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-grimalkin- 
France
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Date du message :
septembre 21, 2009 15:53
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"C’est lorsqu’une chose n’est pas ce qu’elle est qu’elle se ressemble le plus. J’ai suivi la chose sans permission."
---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------- INVISTITA, ERRANCE poèmes en langue corse (pour alléger, je n'ai mis que la version en français)
Poésie et vérité
“ La poésie doit être faite par tous non par un”” Lautréamont
Si ma chanson chante clair Emportez la avec vous dans la poche du veston Ou sous votre mouchoir Chantez la si vous voulez Oubliez la si bon vous semble
Si ma chanson ne chante pas Brûlez la vous-mêmes Jettez la dans ces ronciers Et mettez y le feu Que ses braises se répandent Dans ces environs sans nom
Si ma chanson ne vous va pas Ajoutez y ce que vous avez Arrangez remuez Selon votre désir Ma chanson n’est à personne Elle n’a ni port ni maison Elle n’a ni tort ni raison
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Homme et hommes
“Nous construirons ensemble un homme illimité” Tristan Cabral
Hommes qui viendrez demain Vous penserez à nous comme nous à vous L’erreur vous sera permise Et même la trahison Car vous ne serez jamais que des humains
Hommes d’hier et d’avant hier Pensez à nous comme nous pensons à eux Vous avez commis des erreurs Mais avez vu clair bien des fois Puisque vous étiez des hommes et rien de moins
Et vous hommes du temps présent Pourquoi croyez vous que nous sommes Ce que nous sommes Coincés entre deux éternités Nous ne pouvons marcher qu’en boîtant
Norbert Paganelli
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Epsilon 
Admin famille
France 
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Date du message :
aout 13, 2009 11:39
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Parler de la langue corse sans l'entendre au moins chanter, c'est un peu comme boire de la bière sans alcool ou entendre des mélodies corses chantées par des titis parisiens?

Altu cantu
Sò a lingua straniera Di a me bocca aparta A me bocca chì ridi A me bocca chì canta è chì pienghji Sò a lingua imprighjunata Chì voli campà fora Apriti i balcona Bugheti porti è sulaghja Sò lingua paisana Antica cucina di l’acqua è di a tarra Isulana Sò lingua chì và caminendu Par i stradi d’aprili Purtendu à u me passu un cantu chjaru Un altu cantu fieru Stu cantu si chjama lamentu Stu lamentu hè a me stodia Nova 
Haut chant
Je suis la langue étrangère A ma bouche ouverte Ma bouche qui rit Ma bouche qui chante et qui pleure Je suis la langue emprisonnée Qui veut vivre dehors Ouvrez les fenêtres Poussez portes et planchers Je suis la langue populaire Vieille cousine de l’eau et de la terre Insulaire Je suis la langue qui va Par les routes d’avril Tenant à mon pas un chant clair Un chant haut et fier Ce chant se nomme lamento Ce lamento est mon histoire Nouvelle Norbert Paganelli
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-grimalkin- 
France
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Date du message :
aout 13, 2009 12:29
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Sens de la sentence
Vous l’avez entendue tant et tant de fois Entendue encore et toujours Ma chanson sans parole Qu’il me faut demeurer muet Je ne la chanterai plus Je ne peux faire semblant Je vais laisser aller Les mots et leur refrain Comme nous laissons les bêtes Pour l’invistita
Rien ne se perdra Elles partent le matin Pour revenir à l’heure
Sens sentence de ces suites Vous pouvez rester pour entendre Ma chanson sans parole
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Mémoire
Qu’en avez vous fait De ses yeux et de sa bouche Vous les avez exilés Et mis loin de la maison Elle qui était présente nuit et jour
Qu’en avez vous fait De ses mains et de ses cheveux Et de ces légendes du soir après dîner
Mais dites-moi ce que vous avez fait Vous ainsi vêtus et elle avec foulard et robe noirs
Je me souviens de ces mois de chaleur étouffante Lorsqu’il nous fallait vivre cachés Je m’en souviens mais vous Où êtes-vous aujourd’hui Et qu’avez-vous fait de tous ces jours Passés comme un refrain oublié
La main est pleine de doigts Le maquis rempli de cris Et il y a trop d’absence dans vos propos
Il y a une voiture qui passe Il y a une âne qui brait Il y a deux hommes sur la route Il y a un chant d’église qui émerge Du ruisseau
Norbert Paganelli
(je ne connais pas la Corse, hélas . Mais avec Paganelli, l'âme corse, je commence à comprendre. )
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-grimalkin- 
France
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Date du message :
aout 14, 2009 03:45
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Premier voyage
“Les contes et les poèmes prendront rang d’histoire universelle” Novalis
La route m’a appelé Voici les pierres qui m’ont faite Et voici où je vais Ils m’ont appelée “route” mais le sais-tu Mon nom Est aussi “oeil”
Pour voir je vois tout mais je demeure Toujours muette Je serais pour toi une soeur Si tu voulais m’écouter Une âme soeur Te suivant de près Comme l’affamé Poursuit le pain
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Second voyage
“Celui qui ne connaît pas la puissance des mots, n’est pas capable de comprendre les hommes” Confucius
Le renard m’a dit Regarde Regarde mon pelage Je sens le maquis je sens la mer Que je sois ici ou là J’ai toujours près de moi le maquis et la mer Comme ma mère était du coin Je peux aussi dire Que je suis le fruit de ces lieux
Mais je peux devenir la brume de tes songes La femme blanche qui te plaint Et même le signal pour la faire venir
Norbert Paganelli
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-grimalkin- 
France
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Date du message :
aout 15, 2009 03:54
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Troisième voyage
“ Le mystère t’a fait grand, il t’a fait mystère.” A. Porchia
Je dormais sous les oliviers Un vieil homme m’a réveillé Fils que penses-tu de toutes ces lueurs éteintes De toutes ces bouches muettes Tu me sembles bien jeune mais réponds moi Moi je ne sais plus
Je regardais ses mains Ses yeux Je regardais sa canne et ses chaussures neuves Je me suis dit Mais où sont donc les vieux d’antan
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Les choses voyez vous
Tout compte Dit la fourmi Chaque chose que l’on peut voir Est une certitude Et encore Va donc savoir toi si cette chose Ne se trompe pas elle aussi Il peut arriver Que les choses se prennent Pour d’autres Tout compte Même si une chose n’en vaut pas Une autre
Liberté pour toutes ces choses Pour l’égalité nous verrons une autre fois
Et puis pour ce que vous nommez fraternité Ecrivez écrivez nous vous répondrons
Norbert Paganelli
(Une poésie de chaque jour, qui se passe de commentaires.)
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-grimalkin- 
France
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Date du message :
aout 17, 2009 04:51
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Apatride
Défendez l’homme solitaire Et laissez le parler Il a tant de choses à dire Qu’il est bon de l’écouter
Ecoutons le muet Et apprenons sa leçon Il parle dans son coeur Ouvert comme une fenêtre
Il est seul en sa demeure Seul en son pays Il est seul devant la mer
La mer elle même est seule Et nul n’est venu
Les propos qu’il entend Viennent de loin et lui tombent Dessus comme pierres lancées
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Fable
“La lune aveugle crie sous la voute du ciel” Marie Paule Lavezzi
La lune aveugle cherche une vie sans eau Sans soleil Et sans bruit volant Toujours cachée
Elle s’est grandie Et s’est dit tant et tant de choses Qu’elle s’est arrêtée En plein ciel gris Désespérée Sans un pas sans une pierre Et sans un mur Pour cacher sa douleur
Pourquoi chercher lorsqu’on ne peut trouver
Norbert Paganelli
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-grimalkin- 
France
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Date du message :
aout 26, 2009 06:01
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Le pardon
« Je demande pardon aux poètes que j’ai pillés » Gaston Miron
Je vous ai dérobé la musique Et vous m’avez laissé faire Je vous ai mixés Nuit de l’un or de l’autre Vous ne m’avez rien dit Je vous ai maltraités et vous m’avez tendu la main
Vous de toutes les contrées et même de nulle part Du Nord le plus froid A l’Afrique brûlante Vous m’avez laissé aller
Aujourd’hui je vous remercie De n’avoir pas estampillé le grain planté Dans le jardin paternel Ou le potager maternel
Peut-être pensiez-vous que ce grain Vous aussi l’aviez pris quelque part Sans rien demander
Grain terre grain Et à nouveau terre pour faire que le grain Nous donne demain plus de grain Et que la terre une fois encore soit Terre de tous les temps espérant les mots Du monde entier
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Nommons-la
« On peut aussi partir à la recherche de l’oiseau » E. Guillevic
Lorsqu’elle te parvient Tu ne la reconnais pas toujours Parfois oui Parfois mieux vaut dire que non Cela dépend de beaucoup de choses Comme tu le sais
Mais ensuite lorsqu’elle s’est installée Tu ne peux plus te tromper Il y a cette chaleur Son odeur Sans évoquer sa parole Celle qui parle d’elle Sans jamais prononcer son nom Celle qui jamais n’a effrayé l’ombre abandonnée Par les propos qui passent
Norbert Paganelli
(chaque jour je le découvre un peu plus, et c'est une joie !) .
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-grimalkin- 
France
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Date du message :
septembre 19, 2009 06:21
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Merci à vous Norbert Paganelli ! Quand je serai à Paris, je ne manquerai pas d'aller acheter vos oeuvres dont l'accès est limité sur le net....
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-grimalkin- 
France
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Date du message :
septembre 20, 2009 04:35
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Je peux faire
Entre deux choses il y avait une autre chose Une chose rêvée et pourtant vraie
Je parviens à la saisir Et la voici qui se déplace Je veux l’enserrer et la voici ombre Elle ne dit rien Elle ne fait rien Elle m’a déjà empli de nuit Tentant de me convaincre Qu’elle n’était que l’autre L’autre chose Que je n’avais pas vue
Celle qui de loin m’a dérobé Ce regard sans mémoire Absorbé depuis si longtemps Dans l’écume de l’apparence . . . NORBERT PAGANELLI
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