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Famille : Soit dit en passant...
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Auteur
Sujet : Palestine, les faits sont têtus...
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-mouette- |
Date du message : septembre 18, 2009 03:46 |
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Comme je l'ai déjà fait autrefois dans d'autre familles, je vais recopier pendant quelques jours ici les rapports que des membres d'une organisation française pour la Paix en Palestine ont rapporté d'une mission d'observation. A mon avis, ces témoignages en disent davantage sur la réalité que vivent les Palestiniens sous occupation israélienne que tous les beaux discours ; en Palestine, comme ailleurs, les faits sont têtus, mais je crois que les Palestiniens le sont davantage encore et qu'ils lutteront contre la dépossession jusqu'au dernier d'entre-eux : "152ème mission, du 5 au 19 juillet 2009 (www.protection-palestine.org/) Ce compte rendu démarre par les différentes expériences de la douane israélienne, en tous cas celles qui méritent d’être relevées. La première est celle de Xavier, qui a été questionné avec beaucoup d’insistance par le personnel de El-Al (compagnie publique israélienne) à l’aéroport de Bruxelles. Xavier a effectué plusieurs séjours en Egypte, dont un de 3 mois, son passeport en témoignait. Il a immédiatement été mis à l’écart des autres passagers, les Israéliens, et il lui a été très vite signifié qu’il ne pourrait monter dans l’avion, « pour des raisons de sécurité ». Les questions posées étaient précises, presque toujours destinées à faire parler de son entourage, de ses motivations. La compréhension feinte des exigences de sécurité, et une bonne humeur conservée lui ont permis de se rendre malgré tout en Israel... par une autre compagnie ! La deuxième est celle de Mohamed. Il a été immédiatement interrogé par des agents de sécurité qui se tenaient juste à la sortie de l’avion. Il a progressivement été aiguillé vers l’espace où les services de sécurité interrogent les passagers qui leur paraissent douteux, c’est à dire arabes en grande majorité. Il a subi en tout quatre interrogatoires successifs où il a fait face à des gens qui cherchaient visiblement à le déstabiliser par une série de questions problématiques. Après quatre heures de retenue, il a pu enfin quitter l’aéroport de Tel Aviv. Rym a elle aussi subi le même type de mise à l’écart et de longue mise à la question. Les agents ont été plus courtois qu’avec Mohamed, mais elle est tout de même restée deux heures isolée des autres passagers. Le groupe a pu aujourd’hui rencontrer Hassib qui avait proposé de le rejoindre pour discuter des actions qui seraient menées avec son aide. Dans la conversation, il a insisté sur le projet de construction du tramway, qui unifie l’espace colonial qui entoure Jérusalem, faisant de la ville le « Grand-Jérusalem » désiré par les autorités israéliennes. On comprend qu’on est dans une logique de ville assiégée. Pourtant, en se promenant dans les rues de la ville, on comprend que les assiégeants envoient des marchandises : l’asphyxie économique dont souffrent les Palestiniens conduit tous les commerçants de la ville à vendre des denrées « made in Israel ». Hassib nous a aussi parlé des destructions de maisons dans Jérusalem et autour de la ville. Il nous a décrit la situation à Sheikh Jarrah et à Sinwan, où nous irons dans les prochains jours. Il nous a aussi expliqué une stratégie des autorités israéliennes particulièrement retorse : les Palestiniens sont sommés de détruire leur maisons ou bien de payer une énorme amende. Israel n’est donc pas responsable des destructions puisqu’elle sont le fait des Palestiniens eux-mêmes. De même, pour contourner le droit, les autorités exproprient les habitants en invoquant des « causes d’utilité publique », puis elles sont après quelques mois attribuées à des compagnies privées telle Véolia. Les manœuvres et la cruauté du procédé ne peuvent qu’interpeller : le nettoyage ethnique à Jérusalem se fait « en douceur », ou plutôt en silence.' (à suivre)
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-mouette- |
Date du message : septembre 19, 2009 11:47 |
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"20 juillet, 2ème jour "Le café Palestinien faisant son effet, nous voilà tous arrivés à l’Alternative Information Center (AIC), à quelques minutes de la vieille ville. Le lieu est vivant, agréable, des cartes de la Cisjordanie occupent presque tous les murs. Nous sommes accueillis par Michel Warchawski, co-fondateur de l’AIC. L’équipe est mixte, beaucoup de femmes travaillent ici. Lui même est juif, israélien, et bien sur militant pour la paix. Il nous fait l’impression d’un intellectuel très terre à terre, sans langue de bois. Il nous présente l’AIC comme « un antidote, un vaccin contre le bouclage ». Ce bouclage, qui a partiellement réussi, est présent partout dans la pièce. Etre ici c’est déjà le combattre, écouter parler M.Warchawski c’est se rapprocher de ce qui a été fait de mieux pour lutter contre ce bouclage, peut-être parce qu’il est Israélien. Il nous parle de plusieurs réalités : la première, celle qu’on trouve dans la presse, le fantasme du « processus de paix ».Chaque jour répété, martelé ans tous les médias. C’est un référent commun des journalistes et des politiques, mais c’est totalement virtuel. Pourtant ce discours commence par un touche d’espoir : M.Warchawski nous dit « le pire est derrière nous, le pire c’est Bush, on ne fera jamais pire que Bush et la guerre totale et préventive ». Cet espoir pourrait s’incarner dans la nouvelle administration américaine, bien que sa politique pour le Moyen Orient ne soit pas encore très claire. Il parle de Abbas et Olmert, qui se rencontrent toutes les 2 semaines, sans que personne ne sache de quoi ils parlent. (peut-être de foot et de nourriture) Rien ne ressort de leurs rencontres. La deuxième réalité c’est la colonisation planifiée. Le grand architecte est Sharon, qui continue de dicter sa volonté du fond de son coma. En cela, il est le descendant de Ben Gourion, qui l’appelait « mon fils spirituel ». Interviewé en 2003 par Ari Shavit, il a donné sa vision d’Israël, celle qui est mise en oeuvre aujourd’hui. Deux éléments importants : Israël n’est pas encore constitué, la guerre indépendance n’est pas finie. La paix n’est pas à l’ordre du jour pour les 50 années à venir. Pour lui Isaac Rabbin s’est trompé à Oslo, il était trop tôt. Quand tout sera israélien il sera temps de faire la paix. Pour avoir la terre, pour l’occupant officiel, il faut agir, créer de la réalité sur le terrain. Sharon parlait du « dernier arbre ». Le parallèle est à faire avec la conquête de l’ouest, autour du chemin de fer. Il faut agir, ostensiblement, affirmer sa présence. Sharon est l’architecte de ce projet, c’est, il faut le reconnaître, un grand stratège. Dernière question alors : qu’est-ce qu’on fait des Arabes ? Sharon voulait un Etat de Juifs, il ne voulait pas vivre avec les autres. La solution c’est la continuité spatiale. Les routes se croisent sans se toucher : des ponts et des tunnels vont régler la question de l’espace continu, et permettre aux israéliens de voyager sans croiser les arabes. Sharon ne veut pas de nouvelle guerre d’épuration ethnique, il ne veut pas risquer une intervention internationale. Sa solution est de faire des arabes des fantômes, des absents-présents. Par exemple ils sont exclus du droit immobilier. Si la population est trop dense, comme à Ramallah, il suffit de les enclaver. Comment tout un pays peut-il suivre la pensée d’un homme qui n’était même pas un penseur, et qui aujourd’hui du fond de son coma ne pense plus du tout ? Départ en bus pour les colonies du nord de Jérusalem. On s’arrête, dans une vallée. Il n’y a rien ou presque, simplement une station essence presque vide. On a l’impression d’être au milieu de nulle part, en réalité on est au milieu du problème : l’important c’est d’occuper l’espace, de repousser les indiens dans leurs réserves, d’enclaver et de tracer des fausses lignes continues entre les colonies. Une anecdote : les plus anciennes colonies, vétustes, sont occupées par des arabes. Les lois du marché sont plus fortes que les lois de la colonisation. C’est aussi ça une frontière qui change. Les anciens pauvres deviennent les nouveaux bourgeois, ils s’en vont, comme dans nos banlieues, et d’autres les remplacent. Mais ceux ci sont des Arabes. On nous parle des barbelés, omniprésents. On nous dit que les Israéliens sont les meilleurs du monde pour les fabriquer. L’anecdote pourrait faire sourire. En fait non. Les colonies sont d’aspect militaire, les immeubles sont resserrés en haut des collines. Le style militaire est présent partout. D’autres au contraire (Adummim) s’étalent sur 20km, coupant littéralement la Cisjordanie en deux. La guerre n’est pas celle de la population mais celle de l’espace. M.Warchawski nous lit l’interview du maire d’une colonie : « notre rôle n’est pas démographique, il faut casser la continuité des villages palestiniens ». Notre impression est celle d’un paysage dévasté, ravagé par la stratégie militaire, défiguré par les lignes à haute tension et les barbelés. Si c’est la terre promise, pourquoi lui faire subir ça ? L’apartheid est partout, notre bus passe tranquillement le check point (gardé par des gardes privés) pendant que les Palestiniens sont sortis en plein soleil du bus précédent. Tout se passe très vite mais ces images s’impriment. Indélébiles. En revenant, une autre colonie occupée majoritairement par des Arabes. Je me demande comment se passe cette cohabitation. Cohabitent-ils vraiment ? Ces colons rêvaient sûrement d’une terre sans Arabes. Comment le vivent-ils ? Sous notre route au tracé impeccable, les routes palestiniennes serpentent à travers un réseau de tunnels, ou plutôt de tuyaux. Tout est fait pour compliquer la vie d’un peuple tout en simplifiant la vie de l’autre. Par dessus se rajoute le vernis de l’humiliation. A la fin de la visite nous sommes informés par téléphone de la tenue imminente d’une conférence de presse, dans la vieille ville. Nous arrivons chez M.El Bassit, dont la maison est menacée de destruction. Tel un symbole, la conférence a lieu dans la chambre d’un des enfants. Depuis 14 ans M. El Bassit a construit un étage supplémentaire, paie une taxe mensuelle sous forme de contravention, (parce qu’il n’a pas eu d’autorisation) jusqu’au jour où la municipalité de Jérusalem lui demande d’obtenir un permis dans les 2 mois 1/2. Mais aucun Palestinien n’a obtenu de permis de construire ces 25 dernières années. Il doit maitenant détruire lui même cet étage et supporter d’importants frais de démolition ou risquer la prison. A la conférence sont présents son avocat, qui nous parle du devoir de désobéissance civile, les associations qui le supportent : l’alliance pour la sauvegarde de Al Qods. La mère, à l’étage inférieur, nous explique qu’ils ont tout tenté pour contenter les autorités et le voisinage, mais ils se heurtent à des refus répétés. Au programme de l’après midi, nous rencontrons les habitants de Sheik Jarrah, un quartier de Jérusalem Est, convoité par Israël qui sont dans le même cas. Ils nous accueillent chez eux, où un important groupe d’internationaux est présent depuis parfois plus de trois mois. Le père de famille, issu d’une famille déplacée de 48, est sensé remettre lui même les clés de sa maison aux autorités. L’ordre du tribunal expirait la veille de notre arrivée. Ici le combat n’est pas le même que dans les colonies : la bataille est surtout celle de la démographie et de l’occupation. Certaines maisons du quartier sont sous scellés depuis 9 ans, les habitants vivant à 8 dans le bâtiment à côté. Notre hôte est également menacé de prison, qu’il connait bien pour y avoir séjourné deux fois, à chaque fois parce qu’il a refusé de se soumettre à la police. Ce qui nous marque chez ces 28 familles c’est l’espoir, la détermination, et comme toujours chez les Palestiniens, un étonnant mélange de générosité et de courage, y compris chez les plus jeunes. Toute la nuit nous avons occupé le devant des maisons. Nous dormons à tour de rôle, ou presque, attendant les autorités sans trop savoir à quoi peut servir notre présence s'ils décident d’évacuer. La police passe constamment devant la maison, menaçants mais réalisant sûrement l’importance de la mobilisation, locale et internationale. L’ambiance est tellement amicale, intime, que la tension en est parfois d’autant plus forte. Tout peut s’arrêter d’un moment à l’autre. Les plus jeunes ont du mal à dormir, on sent l’excitation et l’angoisse. Notre présence rend les plus jeunes encore plus électriques, et rassure les plus âgés. Un tel soutien, bien que symbolique, compte beaucoup pour eux. Malgré tout, Maher, notre hôte, m’avoue se sentir parfois très seul. C’est pour ses enfants qu’il résiste me dit-il. Dans la soirée Maher Hannoun nous parle de la stratégie déployée par Israel pour faire imploser la société palestinienne : Israel offre à tous les toxicomanes 500$ par mois « pour la réinsertion ». Ils espèrent en fait qu’ils les dépenseront en cocaïne, trafic qui serait en fait organisé par les Israéliens eux même. Plan machiavélique, certainement efficace, mais que certains tentent de combattre. Hannoun est bénévole dans un centre alternatif de traitement de la dépendance. Avec humour il nous explique son action tandis que le soleil se couche sur Sheik Jarrah." (à suivre)
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-mouette- |
Date du message : septembre 20, 2009 04:07 |
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"3eme jour : banderole, Silwan et Sheikh Jarrah Le matin, nous rencontrons Rima . Après un rappel de l’histoire de Sheikh Jarrah et des étapes de la spoliation dont les habitants sont victimes, elle a insisté sur le caractère clairement planifié de l’entreprise coloniale israélienne. Sheikh Jarrah est au point d’intersection de deux aspects de cette politique : le projet d’éviction des Palestiniens de Jérusalem et le projet d’union des différentes colonies. En effet, les évacuations des maisons de Sheikh Jarrah visent à créer un espace peuplement juif. Les maisons occupées par les colons se trouvent sur une ligne qui réunit d’autres colonies. Des parcs et des espaces verts doivent y écraser des quartiers palestiniens. Nous avons ensuite visité le quartier de Sheikh Jarrah. Nous avons vu la maison de Oum Kamel dont toutes les issues ont été murées. Nous avons vu la grille que les colons, en une nuit, ont installé de telle sorte qu’elle réduise de deux tiers le jardin d’une famille palestinienne. Depuis le toit d’une maison palestinienne, nous observons l’ensemble du quartier lorsqu’un homme sort, un mitrailleuse en bandoulière. C’est un garde du corps engagé par les autorités israéliennes pour protéger les colons. Notre présence sur le toit a effrayé – il faut dire qu’un groupe d’une quinzaine de militants armés d’appareils photo a de quoi faire peur. Le garde sort donc son revolver pour nous montrer qu’il a de quoi faire face à la menace que nous représentons. Il fait les cent pas sur le toit, aux abois devant les dangereux activistes que nous sommes. Les propriétaires de la maison où nous nous trouvons nous demandent de descendre : le garde du corps risque d’appeler la police – son armement est un peu léger face à nous. Nous avons décidé de faire une banderole, pour l’attacher devant la maison de la famille Hannoun, avant tout pour les remercier de leur accueil et de leur gentillesse. Ils n’ont pas voulu d’argent ni d’aide matérielle, nous expliquant que nous étions là pour les aider, ce qui expliquait leur gentillesse. Après débat, nous nous sommes mis d’accord (ou presque) pour « PALESTINIANS ARE HUMAN BEINGS », en anglais, hébreu et arabe. Après quelques péripeties, nous finissons la banderole (tout de même 8 mètres de long), mais au final ça nous a pris 5 heures. Ca nous amène à nous interroger sur le temps nécessaire pour une action plus efficace... A méditer... En fin d’après midi nous partons pour Silwan, un endroit au nord de la vieille ville d’où on aperçoit le dôme d’Al Aqsa. Cet ensemble de quartier, où 88 maisons sont menacées de destruction (les avis de destruction sont affichés sur les parois de la tente), est en contrebas. Israël veut en faire un parc qui commémorerait le jardin de David, supposé s’y trouver. Au milieu du quartier, les premiers colons sont des militaires. Ils surveillent les 1500 Palestiniens qui vivent là. Leur présence est annoncée par un énorme calicot aux couleurs d’Israël. Nous arrivons dans une très grande tente où nous reçoit Fakhrit du Silwan comité. Ils ont reçu des soutiens très variés tout au long de leurs 10 ans de lutte, dont celui des juifs orthodoxes anti sionistes dont on parle beaucoup en ce moment. Nous allons essayer de les rencontrer, dans deux jours (à suivre) Ils reçoivent aussi des journalistes et des diplomates. De fait, ils ont l’impression d’avoir rempli leur mission d’information. C’est maintenant à nous de devenir les ambassadeurs de leur cause. Ce qui ressort c’est qu’ils sont déterminés à ne pas partir, à ne pas réitérer l’erreur de 1948 et 1967. Depuis 48 Israël a bouleversé le monde, a renversé le rapport de force. Quand à eux leur devoir est de résister aux pressions, aux propositions de rachat. Leur vie est déjà bouleversée, l’éducation des enfants perturbée. Au même moment des feux d’artifice éclatent partout dans la vallée : les jeunes fêtes les resultats du bac. La fête c’est aussi l’espoir, c’est vraiment important de les voir faire la fête. Mais l’espoir est mince. F nous dit « détruire les maison c’est détruire les rêves ». Détail touchant, ils nous payent sans même nous le dire le taxi pour rentrer. La deuxième nuit à Sheik Jarrah est ponctuée par les jeunes ivres qui conduisent comme des fous devant la maison, et le jeune Mohammed qui nous chante des chansons palestiniennes. Avec un petit groupe nous partons dans la nuit en direction de la vieille ville sur une soudaine envie de Loukoum. Nous rencontrons un boulanger de Sheik Jarrah qui nous dit une chose étonnante et cruelle:les israëliens sont comme un cancer. S’ils arrivent à prendre une maison dans un quartier, alors un jour ils auront tout le quartier. La nuit se passe comme la première, dans l’attente, les tours de garde. Au petit matin nous partons pour le Golan." (à suivre)
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-mouette- |
Date du message : septembre 21, 2009 10:13 |
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"Quatrième jour : Le Golan Nous prenons le bus en direction de Majdal shams. Sur la route nous subissons notre premier check point celui de Beit sheam, où nous sommes retenus pendant une vingtaine de minutes. Les soldats font un contrôle poussé du véhicule ainsi que de nos bagages. De plus, A L avait une photo du check point, et les soldats exigent qu’elle supprime la photo. Finalement nous repartons sans encombres. De part et d’autre de la route, les villages israéliens ressemblent à des villages témoins, les villages arabes sont beaucoup plus délabrés mais tellement plus typiques et chargés d’histoire. Le chauffeur nous montre une mosquée abandonnée ;les Palestiniens travaillant ici pour les Israéliens n’ont pas le droit de reconstruire de mosquée. Il nous désigne aussi un cimetière musulman, puis un cimetière juif, et commente : « Jusque dans la mort, ils les torturent ». Le paysage change peu à peu, beaucoup plus verdoyant du fait de l’irrigation dû à un usage abusif du Jourdain, qui s’assèche. Beau panorama sur le lac de Tibériade mais bientôt, nous nous écartons de la route principale pour emprunter un chemin qui serpente au milieu de champs minés. L’opulence des uns se construit sur le malheur des autres. Le paysage israélien est fait de la juxtaposition de la métropole et de ses colonies : dans le même espace et au même moment, on voit l’exploitation d’une société par une autre. Ceci nous renvoie à notre propre histoire, nous fait prendre conscience de ce qu’a été la colonisation engagée par l’Occident. Les moindres points d’eau et vannes sont entourés de grillages, et souvent les drapeaux israéliens flottent au dessus de ces installations ou sont dessinés sur les murets. Le paysage est de plus en plus « décoré » de chars, les maisons ont été arasées il n’en reste plus que quelques pierres, la terre devient noirâtre, on perçoit encore l’atmosphère des champs de bataille. Soudain, le choc, la désolation : ce qu’on pensait intouchable a été détruit, incendié, fusillé avec acharnement. Une mosquée se dresse devant nous, les murs effondrés, criblés de balles, le sol noirci, entourée d’ordures emmêlées dans les barbelés. Certains se recueillent. Dans le bus, ils pleurent. Juxtaposition des éoliennes israéliennes et des terres brûlées des Syriens. Par endroits, de chaque côté de la route, se dresse deux énormes tas de blocs pierreux que les militaires ont installés pour les faire exploser - et barrer la route – en cas d’attaque ou d’insurrection des Syriens. A l’arrivée, nous sommes surpris par les immenses vergers (pommiers, pêchers, vignes...). Nous le sommes aussi par le village cossu où nous entrons, et par le Centre dont le fondateur nous accueille : chacun s’attendait plutôt à découvrir, au Golan, un paysage désertique et quelques moutons. Le Centre est une clinique qui dispose d’un équipement médical ultra-perfectionné, à la pointe de la technologie : scanner, opération guidée à distance à l’aide de caméras, prise de rendez-vous par internet – ce qui supprime les temps d’attente... Ce centre est aussi un centre de recherche en biologie, il s’y trouve aussi une école de musique pour les enfants, et un théâtre. Le plateau du Golan est sous occupation israélienne depuis 1967. Il ne reste plus que cinq villages des deux cent vingts qui existaient avant l’occupation. Comme ailleurs, le projet israélien est vraiment d’occuper l’espace : alors que 20 000 Syriens vivent dans la région, le nombre de colons a atteint 18 000 personnes. Les habitants ont immédiatement adopté une stratégie d’union au service d’un développement autocentré. Ils essaient le plus possible de construire sur les terrains dont ils peuvent disposer : ils retournent les armes des Israéliens (occupation maximale de l’espace) contre eux et anticipent leurs incursions. Dans le domaine agricole, ils cherchent à être indépendants des Israéliens : comme ils n’ont pas le droit d’utiliser les lacs naturels, ils construisent d’immenses réservoirs qui récupèrent l’eau de pluie ; les Israéliens vont cependant jusqu’à leur faire payer une taxe sur l’eau du ciel ! La question de l’eau est essentielle car 35 % de l’approvisionnement en eau d’Israël provient du Golan. Notre hôte nous montre la maison qu’il est en train de construire. Elle est située seulement à quelques mètres de la frontière syrienne. Le symbole y est fort : c’est le seul endroit où il peut discuter avec son frère, de part et d’autre des barbelés qui délimitent la frontière. En effet, les Syriens du Golan occupé n’ont le droit qu’à un document de voyage et non à un vrai passeport et il leur est impossible de se rendre en Syrie. Il a été séparé de son frère alors qu’il avait cinq ans, en 1967, il n’a pas pu le revoir depuis, si ce n’est de loin, de l’autre côté. Il nous montre les montagnes alentours. L’armée israélienne a creusé la montagne qui nous fait face pour y placer une bombe atomique : en cas d’attaque syrienne, la région alentour serait irradiée sur plusieurs dizaines de kilomètres. Une autre arme de destruction massive a été enterrée au centre du plateau du Golan. Notre hôte nous montre ensuite un champ de mines qui est situé au ilieu d’un village. Elles ont été implantées en amont du village. En hiver, les fortes pluies provoquent des glissements de terrain qui les entraînent dans les rues et jusque dans les habitations. Récemment, une mine est entrée dans une maison ; les propriétaires ont dû attendre six mois pour qu’elle soit désamorcée et qu’ils puissent rentrer chez eux. Les autorités israéliennes, qui pourtant revendiquent une haute expertise en matière de déminage, refusent de déminer les terrains minés du Golan : ce serait trop dangereux pour les soldats. Malgré cet étalage de force, notre hôte insiste sur la faiblesse d’Israël. Une société raciste comme celle-ci ne peut pas comprendre qu’il est dans son intérêt d’obtenir la sécurité par la paix plutôt que par la guerre. Dans la soirée, qui s’est agréablement finie autour d’un thé et d’une chicha, notre hôte nous retrace son parcours : il a étudié au Danemark, à UCLA aux Etats-Unis, où on lui a proposé un contrat de cinq ans renouvelable, il a beaucoup travaillé sur le cancer. Son choix a été de revenir au Golan pour résister, avec les 90 autres médecins et chercheurs de son association." (à suivre)
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-mouette- |
Date du message : septembre 22, 2009 04:31 |
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"Cinquième jour : Nazareth Nous arrivons dans la matinée à Nazareth. Nous sommes reçus par Mohammed Zeidan, le responsable Association for Human Right. Il s’occupe des droits des minorités pour les Palestiniens de 48, dans le Nord, en Galilée et à Nazareth, ces gens peu médiatisés qui se sont retrouvés après la Nakba dans un autre pays alors qu’ils étaient sur leur terre natale. Ils représentent 18% de la population d’Israël. Il n’ont pas le statut de réfugiés : ce sont des déplacés internes dont l’ONU ne s’occupe pas. Leurs 500 villages ont été détruits, ce qui représente 300 000 personnes confrontées à la loi de l’absence de titre de propriété. Il s’agit de nouveau du principe des « présents-absents » : présents sur le territoire israélien, citoyens, mais restreints dans leur droit car non-juifs. La discrimination se fait sur des bases religieuses. Depuis 1948, Israël se définit comme Etat démocratique et juif : démocratique pour les Juifs, alors que les Palestiniens vivent une situation d’apartheid. Depuis 1966, les Juifs et les Arabes sont censés bénéficier d’un même système civil pourtant la loi elle-même établit une discrimination directe légale. La discrimination légale peut aussi être indirecte. Notamment, un certain nombre de droits sont conditionnés par le service militaire. Légalement, tous les citoyens doivent l’effectuer, mais depuis 1966, le ministère de la Défense en exempte systématiquement les Palestiniens. La contradiction est à l’ordre du jour : les autres ministères leur reprochent de n’avoir pas fait ce dont les autorités les ont exemptées et les punissent en les privant d’un certain nombre de droits (accès à la propriété, à la sécurité sociale, à l’éducation...) : tous les aspects de la vie quotidienne sont affectés. Les politiques publiques servent cette idéologie et cette politique. Les budgets alloués aux municipalités des villes arabes sont largement inférieurs à ceux accordés aux municipalités juives. La discrimination raciste est aussi présente dans la vie de tous les jours (bus, université, piscine, supermarché, cinéma...). On est ici face à la forme la plus insidieuse et la plus dangereuse de discrimination : un racisme culturel. Selon un sondage mené par l’Université de Haïfa, deux tiers des étudiants se déclarent favorables au transfert de population, suivant ainsi les thèses de Lieberman. Pour être élu aujourd’hui, il faut se montrer plus raciste que son prédécesseur. Des gens sont agressés dans la rue parce qu’ils parlent arabe. La perversité du système fait que rien ne se voit de l’extérieur. La question n’est quasiment jamais abordée ni dans les médias ni dans les institutions internationales. Mohammed Zeidan nous a demandé de faire entendre la voix de ces Palestiniens de 48. Selon lui, même s’il y a deux Etats, cette question restera irrésolue et empêchera une paix complète de s’installer dans la région. C’est la situation héroïque par excellence : les Palestiniens ne se berçant pas d’illusion sur les chimères diplomatiques, ils n’abandonnent pas la lutte. Notre matinée se poursuit par une visite auprès du syndicat Sawt el-Amel (La Voix des Travailleurs), créé en 2000 au moment de la deuxième Intifada. Ils s’occupent de la protection des Palestiniens qui travaillent. Il n’existait pas de syndicat indépendant de la Histadrout entre 1948 et 2000. En 1948, l’Etat d’Israël nouvellement constitué détruit toutes les institutions palestiniennes existantes, dont le premier syndicat, créé en 1922. Le syndicat a une double action : informer les travailleurs palestiniens sur leurs droits, que la majorité d’entre eux ignorent, coordonner l’action des travailleurs (les défendre au tribunal, organiser des grèves et des manifestations...). Le syndicat est composé de 50 bénévoles et de 4 avocats : il a enregistré 950 membres en Galilée. La logique du syndicat est d’intensifier ses activités : une branche spéciale a été ouverte pour les femmes travaillant dans l’industrie textile, Sawt el-Amel a tissé des liens avec d’importants syndicats européens (notamment en France et en Grande-Bretagne), qui les ont aidé à rejoindre l’Internationale des travailleurs. Actuellement, 65% des Palestiniens de 48 vivent en dessous du seui de pauvreté. Tous sont cantonnés à des emplois en bas de l’échelle sociale. Pire aujourd’hui, 12 à 16% sont au chômage. Par exemple, 45 soldats ont été renvoyés de l’entreprise nationale de chemin de fer, au seul motif qu’ils n’avaient pas accompli leur service militaire. Le syndicat a aussi un service spécial, qui représente sa priorité aujourd’hui. Ils veulent défendre les travailleurs gazaouis qui ne peuvent plus aller travailler en territoire israélien depuis le bouclage de la bande de Gaza. Les Israéliens, en s’appuyant sur leur politique de blocus, empêche les gens d’aller plaider leur cause. Le syndicat se bat pour leur obtenir des indemnités." (à suivre)
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-mouette- |
Date du message : septembre 23, 2009 03:36 |
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"Sixième jour : al-Ma’sara Nous quittons Jérusalem pour rejoindre al-Ma’sara. Pour ce faire, nous devons passer un des principaux checkpoints de la Cisjordanie. L’architecture du bâtiment est situé à mi- chemin de la prison et des abattoirs. On doit longer de longs couloirs grillagés, ceux que nous voyons sur les videos et les films qui traitent de la question palestinienne, mais ils sont infiniment plus longs que ce qu’ils paraissent à l’écran. L’objectif de cet imposant dispositif semble être de dramatiser le passage de la frontière, d’en faire une épreuve pour les Palestiniens qui sont contraints d’y passer une grande partie de leur journée. Comme à d’autres moments de notre séjour, c’est le contraste qui nous frappe : à la grisaille menaçante et aux couloirs kafkaïens du côté israélien s’oppose la couleur des graffs du côté palestiniens. La Cisjordanie apparaît comme un territoire dont l’essor est bloqué. Dans la ville de Beit Sahour, des banques, des bâtiments en construction, toute une activité économique encore en friche. Dans les campagnes alentour, on voit les terrains des colons empiéter sur les parcelles palestiniennes. Les points d’eau sont encore cadenassés. Al-Ma’sara est un village entouré de colonies. Comme à Jérusalem, les autorités israéliennes cherchent à réunir les colonies entre elles par un réseau assez complexe. Il s’agit cette fois de confiner les Palestiniens dans un espace extrêment restreint. Dans les projets en cours, le seul moyen, à terme, pour sortir de cette enclave palestinienne sera un tunnel. Nous voyons la colonie dont Lieberman est l’un des résidents : le racisme israélien, une fois encore, s’inscrit dans le panorama. Depuis quatre ans, chaque vendredi, les habitants du village, des internationaux et des militants antisionnistes israéliens manifestent dans les rues. Ils veulent franchir la ligne du tracé de la « barrière de sécurité » qui doit les séparer d’un certain nombre de leur terre d’ici quelques temps. Le maire, qui nous a reçu, s’excuse de ne pouvoir nous accompagner. Il est interdit de toutes manifestations en Cisjordanie, sous peine de prison. Il a déjà passé un an dans les geoles israéliennes pour avoir été l’un des leaders du mouvement. Comme de coutume, la manifestation est bloquée par l’armée israélienne. Un des leader du mouvement veut prendre place sur un monticule pour s’addresser aux manifestants. Les soldats tentent de l’en empêcher. Il leur fait face, calmement, avec hauteur, comme un homme sensé qui s’adresse à un forcené. Il finit par l’emporter et nous adresse un discours qui prône la détermination dans la lutte pour la liberté. Face à un système inhumain, les Palestiniens ont su conserver une attitude digne, ils ont su rester sains dans une situation complètement aberrante. Des mères palestiniennes prennent la parole. Epouses de martyrs, mères dont les fils sont prisonniers politiques, elles clament que rien ne les empêchera e revenir semaine après semaine. Il n’y a pas de plus fort symbole du courage. Après dispersion, les manifestants sont conviés à partager un repas avec les habitants du village. On chante, on récite spontanément des poèmes. Après déjeuner, la fête se poursuit dans la cour de l’école où les enfants du camp d’été, organisé avec l’aide de militants de l’AFPS, nous présente un spectacle (chant, théâtre, dabke...). Quelque soit la situation, les Palestiniens ne renoncent pas aux droits humains les plus fondamentaux : rire, jouer, être heureux. Malgré la colonisation et l’occupation, les Palestiniens n’entrent pas dans le système délirant qui leur est imposé par Israël : ils restent humains, simples et ouverts." (à suivre)
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-mouette- |
Date du message : septembre 24, 2009 09:06 |
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Sheikh Jarrah, 26 juillet 2009 : Démolition d’une maison à Sheikh Jarrah Démolition d’une maison En quittant El-Maassara, nous apprenons par la radio l’arrestation d’internationaux, à la suite de leur mobilisation contre la démolition d’une maison et de son occupation par des colons à Sheikh Jarrah. Saisis et très émus par ces informations relatives à des familles que nous connaissons, nous modifions notre programme pour nous rendre sur place. Le taxi nous dépose au check point et nous reprenons immédiatement un bus qui nous conduit à Sheikh Jarrah. Là, nous apprenons que la maison concernée se trouve en fait du côté gauche de la route venant de Jérusalem. Elle fait partie des vingt-huit maisons de Sheikh Jarrah menacées de démolition sur ordre des autorités israéliennes. L’un de nos amis palestiniens nous fait découvrir un pâté de maisons très vétustes et délabrées, misérables. Là, un amas de pierres et, au fond, six vigiles armés installés dans la maison, derrière un mur défoncé. Ce matin, à dix heures et demie, les colons viennent s’approprier l’espace : ils sont rentrés dans la maison et ont édifié une clôture de tôle. Très vite, des Palestiniens et des internationaux se mobilisent et, sur place, ils s’interposent. L’armée et la police israéliennes surgissent en renfort des colons, et malmènent puis arrêtent deux Palestiniens (dont l’un, Hatem Abd Al Qader, représente l’Autorité Palestinienne), une Israélienne et quatre internationaux. Une pelleteuse détruit le mur et crée une béance dans la façade. Les colons font appel à l’entreprise de sécurité Shaba, une entreprise privée. Vers 14 h 30, quatre autres internationaux sont arrêtés, ce qui porte à onze le nombre d’arrestations. Cette maison, inoccupée depuis des années, se trouve dans un quartier qui suscite la convoitise des colons et des promoteurs, ce qui fait craindre le pire aux habitants de Sheikh Jarrah. En effet, d’un point de vue stratégique, l’occupation de ce quartier placé dans une sorte de vallée assurerait la continuité des colonies au nord de Jérusalem, d’ouest en est. L’Etat d’Israël emploie la violence pour seconder des colons qui vont jusqu’à falsifier des titres de propriété, comme c’est le cas pour cette maison. « Les colons agissent comme un cancer, explique Mahmoud, ils occupent les maisons palestiniennes une par une, et lentement, jusqu’à tuer le peuple palestinien ». Les craintes de Mme Nazera Parcourant les ruelles de ce quartier, nous percevons l’anxiété des habitants. Parmi eux, Mme Nazera nous entraîne vers sa maison : une maison sans fenêtres et partiellement couverte de tôle (mais arrangée avec beaucoup de soin et de goût), une chaleur étouffante. Mme Nazera y habite depuis quarante ans en tant que locataire, et elle a longtemps payé un loyer mensuel de trois cents shekels. Cependant la Cour lui a demandé, en 2008, de quitter la maison et comme elle refuse, elle doit verser une somme de mille neuf cent shekels par mois, soit l’équivalent de sa pension de veuvage. Elle doit comparaître devant le tribunal le 19 septembre et n’a pas les moyens de payer un avocat. Mme Nazera a alerté les autorités palestiniennes sur sa situation ; elles sont venues mais cette visite n’a été suivie d’aucun effet. Si la maison de mme Nazera était détruite celle-ci se retrouverait dans la rue. « Que faire ? » Nous sommes très affectés par son désarroi et par notre propre impuissance." (à suivre)
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-mouette- |
Date du message : septembre 25, 2009 08:04 |
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"Beit Sira – lundi 27 juillet et mardi 28 juillet Nous arrivons à Beit Sira lundi 27, à 16 heures. Avant de rentrer au village, nous sommes agréablement surpris par l’abondance des oliviers qui couvrent les collines avoisinantes. Dans le centre ville, les drapeaux palestiniens et français flottent sur le toit de la mairie. Situé à 20 kilometres au sud-ouest de Ramallah, ce village de 3 000 habitants se trouve sur les flancs d’une colline aride. Il est bloqué par l’autoroute au nord, le mur à l’ouest et par un kibboutz au sud, construit sur les décombres du village arabe de Beit Nouba, rasé en 1967. La seule issue est à l’est du village, par le biais d’un tunnel au dessous de la route qui mène vers Tel-Aviv. Ce tunnel peut être bloqué à tout moment au gré des Israéliens. De surcroît, des caméras circulaires surplombent et contrôlent tous les mouvements des villageois. C’est la concrétisation de l’enclavement et de l’apartheid dans lesquels les Israéliens confinent les Palestiniens. Deux adjoints du maire nous présentent l’histoire de Beit Sira. Ce village agricole de 600 hectares dans le passé, qui a longtemps été autosuffisant, a connu une série d’expropriations depuis la Naqba. En 1948 les Israéliens s’emparent de 30 % des terres les plus fertiles à l’ouest ; en 1967 ils colonisent aussi 100 hectares au nord ; en 1984 ils prennent 50 hectares à l’ouest pour établir trois colonies en trois étapes : Makabbim A, B et C ; en 1990 ils construissent une route israélienne d’accès à Makabbim pour laquelle ils confisquent 20 hectares et installent en parallèle un chek point à 1 km de Beit Sira. Seuls les Palestiniens travaillant en Israël et munis d une autorisation peuvent emprunter cette route. En 2006, pour construire le Mur les Israéliens confisquent encore 40 hectares, déracinant 1 500 oliviers. Beit Sira ne dispose plus aujourd hui que de 33% de ses terres historiques. La situation de Beit Sira est très grave : faible production agricole y compris d’huile d’olive ; taux de chomage de 80% ; interdiction de construire hors d’une zone très restreinte ; contrôle par le kibbouz de la source d’eau, entraînant une pénurie de cet élément vital dans la partie haute du village ; emprisonnement d’une trentaine de villageois – dont plus de 20 mineurs – dans une prison israélienne en raison de leur protestation contre la colonisation et notamment contre le Mur depuis 2006. Un moment que nous voudrions souligner est notre passage, le lendemain (28 juillet), au Centre des Femmes de Beit Sira. Nous y sommes accueillis dans une atmosphère d’agitation joyeuse et sonore par des petites filles, des adolescentes et des mères de famille portant des voiles multicolores. Dans ce centre elles participent à divers ateliers allant de la danse au conseil conjugal en passant par des cours de mathématiques et d’informatique. Parallèlement, deux ateliers d’aide psychologique sont destinés aux enfants souffrant de traumatismes liés au contexte d’occupation (angoisse, agressivité, dépression, troubles psychosomatiques) ainsi qu’à leurs mères. Ces deux ateliers sont animés par trois psychologues bénévoles appartenant à une institution chrétienne. A la fin de la visite, les femmes nous font profiter fièrement de leurs produits artisanaux (confitures, cornichons, broderies), mais elles soulignent leur pauvreté et leur manque de moyens. Partout, villageois et autorités témoignent de l’attachement à la solidarité internationale : nous avons partagé leur repas, participé à des fêtes spontanées. Nous sommes devant des personnes attachées à la vie et qui se battent pour plus de liberté, pleines d’ambition pour elles, pour leurs enfants, pour leur peuple." (à suivre)
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-mouette- |
Date du message : septembre 27, 2009 16:29 |
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Pour les lecteurs de ce post : excusez la mise en page du précédent message, mais je n'étais pas sur mon ordinateur et n'ai pu le rectifier. Voici la suite : "Mardi 28 juillet Bil’in Nous avons rendez vous avec A., coordinateur du Comité populaire de Bil’in et nous le retrouvons au rez de chaussée de sa maison dont il a fait un lieu pour les internationaux. Bil’in est un village de 1800 habitants qui s’est vu confisquer près de 60 % de ses terres avec la construction du mur (barrière électrifiée, route militaire) qui a commencé en février 2005 ; le mur aura privé la Cisjordanie dans son ensemble de 12 % de terres. Le Comité populaire regroupe toutes les sensibilités politiques. L’unité palestinienne est primordiale. A noter que plus aucun habitant de Bil’in ne travaille à la construction des colonies. Bil’in est devenu le village phare pour la résistance non violente contre le mur, la colonisation et l’occupation. Cette résistance ne se fait pas sans des Israéliens et des internationaux. Cette résistance se traduit notamment par : une manifestation chaque vendredi, regroupant Palestiniens, Israéliens et internationaux, quelque que soit le temps, quelques soient les évènements familiaux, en essayant de trouver chaque fois de nouvelles idées, de nouvelles mises en scène pour surprendre les média et s’assurer leur présence. une conférence de la paix chaque année. des actions en justice. A. revient sur quelques actions à Bil’in depuis quatre ans et demi. Le 21 décembre 2005, les villageois ont installé un mobil home de l’autre côté du mur. Les soldats l’ont enlevé, les Palestiniens ont construit quelque chose en dur en quelques heures. Le commandant est devenu fou et il leur a dit qu’ils avaient quinze jours pour obtenir un permis. Le village a fait le parallèle entre colonies et mobil home devant la justice et a obtenu un permis. Plus tard, les Palestiniens ont réussi à construire une deuxième « room » mais elle a été détruite. C’est une opération difficile car il y a les caméras et les soldats qui rappliquent de suite. En septembre 2007, la Cour a déclaré que le mur était illégal, qu’il devait être déplacé de 1000 dunums (mais Bil’in avait perdu 2000 dunums). Rien n’a encore changé depuis… Mais en même temps cette bonne nouvelle s’est accompagnée d’une mauvaise nouvelle puisque les colonies ont été déclarées légales. Le 22 juin 2009 a eu lieu la première audience à la Cour du Canada car les habitants de Bil’in ont décidé d’attaquer en justice les deux compagnies canadiennes qui participent à la construction des colonies. Bil’in demande à être dédommagé pour ne pas avoir pu utiliser les terres confisquées depuis près de cinq ans. Actuellement, les habitants de Bil’in subissent une grande répression et de nombreuses arrestations. Le village connaît de nombreuses incursions militaires nocturnes pendant lesquelles les soldats ont au cours du mois arrêté 17 jeunes, y compris des mineurs. Ces jeunes ont été malmenés dans le but de leur faire avouer que les personnes du Comité populaire incitaient à la violence. Les leaders du Comité populaire sont des « wanted ». Les Israéliens et internationaux présents quotidiennement sont là pour éviter ces arrestations, pour photographier, filmer et témoigner quand elles ont lieu. Ces derniers jours, ils ont réussi à repousser 100 soldats qui marchaient silencieusement jusqu’aux maisons en étant masqués. Les habitants ont réagi à ces incursions en organisant une marche nocturne jusqu’au mur en étant muni d’une lampe de poche. Et cette certitude que rien, pas même de multiples arrestations et emprisonnements, n’arrêtera cette résistance non violente en marche. A. évoque aussi les pressions subies dans d’autres villages pour casser les mouvements de résistance et les manifestations. Il n’est pas rare que des villages ont cessé de manifester après que les autorités israéliennes ont refusé à des travailleurs le permis nécessaire pour aller travailler en Israël… Actuellement, seuls trois villages manifestent hebdomadairement : Bil’in, Massara et Nil’in. A. nous emmène ensuite sur le lieu de la manifestation. Tout près du mur, une pierre tombale en hommage à Bassem tué par un soldat lors de la manifestation du 17 avril 2009. Il y a là un nombre impressionnant de grenades lacrymogènes, de grenades assourdissantes. Pas une semaine sans gaz à Bil’in. Et cette mauvaise odeur tenace du liquide écoeurant dont les soldats israéliens aspergent la foule avec un canon à eau… Bil’in, village sur les pas de Gandhi… " (à suivre)
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-mouette- |
Date du message : septembre 29, 2009 06:28 |
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"Passage du check point de Qalandya jeudi 30 juillet au soir. Après avoir quitté Naplouse, nous arrivons à Ramallah à la tombée de la nuit. Le groupe se sépare. Nous sommes six à retourner à Sheikh Jarrah, d’où nous repartirons le lendemain pour rejoindre les autres à Al-Mas’ara. Un taxi se propose de nous emmener directement, croyons-nous, à Jérusalem. Peu après, nous sommes pris dans un embouteillage monstre, difficile à expliquer. Le chauffeur s’arrête, il ne peut aller plus loin, parce qu’il est Palestinien. De toute façon, aucune plaque verte palestinienne ne peut pénétrer dans Jérusalem. Nous nous dirigeons à pied vers le check point. Pour commencer, un long couloir étroit entre de hautes barrières, dans lequel on se suit à la queue leu leu. Puis on arrive dans un sas plus large, devant le tourniquet. Là, les gens se pressent, se bousculent, attendant le bon vouloir du planton, qui ne laisse passer que quatre ou cinq personnes à la fois. Tout à coup un mouvement de foule : certains ont compris, ou cru comprendre, qu’un autre tourniquet allait être ouvert ou que celui devant lequel nous nous trouvons allait fermer. Mais non. L’attente reprend. Des enfants pleurent. Des adultes s’énervent, il y en a qui jouent des coudes pour laisser passer leur famille ou pour passer eux- mêmes. La plupart restent calmes et semblent comme résignés, mais la tension est grande. Toutes les trois ou quatre minutes, le tourniquet se débloque. On s’engouffre à un ou deux, trois même, dans le compartiment, au risque de se faire mal. On dépose les sacs sur le tapis roulant, on passe le portique et on montre ses papiers. Le soldat, un très jeune homme, ne se donne même pas la peine de faire des phrases. On l’a déjà entendu gueuler dans le micro « Your bag », pour nous c’est « No visa stamp ? » Nous finissons enfin par nous retrouver de l’autre côté. Il nous aura fallu une heure pour franchir la barrière. Nous sortons de là choqués et humiliés d’avoir été parqués comme des animaux, d’avoir subi ce traitement dégradant, sous l’œil des caméras. Une femme, très digne, s’approche de nous et nous dit : « Vous voyez ce qu’ils nous font subir et la vie que nous menons. Ils jouent avec nous, et parfois c’est pire. »." (à suivre)
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-mouette- |
Date du message : septembre 30, 2009 03:38 |
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"2 août Expulsion des familles Hanoun et Ghawi à Sheikh Jarrah Nous avions vu les autorités remettre aux familles un nouvel ordre d’expulsion qui expirait le 10 août. Les autorités israéliennes n’auront pas attendu cette date puisqu’au petit matin de ce 2 août, la tente a été démolie et les familles Hanoun et Ghawi expulsées de leurs logements. Le quartier est entièrement bouclé par les forces de police et l’armée, aucune possibilité d’approcher les maisons, il ne reste rien de la tente d’Um Kamel, démolie pour la 7 eme fois. « Comment peuvent ils faire cela ? Ce sont des criminels », entend on parmi les Palestiniens présents. Des représentants de l’OCHUA sont là, les media également. Je reviens en fin d’après midi. Curieux comité d’accueil que cette dizaine de Juifs orthodoxes avec des pancartes. Les barrières sont alors levées, on peut accéder aux maisons des familles Hanoun devant lesquelles se tiennent quelques policiers et soldats. Une (ou deux) des trois portes est (sont) fermée par une chaîne. Les Palestiniens, les Israéliens et les internationaux installent des chaises, s’assiéent sur les marches, comment « avant ». Les banderoles « We will never leave our homes », « Obama, yes you can » qui ont été enlevées et traînent par terre sont installées de nouveau sur les murs. Deux internationaux d’ISM tiennent celle « No to ethnic cleansing ». On peut voir apparaître et disparaître les têtes des colons qui se sont installés dans les maisons. Davantage de forces armées arrivent. Il nous est demandé de quitter l’espace investi, ce que personne ne fait tout de suite. La police installe un périmètre de sécurité avec des barrières devant la maison, enlève les banderoles et les emporte dans les véhicules. Les colons, las d’être l’objet de photographies tentent de se protéger des caméras en installant des planches. De plus en plus de personnes sont là. Des internationaux chantent, des Palestiniens scandent des slogans, des Israéliens tiennent des affiches en hébreu, le slogan en anglais qui revient est « 1 2 3 4 occupation no more, 5 6 7 8 Israel is a fascist state ». Les forces armées sortent du périmètre de sécurité et font reculer la foule. Les soldats sont alignés. Devant eux, un israélien s’adresse à eux. Les soldats sont très jeunes, on sent que certains sont mal à l’aise et pas très sûrs. Les soldats s’avancent de plus en plus, acculant la foule de l’autre côté de la rue. Face to face impressionnant, force des regards. La tension monte, un international est arrêté. Les Palestiniens chantent avec des yeux qui brillent de fierté et de force. Je suis obligée de partir pour me débarrasser des photos de ce rassemblement compromettantes pour mon retour en France le lendemain. Je reviens plus tard avec Anne Laure. Pendant les deux heures qui se sont écoulées, il y a eu des arrestations pour 4 palestiniens, 5 israéliens et 4 internationaux. Il reste quelques petits groupes de personnes ici et là, quelques policiers et soldats veillent sur la maison, c’est silencieux… Il nous est difficile de quitter les lieux, de dire au revoir. Sentiment de laisser les choses en plan, de partir au mauvais moment, d’abandonner les Palestiniens. Retrouver sa maison en France alors que nos amis n’ont plus de chez eux… Bien sûr, j’ai exprimé le matin et le soir aux familles expulsées le soutien et la solidarité de notre groupe CCIPPP et le respect que nous imposait leur lutte pour le respect de droits humains fondamentaux. Il y a la force armée, certes, mais il y en a une encore plus forte : celle de la résistance et de l’esprit, qui nous l’espérons, redonnera le plus tôt possible aux personnes expulsées la possibilité de retrouver leur maison .et d’y vivre libre. Nous partirons en saluant le plus âgé des trois frères Hanoun. Etrange de l’entendre nous remercier et de prendre soin de nous. Comment ne pas dire ce qui se passe à Sheikh Jarrah pour ne pas laisser faire…." (fin du compte-rendu, mais pas la fin des exactions dans cette partie du monde ; mais l'occident a la compassion sélective, hélas)
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-mouette- |
Date du message : octobre 21, 2009 05:33 |
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"Thabet El Masri, Directeur de l’Unité de soins intensifs de l’Hôpital Shifa, un hôpital public de la bande de Gaza, répond ici aux questions de Silvia Cattori concernant la récente augmentation du nombre de bébés, nés avec des malformations. Entretien avec le Docteur Thabet El Masri Silvia Cattori : En juin, vous avez commencé à être préoccupé par une augmentation du nombre de bébés nés avec des malformations. Nous serions très intéressés d’avoir votre évaluation médicale et de connaître le résultat de l’étude que vous avez menée au sujet de ce phénomène inquiétant. Pouvez-vous nous dire quel est le rapport des anomalies congénitales prénatales et postnatales constatées dix mois après les attaques sur Gaza, par comparaison avec la même période en 2008, en termes de nombre de cas concernés ? Thabet El Masri : Oui, j’ai suivi le phénomène continu de bébés nés avec une malformation congénitale. J’ai calculé le nombre de bébés nés avec des malformations congénitales en juillet, août et septembre 2009. J’ai comparé ces trois mois avec les mêmes mois en 2008. Voici les chiffres : En juillet 2009, il y a eu à l’Hôpital Shifa 15 cas de ce genre, contre 10 en 2008 ; en août 2009, il y a eu 20 cas, contre 10 en 2008 ; et en septembre 2009, 15 bébés sont nés malformés, contre 11 en 2008. Le nombre moyen de naissances à l’Hôpital Shifa est d’environ 1’100 par mois. Silvia Cattori : Lorsque ce rapport est sorti, il a causé beaucoup d’émotion et d’inquiétude. Beaucoup de gens ont immédiatement attribué l’augmentation des malformations congénitales chez les fœtus avortés et nouveau-nés, à l’utilisation par l’armée israélienne d’obus au phosp***** blanc. Est-ce justifié ? Thabet El Masri : Nous pouvons soupçonner, mais nous ne pouvons pas confirmer, que c’est l’utilisation d’armes chimiques par Israël qui a causé cette augmentation des malformations congénitales. Silvia Cattori : Les bébés atteints de malformations congénitales viennent-ils tous des populations habitants dans les camps de réfugiés particulièrement soumises aux bombardements israéliens ? De quelles zones viennent les mères ? Thabet El Masri : Les bébés souffrant de malformations congénitales viennent de partout dans la bande de Gaza. Mais la moitié des femmes qui ont donné naissance à des bébés frappés de malformations proviennent du camp de réfugiés de Jabaliya. Silvia Cattori : Que pouvez-vous faire dans la présente situation à Gaza pour rassurer les femmes enceintes qui sont maintenant très inquiètes ? Thabet El Masri : En fait, rien. Il n’y a rien que nous puissions faire pour garantir que leurs bébés seront normaux. Comment pourrions-nous empêcher la présence de produits chimiques qui peuvent causer des défauts de naissance ? Silvia Cattori : Y a-t-il des embryologistes à Gaza qui sont capables de faire des tests génétiques ? Thabet El Masri : Nous ne sommes malheureusement pas équipés pour effectuer des tests génétiques pour voir si les anomalies congénitales sont dues seulement à des facteurs génétiques et non pas aux produits chimiques. Au bout du compte, c’est un problème de génétique, mais les produits chimiques pourraient bien être responsables de ces mutations. Silvia Cattori : Qu’en est-il des chercheurs internationaux qui ont pris des échantillons en 2006 pour être testés dans des laboratoires européens ? Y a-t-il déjà eu des résultats ? Thabet El Masri : Comment pouvons-nous résoudre ce problème ? Si les facteurs chimiques sont responsables, cela est très difficile à prouver. Comment pouvez-vous prouver que les produits chimiques sont à l’origine de ces mutations ? Comment pouvons-nous être sûrs que les Israéliens ont utilisé des substances interdites ? Silvia Cattori : Nous comprenons que, en tant que médecin, vous êtes profondément inquiet et que, dans la situation désespérée actuelle, vous avez besoin d’urgence d’une aide internationale ? Thabet El Masri : Oui. Je voudrais suggérer quelque chose qui pourrait nous aider, sans épuiser nos ressources financières limitées dans le domaine de la recherche génétique, laquelle nécessite une énorme quantité d’argent. Pour le dire simplement : il serait extrêmement utile de convaincre les Israéliens de ne pas répéter à nouveau la guerre chimique de l’hiver dernier. Silvia Cattori : Quels types de pathologies observez-vous chez les nouveau-nés de cet été ? Pouvez-vous nous donner quelques exemples des défauts de naissance constatés ? Thabet El Masri : Vous trouvez des problèmes du système nerveux central, hydrocéphalie, anencéphalie et d’autres malformations comme les cardiopathies congénitales et les obstructions du tube digestif. Les problèmes rénaux sont très fréquents. Les malformations visibles sont rares : les problèmes sont généralement internes. Maintenant, vous voyez quels sont les problèmes auxquels nous devons faire face. Les mères sont sans défense, nous n’avons pas de réponses pour elles. Elles savent que nous sommes tous seuls dans cette situation. Elles ne peuvent que prier. C’est la seule chose qu’il leur reste. Silvia Cattori : Vous n’avez pas de contacts à l’extérieur ? Thabet El Masri : Nous n’avons absolument aucun contact à l’extérieur. Je vous ai donné un aperçu du problème principal. Comme je l’ai dit, il y a une probabilité que les produits chimiques pourraient être une des causes de la tendance à la hausse des défauts de naissance, parce que ceux-ci ont augmenté depuis l’assaut de décembre et janvier. Toutefois, cette conclusion est impossible à prouver. Silvia Cattori : Nous vous remercions." (info-palestine.net/) (cet entretien a eu lieu le 12 octobre 2009)
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-mouette- |
Date du message : novembre 2, 2009 10:03 |
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Un peu d'histoire... "2 novembre 1917, la déclaration Balfour par Alain Gresh Il y a 92 ans, le 2 novembre 1917, le gouvernement britannique adoptait la déclaration Balfour, un texte qui est à l’origine du conflit palestinien. Pour en comprendre les enjeux, voici un extrait du chapitre 2 de Israël-Palestine, vérités sur un conflit (Fayard, 2001 et 2007). Le conflit se noue (1917-1939) Un monde s’effondre. La première guerre mondiale entre dans sa dernière année. Des empires séculaires, celui des Ottomans – le turc –, l’empire austro-hongrois, n’y survivront pas. La Russie tsariste est déjà morte et les bolcheviks s’apprêtent à prendre le Palais d’hiver et à instaurer un régime dont la durée de vie coïncidera avec ce que les livres d’histoire désignent comme le XXe siècle. Nous sommes le 2 novembre 1917 et lord Arthur James Balfour, ministre du puissant empire britannique, met la dernière touche à sa lettre. Hésite-t-il un instant à y apposer son paraphe ? Est-il saisi d’une sombre prémonition ? Sans doute pas, car le texte, plus connu sous le nom de « déclaration Balfour », a été longuement débattu par le gouvernement de Sa Majesté. Celui-ci déclare qu’il « envisage favorablement l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif et emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif ». La déclaration qui, dans une première version, évoquait « la race juive », précise que, pour la réalisation de cet objectif, « rien ne sera fait qui puisse porter atteinte ni aux droits civils et religieux des collectivités non juives existant en Palestine, ni aux droits et au statut politique dont les juifs jouissent dans tout autre pays ». Comment créer un foyer national juif sans affecter les populations locales arabes ? Cette contradiction, la Grande-Bretagne ne pourra jamais la résoudre et elle sera à l’origine du plus long conflit qu’ait connu le monde contemporain. (...) La déclaration Balfour répond à plusieurs préoccupations du gouvernement de Londres. Alors que la guerre s’intensifie sur le continent, il s’agit de se gagner la sympathie des juifs du monde entier, perçus comme disposant d’un pouvoir considérable, souvent occulte. Cette vision, ironie de l’histoire, n’est pas éloignée de celle des pires antisémites qui détectent, partout, « la main des juifs ». Le premier ministre britannique de l’époque évoque dans ses Mémoires la puissance de « la race juive », guidée par ses seuls intérêts financiers, tandis que Lord Balfour lui-même avait été le promoteur, en 1905, d’un projet de loi sur la limitation de l’immigration en Grande-Bretagne, qui visait avant tout les juifs de Russie. Mark Sykes, un des négociateurs des accords qui partagèrent le Proche-Orient en 1916, écrivait à un dirigeant arabe : « Croyez-moi, car je suis sincère lorsque je vous dis que cette race [les juifs], vile et faible, est hégémonique dans le monde entier et qu’on ne peut la vaincre. Des juifs siègent dans chaque gouvernement, dans chaque banque, dans chaque entreprise. » La déclaration Balfour s’adresse particulièrement aux juifs américains, soupçonnés de sympathie pour l’empire austro-hongrois, et aux juifs de Russie, influencés par les organisations révolutionnaires qui ont renversé le tsar au printemps 1917. Nombreux sont favorables à ce que la Russie signe une paix séparée. Londres espère éviter ce « lâchage ». Balfour évoque même la mission qui serait confiée aux juifs en Palestine : faire que les juifs du monde se comportent « convenablement » ! Ce calcul échouera puisque, dans la nuit du 6 au 7 novembre 1917, les insurgés bolcheviks s’emparent du pouvoir à Petrograd et appellent à la paix immédiate. Mais la Grande-Bretagne, en confortant le mouvement sioniste, vise un objectif plus stratégique, le contrôle du Proche-Orient. Le dépeçage des vaincus est négocié entre Paris, Londres et Moscou, alors même que la victoire n’est pas acquise. En 1916, sont signés entre Paris et Londres, puis ratifiés par le tsar, les accords connus sous le nom de Sykes-Picot (Mark Sykes et Georges Picot sont deux hauts fonctionnaires, l’un britannique l’autre français) qui définissent les lignes de partage et les zones d’influence au Proche-Orient. Pour Londres, la Palestine « protège » le flanc est du c***** de Suez, ligne vitale entre les Indes, le fleuron de l’empire, et la métropole. Le parrainage accordé au sionisme permet au gouvernement britannique d’obtenir un contrôle total sur la Terre sainte. Mais les Britanniques ne se sont pas contentés de promesses au mouvement sioniste, ils en ont fait aussi aux dirigeants arabes. Le calife ottoman (il exerce son autorité sur les territoires arabes du Proche-Orient et il est « le commandeur des croyants ») s’est joint en 1914 à l’Allemagne et à l’empire austro-hongrois. Il a même lancé un appel à la guerre sainte contre les infidèles. Pour riposter, Londres suscite une révolte des Arabes contre l’empire ottoman, animée par un dirigeant religieux, le chérif Hussein de La Mecque. En échange, Hussein obtient l’engagement britannique d’appuyer l’indépendance des Arabes. Mais les promesses n’engagent que ceux qui y croient... Comment, en effet, concilier l’indépendance arabe et la création d’un foyer national juif ? La révolte arabe deviendra célèbre dans une version bien déformée forgée par un des agents britanniques qui y jouèrent un rôle capital, Thomas E. Lawrence, dit Lawrence d’Arabie. Ce récit, « Les Sept piliers de la sagesse », sera porté au cinéma par David Lean et Peter O’Toole dans le rôle de Lawrence. Le Proche-Orient sera donc partagé entre la France et la Grande-Bretagne. Créée en 1920, la Société des Nations (SDN), l’ancêtre des Nations unies, ne regroupe alors que quelques dizaines d’Etats, pour l’essentiel européens. Elle invente le système des « mandats » que la charte de la SDN définit comme suit : « Certaines communautés, qui appartenaient autrefois à l’Empire ottoman, ont atteint un degré de développement tel que leur existence comme nations indépendantes peut être reconnue provisoirement, à la condition que les conseils et l’aide d’un mandataire guident leur administration jusqu’au moment où elles seront capables de se conduire seules. » Ainsi des peuples considérés comme « mineurs », auraient besoin de tuteurs pour accéder, un jour peut- être, à la majorité… Le 24 juillet 1922, la SDN octroie à la Grande-Bretagne le mandat sur la Palestine. Le texte prévoit que la puissance mandataire sera « responsable de la mise à exécution de la déclaration originairement faite le 2 novembre 1917 par le gouvernement britannique et adoptée par [les puissances alliées], en faveur de l’établissement d’un foyer national pour le peuple juif ». Les fils du chérif Hussein, étroitement contrôlés par Londres, s’installent sur les trônes d’Irak et de Transjordanie (pays créé par les Britanniques à l’Est du Jourdain), tandis que les territoires libanais et syrien tombent dans l’escarcelle de la France. L’Egypte, formellement indépendante depuis 1922, reste sous occupation britannique. Tous les acteurs du drame palestinien sont en place : la puissance dominante, la Grande-Bretagne, qui souhaite maintenir son contrôle sur une région stratégique, riche en pétrole dont le rôle économique et militaire grandit ; le mouvement sioniste, fort de son premier grand succès diplomatique, et qui organise l’immigration en Palestine ; les Arabes de Palestine, que l’on ne désigne pas encore sous le nom de Palestiniens, et qui commencent à se mobiliser contre la déclaration Balfour ; enfin, les pays arabes, pour la plupart sous influence britannique et qui vont s’impliquer graduellement dans les affaires palestiniennes." (blog.mondediplo.net/)
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-mouette- |
Date du message : novembre 3, 2009 03:36 |
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"Le colonel irlandais à la retraite Desmond Travers, membre de la Commission Goldstone de l’ONU, declare : Nous avons été troublés par la létalité et la toxicité des armes utilisées dans la bande de Gaza, dont certaines ont été stockées dans les arsenaux de l’Ouest depuis la Guerre froide, comme les fléchettes au phosp***** blanc, qui ont incinéré 14 personnes, dont plusieurs enfants dans une attaque : De petites fléchettes qui sont conçus afin de se mélanger à l’entrée dans la chair humaine afin de provoquer le maximum de dégâts, en violation totale de la Convention de Genève. Et aussi des éclats d’obus de tungstène hautement cancérigènes et des munitions DIME [Dense Inert Metal Explosive], qui contiennent du tungstène sous forme de poudre. Il ya aussi tout un *****tail d’autres munitions problématiques suspectées d’avoir été utilisées. Il existe un certain nombre de problèmes post-conflit à Gaza qui doivent être abordés. La terre se meurt. Il ya des dépôts toxiques de toutes les munitions qui ont été abandonnées. Il ya de graves problèmes avec l’eau, son épuisement et sa contamination. Il existe un taux élevé de nitrates dans le sol qui est particulièrement dangereux pour les enfants. Si ces questions ne sont pas traitées, Gaza ne peut même pas être habitable selon les normes de l’Organisation mondiale de santé." http://mondoweiss.net/2009/11/golds
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-mouette- |
Date du message : novembre 5, 2009 14:28 |
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Encore un peu d'histoire : "En février 1930, le Docteur Chaim Koffler, membre de l’association " Jérusalem Keren Ajossot" sollicita Sigmund Freud aux fins de soutenir l’établissement d’un foyer national Juif en Palestine. Voici la lettre responsive que Sigmund Freud lui fit parvenir : " Cher Docteur, Je ne peux faire ce que vous souhaitez. Je me sens incapable de surmonter mon aversion à accabler le public avec mon nom et même ce moment critique ne me paraît pas le justifier. Quiconque désire influencer les masses se doit de leur donner quelque chose de vibrant et d’enflammé et mon sobre jugement sur le Sionisme ne le permet pas. Il est sûr que je sympathise avec ses buts, je suis fier de l’université de Jérusalem, et la prospérité de ses implantations me fait plaisir. Mais, d’autre part, je ne pense pas que la Palestine pourra jamais devenir un Etat juif, ni que les mondes Chrétien et Islamique soient prêts à ce que leurs lieux saints soient sous contrôle juif. Il m’eut paru plus judicieux d’établir une patrie juive sur une terre moins chargée d’histoire. Mais je reconnais qu’un point de vue aussi rationnel aurait peu de chance d’obtenir l’enthousiasme des gens et le soutien financier des riches. Je concède avec tristesse que le fanatisme infondé de notre peuple soit en partie à blâmer pour avoir éveillé la méfiance Arabe. Je ne puis cultiver de sympathie pour une piété mal dirigée qui transforma un morceau du mur d’Hérode en relique nationale offensant ce faisant les sentiments des autochtones palestiniens. Jugez vous-même maintenant si, avec un tel point de vue critique je suis la personne qu’il faut pour conforter un peuple pris dans l’espérance d’une espérance injustifiée. Votre respectueux serviteur." Freud
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