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  Famille : Carnets de voyages.


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Auteur

Sujet : Suzanna, la petite péruvienne.

moa
Admin famille
France

Date du message : octobre 27, 2009  13:38

A la suite de mon voyage au Pérou, j'ai écrit deux textes
Celui-ci, c'est en me mettant dans la peau d'une de ces nombreuses fillettes si pauvres,
entevues à vendre des bricoles dans les rues.
J'ai rédigé cette histoire en fonction à la fois de ce que j'ai vu, et de ce qui nous a été
expliqué sur place.
Mon but est de faire prendre conscience aux lecteurs de la chance qu'ils ont, de la chance
que nous avons, nous et nos enfants, de ne pas vivre de cette façon.
Si vous avez lu mon récit de voyage au pérou, vous y retrouverez des choes déjà narrées
et c'est bien normal.

J'ai 10 ans.
Je devrais être à l'école mais ce n'est pas possible, nous sommes trop pauvres. Je dois
m'occuper du bébé, mon petit frère, pendant que ma mère va travailler.

Nous sommes originaires de la campagne, nous y avons un peu de terre et une maison.
Mon père y cultivait les papas et le maïs.
Mais à vivre de notre terre et dans la maison il y a aussi mes grands-parents, mes oncles
et tantes, et de plus en plus de cousins. Nous ne pouvons plus tous y rester.
Alors comme d'autres avant eux, mes parents ont décidé de partir à la ville en espérant y
trouver un travail et une vie meilleure.
Ils ont laissé ma petite sœur à ma grand-mère et m'ont prise avec eux parce que j'étais
plus grande. Mon grand frère a douze ans, et se débrouille déjà tout seul, mon petit frère
est né ici, après.

Comme les autres, en arrivant à Cuzco mes parents n'ont rien trouvé. Pas de logement et
pas de travail; la ville n'a rien à faire des gens comme mes parents. Ils ne savent ni lire ni
écrire, et seulement travailler la terre ou soigner les bêtes. Ils ne parlent même pas bien
l'Espagnol. Au village, nous avons une autre langue.
Nous vivons ici en parias, sur un flanc infertile de la montagne, juste à l'extérieur de la
ville, avec d'autres aussi pauvres que nous.
Les premières semaines, il ne faisait pas encore trop froid, nous avons couché dehors.
Ensuite, les autres nous ont aidés à trouver des vieilles planches et des tôles rouillées.
Ils ont participé avec mon père à la construction d'une cabane à côté de la leur. Notre cité
c'est celle des refoulés, des plus que pauvres, ceux qui ont cru que la grande ville était un
Eldorado, et se sont retrouvés encore plus misérables qu'avant.
Avant, nous avions au moins de façon certaine des papas à manger. En ville, si on n'a
pas de jardin, on ne peut rien cultiver, il faut tout acheter et nous n'avons pas d'argent.



Mon père chaque jour part chercher du travail. Il trouve parfois un petit emploi de
quelques heures; nettoyer une cour, le jardin d'un riche, ou vider et laver des poubelles
dans l'arrière cour d'un commerçant. Pour salaire il ne reçoit pas toujours de l'argent;
selon le travail c'est un bol de soupe à la quinua à avaler sur place ou des papas à
emporter en fonction de ce que vend le commerçant. Parfois on lui donne un paquet de
cigarettes. Il ne le fume pas, il le garde précieusement! C'est mieux quand il ne reçoit pas
d'argent; quand il en a, souvent il achète une bouteille de mauvais alcool de maïs, le boit
et s'endort dans un coin… On ne le revoit pas avant le lendemain; il est malade, et il ne
rapporte rien!

Ma mère aussi travaille. Elle nettoie les sols, lave le linge ou la vaisselle partout où elle
va, elle peut éplucher le maïs ou faire la cuisine simple aussi. Mais elle n'est pas la
seule à demander ce travail; donc c'est très mal payé. Là encore elle ne reçoit pas
toujours de l'argent. Quand elle en a, elle le cache pour ne pas que mon père le lui
prenne. Elle aussi est souvent nourrie sur place et rapporte parfois des restes, une
couverture ou des vieux vêtements à la cabane. Parfois on lui donne aussi des bonbons
emballés en disant que c'est pour ses enfants. Mais nous ne les mangeons jamais: c'est
trop précieux!

Mon grand frère a réussi à être indépendant; il est cireur de chaussures. Il loge avec
d'autres garçons dans le sous-sol de certaines maisons de la ville; il leur faut souvent en
changer parce qu'on les chasse. Mais il est malin, il gagne de l'argent. Le plus difficile a
été d'avoir sa boîte de cireur, d'apprendre le métier et de s'imposer auprès des autres
cireurs. Un plus âgé lui a cédé sa boîte et sa place, lorsque lui-même s'est enrichi et
s'est acheté du nouveau matériel pour aller dans les quartiers plus riches. Le drame du
cireur de nos jours, c'est que bien des chaussures ne se cirent plus! Elles sont en
plastique ou en toile! Mon frère est malin, il propose aux touristes qui ont de telles
chaussures de les laver! Pour ça il a des éponges, une vieille brosse à dents et des
sachets de savon liquide que ma mère lui rapporte d'une cuisine de restaurant, ainsi que
deux boites de conserve. Il puise de l'eau où il peut, et a ainsi de quoi laver les
chaussures. Il ne montre pas son invention aux autres cireurs, car ils feraient pareil et lui
prendraient ses clients!
A suivre.

moa
Admin famille
France

Date du message : février 12, 2008  07:15

Et moi, je suis là tous les matins.
Après avoir donné à manger au bébé, je le cale sur mon dos dans la couverture rayée.
Je viens ici, dans cette rue. Ce n'est pas une des plus importantes de la ville, parce que
je n'y trouve pas de place; les femmes me chassent pour s'y mettre. Ici c'est une rue
moyenne, et il y a peu de vendeuses comme moi.
Je déplie ma couverture et m'assoie dessus. Devant moi, je pose le sac en plastique
avec les bonbons emballés que ma mère a reçus, et à côté un ou deux paquets de
cigarettes ouverts, selon ce que mon père m'a donné. Je vends les bonbons et les
cigarettes à l'unité.



Jusqu'ici, nous n'en sommes pas encore à mendier dans la rue, et mon père ne vole
pas. Mais d'autres n'hésitent pas à détrousser habilement les touristes sans méfiance!
Il y a aussi tous les mendiants. Comme cette femme, un peu plus haut, dans la rue; toute
vieille, toute sèche et méchante. Assise sur sa couverture elle crie pour qu'on lui donne
de l'argent. Lorsque les gens passent près d'elle, elle les attrape par la jambe en
suppliant. S'ils ne lui donnent rien elle les injurie! Elle est là, même la nuit le plus
souvent, surtout lorsqu'elle a bu toute sa bouteille d'alcool, elle dort ainsi, bouche ouverte,
le corps versé sur le côté, le chapeau ayant roulé près d'elle. Parfois, un policier la
chasse mollement. Elle part en vociférant et s'installe plus loin durant quelques jours
mais revient ensuite.
Elle me fait peur; j'espère que ma mère ne sera jamais comme elle.

Demain c'est l'Inty Raymi, la grande fête du Soleil, et les touristes sont nombreux en ce
moment pour aller voir cette fête qui commence dans les rues dès aujourd'hui.
Mais les péruviens des autres régions viennent aussi pour cette occasion, et la ville est
pleine de gens aux costumes différents; cela aussi attire les touristes.
Les gens de la ville qui le peuvent participent au défilé, en louant, parfois très cher, des
costumes multicolores pailletés et dansent joyeusement derrière les musiciens qui
traversent Cuzco. Je ne sais pas si un jour dans ma vie j'aurai la chance de pouvoir faire
ça!
Ma mère, pour cette occasion est pour trois jours dans une autre rue. Elle vend des
brochettes traditionnelles de morceaux de cœur de bœuf avec une pomme de terre
piquée au bout, cuites sur un brasero posé sur le trottoir. Parfois ce sont des "pommes
d'amour" toutes rouges pour les enfants que sa patronne lui demande de vendre pour la
fête.
A suivre.

moa
Admin famille
France

Date du message : février 14, 2008  14:08

De l'autre côté de la rue où je suis, il y a l'entrée d'un hôtel. Pas un grand hôtel; les
grands hôtels ne sont pas dans cette rue. C'est un petit hôtel où viennent les touristes qui
portent un sac sur le dos et de grosses chaussures aux pieds.

Hier, une femme est sortie durant un moment sur le pas de la porte et m'a regardée.
Elle est rentrée, et ressortie peu après. Elle est venue vers moi.
Dans sa main elle tenait une boule de papier blanc et doux. Elle l'a ouverte et déposée
près de moi en me montrant le contenu. Il y avait deux petits pains ronds avec dedans
quelque chose de rouge et sucré au goût de fruit. J'ai remercié: "Gracia!"
Elle m'a aussi tendu un autre papier blanc et doux, sorti d'un petit paquet, pour nettoyer le
visage du bébé. En refermant le petit paquet, elle l'a laissé sur mes genoux.
Je lui ai montré mes bonbons et mes cigarettes. Elle a fait un geste vers les bonbons et
m'a monté ses mains ouvertes avec les doigts écartés. J'ai compris qu'elle en voulait dix.
J'ai fait le geste pour dire qu'elle se serve en ajoutant: "Por favor" Elle les a pris, me les a
montré dans ses deux mains ouvertes avant de les mettre dans sa poche. Puis m'a
tendu un billet. Comme je cherchais la monnaie pour lui rendre, elle m'a fait signe de la
main en disant: "No!" J'ai encore dit: "Gracia!".
Un homme est sorti de l'hôtel, elle l'a rejoint et ils sont partis ensemble en me faisant un
petit signe de la main.


Ce matin, la dame est revenue avec encore deux petits pains, plus des paquets de
biscuits emballés. Cette fois elle a ajouté une grande bouteille de plastique pleine de
maté de coca chaud et très sucré, et un pull plié. Elle m'a encore acheté dix bonbons
avec un billet dont elle n'a pas voulu la monnaie.
L'homme s'est approché, et je lui ai montré mes cigarettes. Il a ri et sorti de sa poche son
paquet: des étrangères avec un bateau dessiné dessus. Il en a sorti une, l'a mise à sa
bouche, et l'a allumée avec son briquet. Ensuite il a posé son paquet ouvert sur ma
couverture à côté des deux miens, avec son briquet. Puis tous deux sont partis avec le
même petit geste de la main comme hier.
Des touristes comme ça, je voudrais bien en voir tous les jours, mais après la fête du
soleil ils partent tous ailleurs!

Dans mon dos mon petit frère s'impatiente.
C'est bientôt l'heure où je vais retourner à notre cabane pour faire cuire la bouillie de
maïs pour le bébé et moi.
Au cours de mon trajet je ramasserai des sacs en plastique; il y en a souvent un peu
partout par terre. Le bois à ramasser pour faire la cuisine est rare en ville, et ces sacs me
sont précieux. Même s'ils sentent mauvais et piquent les yeux en brûlant, ils alimentent
bien le feu pauvre en bois.

La vieille mendiante en haut de la rue ne crie plus; elle a dû finir par s'endormir.

FIN.

moa
Admin famille
France

Date du message : février 7, 2009  08:53

A lire pour ceux qui ne l'ont pas encore lu!




Jacques-antoine
Canada
Messages : 127

Date du message : mars 16, 2009  18:31

C'est un très beau texte Moa. Très réaliste aussi

moa
Admin famille
France

Date du message : octobre 27, 2009  13:38

OUi, je crois que le lecteur sent bien que j'y étais réellement...


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