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Angeline58 
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Date du message :
janvier 1, 2010 04:16
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Décembre
Le givre étincelant, sur les carreaux gelés, Dessine des milliers d'arabesques informes; Le fleuve roule au loin des banquises énormes; De fauves tourbillons passent échevelés.
Sur la crête des monts par l'ouragan pelés, De gros nuages lourds heurtent leurs flancs difformes; Les sapins sont tout blancs de neige, et les vieux ormes Dressent dans le ciel gris leurs grands bras désolés.
Des hivers boréaux tous les sombres ministres Montrent à l'horizon leurs figures sinistres; Le froid darde sur nous son aiguillon cruel.
Evitons à tout prix ses farouches colères; Et, dans l'intimité, narguant les vents polaires, Réchauffons-nous autour de l'arbre de Noël.
Louis Honoré Fréchette
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Marie-elisabeth 
France
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Date du message :
décembre 2, 2009 08:17
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Neige sur Amsterdam.
Regardez, la neige tombe ! Oh, il faut que je sorte! Amterdam endormie dans la nuit blanche, les canaux de jade sombre sous les petits ponts neigeux, les rues désertes, mes pas étouffés, ce sera la pureté fugitive, avant la boue demain. Voyez les énormes flocons qui s'ébouriffent contre les vitres. ce sont les colombes, sûrement. Elles se décident enfin à descendre, ces chéries, elles couvrent les eaux et les toits d'une épaisse couche de plumes, elles palpitent à toutes les fenêtres. Quelle invasion ! Espérons qu'elles apportent la bonne nouvelle.
Albert Camus "La Chute".
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Angeline58 
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Date du message :
décembre 3, 2009 02:08
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Hiver
Des petits bruits feutrés à la fenêtre Ce sont les flocons du rêve blanc Qui valsent gaiement, De-ci, de-là au gré du vent. Une jolie dentelle de givre A ourlé les vitres De dessins exquis. Dans l'âtre le feu crépite Et nous offre ses ors en mille pépites, Sa longue flamme bleue Eclairant les yeux Et lèchant la braise incandescente. Dehors, le grand sapin majestueux Où j' ai vu des geais se réfugier, Agite ses branches poudrées. Un rayon de soleil est apparu, D'aussi jolis diamants je n'ai vu Scintiller sur la terre. La colline, là-bas , me donne envie D'aller soulever son doux tapis, Mais le blizard s'en charge. Au jardin, sur le rosier Un dernier bouton de rose a gardé D'infimes gouttelettes gelées, Perles délicates en cristal. Autour de la maison, Les oiseaux dans les buissons Chantent joyeusement. Hiver, malgré tes bises piquantes, Tes pluies verglaçantes, Tes matins de peine, Tes brumes grises sur la plaine, Ho hiver, je t'aime Car je sais que reviendra le printemps!
Christiane L'Hermite-Coffrand
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Marie-elisabeth 
France
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Date du message :
décembre 3, 2009 08:04
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Décembre.
Voici qu'un deuil nouveau couvre le voisinage, Déjà l'eau des étangs gèle dans les roseaux, Et déjà les chemins sont pleins de ton carnage, Hiver! cruel chasseur de feuilles et d'oiseaux.
Vincent Muselli "Points et contrepoints".
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Marie-elisabeth 
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Date du message :
décembre 4, 2009 09:19
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Les après-midi d'automne.
Oh! les après-midi solitaires d'automne! II neige à tout jamais. On tousse. On n'a personne. Un piano voisin joue un air monotone; Et, songeant au passé béni, triste, on tisonne. Comme la vie est triste! Et triste aussi mon sort. Seul, sans amour, sans gloire! et la peur de la mort! Et la peur de la vie, aussi! Suis-je assez fort ? Je voudrais être enfant, avoir ma mère encor.
Oui, celle dont on est le pauvre aimé, l'idole, Celle qui, toujours prête, ici-bas nous console!... Maman! Maman! oh! comme à présent, loin de tous,
Je mettrais follement mon front dans ses genoux, Et je resterais là, sans dire une parole, À pleurer jusqu'au soir, tant ce serait trop doux.
Jules Laforgue "Poésies complètes".
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Marie-elisabeth 
France
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Date du message :
décembre 5, 2009 08:33
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Hiver, bel hiver...
Hiver, bel hiver, beau berceau, Toute la journée est éteinte, La neige amassée au carreau Est du bleu même des jacinthes, Le temps passé n'a plus d'écho.
Dans l'alcôve ce bleu neigeux Tend une écharpe de silence, Et c'est le voile de nos jeux, C'est le bain de nos préférences, Et la lueur de nos aveux.
Sur la terrasse vont les pas Des promeneurs d'un autre monde. Notre univers est loin de là, Le temps nous porte vers une onde Où l'amour nous reconnaîtra.
À coeurs donnés, à coeurs donnants La parole est une étrangère. Comme l'oiseau passant au vent Nos soupirs ont l'âme légère Mais nos voeux sont plus exigeants.
De ses mains blanches le repos Défend l'instant de toute crainte. La neige amassée au carreau Est du bleu même des jacinthes En cet hiver, en ce berceau.
Louise de Vilmorin.
A coeurs donnés, à coeurs donnants La parole est une étrangère...
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Prosperine 
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Date du message :
décembre 5, 2009 12:20
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la neige tombe belle et blanche toute légère et recouvre la nature d'une blancheur d'une pureté c'est beau la campagne est un rêve enchanteur ! et je l'admire !!!!
Prosperine
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Marie-elisabeth 
France
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Date du message :
décembre 6, 2009 10:14
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Sonnet.
Que j'aime le premier frisson de l'hiver ! le chaume, Sous le pied du chasseur, refusant de ployer ! Quand vient la pie aux champs que le foin vert embaume, Au fond du vieux château s'éveille le foyer;
C''est le temps de la ville,- Oh! lorsque l'an dernier, J'y revins, que je vis ce bon Louvre et son dôme, Paris et sa fumée, et tout ce beau royaume J'entends encore au vent les postillons crier,
Que j'aimais ce temps gris, ces passants, et la Seine Sous ses mille falots assise en souveraine! J'allais revoir l'hiver.- Et toi, ma vie, et toi!
Oh! dans tes longs regards j'allais tremper mon âme ; Je saluais tes murs.- car, qui m'eût dit, madame, Que votre coeur sitôt avait changé pour moi?
Alfred de Musset. "Premières poésies"
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Angeline58 
Modérateur
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Date du message :
décembre 8, 2009 02:24
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Vive le vent
Sur le long chemin Tout blanc de neige blanche Un vieux monsieur s'avance Avec sa canne dans la main Et tout là-haut le vent Qui siffle dans les branches Lui souffle la romance Qu'il chantait petit enfant :
Vive le vent, vive le vent Vive le vent d'hiver Qui s'en va sifflant, soufflant Dans les grands sapins verts... Oh ! Vive le temps, vive le temps Vive le temps d'hiver Boule de neige et jour de l'an Et bonne année grand-mère... Joyeux, joyeux Noël Aux mille bougies Quand chantent vers le ciel Les cloches de la nuit, Oh ! Vive le vent, vive le vent Vive le vent d'hiver Qui rapporte aux vieux enfants Leurs souvenirs d'hier...
Et le vieux monsieur Descend vers le village, C'est l'heure où tout est sage Et l'ombre danse au coin du feu Mais dans chaque maison Il flotte un air de fête Partout la table est prête Et l'on entend la même chanson :
Boule de neige et jour de l'an Et bonne année grand-mère ! Vive le vent d'hiver !
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Marie-elisabeth 
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Date du message :
décembre 8, 2009 08:47
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Soir.
C’est un soir tendre comme un visage de femme. Un soir étrange, éclos sur l’hiver âpre et dur, Dont la suavité, flottante au clair-obscur, Tombe en charpie exquise aux blessures de l’âme.
Des verts angelisés... des roses d’anémie... L’Arc-de-Triomphe au loin s’estompe velouté, Et la nuit qui descend à l’Occident bleuté Verse aux nerfs douloureux la très douce accalmie.
Dans le mois du vent noir et des brouillards plombés Les pétales du vieil automne sont tombés. Le beau ciel chromatique agonise sa gamme.
Au long des vieux hôtels parfumés d’autrefois Je respire la fleur enchantée à mes doigts. C’est un soir tendre comme un visage de femme.
Albert Samain " le Chariot d'or "
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Marie-elisabeth 
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Date du message :
décembre 10, 2009 05:38
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Les pas.
L'hiver, quand on fermait, A grand bruit lourd, les lourds volets Et que la lampe s'allumait Dans la cuisine basse, Des pas se mettaient à sonner, des pas, des pas, Au long du mur, sur le trottoir d'en face.
Tous les enfants étaient rentrés, Rompant leurs jeux enchevêtrés; Le village semblait un amas d'ombres Autour de son clocher, D'où les cloches déjà laissaient tomber, Une à une, les heures sombres Et les craintes sans nombre : Paquets de peur, au fond du coeur
Et malgré moi, je m'asseyais tout contre Les lourds volets et j'écoutais et redoutais Ces pas, toujours ces pas, Qui s'en allaient à la rencontre De je ne sais quoi d'obscur et de triste , là-bas....
Emile Verhaeren "Toute la Flandre".
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Angeline58 
Modérateur
Belgique 
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Date du message :
décembre 10, 2009 13:46
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André Lemoyne — Chansons des nids et des berceaux
Matin d’hiver
La neige tombe en paix sur Paris qui sommeille, De sa robe d'hiver à minuit s'affublant. Quand la ville surprise au grand jour se réveille, Fins clochers, dômes ronds, palais vieux, tout est blanc.
Moins rudes sont les froids, et la Seine charrie : D'énormes blocs de glace aux longs reflets vitreux Éclaboussent d'argent l'arche du pont Marie, Poursuivent leur voyage et se choquent entre eux.
Les cloches qui tintaient à si grandes volées, Pour fêter dignement les jours carillonnés, N'ont plus qu'un timbre mat et des notes voilées, Comme si leurs battants étaient capitonnés.
Les barques des chalands au long des quais rangées, De leur unique voile ont fermé l'éventail, Et toutes dans la glace, en bon ordre figées, Sont prises dans leur coque et jusqu'au gouvernail.
Enrobant le Soleil sous deux ailes de flamme, Un goéland du Havre ou de Pont-Audemer Vient comme un Saint-Esprit planer sur Notre-Dame : On reconnaît de loin le grand oiseau de mer.
Ce fut par de joyeux et clairs matins de neige, Où l'aurore allumait ses premiers feux pourprés, Qu'autrefois les Normands, blonds fils de la Norvège, Dressaient la haute échelle à Saint-Germain-des-Prés.
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Marie-elisabeth 
France
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Date du message :
décembre 11, 2009 08:09
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Décembre allume ses fenêtres.
Tout à coup, j'ai toute la vieillesse du monde dans les os. Décembre allume ses fenêtres. Et c'est la benne des saisons qui basculent en me fendant l'être. Voici le vieil hiver fumant, éventré de soleils fourchus On attend sur l'étang du gel l'écart éblouissant d'un prince Mais le ciel de Seine a terni les feux mordorés des vitrines Et la brume qui vient aux dents est trouble du brouillard des mots. Je suis étranger à ces lieux où la publicité, la mort, sont sourdement complices Je suis né contre des forêts où l'air vert était sec de houx. Ma mère, à cette saison-ci, rentrait des lessives gelées: La chemise aux deux bras levés, le drap raidi comme un chemin. J'ai trop vécu pour refuser fidèlité à mon enfance Fidèlité à mon amour et belles rives au temps pourri. Tu peux venir au creux de moi comme une barque qui s'amarre Escomptant qu'un arbre haleur lui délimite la contrée.
Luc Bérimont "Un feu vivant""
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Marie-elisabeth 
France
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Date du message :
décembre 13, 2009 05:00
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Fuite d'automne..
Sors de ta chrysalide, ô mon âme, voici L'Automne. Un long baiser du soleil a roussi Les étangs ; les lointains sont vermeils de feuillage, Le flexible arc-en-ciel a retenu l'orage Sur sa voûte où se fond la clarté d'un vitrail ;
La brume des terrains rôde autour du bétail Et parfois le soleil que le brouillard efface Est rond comme la lune aux marges de l'espace.
Mon âme, sors de l'ombre épaisse de ta chair C'est le temps dans les prés où le silence est clair, Où le vent, suspendant son aile de froidure, Berce dans les rameaux un rêve d'aventure Et fait choir en jouant avec ses doigts bourrus La feuille jaune autour des peupliers pointus... Mon âme en robe d'or faite de feuilles mortes Se donne au tourbillon que la rafale apporte Et chavire au soleil sur la pointe du pied Plus vive qu'en avril le sauvage églantier ; Cependant que de loin elle voit sur la porte, Écoutant jusqu'au seuil rouler des feuilles mortes, Mon pauvre corps courbé dans son châle d'hiver. Et mon âme se sent étrangère à ma chair. Pourtant, docilement, lorsque les vitres closes Refléteront au soir la fleur des lampes roses, Elle regagnera le masque familier, Et, servante modeste avec un tablier, Elle trottinera dans les chambres amères En retenant des mains le sanglot des chimères.
Cécile Sauvage "Tandis que la terre tourne".
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Angeline58 
Modérateur
Belgique 
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Date du message :
décembre 15, 2009 01:57
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Le sapin de noël (ou le petit sapin sous la neige)
Le petit sapin sous la neige Rêvait aux beaux étés fleuris. Bel été quand te reverrai-je ? Soupirait-il sous le ciel gris.
Dis moi quand reviendra l’été ! Demandait-il au vent qui vente Mais le vent sans jamais parler S’enfuyait avec la tourmente.
Vint à passer sur le chemin Un gaillard à grandes moustaches Hop là ! en deux coups de sa hache, A coupé le petit sapin.
Il ne reverra plus l’été , Le petit sapin des montagnes, Il ne verra plus la gentiane, L’anémone et le foin coupé.
Mais on l’a paré de bougies, Saupoudré de neiges d’argent. Des clochettes de féerie Pendent à ses beaux rameaux blancs.
Le petit sapin de noël Ne regrette plus sa clairière Car il rêve qu’il est au ciel Tout vêtu d’or et de lumière.
Pernette Chaponnière
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