons cuisent doucement dans la fumée au-dessus. Le logement est une très grande pièce unique aménagée avec des tentures prenant appui sur les piliers pour diviser l'espace. Ainsi nous voyons, entre autres: un couchage pour deux personnes, fait de minces matelas posés à même le sol et décorés de ces couvertures chinoises, aux couleurs éclatantes, qu'on voit partout. Il y a un poste de télévision d'un vieux modèle, et quelques fauteuils en bois et cuir, manifestement là, plutôt pour la décoration que pour l'utilisation En effet, nous sommes invités à nous asseoir, non sur ces sièges, mais comme nos hôtes sur de petits escabeaux de bois. Notre hôtesse a aussi deux filles. Puisant l'eau dans un seau de plastique, l'une d'elle prépare le thé vert et le sert. La mère se prête avec complaisance à nos prises de vue, et toutes nous regardent avec amusement, se regroupant joyeusement autour de Daniel lorsqu'il leur montre ce qu'il vient de filmer. Avant de quitter ces femmes, sur l'indication de Thu Yen, j'offre un bon pantalon de toile noire, en les remerciant. J'étais prête à donner plus de choses, mais notre guide, qui ne sait pas de quoi je dispose, me soufle de ne pas donner trop vite ce que je possède. Nous verrons d'autres gens, me dit-il, je dois en garder aussi pour eux. Retour à l'hôtel, et repas sous la grande paillote. Hier il y avait une nappe pour nous, mais plus aujourd'hui, nous sommes devenus des clients comme les autres, des habitués... On nous apporte les baguettes et les bols lesquels ont du mal à tenir sur la table faite de lattes de bambous disjointes. Les plats suivent, variés, et presque tous à notre goût. Après un temps fixé par notre guide, que je soupçonne de mettre à profit pour une petite sieste car il dort beaucoup dans la journée, nous partons en direction d'un autre village Thaï. Nous laissons la voiture et nous engageons dans un chemin de terre assez pentu, pour une heure de marche. Nous avons la chance de nous trouver en présence de la construction d'une maison de bois sur pilotis de type local, avec la participation commune de tous les voisins comme cela se fait dans ces régions. Les femmes font une chaîne humaine pour passer les matériaux. Comme nous l'avons déjà vu sur d'autres, celles qui ne portent pas la coiffe noire brodée de couleurs agrémentent leur volumineux chignon d'une grosse médaille. Là, je vois qu'il s'agit d'une ancienne pièce française, j'y lis en gros: "Piastre du Commerce"! Comme souvent encore les gens rient de nous voir, les enfants en particulier, nous trouvant sans doute curieux. Ils sont ravis lorsque Daniel leur montre les images qu'il vient de filmer. Le guide me dit de ne rien sortir pour donner : il y a trop de personnes. Nous poursuivons notre chemin vers le village en traversant des rizières. Le paysage est magnifique. A suivre.
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moa |
Date du message : décembre 19, 2009 14:39 |
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Le guide nous demande si nous voulons encore voir une famille dans une de ces maisons, nous sommes bien sûr d'accord ! Il nous précise : "Je vous le demande parce que certains voyageurs occidentaux ne sont pas intéressés par les maisons pauvres, ils ne veulent voir que des choses "extraordinaires!". Nous trouvons toujours intéressant, au contraire, d'avoir un contact privilégié avec les gens modestes. Il appelle une femme à sa fenêtre et lui demande si elle accepte de nous faire entrer. Elle répond: "Nous sommes pauvres, il n'y a rien à voir pour vous!" Nous n'insistons pas, nous ne voulons pas forcer les gens. Plus loin, ce qui nous est présenté comme une ferme regroupe sur place quelques personnes, nous voyons un homme, son fils et sa belle-fille avec un bébé dans les bras. Étant chez elle, la jeune femme porte le gros chignon sans la coiffe, simplement souligné par une chaîne argentée agrémentée de la grosse pièce décorative sur le devant. Le père nous fait entrer en précisant que ce n'est pas l'habitation principale, mais la maison agricole pour être près des champs dans la journée. Cependant au moins une personne doit y dormir la nuit, (pour surveiller?) car il y a un couchage au sol dans un coin, et le berceau suspendu pour le bébé. Dans la maison, tout est de bois, sauf l'inévitable télé! L'homme nous fait asseoir sur des petits escabeaux et offre le thé vert comme cela se fait partout au Viêt Nam. Il porte une casquette en lambeaux et ses mains sont terriblement sales. Le plateau posé au sol sur lequel sont la théière et les godets aussi. Il prend cependant une précaution avant de nous servir : il verse un peu de thé dans la petite tasse et le jette au fond du plateau qu'il inonde, puis il verse à nouveau un peu de thé et nous le tend… Nous y trempons les lèvres en remerciant notre hôte… Notre guide nous a dit que, même si cela ne se voit pas sur lui, cet homme est riche à la manière des paysans d'ici. Il a reconverti une partie de ses terres en vergers de différentes sortes de fruits afin de vendre en toutes saisons. Cette richesse, relative par rapport aux autres gens du village, se constate au tracteur, pourtant d'un modèle déjà bien dépassé, aux terres qui sont à lui et non en location, et aux buffles dans la cour. Thu Yen tient à préciser aussi que sa richesse est honnête, c'est par son travail acharné qu'il gagne son argent et non par la drogue et la corruption, comme beaucoup de riches aux mains blanches dans ce pays! A la fin de la visite, sur conseil de Thu Yen, c'est un pantalon de jersey noir que je donne, ce qui semble avoir un bon effet. L'homme, tenant toujours le pantalon à la main, demande alors si nous avons mangé : il s'offre à nous faire un repas… Nous remercions chaleureusement son offre, désolés de devoir la décliner, disant que nous sommes attendus. Je donne aussi un petit chien en tissu au bébé dans les bras de sa maman, le jeune père a vu mon geste et s'avance aussi pour nous saluer. Nous quittons les gens en les remerciant de leur accueil. Sur le retour, nous passons à nouveau devant la maison en construction. Les gens sont toujours affairés et les enfants rieurs accourent à notre rencontre. Je n'ai pas assez de choses pour donner à tous les enfants, je n'ouvre donc pas mon sac. Un homme, situé en hauteur, nous hèle demandant si nous voulons monter. L'échelle en bambou étant très sommaire, nous refusons poliment! De retour à l'hôtel, un petit cireur nous accroche. Nos chaussures sont en effet pleines de boue. Moi j'ai des baskets lavables, mais Daniel accepte. C'est là l'occasion de faire travailler ce jeune garçon qui lui tend une paire de tongs en plastique pour qu'il se déchausse. Pendant que son client attend, il s'occupe de ses souliers. Daniel paie le prix demandé sans marchander à la fin de l'opération. Je lave moi-même mes baskets à grande eau… Dernier dîner ici, nous sommes traités comme de vieux habitués; à même la table un peu collante, et allons prendre de nous-mêmes sur les autres tables ce qui nous manque, comme les baguettes dans les boites plastique, les mouchoirs de papiers servant de serviettes, et les cure-dents. A suivre.
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moa |
Date du message : décembre 21, 2009 12:08 |
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Jeudi 15 avril. Petit déjeuner sur la même table collante, sans lait dans mon thé cette fois… Je m'en passe. Départ vers Lai Chô, à 100 kms au nord. Deux femmes marchent sur la route; elles portent la coiffure à gros pompons rouges que nous n'aurons pas l'occasion de retrouver ensuite. Nous faisons donc un arrêt, mais elles ne nous regardent pas et ne s'arrêtent pas, nous n'insistons pas. Plus loin des femmes, regroupées pour un portage en commun, sont vêtues d'un pantalon noir et de pans de tissu bleu par-dessus; leurs manches sont rayées de façon multicolore. Ces femmes viennent à nous avec le sourire, je donne des vêtements visiblement appréciés. Poursuivant notre route, nous commençons à voir des H'mongs fleur. Le costume est différent de celui des Thaï Noirs. Ici la jupe colorée est plissée et courte, avec devant une partie noire et plate plus longue. Le gros chignon est agrémenté d'un peigne de couleur, autrefois en bois, et à présent en plastique de fabrication chinoise! Elles portent aussi des jambières constituées d'une bande de toile noire enroulée autour de la jambe; des bandes molletières en somme. Le foulard parfois porté par-dessus, autrefois fleuri, est à présent à carreaux, lui aussi de fabrication chinoise. Ces carrés de lainage écossais aux couleurs très crues sont largement utilisés pour couvrir la tête, ou en ceintures, ou encore pour faire des sacs à porter les bébés. Se voient aussi partout ces couvertures, rouges ou roses, imprimées de grosses roses très vives, de fabrication chinoise, très prisées pour leur gaîté de coloris et leur prix plus que modique. Le guide nous arrête dans un village en bordure de route. Des échoppes longent la voie, dont un abri avec deux machines à coudre en action. Deux jeunes femmes y travaillent et me sourient lorsqu'elles me voient les photographier. Je tire une pièce de tissu de mon sac; là encore appréciée! J'avise une petite maison basse, dont les voix enfantines lisant de concert annoncent une école. Je m'approche doucement. Les enfants me voient mais restent sérieusement sur leur livre. L'institutrice me fait un petit signe amical mais sans m'inviter à approcher, je n'insiste donc pas et fais mes clichés de loin pour ne pas déranger. Sur le côté de la route une vieille femme pose très complaisamment, se plantant franchement devant nous avec large sourire, demandant carrément à ce quon fasse le film et la photo. Une fois le cliché réalisé elle tend immédiatement la main sans attendre mon geste. Je lui donne un vêtement, elle le garde contre elle mais fait signe de demander de l'argent, elle nous poursuit en nous invectivant. Daniel donne aussi un briquet, le guide demande à la vieille femme de s'éloigner, lui assurant qu'elle a déjà été récompensée, mais elle n'en démord pas, et nous poursuit durant toute notre visite ainsi jusqu'à la voiture. Thu Yen finit par lui donner un petit billet plié qu'elle regarde avec circonspection en maugréant. Il nous dit: "C'est une coriace celle-là!" En cours de trajet, nous admirons le travail d'entretien des côtés de la route exécuté le plus souvent par des femmes, avec des moyens et outils plus que rudimentaires. A suivre.
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moa |
Date du message : décembre 27, 2009 13:54 |
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Nous faisons un autre arrêt dans un village assez près de la route. Pour cette raison et à chaque fois cela se confirme, la majeure partie des maisons possèdent la télévision. Thu Yen nous dit que le poste de télé est plus important que tout pour les gens, même modestes, et dès qu'il peuvent profiter de quelques watts, ce qui est souvent le cas près de la route passagère, ils les réservent en priorité à cet appareil avec en plus une lampe de 25 watts pour tout confort électrique complémentaire. S'ils sont loin de la route et qu'il y a une rivière et une pente, l'eau est détournée pour actionner un petit moulin donnant juste le courant utile au téléviseur et à une ampoule, avec bien entendu de nombreuses coupures habituelles… A défaut de pouvoir se déplacer loin, la "lucarne magique" apporte les images illusoires du reste du pays et du monde! Ce village est très calme: les femmes sur le bas-côté sont assises et cousent. Thu Yen nous dit de nous montrer discrets pour nos clichés. En effet, en déambulant de façon naturelle à deux, personne ne vient à nous pour quelque raison que ce soit. Nous voyons ainsi la vie paisible de ces gens, leur va-et-vient, les maisons de bois et les jolis costumes. Une femme berce un bébé dont la tête est couverte d'un petit bonnet coloré et festonné. A suivre.
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moa |
Date du message : décembre 30, 2009 12:46 |
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Nous arrivons à Lai Chô. L'hôtel est le seul du lieu. Il consiste en plusieurs pavillons sur le modèle des maisons d'ici, tout en bois. Le coup d'œil est magnifique. Le logement qui nous est attribué au rez-de-chaussée n'est pas dans les meilleurs, ce que nous savons en lisant le guide du Routard. Notre réduit prend directement sur une espèce de petit jardin derrière la terrasse où sont servis les repas. C'est minuscule! Le lit pourtant pas énorme, occupe la largeur de la pièce et un tiers de la longueur. Il est coincé sous une moustiquaire fixe dont un pan est relevé et tenu par un joli cadre de bois. Il y a aussi un ventilo: inutile et même gênant car trop près du lit il n'y a pas la place de le faire fonctionner! Et l'inévitable téléviseur prend un espace dont nous aurions bien besoin pour poser nos affaires! Les murs et les cloisons nous séparant des voisins sont des planches disjointes, et les bruits des autres personnes s'entendent comme si elles étaient près de nous. La salle d'eau est "locale" : Lavabo penchant beaucoup sur l'avant, se vidant directement par terre, très vaguement en direction de la bonde d'évacuation, et douche directement par terre. Il faut enlever les serviettes (malpropres), avant de se doucher. Entre la salle d'eau et la pièce à coucher, se trouve au sol une serviette condamnée faisant tampon pour éviter les trop gros débordements. J’y ajoute un T. shirt. Comme dans tous les hôtels au Viêt Nam, il y a des tongs en plastique. Nous prenons le repas sur l'agréable terrasse mais il nous est servi très peu de denrées en dehors du gros pot de riz. Nous en consommons plus que d'habitude pour compenser le manque du reste. Thu Yen ayant dit qu'il nous prendrait à 15 heures, nous allons faire à deux une promenade sur la route, en regardant les échoppes et la vie de cette partie du village qui se déroule dans la rue. A cette heure tout est calme, et au marché, les marchandes dorment sur leur étal, se réveillant et se précipitant à notre passage dans l'espoir de nous vendre quelque chose. Le fabricant de cercueils expose sa marchandise rouge et or de la même manière que les autres commerçants: le long du mur de bois, sur le trottoir. Un vélo est appuyé tout contre. La rivière s'étale au fond de cette vallée où elle inonda plusieurs fois la ville, autrefois importante, et la dernière fois plus gravement. Les restes squelettiques d'un gros édifice officiel en béton prouvent l'ampleur de ce que fut la ville et les dévastations. Les maisons de bois sur cette route, ont été reconstruites depuis, mais le gros des habitations se trouve en hauteur, sur les flancs de la montagne. A l'heure convenue nous revenons dans la cour où Thu Yen nous attend. Nous allons à pied dans le village de la montagne au-dessus. Nous dépassons le pont sur la rivière calme. A suivre.
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moa |
Date du message : janvier 1, 2010 12:33 |
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Nous entamons la montée pédestre par une petite route, si bien dissimulée que nous ne l'avions pas vue, et pourtant toute une vie active est tapie de part et d'autre de cette voie. Des femmes portent des charges de bois sur leur dos en s'aidant d'un lien tenu par le front. Là comme partout, les vélos font le transport d'absolument tout. Des femmes, assises par terre devant une maison, semblent attendre quelque chose. De la cabane vient un bruit de moteur: c'est un moulin à décortiquer le riz, très rudimentaire mais fonctionnant à l'électricité. A l'intérieur une jeune fille s'active, verse et déverse les paniers de grains roux des femmes qu'elle rend ensuite avec le riz plus blanc. Le transport à pied se fait à l'aide de liens, de sacs, mais aussi de hottes en vannerie. Plus loin, d'autres femmes attendent le client à l'abri d'une toiture végétale, derrière un petit éventaire de bonbons, riz et maïs soufflé sous cellophane, et boissons dont du Coca Cola, plus facile à trouver dans ces campagnes que de l'eau potable. Nous sommes étonnés de voir ce type de commerce à cet endroit. Elles nous hèlent pour tenter de vendre quelque chose. Nos refusons mais comme l'une d'elles interpelle notre guide il répond, et la conversation se noue ainsi, Thu Yen traduisant dans les deux sens. Bien sûr elles veulent savoir, comme toujours, de quel pays nous venons. La femme la plus jeune révèle son âge, le nombre des ses enfants et surtout de ses fils et nous demande de lui dire notre âge et nos enfants. Elle s'alarme de ce que nous avons trois filles, assurant: "ce n'est pas de chance". Elle me demande alors pourquoi je n'ai pas continué à avoir des enfants jusqu'à obtenir un précieux garçon, et comment nous ferons lors de nos vieux jours s'il n'y a pas un fils pour nous loger et nous nourrir! Nous expliquons: chez nous, les filles ont autant de valeur que les garçons, ce qui l'étonne grandement. C'est agréable et amusant de parler ainsi avec ces femmes. A la fin de l'entretien, comme je ne vois vraiment rien à leur acheter, je fais un signe à notre guide, il acquiesce, et je leur distribue des vêtements que je transporte toujours avec moi pour donner. Elles sont visiblement contentes. Notre guide connaît bien ce village, et va tenter de nous faire pénétrer chez des gens. Il demande à une jeune fille sur la route, mais n'obtient pas la réponse espérée. Nous arrivons près d'un étang où des hommes pêchent à la main, nous ne savons pas quoi, peut être une sorte d'anguilles, mais ils sont encore bredouilles. Thu Yen nous guide dans une allée et cherche visiblement une maison précise. Après indication d'une adolescente, il nous fait entrer dans une cour herbeuse à flanc de coteau et nous descendons vers la maison en contrebas. Là, de curieuses choses rose vif sont étendues à sécher sur des perches de bois. Cela semble des tranches d'une viande finement coupée. En fait, il s'agit de galettes de pâte de riz colorée en rouge, mélangées de petites graines noires vraisemblablement de pavot. Cuites à la vapeur d'eau et séchées à l'air libre, elles sont ensuite découpées aux ciseaux en petits carrés; c'est ce que nous voyons faire par trois femmes accroupies. Les carrés, ensuite vendus, sont destinés à être cuits dans la soupe. Nous photographions et filmons ces femmes avec leur accord, bien qu'elles précisent en riant que leur travail n'a rien d'intéressant! Comme souvent nous suscitons la curiosité mais la timidité tombe lorsque nous montrons les images prises sur le petit écran de la caméra. Là encore, en remerciement de l'accueil, selon les indications de notre guide, c'est à la femme la plus âgée que je remets un vêtement. Sur le chemin du retour, une femme transportant deux gros sacs de riz sur un vélo tombe subitement sur le côté avec sa machine chargée, heureusement sans se blesser. Voyant qu'elle a du mal à remettre tout en place, je propose à Thu Yen d'aller lui prêter la main. Il tient le vélo debout pendant que la femme installe le premier sac. Je reste à côté à disposition, ne sachant pas comment l'aider. La femme empoigne le second sac, me montre par gestes ce que je dois faire de mon côté et je m'exécute. Daniel filme… Un autre vélo est à lui tout seul toute une boutique complète de vêtements disposés sur des cadres et des cintres! Là j'ai les mains libres et prends le cliché! Un gros troupeau de buffles passe; ces animaux, considérés comme nobles, sont en effet à mes yeux de très belles bêtes, ayant comme partout en montagne ici, une grosse cloche oblongue en bois brut autour du cou. A suivre.
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moa |
Date du message : janvier 4, 2010 13:53 |
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Au retour dans la cour de l'hôtel, il est encore trop tôt pour le dîner. Daniel invite notre guide à s'asseoir en notre compagnie pour boire une bière chinoise. Nous parlons encore longuement. Sur la table, il y a des petites bananes à disposition. Notre guide, qui sait que j'apprécie ces fruits courts et presque ronds poussant ici, me dit de me servir sans modération. J'ai la surprise d'y trouver des noyaux noirs à l'intérieur! Des "os" dans les bananes je ne connaissais pas! Thu Yen m'explique alors de façon naturelle: c'est parce qu'elles sont sauvages, cueillies dans la nature des environs, et non issues d'une plantation. Une jeune fille s'approche, disant qu'elle veut parler français avec nous. Elle est guide aussi, a en charge un couple de langue anglaise actuellement dans leur chambre, son collègue l'invite à s'asseoir. Elle nous assure qu'elle viendra en France au cours de l'année prochaine, "près de Paris." Mais lorsqu'elle nous précise qu'il y a "la mer", nous comprenons qu'elle ne semble pas savoir où se trouve l'endroit précis où elle ira. Nous regagnons notre chambre. Au travers de la cloison s'entend un vieux film français traduit en Vietnamien… La pluie et le vent s'abattent sur l'endroit, et nous commençons à avoir de sérieux doutes sur l'étanchéité de notre logis! Déjà lorsqu'on contemple le tricot de fils du compteur électrique extérieur, on comprend qu'il puisse y avoir des problèmes! A l'heure du dîner il faut prendre le parapluie pour traverser la cour et se rendre dans la salle intérieure où sont servis les repas. La pièce aux murs décrépits est d'installation très sommaire, pourtant un appareil pour Karaoké y trône en maître! A la table un peu plus loin des hommes sont installés, dont notre guide, le chauffeur, ainsi que la jeune fille venue nous voir tout à l'heure; cette table leur est réservée. De retour à la chambre le téléviseur du voisin fonctionne encore. L'éclairage ambiant est très minime. Nous nous couchons tôt, comme toujours. A suivre
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moa |
Date du message : janvier 7, 2010 11:19 |
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Vendredi 16 avril. J'ai mal dormi, j'avais une barre de bois au travers du dos… La pluie est effectivement entrée par-dessous la cloison, mais s'est arrêtée à temps sans atteindre nos affaires. Au petit déjeuner, un petit pain rassis chacun sans rien d'autre et pas de lait non plus. Je demande des bananes, on me les désigne; je n'ai qu'à me servir à volonté. Nous prenons la route pour Tam Duong. Une partie du trajet est faite sous la pluie, et bien des portions de route sont chaotiques et boueuses. Les rizières défilent sous nos yeux: au loin, dans la rivière, des pêcheurs debout dans l'eau, torse nu, plongent de grands filets. Nous effectuons plusieurs arrêts, dont un parcours à pied pour rencontrer des femmes H'mong et Dzao. Nous avons du mal à nous y reconnaître dans les costumes, certaines portent sur la tête un volumineux turban noir, mais le reste des vêtements est variable, souvent mâtiné de tissus d'importation chinoise, pays tout proche. Arrivés à Tam Duong, bien entendu nous faisons un tour au marché, là encore haut en couleurs et puissantes odeurs de toutes sortes. Le tabac est vendu en vrac, par terre sur une bâche. Le client peut le tester avant d'acheter: pour cela des pipes à eau en bambou sont à disposition dans un seau de plastique sale, et des hommes accroupis autour fument. Le guide demande si nous voulons y goûter : non merci, est la réponse de Daniel… Des femmes vendent dans des cuvettes quelque chose que je n'identifie pas tout de suite. Ce sont des grenouilles vivantes, attachées entre elles par de la ficelle pour ne pas sauter! Elles me les montrent en levant un paquet de ces batraciens, tout en riant de notre étonnement, les maintiennent assez de temps pour que nous fassions les clichés. Je les remercie de leur gentillesse par un métrage de dentelle qui les ravit! A suivre.
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moa |
Date du message : janvier 8, 2010 11:47 |
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La voiture nous dépose à notre nouvel "hôtel" où nous resterons deux nuits. C'est le plus rudimentaire et sale que nous aurons au cours de ce séjour: manifestement pas prévu pour les occidentaux, et ne figurant même pas sur le guide du Routard! Sur notre feuille de route il est même annoncé comme "maison d'hôtes", c'est-à-dire pas véritablement un hôtel mais un hébergement principalement fait pour loger les hommes employés par l'état en déplacement. D'ailleurs nous voyons seulement des hommes, et pas d'autres occidentaux que nous. Dans l'entrée, se trouve une table basse avec un seau et des pipes à eau à disposition, et un alignement de thermos pleins d'eau bouillante, eux aussi à disposition des clients. Dans la chambre, il y a cependant un lavabo approximatif se déversant par terre, une cuvette nue de WC, une douche de type piscine avec une cuvette chinoise dessous, et un petit seau… La fenêtre crasseuse, en partie voilée par une loque bleue, donne sur une dalle en béton près d'une cour vide. En me penchant pour ouvrir plus la fenêtre, laquelle ne ferme d'ailleurs pas, je vois un certain nombre d'ordures dont des emballages de préservatifs ! Un moteur ronronne dans une cabane et s'emballe de temps à autre. Deux lits, dont couettes et oreillers ont déjà manifestement fait quelques clients avant, meublent la chambre avec l'habituel vieux téléviseur maculé de brûlures de cigarettes. Il y a deux paires de tongs en plastique, ou plus exactement quatre tongs déchirées et toutes d'un modèle différent! Au plafond, le vieux ventilo vert très gras et couvert de toiles d'araignées ne doit pas servir beaucoup. De toutes façons, il n'y a pas d'électricité lorsque nous arrivons: une des nombreuses coupures pour toute la petite ville! Il est précisé que nous n'en aurons peut-être pas pour la soirée ni la nuit, en nous désignant la bougie sur la table. Notre guide nous précise que pour cette raison, il faudra nous rendre au restaurant de l'autre côté de la rue à 18h30, afin de profiter des dernières lueurs du jour. Le soir vient très tôt en toutes saisons dans ce pays. Nous avons une lampe de poche ! A suivre.
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moa |
Date du message : janvier 10, 2010 15:22 |
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Nous faisons un petit tour aux alentours et sommes ensuite conduits dans un des restaurants que je qualifie de "type garage", en face de l'hôtel. Pas le genre d'établissement pour occidentaux, mais plein de clientèle locale, surtout des hommes. Là encore l'alcool des petites bouteilles à eau recyclées, (souvent de marque locale La Vie patronnée par Vittel) coule largement à toutes les places. Il ne faut pas regarder de près la table et la vaisselle. Un grain de riz est resté collé à l'une de baguettes que je prends dans le pot de plastique. On essuie la table et tout ce qui est trop sale avec des mouchoirs en papier, les autochtones le font aussi… Les mets servis sont très bons, porc grillé, nems, brochettes d'on ne sait quoi, fromage de soja sauté avec des légumes. Le riz est donné en quantité dans une gamelle en plastique. Le départ pour la balade de l'après-midi est fixé à 15h. A notre demande, la voiture nous arrête à proximité de champs de théiers. Au loin, nous pouvons voir des gens occupés dans les champs. Le guide nous propose d'aller vers eux à travers champs et de leur demander s'il est possible de visiter une famille. En nous approchant, nous voyons un homme occupé à labourer la terre avec le même matériel déjà vu: un buffle et une charrue de bois à soc de fer. Il travaille sur une parcelle en terrasse. Là où ne sont pas des plans de thé, il y a du maïs planté, non en ligne, mais plusieurs graines en "poquet" dans des trous espacés. Nous ne pouvons pas nous approcher suffisamment des femmes, lesquelles sont avec leurs enfants, et ne pouvons donc pas juger avec précision à quoi elles sont occupées. Il semble toutefois qu'une vieille femme soit assise avec plusieurs enfants autour d'elle pendant que les autres adultes et une fille plus grande s'activent. Leurs costumes colorés ajoutent un plus à ce paysage déjà beau par lui-même. Thu Yen les appelle, mais il n'obtient pas la réponse désirée. Ces gens occupés à leur travail ne peuvent pas nous recevoir chez eux, ce que nous admettons sans peine. Nous cheminons sur les traces déjà marquées par les pas des paysans, et montons en direction d'une autre partie. Arrivés au sommet, nous découvrons un autre paysage magnifique: une succession de terrasses qui plongent et convergent au fond. A suivre.
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