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moa 
Admin famille
France 
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Date du message :
novembre 3, 2009 12:12
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Je vous ai mis en ligne le premier texte "Suzanna la petite péruvienne", écrit après mon retour du Pérou. Voici l'autre texte, écrit lui aussi à mon retour du Pérou. Comme vous le lirez, je l'ai rédigé à l'intention d'une petite fille de ma connaissance, dont j'avais, à l'époque, pour mission de la mettre au lit le soir et lui raconter une histoire pour l'endormir. Ce texte a été primé par France Inter et lu à l'antenne par Mathieu Vidar, dans une émission du dimanche matin qui n'existe plus. A présent, cet animateur de radio anime une autre émission chaque jour sur la même chaîne: France Inter. -------------------------------------------------------------------------
Dans un pays appelé le Pérou, si loin qu'il est situé de l'autre coté de la terre, se trouve le lac Titicaca. Oui, je sais, ce nom sonne d'une façon qui donne envie de rire aux petites filles de France! Il est si grand qu'on dirait une mer d'eau douce, il y a des îles. Certaines sont flottantes, faites de couches de roseaux tressés et arrimés au fond du lac, d'autres comme Taquilé sont une montagne de terre et de pierres sorties de l'eau.
Sur l'île de Taquilé il y a des enfants qui vont à l'école. Bien sûr leur école ne ressemble pas à la tienne. Elle est faite de briques de terre crue mêlée de paille, appelés adobes que tous les habitants du village fabriquent ensemble dans un grand mouvement communautaire. La cour de cette école ressemble aussi plus à une cour de ferme qu'à celle de ton école. Mais les enfants y apprennent à lire et écrire comme dans toutes les écoles du monde entier. Leur langue parlée est le Quetchua, mais pour lire et écrire, ils apprennent l'Espagnol, la langue nationale de tout le pays. Ils apprennent aussi les chants et les danses traditionnelles pour la Fête du Soleil. Je les ai regardés longuement revenir de l'école, rieurs comme le sont les enfants de tous les pays. Ils ne sont pas bien riches et vont souvent nu-pieds, mais ils sont heureux parce que leurs parents les aiment et qu'en rentrant dans leur maison faite, elle aussi, en adobes comme toutes celles de l'île, ils mangeront du poisson pêché dans le lac, des papas, les pommes de terre cultivées sur l'île, et de la quinua, une céréale péruvienne donnant santé et longévité. En les regardant ainsi, courir sur la route de terre où ne passe aucune voiture, il n'y en a pas sur Taquilé, tout en croisant quelques moutons ou petits cochons familiers, j'ai pensé à toi, petite Aude, qui a besoin d'images pour t'endormir et faire des rêves. A suivre.
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moa 
Admin famille
France 
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Date du message :
février 18, 2008 06:43
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C'est celle d'une de ces petites filles, qui revient de l'école. Elle a huit ans, mais elle n'est pas plus grande que toi, les indigènes quetchua sont petits. C'est la première année où elle apprend à lire et écrire, elle en est fière. Ses parents sont illettrés c'est à dire qu'eux, n'ont pas eu la chance d'aller à l'école. Ils travaillent la terre pour faire des briques ou cultiver de quoi se nourrir. Ils filent la laine de leurs moutons, la tissent ou la tricotent pour habiller toute la famille et aussi vendre ou échanger contre ce qu'ils ne peuvent fabriquer eux-mêmes. Son papa aussi tisse et tricote, principalement la ceinture et le sac pour les feuilles de Coca, et le bonnet rouge qu'il porte comme tous les hommes de Taquilé. Son grand frère est pêcheur sur le lac. Sa maman, habillée comme toutes les femmes ici de multiples jupes colorées, transporte le plus petit des bébés sur son dos, enveloppé dans une couverture rayée de couleurs vives. Parfois, c'est sa grande sœur qui porte ainsi le petit frère, quand la maman est partie dans la montagne chercher du bois pour le feu de sa cuisine, et qu'elle a besoin de libérer son dos pour y caler le gros fagot de bois. A suivre.
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moa 
Admin famille
France 
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Date du message :
février 19, 2008 07:13
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Cette petite fille sort de l'école avec ses copines. Elle rit plus fort que les autres en me regardant, moi si différente des gens de sa famille et des ses amis, qui suis assise par terre avec mon sac à dos et mon appareil à photos.
Elle a deux longues tresses presque noires, qui sautent quand elle court, le visage bronzé, les joues très rouges, les dents très blanches. Elle ne mange jamais rien de sucré, aucun bonbon ni gâteau, elle ignore le dentiste et les caries! Habillée comme toutes les petites filles de son île, elle porte un pull et un gilet blancs, et plusieurs larges jupons colorés enfilés les uns par-dessus les autres. Ses jambes brunes et nues dansent sous les volants colorés en marchant, ses pieds chaussés de sandales faites de lanières découpées dans des vieux pneus, butent parfois aux pierres du chemin. N'ayant pas de cartable, elle a remonté sur le devant la première de ses jupes, rouge vif, montrant celle du dessous: rose indien, et l'a attachée de chaque côté avec deux grosses épingles pour matérialiser une grande poche. C'est là qu'elle range ses affaires de classe: son livre de lecture, un cahier et un crayon lui suffisent. En passant, elle me montre sa copine, qui est peut-être sa sœur, et désigne mon appareil à photos. Elle veut que je les photographie toutes les deux! Je me lève et fais la photo demandée. Ensuite, je sors de mon sac deux petits pains et deux crayons-feutres de couleur que je leur donne. Elles prennent mes présents et partent joyeusement en courant. Les autres enfants les regardent avec envie et courent aussi pour voir de plus près les cadeaux de la dame gringo! (Etrangère) Derrière elle, le décor est magnifique : au loin, le lac bleu comme tes yeux, sous ses pieds la terre brune, à côté l'herbe verte, et dans les champs au temps des moissons, des céréales blondes et dorées comme tes cheveux. Cette petite fille toute en rires et en couleurs, pauvre d'argent mais riche de tant d'autres choses, qui ne connaît pas les lits et dort la nuit, même en hiver, sur une natte de roseaux dans une maison sans chauffage, je te la donne pour rêver. Les vilains monstres, le diable et les méchantes sorcières n'habitent pas l'île de Taquilé. Sa vie ne ressemble pas à la tienne. Elle ne peut pas rêver de toi, mais toi tu peux rêver d'elle.
Alors, petite Aude, en t'endormant, pense à cette petite fille sur son île, si différente de toi. Et avec elle, fais des rêves en couleurs!
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moa 
Admin famille
France 
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Date du message :
février 7, 2009 08:51
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A lire pour ceux qui n'ont pas vu ce fil!
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Jacques-antoine 
Canada
Messages : 127 
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Date du message :
mars 22, 2009 07:10
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C'est une belle histoire. Je regrette de ne pas avoir une petite fille à qui la raconter. Je vais devoir la modifier pour la raconter à mon petit-fils. Vous écrivez : "Sa maman, habillée comme toutes les femmes ici de multiples jupes colorées". J'ai déjà lu à propos de cette façon de s'habiller (pour les Gitanes et les Andalouses) qu'au début, cela venait de l'habitude qu'ils avaient de garder leurs robes de petites filles par dessus la plus récente pour ne pas la salir. Au bout de quelques années, cela donnait l'impression qu'elles avaient une seule robe avec plusieurs volants. Est-ce vrai ? Je ne le sais pas
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moa 
Admin famille
France 
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Date du message :
novembre 3, 2009 12:11
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Pour les péruviennes, ce serait à l'origine un jupon par jour de la semaine... ce qui ne veut pas dire qu'ils étaient lavés toutes les semaines!
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