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  Famille : Les messagers de la nature


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Auteur

Sujet : Paroles de poètes..

Marie-elisabeth
France
Messages : 9236

Date du message : décembre 5, 2009  02:02

La poésie est une salve contre l'habitude....
Avec elle, pas besoin d'argent, ni de précautions, de dictionnaire
de diplômes.. Entrez, écoutez, respirez.. Quelle différence!..

Autant le dire à celui qui m'écoute:
je te ressemble à ce point qu'au soleil
Je crois me voir dans ton corps de passage
Et je t'entends en m'écoutant moi-même...

Robert Sabatier

Marie-elisabeth
France
Messages : 9236

Date du message : novembre 27, 2009  08:16

Sois pure comme la rosée.

Sois pure comme la rosée,
Comme le ciel que tu reflètes ;
Sois légère aux herbes brisées,
Ame tremblante du poète.

Colore-toi du sang de l'aube,
Scintille en larme aux cils des feuilles ;
Et si des roses te recueillent,
Qu'une vierge cueille ces roses.

Sois lumineuse et résignée,
Rafraîchis le pied qui te foule ;
Souris au soleil hostile, ourle
Les rosaces des araignées :

Comme la froide et radieuse
Rosée enivre les cigales,
Tristesse du poète, abreuve
L'harmonieux concert des âmes !

Charles Guérin, "Le Coeur solitaire".


Marie-elisabeth
France
Messages : 9236

Date du message : novembre 27, 2009  08:50

Je te l'ai dit...

Je te l'ai dit pour les nuages,
Je te l'ai dit pour l'arbre de la mer,
Pour chaque vague, pour les oiseaux dans
les feuilles,
Pour les cailloux du bruit,
Pour les mains familières,
Pour l’oeil qui devient visage ou paysage
Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur,
Pour toute la nuit bue,
Pour la grille des routes,
Pour la fenêtre ouverte, pour un front découvert.
Je te l'ai dit pour tes pensées, pour tes paroles :
Toute caresse, toute confiance se survivent.

Paul Eluard.

Marie-elisabeth
France
Messages : 9236

Date du message : novembre 28, 2009  05:10

Souvenir du pays de France .

Combien j'ai douce souvenance
Du joli lieu de ma naissance !
Ma soeur, qu'ils étaient beaux les jours
De France !
O mon pays, sois mes amours
Toujours !

Te souvient-il que notre mère,
Au foyer de notre chaumière,
Nous pressait sur son coeur joyeux,
Ma chère ?
Et nous baisions ses blancs cheveux
Tous deux.

Ma soeur, te souvient-il encore
Du château que baignait la Dore ;
Et de cette tant vieille tour
Du Maure,
Où l'airain sonnait le retour
Du jour ?

Te souvient-il du lac tranquille
Qu'effleurait l'hirondelle agile,
Du vent qui courbait le roseau
Mobile,
Et du soleil couchant sur l'eau,
Si beau ?

François-René de Chateaubriand ( Romance )"Poésies diverses )

Marie-elisabeth
France
Messages : 9236

Date du message : novembre 29, 2009  08:37

Notre Langue.

Notre langue naquit aux lèvres des Gaulois.
Ses mots sont caressants, ses règles sont sévères,
Et, faite pour chanter les gloires d'autrefois,
Elle a puisé son souffle aux refrains des trouvères.

Elle a le charme exquis du timbre des Latins,
Le séduisant brio du parler des Hellènes
Le chaud rayonnement des émaux florentins,
Le diaphane et frais poli des porcelaines.

Elle a les sons moelleux du luth éolien,
Le doux babil du vent dans les blés et les seigles,
La clarté de l'azur, l'éclair olympien,
Les soupirs du ramier, l'envergure des aigles...

La première, elle dit le nom de l'Eternel
Sous les bois canadiens noyés dans le mystère.
La première, elle fit monter vers notre ciel
Les hymnes de l'amour, l'élan de la prière.

La première, elle fit tout à coup frissonner
Du grand Meschacébé la forêt infinie,
Et l'arbre du rivage a paru s'incliner
En entendant vibrer cette langue bénie....
.
Essayer d'arrêter son élan, c'est vouloir
Empêcher les bourgeons et les roses d'éclore ;
Tenter d'anéantir son charme et son pouvoir,
C'est rêver d'abolir les rayons de l'aurore.

Brille donc à jamais sous le regard de Dieu,
O langue des anciens ! Combats et civilise,
Et sois toujours pour nous la colonne de feu
Qui guidait les Hébreux vers la Terre promise !

William Chapman.

Marie-elisabeth
France
Messages : 9236

Date du message : novembre 30, 2009  05:27

Le silence...

Il y a toutes les formes possibles du silence.
Il y a un silence de fermeture, un silence de réserve,
un silence de discipline, un silence de menace,
un silence de colère, un silence de rancune.

Mais il y a aussi un silence de l'acceptation,
un silence de la promesses, un silence du don,
un silence de la possession.
Il y a un silence qui porte le poids
de tous les souvenirs sans en évoquer aucun,
un silence qui mesure toutes les possibilités,
sans en entamer aucun.

il y a un silence lourd et qui m'opprime, de telle
sorte que la moindre parole serait pour moi une
délivrance,
un silence fragile dont j'appréhende
la déchirure,
un silence où gronde une hostilité
irritée de ne point trouver des moyens assez forts
pour se traduire,
un silence de l'amitiés comblée,
heureuse de surpasser toute expression et de l'avoir
rendue inutile.
il y a enfin le silence de l'admiration et un silence du mépris...

Louis Lavelle "La parole et l'écriture".

Marie-elisabeth
France
Messages : 9236

Date du message : décembre 1, 2009  07:52

Extrême-Orient.

Le fleuve au vent du soir fait chanter ses roseaux.
Seul je m'en suis allé. - J'ai dénoué l'amarre,
Puis je me suis couché dans ma jonque bizarre,
Sans bruit, de peur de faire envoler les oiseaux.

Et nous sommes partis, tous deux, au fil de l'eau,
Sans savoir où, très lentement. - O charme rare,
Que donne un inconnu fluide où l'on s'égare !...
Par instants, j'arrêtais quelque frêle rameau.

Et je restais, bercé sur un flot d'indolence,
A respirer ton âme, ô beau soir de silence...
Car j'ai l'amour subtil du crépuscule fin ;

L'eau musicale et triste est la soeur de mon rêve
Ma tasse est diaphane, et je porte, sans fin,
Un coeur mélancolique où la lune se lève...

La vie est une fleur que je respire à peine,
Car tout parfum terrestre est douloureux au fond.
J'ignore l'heure vaine, et les hommes qui vont,
Et dans l'île d'Émail ma fantaisie est reine.

Mes bonheurs délicats sont faits de porcelaine,
Je n'y touche jamais qu'avec un soin profond ;
Et l'azur fin, qu'exhale en fumant mon thé blond,
En sa fuite odorante emporte au loin ma peine...


Albert Samain, "Au Jardin de l'infante"



Angeline58
Modérateur
Belgique

Date du message : décembre 1, 2009  10:20


Mamie indienne



On la surnommait Marie l’indienne.
Ses longs cheveux étaient encerclés par un bandeau
Elle était belle et magicienne.
La vie n’avait pas été assurément pour elle un cadeau

Je ne l’oublierai jamais ni elle, ni son regard
Qui transperçait l’âme et le corps.
Bien que les voisins la disaient sauvage.
Sage-femme elle a su vivre au travers les âges.

À son cou apparaissait un capteur de rêves.
C’était son unique porte bonheur
Qui lui livraient les secrets dans la nuit brève
En filtrant les énergies des rêves.

À son poignet elle portait un bracelet de cuir.
Jamais elle ne parlait de ses désirs.
Une robe longue la rendait désirable.
Dans sa splendeur elle demeurait aimable.

Elle travaillait sans relâche pour ses enfants.
Elle se donnait pour les autres et aidait les femmes
À mettre au monde les petits et soignait les grands
Elle donnait à son entourage la paix de l’âme.

Aujourd’hui quand je ferme mes yeux je la revois
Douce et gentille comme autrefois.
De pouvoir la sentir si près de mon coeur
Me comblera éternellement de joie et de bonheur.

Perlederosée.

Marie-elisabeth
France
Messages : 9236

Date du message : décembre 2, 2009  08:03

La voix.

Une voix, une voix qui vient de si loin
Qu'elle ne fait plus tinter les oreilles.
Une voix, comme un tambour, voilée,
Parvient pourtant, distinctement jusqu' à nous.

Bien qu'elle semble sortir d'un tombeau
Elle ne parle que d'été et de printemps.
Elle emplit le corps de joie,
Elle allume aux lèvres le sourire.

Je l'écoute. ce n'est qu'une voix humaine
Qui traverse les fracas de la vie et des batailles,
L'écroulement du tonnerre et le murmure des bavardages.

Et vous ? Ne l'entendez--vous pas ?
Elle dit :"La peine sera de courte durée ".
Elle dit :La belle saison est proche ".

Ne l'entendez-vous pas ?

Robert Desnos "Contrée "




Marie-elisabeth
France
Messages : 9236

Date du message : décembre 3, 2009  08:10

Le jardin d'antan.

Rien n'est plus doux aussi que de s'en revenir
Comme après de longs ans d'absence,
Que de s'en revenir
Par le chemin du souvenir
Fleuri de lys d'innocence
Au jardin de l'Enfance.

Au jardin clos, scellé, dans le jardin muet
D'où s'enfuirent les gaîtés franches,
Notre jardin muet,
Et la danse du menuet
Qu'autrefois menaient sous branches
Nos soeurs en robes blanches.

Aux soirs d'Avrils anciens, jetant des cris joyeux
Entremêlés de ritournelles,
Avec des lieds joyeux,
Elles passaient, la gloire aux yeux,
Sous le frisson des tonnelles,
Comme en les villanellles..

Mais rien n'est plus amer que de penser aussi
A tant de choses ruinées !
Ah ! de penser aussi,
Lorsque nous revenons ainsi
Par sentes de fleurs fanées,
A nos jeunes années.

Lorsque nous nous sentons névrosés et vieillis,
Froissés, maltraités et sans armes,
Moroses et vieillis,
Et que, surnageant aux oublis,
S'éternise avec ses charmes
Notre jeunesse en larmes !

Emile Nelligan, "Motifs poétiques".

Angeline58
Modérateur
Belgique

Date du message : décembre 3, 2009  10:55

Soyez polis ...


Il faut aussi être poli avec la terre et avec le soleil
il faut les remercier le matin en se réveillant
il faut les remercier
Pour la chaleur
Pour les arbres
Pour les fruits
Pour tout ce qui est bon à manger
Pour tout ce qui est beau à regarder
A toucher
Il faut les remercier
Il ne faut pas les embêter...les critiquer
Ils savent ce qu'ils ont à faire
Le soleil et le terre
Alors il faut les laisser faire
Ou bien ils sont capables de se Fâcher
Et puis après. On est changé
En courge en melon d'eau.
Ou en pierre à briquet et on est bien avancé...
Le soleil est amoureux de la terre
La terre est amoureuse du soleil.
Ça les regarde
C'est leurs affaires
Et quand il y a des éclipses
Il n'est pas prudent ni discret de les regarder
au travers de sales petits morceaux de verre fumé
Ils se dis*****nt
C'est des histoires personnelles
Mieux vaut ne pas s'en mêler
Par ce que si on s'en mêle on risque d'être
Changé en pomme de terre gelée.
Ou en fer à friser.
Le soleil aime la terre.
La terre aime le soleil
C'est comme ça.
Le reste ne nous regarde pas.
La terre aime le soleil.
Et elle tourne
Pour ce faire admirer
Et le soleil la trouve belle
et il brille sur elle,
Et quand il est fatigué
Il va se coucher
Et la lune se lève.
...


Jacques Prévert -

Marie-elisabeth
France
Messages : 9236

Date du message : décembre 4, 2009  08:37

Le pays.

Ma France, quand on a nourri son coeur latin
Du lait de votre Gaule,
Quand on a pris sa vie en vous, comme le thym,
La fougère et le saule,

Quand on a bien aimé vos forêts et vos eaux,
L'odeur de vos feuillages,
La couleur de vos jours, le chant de vos oiseaux,
Dès l'aube de son âge,

Quand amoureux du goût de vos bonnes saisons
Chaudes comme la laine,
On a fixé son âme et bâti sa maison
Au bord de votre Seine,...

Quand jaloux de goûter le vin de vos pressoirs ;
Vos fruits et vos châtaignes,
On a bien médité dans la paix de vos soirs
Les livres de Montaigne,

Quand pendant vos étés luisants, où les lézards
Sont verts comme des fèves,
On a senti fleurir les chansons de Ronsard
Au jardin de son rêve,

Quand on a respiré les automnes sereins
Où coulent vos résines,
Quand on a senti vivre et pleurer dans son sein
Le coeur de Jean Racine,

Quand votre nom, miroir de toute vérité,
Émeut comme un visage,
Alors on a conclu avec votre beauté
Un si fort mariage

Que l'on ne sait plus bien, quand l'azur de votre oeil
Sur le monde flamboie,
Si c'est dans sa tendresse ou bien dans son orgueil
Qu'on a le plus de joie...

Anna de Noailles "le Coeur innombrable"

Angeline58
Modérateur
Belgique

Date du message : décembre 5, 2009  02:03

LES SAPINS


Les sapins en bonnets pointus

De longues robes revêtus

Comme des astrologues

Saluent leurs frères abattus

Les bateaux qui sur le Rhin voguent



Dans les sept arts endoctrinés

Par les vieux sapins leurs aînés

Qui sont de grands poètes

Ils se savent prédestinés

A briller plus que des planètes



A briller doucement changés

En étoiles et enneigés

Aux Noëls bienheureuses

Fêtes des sapins ensongés

Aux longues branches langoureuses



Les sapins beaux musiciens

Chantent des noëls anciens

Au vent des soirs d'automne

Ou bien graves magiciens ,

Incantent le ciel quand il tonne



Des rangées de blancs chérubins

Remplacent l'hiver les sapins

Et balancent leurs ailes

L'été ce sont de grands rabbins

Ou bien de vieilles demoiselles



Guillaume Apollinaire

Marie-elisabeth
France
Messages : 9236

Date du message : décembre 5, 2009  08:03

La brasserie des Trois-Rivières.

Qui saurait nommer les trois fausses rivières de la ville de Lyon
ou même celles de la cité des Trois-Rivières
qui dans les deux cas
en réalité ne sont pas trois
ni deux
mais une seule?

Ni le sieur de Laviolette ni Jean Moulin
ni Louise labé ni Gatien Lapointe
n'ont su donner leur nom à quelque fleuve
il n'y a pas de rivière des Forges
pas plus que de rivière Fourvière
pourtant il y a de l'eau qui nous porte
serait -elle donc à jamais innombrable?

Les trois rivières de Trois-Rivières ne sont que deux îles
jetées là aux confluents de la Saint-Maurice et du Saint-Laurent
comme la presqu'île de Lyon navigue entre la Saône et le Rhône
que complète évidemment un troisième affluent
coulant à flot mais en trompe l'oeil
les anciens comme les nouveaux
le nommaient le Beaujolais.

Bernard Pozier (auteur québècois né en 1955 )

Marie-elisabeth
France
Messages : 9236

Date du message : décembre 6, 2009  09:44

   Le poète.

Jamais jamais je ne pourrai dormir tranquille
aussi longtemps

que d'autres n'auront pas le sommeil et l'abri

ni jamais vivre de bon coeur
tant qu'il faudra que d'autres

meurent qui ne savent pas pourquoi

J'ai mal au coeur mal à la terre mal au présent

Le poète n'est pas celui qui dit
Je n'y suis pour personne

Le poète dit J'y suis pour tout le monde

Ne frapper pas avant d'entrer

Vous êtes déjà là

Qui vous frappe me frappe

J'en vois de toutes les couleurs

J'y suis pour tout le monde.

Claude Roy "Un seul poème".

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