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Date du message :
février 7, 2011 04:33
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L'Hirondelle et les petits Oiseaux
Une Hirondelle en ses voyages Avait beaucoup appris. Quiconque a beaucoup vu Peut avoir beaucoup retenu. Celle-ci prévoyait jusqu'aux moindres orages, Et devant qu'ils fussent éclos, Les annonçait aux Matelots. Il arriva qu'au temps que le chanvre se sème, Elle vit un Manant en couvrir maints sillons. Ceci ne me plaît pas, dit-elle aux Oisillons. Je vous plains: car pour moi, dans ce péril extrême, Je saurai m'éloigner, ou vivre en quelque coin. Voyez-vous cette main qui par les airs chemine? Un jour viendra, qui n'est pas loin, Que ce qu'elle répand sera votre ruine. De là naîtront engins à vous envelopper, Et lacets pour vous attraper, Enfin mainte et mainte machine Qui causera dans la saison Votre mort ou votre prison. Gare la cage ou le chaudron. C'est pourquoi, leur dit l'Hirondelle, Mangez ce grain; et croyez-moi. Les Oiseaux se moquèrent d'elle: Ils trouvaient aux champs trop de quoi. Quand la chènevière fut verte, L'Hirondelle leur dit: Arrachez brin à brin Ce qu'a produit ce maudit grain, Ou soyez sûrs de votre perte. - Prophète de malheur, babillarde, dit-on, Le bel emploi que tu nous donnes! Il nous faudrait mille personnes Pour éplucher tout ce canton. La chanvre étant tout à fait crue, L'Hirondelle ajouta: Ceci ne va pas bien; Mauvaise graine est tôt venue. Mais puisque jusqu'ici l'on ne m'a crue en rien, Dès que vous verrez que la terre Sera couverte, et qu'à leurs blés Les gens n'étant plus occupés Feront aux Oisillons la guerre; Quand reginglettes et réseaux Attraperont petits Oiseaux, Ne volez plus de place en place, Demeurez au logis, ou changez de climat: Imitez le Canard, la Grue, et la Bécasse. Mais vous n'êtes pas en état De passer comme nous les déserts et les ondes, Ni d'aller chercher d'autres mondes. C'est pourquoi vous n'avez qu'un parti qui soit sûr: C'est de vous renfermer aux trous de quelque mur. Les Oisillons, las de l'entendre, Se mirent à jaser aussi confusément Que faisaient les Troyens quand la pauvre Cassandre Ouvrait la bouche seulement. Il en prit aux uns comme aux autres: Maint oisillon se vit esclave retenu. Nous n'écoutons d'instincts que ceux qui sont les nôtres, Et ne croyons le mal que quand il est venu.
Lara
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Date du message :
février 24, 2011 18:26
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L'homme entre deux âges, et ses deux maîtresses
Un homme de moyen âge, Et tirant sur le grison, Jugea qu'il était saison De songer au mariage. Il avait du comptant, Et partant De quoi choisir. Toutes voulaient lui plaire; En quoi notre amoureux ne se pressait pas tant; Bien adresser n'est pas petite affaire. Deux veuves sur son coeur eurent le plus de part: L'une encor verte, et l'autre un peu bien mûre, Mais qui réparait par son art Ce qu'avait détruit la nature. Ces deux Veuves, en badinant, En riant, en lui faisant fête, L'allaient quelquefois testonnant, C'est-à-dire ajustant sa tête. La Vieille à tous moments de sa part emportait Un peu du poil noir qui restait, Afin que son amant en fût plus à sa guise. La Jeune saccageait les poils blancs à son tour. Toutes deux firent tant, que notre tête grise Demeura sans cheveux, et se douta du tour. Je vous rends, leur dit-il, mille grâces, les Belles, Qui m'avez si bien tondu; J'ai plus gagné que perdu: Car d'Hymen point de nouvelles. Celle que je prendrais voudrait qu'à sa façon Je vécusse, et non à la mienne. Il n'est tête chauve qui tienne, Je vous suis obligé. Belles, de la leçon.
Auteur : Jean de La Fontaine (1621 -1695)
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Date du message :
février 24, 2011 18:27
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L'Homme et son image
Un homme qui s'aimait sans avoir de rivaux Passait dans son esprit pour le plus beau du monde. Il accusait toujours les miroirs d'être faux, Vivant plus que content dans son erreur profonde. Afin de le guérir, le sort officieux Présentait partout à ses yeux Les Conseillers muets dont se servent nos Dames: Miroirs dans les logis, miroirs chez les Marchands, Miroirs aux poches des galands, Miroirs aux ceintures des femmes. Que fait notre Narcisse? Il va se confiner Aux lieux les plus cachés qu'il peut s'imaginer N'osant plus des miroirs éprouver l'aventure. Mais un c*****, formé par une source pure, Se trouve en ces lieux écartés; Il s'y voit; il se fâche; et ses yeux irrités Pensent apercevoir une chimère vaine. Il fait tout ce qu'il peut pour éviter cette eau; Mais quoi, le c***** est si beau Qu'il ne le quitte qu'avec peine. On voit bien où je veux venir. Je parle à tous; et cette erreur extrême Est un mal que chacun se plaît d'entretenir. Notre âme, c'est cet Homme amoureux de lui-même; Tant de Miroirs, ce sont les sottises d'autrui, Miroirs, de nos défauts les Peintres légitimes; Et quant au C*****, c'est celui Que chacun sait, le Livre des Maximes.
Auteur : Jean de La Fontaine (1621 -1695)
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Date du message :
mars 1, 2011 02:29
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La Besace
Jupiter dit un jour: Que tout ce qui respire S'en vienne comparaître aux pieds de ma grandeur. Si dans son composé quelqu'un trouve à redire, Il peut le déclarer sans peur: Je mettrai remède à la chose. Venez, Singe; parlez le premier, et pour cause. Voyez ces animaux, faites comparaison De leurs beautés avec les vôtres. Etes-vous satisfait? - Moi, dit-il, pourquoi non? N'ai-je pas quatre pieds aussi bien que les autres? Mon portrait jusqu'ici ne m'a rien reproché; Mais pour mon frère l'Ours, on ne l'a qu'ébauché: Jamais, s'il me veut croire, il ne se fera peindre. L'Ours venant là-dessus, on crut qu'il s'allait plaindre. Tant s'en faut: de sa forme il se loua très fort Glosa sur l'Eléphant; dit qu'on pourrait encor Ajouter à sa queue, ôter à ses oreilles; Que c'était une masse informe et sans beauté. L'Eléphant étant écouté, Tout sage qu'il était, dit des choses pareilles. Il jugea qu'à son appétit Dame Baleine était trop grosse. Dame Fourmi trouva le Ciron trop petit, Se croyant, pour elle, un colosse. Jupin les renvoya s'étant censurés tous, Du reste, contents d'eux; mais parmi les plus fous Notre espèce excella; car tout ce que nous sommes, Lynx envers nos pareils, et Taupes envers nous, Nous nous pardonnons tout, et rien aux autres hommes. On se voit d'un autre oeil qu'on ne voit son prochain. Le Fabricateur souverain Nous créa Besaciers tous de même manière, Tant ceux du temps passé que du temps d'aujourd'hui. Il fit pour nos défauts la poche de derrière Et celle de devant pour les défauts d’autrui
Auteur : Jean de La Fontaine (1621 -1695)
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Date du message :
mars 10, 2011 16:37
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La Cigale et la Fourmi
La Cigale, ayant chanté
Tout l'Eté, Se trouva fort dépourvue Quand la bise fut venue. Pas un seul petit morceau De mouche ou de vermisseau. Elle alla crier famine Chez la Fourmi sa voisine, La priant de lui prêter Quelque grain pour subsister Jusqu'à la saison nouvelle. Je vous paierai, lui dit-elle, Avant l'Oût, foi d'animal, Intérêt et principal. La Fourmi n'est pas prêteuse; C'est là son moindre défaut. "Que faisiez-vous au temps chaud? Dit-elle à cette emprunteuse. - Nuit et jour à tout venant Je chantais, ne vous déplaise. - Vous chantiez? j'en suis fort aise. Eh bien! dansez maintenant.“
Auteur : Jean de La Fontaine (1621 -1695)
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Date du message :
mars 11, 2011 13:07
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Maître corbeau, sur un arbre perché, Tenait en son bec un fromage. Maître renard par l'odeur alléché , Lui tint à peu près ce langage : «Et bonjour Monsieur du Corbeau. Que vous êtes joli! que vous me semblez beau! Sans mentir, si votre ramage Se rapporte à votre plumage, Vous êtes le phénix des hôtes de ces bois» A ces mots le corbeau ne se sent pas de joie; Et pour montrer sa belle voix, Il ouvre un large bec laisse tomber sa proie. Le renard s'en saisit et dit: "Mon bon Monsieur, Apprenez que tout flatteur Vit aux dépens de celui qui l'écoute: Cette leçon vaut bien un fromage sans doute." Le corbeau honteux et confus Jura mais un peu tard , qu'on ne l'y prendrait plus.
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Date du message :
mars 11, 2011 13:11
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La Génisse, la Chèvre et la Brebis, en société avec le Lion
La Génisse, la Chèvre et leur sœur la Brebis, Avec un fier Lion, Seigneur du voisinage, Firent société, dit-on, au temps jadis, Et mirent en commun le gain et le dommage. Dans les lacs de la Chèvre un Cerf se trouva pris. Vers ses associés aussitôt elle envoie. Eux venus, le Lion par ses ongles compta, Et dit : Nous sommes quatre à partager la proie; Puis en autant de parts le Cerf il dépeça; Prit pour lui la première en qualité de Sire: Elle doit être à moi, dit-il; et la raison, C'est que je m'appelle Lion: A cela l'on n'a rien à dire. La seconde, par droit, me doit échoir encor: Ce droit, vous le savez, c'est le droit du plus fort. Comme le plus vaillant je prétends la troisième. Si quelqu'une de vous touche à la quatrième Je l'étranglerai tout d’abord.
Auteur : Jean de La Fontaine (1621 -1695)
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Date du message :
mars 11, 2011 15:40
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La Grenouille qui se veut faire aussi grosse que le Boeuf
Une Grenouille vit un boeuf Qui lui sembla de belle taille. Elle qui n'était pas grosse en tout comme un oeuf, Envieuse s'étend, et s'enfle, et se travaille Pour égaler l'animal en grosseur, Disant: Regardez bien, ma soeur; Est-ce assez? dites-moi; n'y suis-je point encore? - Nenni. - M'y voici donc ? - Point du tout. - M'y voilà ? - Vous n'en approchez point. La chétive pécore S'enfla si bien qu'elle creva. Le monde est plein de gens qui ne sont pas plus sages: Tout Bourgeois veut bâtir comme les grands Seigneurs, Tout petit Prince a des Ambassadeurs, Tout Marquis veut avoir des Pages.
Auteur : Jean de La Fontaine (1621 -1695)
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Date du message :
mars 13, 2011 11:00
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La mort et le bûcheron
Un pauvre Bûcheron tout couvert de ramée, Sous le faix du fagot aussi bien que des ans Gémissant et courbé marchait à pas pesants, Et tâchait de gagner sa chaumine enfumée. Enfin, n'en pouvant plus d'effort et de douleur, Il met bas son fagot, il songe à son malheur. Quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde? En est-il un plus pauvre en la machine ronde? Point de pain quelquefois, et jamais de repos. Sa femme, ses enfants, les soldats, les impôts, Le créancier, et la corvée Lui font d'un malheureux la peinture achevée. Il appelle la mort, elle vient sans tarder, Lui demande ce qu'il faut faire C'est, dit-il, afin de m'aider A recharger ce bois; tu ne tarderas guère. Le trépas vient tout guérir; Mais ne bougeons d'où nous sommes. Plutôt souffrir que mourir, C'est la devise des hommes.
Auteur : Jean de La Fontaine (1621 -1695)
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Date du message :
mars 16, 2011 16:43
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La mort et le malheureux
Un Malheureux appelait tous les jours La mort à son secours. O mort, lui disait-il, que tu me sembles belle! Viens vite, viens finir ma fortune cruelle. La Mort crut, en venant, l'obliger en effet. Elle frappe à sa porte, elle entre, elle se montre. Que vois-je! cria-t-il, ôtez-moi cet objet; Qu'il est hideux! que sa rencontre Me cause d'horreur et d'effroi! N'approche pas, ô mort; ô mort, retire-toi. Mécénas fut un galant homme: Il a dit quelque part: Qu'on me rende impotent, Cul-de-jatte, goutteux, manchot, pourvu qu'en somme Je vive, c'est assez, je suis plus que content. Ne viens jamais, ô mort; on t'en dit tout autant.
Auteur : Jean de La Fontaine (1621 -1695)
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Date du message :
mars 18, 2011 15:45
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Le Chêne et le Roseau
Le Chêne un jour dit au Roseau : Vous avez bien sujet d'accuser la Nature; Un Roitelet pour vous est un pesant fardeau. Le moindre vent qui d'aventure Fait rider la face de l'eau, Vous oblige à baisser la tête: Cependant que mon front, au Caucase pareil, Non content d'arrêter les rayons du Soleil, Brave l'effort de la tempête. Tout vous est Aquilon, tout me semble Zéphir. Encor si vous naissiez à l'abri du feuillage Dont je couvre le voisinage, Vous n'auriez pas tant à souffrir: Je vous défendrais de l'orage; Mais vous naissez le plus souvent Sur les humides bords des Royaumes du vent. La nature envers vous me semble bien injuste. - Votre compassion, lui répondit l'Arbuste, Part d'un bon naturel; mais quittez ce souci. Les vents me sont moins qu'à vous redoutables. Je plie, et ne romps pas. Vous avez jusqu'ici Contre leurs coups épouvantables Résisté sans courber le dos; Mais attendons la fin. Comme il disait ces mots Du bout de l'horizon accourt avec furie Le plus terrible des enfants Que le Nord eût porté jusque-là dans ses flancs. L'Arbre tient bon; le Roseau plie. Le vent redouble ses efforts, Et fait si bien qu'il déracine Celui de qui la tête au Ciel était voisine, Et dont les pieds touchaient à l'Empire des Morts. Auteur : Jean de La Fontaine (1621 -1695)
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Date du message :
mars 20, 2011 15:50
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Le Coq et la Perle
Un jour un Coq détourna Une Perle qu'il donna Au beau premier Lapidaire. Je la crois fine, dit-il; Mais le moindre grain de mil Serait bien mieux mon affaire. Un ignorant hérita D'un manuscrit qu'il porta Chez son voisin le Libraire. Je crois, dit-il, qu'il est bon; Mais le moindre ducaton Serait bien mieux mon affaire. Auteur : Jean de La Fontaine (1621 -1695)
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Date du message :
mars 30, 2011 18:16
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Le Corbeau et le Renard
Maître Corbeau, sur un arbre perché, Tenait en son bec un fromage. Maître Renard, par l'odeur alléché, Lui tint à peu près ce langage: Et bonjour, Monsieur du Corbeau. Que vous êtes joli! que vous me semblez beau! Sans mentir, si votre ramage Se rapporte à votre plumage, Vous êtes le Phénix des hôtes de ces bois. A ces mots, le Corbeau ne se sent pas de joie; Et pour montrer sa belle voix, Il ouvre un large bec, laisse tomber sa proie. Le Renard s'en saisit, et dit: Mon bon Monsieur, Apprenez que tout flatteur Vit aux dépens de celui qui l'écoute. Cette leçon vaut bien un fromage, sans doute. Le Corbeau honteux et confus Jura, mais un peu tard, qu'on ne l'y prendrait plus.
Auteur : Jean de La Fontaine (1621 -1695)
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Date du message :
avril 2, 2011 15:08
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Le Dragon à plusieurs têtes, et le Dragon à plusieurs queues
Un Envoyé du Grand Seigneur Préférait, dit l'Histoire, un jour chez l'Empereur, Les forces de son Maître à celles de l'Empire. Un Allemand se mit à dire: Notre prince a des dépendants Qui de leur chef sont si puissants Que chacun d'eux pourrait soudoyer une armée. Le Chiaoux, homme de sens, Lui dit: Je sais par renommée Ce que chaque Electeur peut de monde fournir; Et cela me fait souvenir D'une aventure étrange, et qui pourtant est vraie. J'étais en un lieu sûr, lorsque je vis passer Les cent têtes d'une Hydre au travers d'une haie. Mon sang commence à se glacer; Et je crois qu'à moins on s'effraie. Je n'en eus toutefois que la peur sans le mal. Jamais le corps de l'animal Ne put venir vers moi, ni trouver d'ouverture. Je rêvais à cette aventure, Quand un autre Dragon, qui n'avait qu'un seul chef Et bien plus d'une queue, à passer se présente. Me voilà saisi derechef D'étonnement et d'épouvante. Ce chef passe, et le corps, et chaque queue aussi. Rien ne les empêcha; l'un fit chemin à l'autre. Je soutiens qu'il en est ainsi De votre Empereur et du nôtre.
Auteur : Jean de La Fontaine (1621 -1695)
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Date du message :
avril 7, 2011 09:09
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Le Loup et l’Agneau
La raison du plus fort est toujours la meilleure: Nous l'allons montrer tout à l'heure. Un Agneau se désaltérait Dans le courant d'une onde pure. Un Loup survient à jeun qui cherchait aventure, Et que la faim en ces lieux attirait. Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage? Dit cet animal plein de rage: Tu seras châtié de ta témérité. - Sire, répond l'Agneau, que votre Majesté Ne se mette pas en colère; Mais plutôt qu'elle considère Que je me vas désaltérant Dans le courant, Plus de vingt pas au-dessous d'Elle, Et que par conséquent, en aucune façon, Je ne puis troubler sa boisson. - Tu la troubles, reprit cette bête cruelle, Et je sais que de moi tu médis l'an passé. - Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né? Reprit l'Agneau, je tette encor ma mère. - Si ce n'est toi, c'est donc ton frère. - Je n'en ai point. - C'est donc quelqu'un des tiens: Car vous ne m'épargnez guère, Vous, vos bergers, et vos chiens. On me l'a dit: il faut que je me venge. Là-dessus, au fond des forêts Le Loup l'emporte, et puis le mange, Sans autre forme de procès. Auteur : Jean de La Fontaine (1621 -1695)
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