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Sujet : L'identité nationale est-elle en danger ?
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-mouette- |
Date du message : novembre 3, 2009 03:21 |
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Je vais commencer par citer les propos de Michel Rocard qui, tout bafouilleux qu'il soit verbalement, est d'une parfaite clarté dans ses écrits ; et si vous voulez ensuite discuter de l'identité nationale et des motivations profondes de l'ump, ce sera avec plaisir ! "L'identité nationale selon Rocard : "un débat imbécile" Interview. Faut-il un débat sur l'identité nationale ? Michel Rocard : - Cela ne m'inspire pas grand-chose de bon. La France est incontestablement l'un des pays occidentaux qui a la plus forte identité nationale. Des individus comme Louis XIV, Napoléon Bonaparte et Charles de Gaulle sont fortement créateurs de références identitaires. Et puis la France a cette particularité d'être différentes de tous les autres pays d'Europe sur un point majeur. Mais cela nécessite de prendre le temps de parcourir l'histoire. Les grands empires qui sont apparus à travers le monde - en Amérique, en Afrique, comme au Moyen-Orient ou en Asie - sont presque toujours respectueux des identités linguistiques et religieuses des territoires qu'ils absorbent. Mais nous avons en Europe une autre tradition, beaucoup plus exigeante dans l'unification des territoires. C'est celle des royaumes. Nous n'avons pas d'empire qui réussit, mais huit ou neuf communautés linguistiques et religieuses - linguistiques à titre principal- qui vont créer des nations, chacune avec leurs rois ou leurs princes. Pendant un millénaire et demi, elles devront se défendre les unes des autres et construire une identité. C'est vrai du Portugal. C'est vrai aussi de l'Espagne, même s'il y a une petite difficulté linguistique avec la Catalogne et le Pays Basque. C'est vrai aussi de l'Angleterre et de la communauté néerlandophone, qui va prendre la forme des Provinces unies, les Pays-Bas. C'est vrai de la Pologne, c'est vrai aussi de la Hongrie et de la Russie. Il y a deux retards dans la constitution des nations: l'Italie et l'Allemagne. Mais tout de même l'Italie et l'Allemagne ont ces caractéristiques d'être des communautés linguistiques, qui se donnent un peu après les autres une structure d'Etat. La France est un cas absolument unique. Une petite zone militarisée - Ile-de-France, Val de Loire - va produire une collectivité linguistique nationale. La langue française, c'est le Val de Loire, son lieu de naissance. Cette communauté va se militariser à outrance, parce qu'elle est petite et parce qu'elle est exposée dans une zone de plaine. En conséquence, le royaume de France va se développer en s'étendant militairement, bien au-delà de sa communauté linguistique. La naissance de la France se réalise par la conquête militaire d'au moins cinq cultures - j'appelle culture la coïncidence entre une langue et un art de prier. Je veux parler de la Bretagne, de l'Occitanie, de l'Alsace, d'une partie de la Flandre, de la Corse, et puis de notre petit bout du Pays basque. Vous avez le souvenir de la guerre des Albigeois ? Elle aurait fait entre 400 et 500.000 morts, avec les techniques militaires de l'époque - et la gentillesse de Simon de Montfort. C'est la conquête par le Nord de tout le Midi qui, au sud d'une ligne allant de Bordeaux à Grenoble, parlait Occitan. C'est ça, la France. Le pouvoir central est construit militairement, ce n'est pas le produit d'une communauté. Tout cela est assez fabuleux et donne à la France une identité très spécifique qui est beaucoup moins marquée par le droit du sang. Très tôt, il y a un sentiment national étonnant, par l'échange de souvenir d'événements. La victoire de Philippe Auguste à Bouvines [en 1214, NDLR] permet une sorte de fierté nationale. Il a un peu du David contre Goliath dans la bataille du petit royaume de France face à cette immensité qui était en train de se confédérer, le Saint Empire romain germanique. Et on a fait craquer l'empire. Puis le moment de cristallisation nationale formidable, c'est la bataille de Valmy, sous la Révolution [en 1792, NDLR]. Dans les troupes commandées par Dumouriez, on évalue à moins de 20% ceux qui parlaient français. Et ensuite arrive la IIIe République avec ses hussards noirs [les instituteurs, NDLR] qui imposent le français dans toutes les écoles. Tout cela nous donne un art de vivre ensemble, parfois avec une assez grande indifférence au droit du sang, et donc une majoration de l'identité de choix de culture et de volonté d'un destin commun, largement façonné par la Révolution. Et tout cela est assez magnifique. On a même fait vivre cette identité à la Martinique, à la Guadeloupe, au Sénégal et à dans presque toutes nos colonies. L'idée que tout cela fasse doute et qu'il faille en rediscuter me stupéfie. Cela fait une identité absolument merveilleuse, dont il est vrai qu'on la durcie quand on la prend comme Le Pen. Parce que Le Pen, au fond, nie la réalité de l'adhésion à cette nation de gens qui y sont depuis 150 ans. Ma mère était Savoyarde. Ce qui veut dire que moi- même, je dois d'être Français à un succès diplomatique de Napoléon III, tandis que pour Le Pen, je suis un Rital. Cela ne me fait pas plaisir de rouvrir la conversation. Je trouve ça complètement imbécile. Il faut bien voir que cette logique de fabrication de la France se détruit si on la ferme. C'est une logique d'ouverture. La France se définit comme une sorte d'orgueil permanent. Moi je suis protestant. Cela veut dire que mes ancêtres sont considérés comme Français depuis ce jour mystérieux d'août 1789 où l'Assemblée constituante a fait citoyens français successivement les protestants, les juifs, les comédiens et les gens de couleur. Dans l'idée d'arrêter ce mouvement de générosité, il y a quelque chose qui me choque. Parce qu'ouvrir le débat, c'est rechercher l'écriture d'une formalisation instantanée de la description de ce qu'est l'identité française. Or, elle a été dans l'histoire complètement évolutive. Et après tout, si on décide que c'est à la date du 3 août 1789 que s'arrête la fabrication de la France, moi je cesse d'être citoyen. N'est-ce pas aussi la question de l'immigration qui est sous-entendue dans le débat sur l'identité française ? - La France est depuis le milieu du XIXe une terre de dépression démographique. Il y a avait vers 1935-36 déjà 4,5 millions d'étrangers en France. Et la presse de l'époque montre que certaines couches de la population traitaient les immigrés - Italiens, Polonais, Belges…- comme des chiens. La presse d'aujourd'hui n'ose pas, s'agissant des Arabes ou des Noirs, reprendre le vocabulaire, les insultes et les présupposés que colportait la France entre les deux guerres. Tous ces hommes sont devenus citoyens français. La France est faite comme ça! Se poser le problème de l'immigration, c'est se poser la question de la date à laquelle s'arrête la bienvenue que nous avons souhaité à tous ceux qui sont devenus Français en venant d'ailleurs, et qui sont aujourd'hui un bon tiers, sinon la moitié, de notre population totale. Alors à partir de quand on crache dessus ? Exalter la France est une chose. Je me sens Français comme pas possible. Je suis éperdument fier d'être par hasard né dans ce pays. Mais je n'ai pas envie que la chance que cela représente soit fermée à d'autres, au nom d'un sectarisme qui n'est pas dans notre histoire. Et je crains beaucoup que le fait d'ouvrir le débat ne se traduise, comme souvent en France, par une volonté de formaliser, de décrire et de mettre dans des textes, ce qui va figer. C'est idiot… C'est idiot parce que je n'ose pas caresser l'espoir que dans ce débat sur l'immigration, la victoire aille à cette définition : la France est la seule identité nationale au monde qui soit en définition évolutive et constamment en train d'agglomérer de nouvelles sensibilités et de nouvelles représentations linguistiques ou de couleurs de peau. C'est votre définition ? - Oui. Absolument. En 1789, les Français secouent le joug de la monarchie absolue. Les trois ordres se réunissent, ils écrivent la déclaration des Droits de l'homme et du citoyen, et il ne leur vient pas à l'idée de n'écrire que pour eux. Ils écrivent pour le monde entier. Les deux premiers mots sont "Les hommes", sans distinction géographique, linguistique ou raciale. "Les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l'utilité commune." C'est un trait culturel. Et toute idée que le cadeau de la France au monde qu'est ce texte puisse être terni, par le fait qu'on donnerait plus d'importante à certains hommes qui sont rassemblés dans l'hexagone sur certains autres, c'est un attentat à la grandeur de la France. Le débat sur l'identité nationale de la France est-il relancé à des buts électoralistes ? - La perspective électoraliste ne peut pas être dissociée, c'est vrai. Mais dès lors qu'on ouvre le débat, la perspective électoraliste disparait. Il y a le sujet, et il y a ce qu'on va en faire. On pourrait concevoir ce débat comme un simple enrichissement culturel pour chacun, comme un inventaire des faits fondateurs. Si c'était pour reparler de Bouvines, je trouverais cela très bien. On pourrait rigoler ensemble bu baptême de Clovis. Ma crainte, c'est qu'on mette des frontières là où il n'en faut pas. C'est que parler de l'identité nationale nous convainque qu'il y a une substance de plus, quelque chose de qualitativement différent, entre ceux qui sont Français et ceux qui ne le seraient pas mais habiteraient quand même notre territoire. C'est ça le risque. Car l'enjeu, c'est une insertion décente de tous ces gens, comme nous l'avons toujours fait". (Propos de Michel Rocard, recueillis par le Nouvel Obs)
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Alisiers2 |
Date du message : novembre 9, 2009 08:28 |
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c'est le mot "identité" qui fait bizarre ...
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-mouette- |
Date du message : novembre 19, 2009 04:38 |
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L'"identité nationale française" en foot ? Haut la main !
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-mouette- |
Date du message : novembre 20, 2009 05:10 |
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"Jean-Yves Cendrey, mari de Marie Ndiaye, réagit aux attaques de Raoult L'écrivain Jean-Yves Cendrey, dont nous vous avons déjà parlé, est l'époux de Marie NDiaye, récente lauréate du prix Goncourt et récemment prise à parti par Eric Raoult. Pour Rue89, il a souhaité revenir sur cette polémique, mais également évoquer les problèmes d'identité d'Eric Besson, ainsi que les raisons pour lesquelles lui et son épouse sont partis vivre à Berlin, s'écartant des fumets de la pensée « ultranationale ». Le débat sur l'identité nationale a déjà fait des petits, petits soldats de l'aigle élyséen, ce drôle d'oiseau qui tient du paon pour la vanité et du coq nain pour l'agressivité. Le sous-sergent Raoult, pioupiou gonflé de bile et de billevesées, bachi-bouzouk à béret, a tiré le premier. Tous les observateurs lui ont dit qu'il avait mis à côté, à l'exception notable d'un ministre de la Culture bradée et de la Communication flageolante qui, après quarante-huit heures de réflexion la tête dans le sable (méthode recommandée par Nicolas Sarkozy en pleine drague ultranationale : « C'est avec cette politique de l'autruche qu'on laisse le champ libre à tous les extrêmes »), a pondu un communiqué si hasardeux qu'il ne relève de rien d'autre que du tourisme textuel. Agacé par les moqueries et même les inquiétudes sur sa capacité cérébrale, le sous- sergent Raoult a pris du plus gros calibre, a ficelé ensemble Noah et Thuram et NDiaye pour s'en faire une cible immanquable, énorme, toute noire sur le fond bleu de l'UMP. Et il a de nouveau fait feu, et sa vieille pétoire lui a explosé à la figure, lui arrachant un râle de raciste déconfit et le peu de cervelle qu'il avait. Raoult, grand brûlé de la Sarkomania Hospitalisé en urgence au service des grands brûlés de la sarkomania, il gît sur son lit de douleur. Dans ses délires paranoïaques il voit des noirs encore plus noirs que Marie NDiaye remporter des prix littéraires, Dany Laferrière le Médicis, Lyonel Trouillot le Wepler, et cela aggrave son Etat. Voilà le sous-sergent rongé par une épouvantable maladie de peau. Une maladie fort contagieuse, qui nécessiterait que Xavier Bertrand mette le malade à l'isolement. Mais Xavier Bertrand, avec une rare inconséquence, n'a rien fait d'autre depuis le verdict du Goncourt qu'adresser ses « sincères félicitations » à Marie NDiaye (j'ai son bristol sous les yeux). Désormais, tandis que son parti enfile les gants de l'ambiguïté et le masque des libertés républicaines, le pauvre sous-sergent devra compter sur Marine le Pen, De Villiers et l'aigle élyséen, pour laver son honneur avec la cendre de ses échafaudages xénophobes. Sur le plateau du Vercors, un pur discours de guerre civile Du coup, moi qui depuis deux ans et demi avais tourné le dos à ce qui se passait outre- Rhin, loin de l'Allemagne où je vis, j'ai éprouvé le besoin de regarder la France contemporaine au fond de ses yeux chassieux. Je suis ainsi tombé sur une scène que j'ai cru tirée d'archives archaïques, et qui ne datait en vérité que du 12 novembre 2009. Dans l'austère paysage du Vercors, sur un immense parvis de pierre grise, face à des porteurs de drapeaux au garde-à-vous, il y avait l'aigle élyséen, raide comme un poteau d'exécution promis à ses ennemis de l'intérieur, encadré de deux enfants de petite taille, ces derniers massacrant a capella ce qui m'a semblé être La Marseillaise, sans que je puisse affirmer qu'il s'agissait effectivement des paroles de Rouget de Lisle et non pas de la dernière chansonnette du Rougeaud du Raincy, grand abreuveur de sillons avec le sang impur des envahisseurs. Ensuite, ce que j'ai entendu ne faisait pas de doute : il s'agissait d'un pur discours de guerre civile, tout bleu de terre franche comme le pain volé aux Français, tout blanc de haine envers chômeurs et étrangers, tout rouge du pourpre de la chrétienté inquisitoriale et totalitaire (un rouge qui se marie à merveille avec le jaune diarrhéique des amitiés scientologues du discoureur). C'était une promesse électorale, et celle-là il l'a tenue C'était aussi bouffon que glaçant. La France était poussée vers l'avenir dans le fauteuil roulant du pétainisme, et elle bavait, et faisait sous elle. Mais, de fait, c'était une promesse électorale, et celle-là du moins se trouvait tenue. Une ancienne promesse du Front national, une promesse d'ostracisme. Elle avait été faite au cours d'un meeting de l'UMP, durant la campagne présidentielle de 2007. L'aigle de l'époque n'était pas encore couronné, mais déjà paon flambard et coq nain de très basse-cour. Souvenez-vous de l'agité-des-épaules (si je disais « du bocal », ce ne serait qu'une insulte au chef de l'Etat qu'il n'était pas encore, certes, mais je préfère lâchement me dispenser de cette bonne vieille saillie pour éviter d'être poursuivi jusqu'à Berlin et traîné devant les tribunaux et roué de coûts) qui soulevait d'enthousiasme et de rire les militants UMP, tous debout dans les baignoires d'un théâtre (des baignoires où aucun Mahométan ne se serait risqué à égorger un mouton) et applaudissant ces mots : »…d'ailleurs si y en a qu'ça gêne d'être en France…(rires) qu'ils ne se gênent pas pour quitter un pays qu'ils n'aiment pas (rires). » La messe n'était pas encore dite, mais c'était tout comme. Marie NDiaye et moi avons taillé la route, et notre carburant n'était nullement la peur mais un violent dégoût. A ceux qui s'inquiètent de voir le prix Goncourt 2009 nuire à l'image de la France à l'étranger, qu'ils se rassurent, le mal est fait, et irréparable jusqu'en 2012, « Casse-toi pôve con ! » étant passé par là. " (rue89.com/)
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-mouette- |
Date du message : novembre 25, 2009 04:03 |
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Sur lepost.tv, Stéphane Guillon pulvérise Besson à propos des "mariages gris"... C'est vraiment excellent ! http://tv.lepost.fr/2009/11/25/1808643_stephane-guillon-s-en-prend-a-eric-besson-sur-le- mariage-gris-et-evoque-sa-vie-sentimentale.html
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-mouette- |
Date du message : décembre 3, 2009 03:33 |
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A propos du débat institué par le gouvernement sur l'"identité nationale" le journal en ligne "Mediapart" lance cet appel (déjà signé par nombre de personnes très honorables) : "Nous ne débattrons pas Par principe, nous sommes favorables au débat. A sa liberté, à sa pluralité, à son utilité. C'est pourquoi nous refusons le « grand débat sur l'identité nationale » organisé par le pouvoir : parce qu'il n'est ni libre, ni pluraliste, ni utile. Il n'est pas libre car c'est le gouvernement qui le met en scène, qui pose les questions et qui contrôle les réponses. Il n'est pas pluraliste car sa formulation réduit d'emblée notre diversité nationale à une identité unique. Il n'est pas utile car cette manœuvre de diversion est une machine de division entre les Français et de stigmatisation envers les étrangers. Affaire publique, la nation ne relève pas de l'identité, affaire privée. Accepter que l'Etat entende définir à notre place ce qui nous appartient, dans la variété de nos itinéraires, de nos expériences et de nos appartenances, c'est ouvrir la porte à l'arbitraire, à l'autoritarisme et à la soumission. La République n'a pas d'identité assignée, figée et fermée, mais des principes politiques, vivants et ouverts. C'est parce que nous entendons les défendre que nous refusons un débat qui les discrédite. Nous ne tomberons pas dans ce piège tant nous avons mieux à faire : promouvoir une France de la liberté des opinions, de l'égalité des droits et de la fraternité des peuples." (www.mediapart.fr/) ----------------------------- Lorsqu'on voit ce qui remonte actuellement du fond de la société française, une fois la boîte de Pandore ouverte (il suffit d'aller lire les réactions sur le site du gouvernement consacré à ce "débat"), on se dit que ne pas tomber dans ce piège nauséabond est en effet la réaction la plus sage...
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-mouette- |
Date du message : décembre 26, 2009 12:12 |
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L'article suivant (puisé sur www.alternatives-economiques.fr/) fait plaisir à lire : enfin des choses intelligentes écrites sur un sujet qui appelle d'habitude plutôt les a priori : "La fabrique de l'identité nationale Le lancement du "grand débat" sur l'identité nationale, au moment où les Français s'inquiètent de la hausse du chômage, relève du calcul politique. Il traduit aussi le retour d'un nationalisme de droite. Comme toute identité, l'identité nationale est d'abord affaire de conscience personnelle et d'expérience vécue. On peut être français sans se sentir français. On peut même se sentir français sans l'être... De la fierté patriotique à l'indifférence tranquille, en passant par l'exaltation des valeurs républicaines, le chauvinisme étroit ou le nationalisme agressif, il y a mille manières de décliner son appartenance à la nation. Pour autant, l'identité nationale ne dépend pas seulement des individus et de leurs préférences, mais également des modèles d'identification (mythes, symboles, valeurs, préjugés, récits) qui leur sont proposés. C'est pourquoi elle est aussi le nom d'une fabrication politique. L'histoire permet à la fois d'en prendre conscience et de se repérer dans la confusion actuelle. Contrairement à ce que l'on croit souvent, la nation fut longtemps une idée progressiste. Pour les révolutionnaires, elle s'incarne dans le tiers état, c'est-à-dire le peuple qu'il faut libérer des chaînes de l'Ancien Régime. De ce peuple souverain, la Révolution donne une définition essentiellement politique et juridique : « un corps d'associés vivant sous une loi commune représentés par une législature commune », écrit l'abbé Sieyes. C'est la volonté de vivre ensemble en conformité avec quelques grands principes partagés qui est mise en avant. Avant d'être bretons ou chrétiens, les Français sont d'abord des citoyens. Si les révolutionnaires habillent cette identité civique de puissants symboles (drapeau, hymne, fêtes, calendrier...), c'est un universalisme de la raison qu'ils cherchent à couronner plutôt qu'une mémoire singulière ou une culture exclusive. Cette conception trouvera d'importants prolongements au XIXe siècle. Pourtant, si la Révolution a permis d'égaliser les droits politiques, il apparaît qu'elle est loin d'avoir résolu la question sociale. A rebours de l'utopie jacobine d'un peuple « un et indivisible », c'est une société divisée que l'on découvre alors. « Une nation n'est pas un bloc », écrit Jaurès : elle est partagée en intérêts antagonistes. Le socialisme y voit les ferments de « classes en lutte ». En dépit des revendications internationalistes qui l'animent, ce combat ne se sépare pourtant pas totalement de l'idée nationale. Il se présente même à bien des égards comme la continuation du précédent dans l'ordre économique et social : « Dans l'ordre politique, écrit Jaurès, la nation est souveraine et elle a brisé toutes les oligarchies du passé ; dans l'ordre économique, la nation est soumise à beaucoup de ces oligarchies. » Tel doit être le nouveau chantier d'émancipation. De 1870 à 1914, c'est cependant l'antagonisme franco-allemand qui fixe les représentations dominantes de l'identité nationale, plus que les débats sur la question sociale. Pour les Français, la nation se confond avec l'idée d'une communauté organisée sur le mode d'une association volontaire d'individus autonomes. Pour les Allemands, elle désigne une réalité originaire et affective, antérieure à toute organisation politique : elle est affaire de naissance, de langue et de sang. Contre cette acception romantique, voire ethnique, l'historien Ernest Renan défend, dans une conférence (« Qu'est-ce qu'une nation ? », 1882), la conception élective héritée de la Révolution. Pour lui, la nation est un « plébiscite de tous les jours » : elle réunit ceux qui sont prêts à faire des sacrifices les uns pour les autres sans distinction d'origine. Dans cette « querelle des historiens » qui oppose les deux rives du Rhin, Renan cherche surtout à montrer que l'Alsace-Lorraine a beau parler allemand, elle reste française par l'histoire, la volonté et les valeurs. Sous la IIIe République naissante, ces valeurs ne se résument pas à quelques grands principes généraux : elles se cherchent et s'affirment à travers une série de combats concrets dont les lois sur l'école, la liberté de la presse, les syndicats, la liberté d'association ou la séparation de l'Eglise et de l'Etat portent témoignage. Construisant ainsi une puissante synthèse idéologique, les républicains conçoivent la nation à la fois comme une école d'émancipation, un ciment moral et un projet social. L'antagonisme franco-allemand ne se réduit pourtant pas à un différend théorique. Il donne bientôt lieu à de puissantes fièvres patriotiques où se dévoile une autre source du sentiment national : l'inimitié. En 1914, l'identité de la nation puise moins dans l'émancipation politique et sociale que dans un unanimisme défensif. Ce n'est plus depuis longtemps le « nationalisme républicain de gauche » qui domine (par exemple celui des révolutionnaires et des patriotes partisans de la Commune, qui se soulevèrent à la fois contre l'ennemi et contre un gouvernement défaillant). « L'union sacrée » s'alimente à des sources à la fois plus simples et plus martiales. Le découpage entre les conceptions française et allemande présente une autre limite : s'il rend compte de l'histoire des idées, il résume en revanche très imparfaitement l'histoire sociale et culturelle du sentiment national. Ces deux conceptions ont en réalité cohabité en France même. Tout contemporains qu'ils fussent des Ernest Renan, Jean Jaurès ou Jules Ferry, les Français n'ont pas été les derniers à se chercher une généalogie identitaire à travers des héros légendaires, des origines ancestrales immémoriales et des mythes historiographiques... A côté de la nation républicaine, s'est notamment développé un nationalisme antirépublicain de droite qui, de Barrès à Le Pen, veut ancrer le sentiment national dans un ensemble de références culturelles exclusives. C'est ainsi qu'à partir de la fin du XIXe siècle, la droite française reprend possession d'une thématique nationale dont les progressistes et les républicains l'avaient longtemps tenue écartée. Elle trouve alors dans l'exaltation d'une « patrie charnelle » et d'un nationalisme « de la terre et des morts » (Barrès) le moyen de se désembourber des croisades chrétiennes et monarchistes de la contre-révolution. Et alimenter les projets de révolution nationale qui allaient servir de support idéologique au régime de Vichy. Mais l'expérience de Vichy fut aussi celle d'une trahison de la nation. Associée à l'expérience nazie, elle jeta pour longtemps le voile sur les idéologies nationalistes de droite. A tel point que la thématique nationale elle-même en devint suspecte. Ce n'est plus le cas depuis les années 1980. Accompagnant la montée des inquiétudes face à la mondialisation et à l'immigration, la poussée du Front national a marqué un renouveau du nationalisme de droite. Mais, dans le même temps, émerge une nouvelle forme de revendication nationale, qui veut croiser valeurs républicaines et affirmation d'une différence culturelle sur fond de polémiques à propos de l'islam. Officiellement, ce n'est plus au nom d'un christianisme millénaire ou d'une supériorité occidentale que sont stigmatisées certaines pratiques musulmanes, mais au nom de la laïcité, de l'égalité hommes-femmes, de la liberté d'expression ou encore de la conjuration du communautarisme... Plus ou moins explicitement, la nation est présentée comme le cadre d'un compromis raisonnable entre la froide allégeance aux principes désincarnés de la démocratie et de l'Etat de droit, et la menace d'un retour des logiques identitaires, ethniques ou religieuses. L'islam n'est que le catalyseur intérieur de cette synthèse national-républicaine. Sur le front extérieur, c'est l'Europe qui a joué ces dernières années le rôle de repoussoir : une Europe caricaturée en coalition sans âme d'intérêts mercantiles. Toutefois, en faisant cause commune avec une critique obsessionnelle des mœurs musulmanes, il n'est pas sûr que cette synthèse parvienne à conjurer les dérapages islamophobes et racistes : elle risque plutôt de les encourager. De la même façon, en emboîtant le pas aux partisans d'une Europe minimaliste, elle pourrait réveiller d'inquiétantes forces de désunion. Au total, les nationaux-républicains pourraient bien être les pompiers pyromanes de ce début de XXIe siècle."
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