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  Famille : Poèsie d'aujourd'hui


Ce sujet fait partie de la famille Poèsie d'aujourd'hui. Cette famille est publique. Vous pouvez donc échanger dans cette famille sans vous y inscrire.



Auteur

Sujet : Attention danger poèsies

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : septembre 22, 2009  00:58


Poème de la fin

ce qui meurt
nous reste
sur les bras
mais nous
on n'a rien à voir avec la mort
c'est elle qui vient
nous serrer
du dehors
seulement un jour de plus
au bout d'un jour
au jour le jour
ainsi
des années durant
l'apprivoiser
simplement et sans bruit
elle se tait et croît doucement
même au soleil
d'une journée de printemps
dans le remuement des corps
lui faire sa part
la bna-liser autant que possible
pour parvenir à croire un peu
qu'elle fait partie des choses
et que cela est bon
ainsi
au moins
tout le monde sait ce que cela veut dire
il est mort
c'est simple
elle recule encore
plus au fond
et nous ne verrons guère les visages
que par accident
remous
un pas lourd un rire une poigne
puis
un peu d'eau ou de temps
recouvrent le peu
puis
rien
mais de façon presque claire
on entend ce qu'on ne voit plus
tomber profond
loin
dedans
on rôde autour d'un manque
une zone devenue d'ombre
vite
cela tient mal à la mémoire
on reste autour du creux
les bords s'éboulent dedans
bientôt on ne verra plus
qui pleure
on dort avec elle au fond de soi
comme un chien roulé en boule
on sait que montera un jour ou l'autre
un vent de terre
et on attend les yeux ouverts
un corps infusé d'encre
une éponge gorgée
et dans la bouche la terre
au lieu des mots
les mots pesant enfin leur poids exact
terre et corps
dehors et dedans
et plus rien d'autre
que de l'herbe ou des arbres
d'ordinaire
les choses vont
et nous aussi
nous allons avec les choses
c'est clair
mais parfois il y a ce qui s'arrête
ou s'abat
en bloquant
et on est brutalement à nouveau
où il faut rire
fou
tout seul
on racle encore
entre le mensonge ancien
et ce qui vient
on a du mal à rester debout
à la fin
qu'est-ce qu'on a donc à voir avec la vie
la mort
on bouge avec ce qui bouge
on se tait avec ce qui reste
il n'y a pas grand-chose d'autre


Antoine Emaz
C'est
Deyrolle, 1992.



*Ce message a été édité le 10-Mar-2009 2:46 PM par Epsilon*

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : mars 10, 2009  15:00


De la nature d'un système chaotique

La nature
d'un système chaotique
est d'amplifier
les erreurs
de départ

La caractéristique
de toute turbulence
est d'être dominée
par des comportements
non linéaires

Deux feuille de papier
posées exactement
l'une à côté de l'autre
se séparent toujours
au bout d'un instant

Les chemins que l'on
pose à l'envers dans le ciel
ne deviennent
pas de suite
le double de nos ombres

Ni la lumière qui pleure
des nombres dans le noir

Toute beauté commence quand
deux feuilles de papier
posées exactement l'une à côté
de l'autre se séparent au bout d'un instant

La poésie a aussi
un comportement
non linéaire

Tout poète écrit en même temps
sur deux feuilles de papier
posées exactement l'une à côté de l'autre
et qui le séparent au bout d'un instant

Le poème double qui en surgit est l'origine
de la séparation de tous les poèmes
ou le possible
d'une nouvelle unité impossible
de la réconciliation

Le rouge-gorge
debout au-dessus
du téléviseur éventré
n'a pas de nom
dans le dictionnaire des dictionnaires

Son nom dans la nuit
est devenu le jumeau de tous les noms

Serge PEY

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : mars 10, 2009  15:20


Le poids d'une éponge croit

Le poids d'une éponge croit
en proportion avec le nombre
de gouttes d'eau qu'elle absorbe

Mais aucune éponge ne peut absorber
toute l'eau du monde

Quand une éponge est saturée
personne ne peut prévoir
le comportement de l'eau
qu'elle n'absorbe plus
ni le comportement du monde

Il faut imaginer pourtant
une éponge qui absorberait
toute l'eau du monde

Nous la mettrions
à la place de notre mouchoir
dans la poche du coeur
Nous serions un bateau
Nous serions le sel
Nous serions tous les fleuves
du monde qui se jettent dans
le ciel
Une éponge est comme une valise pure
qui contiendrait tout nos chemins

Chaque fois que nous achetons une valise
nous croyons qu'elle va diminuer le poids
des affaires que nous y rangeons dedans

La valise idéale consiste à diminuer
le poids de ce que nous y transportons
jusqu’à ne peser que son poids de valise
ou à devenir plus légère que ce qu'elle était au départ jusqu'à
ne plus exister

Dans une éponge idéale on peut
ranger toute la mer
si on la place dans la poche du coeur

Dans une valise idéale
on peut ranger tout l'univers
la troupe engloutie des étoiles
une seule fourmi
un seul amour

Dans un poème on peut ranger
tout l'avenir
qu'on voudrait faire exister

Serge PEY
Mars 2004

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : mars 10, 2009  15:21


Les cris vains

Personne à qui pouvoir dire
que nous n'avons rien à dire
et que le rien que nous disons
continuellement
nous nous le disons
comme si nous ne disions rien
comme si personne ne nous disait
même pas nous
que nous n'avons rien à dire
personne
à qui pouvoir le dire
même pas à nous

Personne à qui pouvoir dire
que nous n'avons rien à faire
et que nous ne faisons rien d'autre
continuellement
ce qui est une façon de dire
que nous ne faisons rien
une façon de ne rien faire
et de dire ce que nous faisons

Personne à qui pouvoir dire
que nous ne faisons rien
que nous ne faisons
que ce que nous disons
c'est-à-dire rien

Ghérasim Luca .Héros-Limite (poésie/Gallimard)
      

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : mars 10, 2009  15:37


La neige offrait ses
caresses aux sapins
saccagés, et toi

qui voulais serrer
les étoiles sur ta
poitrine, tu aidais
la nuit à tomber,

tu lui confiais
la neige qui faisait
des maisons minuscules
sur chaque aspérité
des branches à terre,

et les sapins se
consolaient de mourir
sous cette blancheur
qui laissait comme

un vide étrange dans
ton envie de pleurer.

Richard ROGNET

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : mars 10, 2009  17:17


Je ne me demande pas

Je ne me demande pas
Si je suis vivant dans ce vent
Je respire et le souffle
Qui était le mien va au vent
D'où il venait dans le nouveau souffle
Qui est le mien et le sera
Dans le même vent
Jusqu'à ma mort

Je ne me demande pas
Si je pèse ou ne pèse pas
Au chemin d'air
Je ne questionne personne
Surtout pas moi
Je déteste penser et répondre

Ce matin il n'y a ni demande
                            ni réponse
Inscris-le mon âme sur le Tout
Et sur le rien
Où tu vas et d'où tu viens
Inscris-le en lettres d'air sur l'air et rien


   Jacques Chessex, Le désir de la neige .   Grasset, 2002

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : mars 11, 2009  03:33


LIANT DELIANT

Doutant du regard
doutant de la voix
doutant du passage réel
de l'amour dans les bois enroués par l'hiver

Suivant le courant
la voie des rivières
relisant du coeur
les points les accents la course légère
de ses lignes bien espacées

Doutant redoutant
l'arrêt du soleil
des songes du temps des dons du sommeil
ne redoutant plus
l'air en mouvement l'écriture claire
liant reliant
déliant l'émoi
de sa mécanique légère




LA DOGANA

Est-ce que je crois en Dieu, je ne sais
je ne sais plus il faut que j'oublie
et je t'invente le matin
lorsque je vais le long des quais
vers la Douane de la mer
payer le prix qu'il faut à l'instable fortune
la forme verte et noire et couturée des femmes
pour voir mon vrai lion, son cours et son discours
sa crinière de force à tes reins savoureux
et l'aigle rouge du désir
adoucie par le temps, adorée par le bleu
où l'amour a son rang de plumes et de pensées.

Devant l'inépuisable
beauté des eaux et la rose de la tour
l'automne fait sonner la cloche des brouillards
il est temps d'acquitter les droits de l'amour jeune
tout le prix d'amour fier affrontant les années.
Avec la grâce en son péril, il faut patience
il faut le peuple de la main
pour ouvrir cette ville ou cette vie profonde
produire un vrai lion qui marche sur la mer
et dans l'espace des amants
mène la barque noire et rebroussée du temps.


HENRY BAUCHAU: Poésie 1950-1984


Epsilon
Admin famille
France

Date du message : mars 11, 2009  09:00

Sur le chemin des étoiles de mer
A Federico Garcia Lorca



quel vent soufle sur la solitude du monde

pour que je me rappelle les êtres chers

frêles désolations aspirées par la mort au-delà des lourdes chasses du temps

l'orage se délectait à sa fin plus proche

que le sable n'arrondissait déja sa hanche dure

mais sur les montagnes des poches de feu

vidaient a coups sûrs leur lumière de proie

blême et courte tel un ami qui s'éteint

dont personne ne peut plus dire le contour en paroles

et nul appel à l'horizon n'a le temps de secourir

sa forme mesurable uniquement à sa disparition


et ainsi d'un éclair a l'autre

l'animal tend toujours sa croupe amère

le long des siècles ennemis

à travers des champs certains de parade d'autres d'avarice

et dans sa rupture se profile le souvenir

comme le bois qui craque en signe de présence

et de disparate nécessité


il y a aussi les fruits

et je n'oublie pas les blés

et la sueur qui les a fait pousser monte a la gorge

nous savons pourtant le prix de la douleur

les ailes de l'oubli et les forages infinis

à fleur de vie

les paroles qui n'arrivent à se saisir des fait

a peine pour s'en servir pour rire


Le cheval de la nuit a galopé des arbres à la mer

et réuni les rênes de mille obsurités charitables

il a traîné le long des haies

où des poitrines d'hommes retenaient l'assaut

avec tous les murmures accrochés à ses flancs

avec tous les immenses rugissements qui se rattrapaient

tout en fuyant la puissance de l'eau

incommensurables ils se succédaient tandis que de tout

petits murmures

ne pouvaient être engloutis et surnageaient

dans l'invincible solitude ou passaient les tunnels

les forêts les troupeaux de villes les mers harnachées

un seul homme au souffle de plusieurs pays

réunis en cascade et glissant sur une lame lisse

du feu inconnu qui s'introduit parfois la nuit

pour la perte de ceux que le sommeil assemble

dans leur profond souvenir

mais ne parlons plus de ceux qui se sont liés

aux branche fragiles aux mauvaises humeurs de la nature

ceux-là même qui subissent les coups rudes

tendent la nuque et sur le tapis de leurs corps

quand les oiseaux ne picorent pas les graines de soleil

sonnent les bottes rigides des conquérants

ils sont sortis de ma mémoire

les oiseaux cherchent d'autres printaniers emplois

a leurs claculs de sinécures

par troupeaux charmants d'affolements

le vent à leurs trousses

que le désert leur soit compté

au diable les fins avertissements

les divertissements coquelicots et compagnie

le froid gratte

la peur monte

l'arbre sèche

l'homme se lézarde

les volets battent

la peur monte

aucun mot n'est assez tendre

pour ramener l'enfant des routes

qui se perd dans la tête

d'un homme au bord de la saison

il regarde la voûte

il regarde l'abîme

cloisons étanches

la fumée dans la gorge

le tolt s'effrite

mais l'animal fameux arc bouté

dans l'attention des muscles et tordu sous le spasme

de la fuite vertigineuse de l'éclair de roche en roche

se déchaîne refait son monde

à la mesure de son joug


pilleur de mers

tu te penches sous l'attente

et te lèves et chaque fois que tu salues la mer ivre à tes pieds

sur le chemin des étoiles de mer

déposées par colonnes d'incertitude

tu te penches tu te lèves

saluts brassés par bandes

et sur le tas il faut pourtant que tu marches

même en évitant les plus belles il faut pourtant que tu marches

tu te penches

sur le chemin des étoiles de mer

mes frères hurlent de douleur à l'autre bout

il faut les prendre intactes

ce sont les mains de la mer

que l'on offre aux hommes de rien

glorieux chemin sur le chemin des étoiles de mer

" alcachofas alcachofas " c'est mon beau Madrid

aux yeux d'étain à la voix fruitée

qui est ouvert a tous les vents

vagues de fer vagues de feu

il s'agit des splendeurs de la mer

il faut les prendre intactes

celles aux branches cassées renversées

sur le chemin des étoiles de mer

où mème ce chemin il mène à la douleur

les hommes tombent quand ils veulent se redresser

les hommes chantent parce qu'ils ont goûté à la mort

il faut pourtant marcher

marche dessus

le chemin des étoiles de mer par colonnes d'incertitude

mais on s'empêtre dans la voix des lianes

" alcachofas alcachofas " c'est mon beau Madrid aux feux bas

ouvert à tous les vents

qui m'appelle - longues années - des orties

c'est une tête de roi fils de pu-tain

c'est une tête c'est la vague qui déferle

c'est pourtant sur le chemin des étoiles de mer

que les mains sont ouvertes

elles ne parlent pas de la beauté de la splendeur

rien que des reflets de minuscules cieux

et les imperceptibles clignements des yeux autour

les vagues brisées

pilleurs de mers

mais c'est Madrid ouvert à tous les vents

qui piétine la parole dans ma tête

" alcachofas alcachofas "

chapiteaux des cris raidis


ouvre-toi coeur infini

pour pénètre le chemin des étoiles

dans la vie innombrable comme le sable

et la joie des mers

qu'elle contienne le soleil

dans la poitrine où brille l'homme du lendemain

l'homme d'aujourd'hui sur le chemin des étoiles de mer

a planté le signe avancé de la vie

telle qu'elle se doit de vivre

le vol librement choisi de l'oiseau jusqu'à la mort

et jusqu'à la fin des pierres et des âges

les yeux fixés sur la seule certitude de monde

dont ruisselle la lumière rabotant au ras du sol

TRISTAN TZARA



   

*Ce message a été édité le 11-Mar-2009 9:07 AM par Epsilon*

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : mars 13, 2009  14:25


TU M'AS JAMAIS VU TOI

Tu ne m'as jamais vu toi
dépasser le sel des morts
avec des gestes de vertige
les paumes alertes aux grenades du soleil
le visage inquiet dans les coulisses des fables
la chevelure noire comme un toit qui s'écroule
le cœur par terre à réparer ses désastres
à ce point défait pour finir dans la cendre
avec des os qui fendent la pierre

tu ne m'as jamais vu toi
les yeux plus paisibles qu'une planète
je m'éclipse comète vers l'aube
dans une fournée d'étoiles
pour dépasser l'horaire
que tu me donnes à suivre

tu ne m'as jamais vu toi
quand je m'éveille
aussi vaste que la terre

- Robbert Fortin, 24/01/05

Celyes
Modérateur
France

Date du message : mars 13, 2009  20:25

L'île de la cité


Assis sous le grand saule
de l'île de la Cité
je peux rester des heures
à regarder les bateaux défiler
des images s'accumulent dans mes yeux

la Seine c'est plus petit qu'un front
dans les mains d'une femme
elle tend ses quais ses ponts
ses brumes avec les mêmes soupirs
qu'elle pousse envers les hommes

la nuit la lenteur fausse
le sommeil de l'eau
quelquefois des noyés remontent
avec eux un carnet de regrets
les morts voyagent avec leurs larmes

la lune à leur chevet se glisse
un passant se permet
d'y laisser ses sanglots
comme on pleure en son lit
un amant disparu

nul coeur n'a l'amour qu'il désire

Robbert FORTIN




*Ce message a été édité le 13-Mar-2009 8:41 PM par Celyes*

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : mars 14, 2009  03:11


Paysage de ta tombe

Et désormais tu dors en moi avec tes mains de gisant, avec tes yeux couleur de menthe

Tu dors avec tes mains feutrées, la croix posée sur tes matins et maintenant tu restes couvert
des larmes du silence

Et désormais demeure en moi avec ton corps de pierre, ta respiration de dormeur dans l’eau
originelle des matins de lumière

La mousse a recueilli la pierre de tes mains, les rires de ta voix

Tu dors en moi avec ta présence de vie sur le granit de la tombe, tes yeux fermés sur la lumière,
ton coeur battant au creux du mien

Et désormais, tu dors au centre du coeur avec tes mains de silence et de nuit, ton visage de
pierre au centre de la pierre du corps et je porte la pierre de ta vie, la pierre de lumière

Au centre de mon coeur avec l’oiseau de tes ailes qui se heurte contre la paroi de mes côtes et
l’angoisse veloutée de ton absence à être

Tu dors en moi dans la tranquillité insoumise de ta bataille, dans l’étroitesse meurtrie de tes
poumons de pierre

Tu respires avec la respiration calmée d’un nageur de hauts fonds dans l’eau originelle d’une
transformation de méthode

Et chaque élément de ton corps est une porosité de toi qui court le monde

Tu dors en moi comme un placenta de pierre et de vie où coulent les liquides d’une métamorphose
de souffle, où l’on soutient ta tête pour une nouvelle bataille de limon et de nuit

Et désormais tu transformes ton corps en couleur et l’oeuvre reste dans le regard si vert d’un
matin de printemps

Tu habites le monde et la pierre. Tu es là dans la pierre du monde et le squelette de ta vie est
une merveille de construction fine, une pureté menue de chevilles quand se détachent les tendons
et ne reste que la beauté magique de ton architecture de lumière, dans l’Iris de Suse des matins

Tu habites par la dentelle d’un corps délivré du temps

la tombe couverte de neige ou irisée d’un cristal de rythme

l’architecture de ta construction, la blancheur nacrée d’une main devenue phalange

Dans les transformations de ton corps opèrent les saisons comme des nidifications de feuilles

Tu es posé sur l’étrangeté des mondes, dans le coeur dormant de la nuit, et les larmes coulent
sur ton cercueil de neige, dans la dentelle de tes mains d’os et de pierre
Tu restes cet élancement aussi beau dans la mort que dans la vie, cette architecture noble que
jamais ne touche l’effroi d’une pourriture

Tu t’en sors, tu passes par là, mais tu t’en sors avec ton visage devenu d’os et de nuit où
creusent les orbites de tes yeux. Mais ton regard est toujours là, ton regard de peintre posé sur
le mannequin drapé

Tu habites le monde des couleurs et le paysage se retrace derrière tes orbites dans la pureté
inoubliable de ton élan vers le monde.

BEATRICE BONHOMME

*********


Nidification de la lumière


Tu es devenu ce dormeur de l’eau originelle. Tu dors dans ce placenta de pierre et de vie où
coulent les liquides d’une transmutation de souffle, où l’on soutient ta tête pour une nouvelle
bataille de limon et de nuit

Désormais, tu demeures dans cette pulsation amniotique, et le placenta garde la forme d’une
étoile de mer, d’une anémone lentement tremblée par le rythme de ton coeur

Tu dors en moi dans l’éponge nourricière striée de vaisseaux où coule l’échange de nos vies et
ton coeur bat dans mon coeur la pulsation-seconde d’une année lumière

Les yeux fermés sur le vert, tu reposes dans l’élément liquide d’une transformation de larmes, et
ton souvenir est un souvenir aquatique dans la matrice du monde

Désormais, tu habites en moi dans le coeur matriciel de la lumière et ta mutation est invisible
au plus secret d’un éclair de larmes

Tu demeures dans l’étendue émotionnelle de cette eau qu’il te faut traverser dans le flux et le
reflux des marées depuis le mouvement perpétuel de ton silence

La neige sur la tombe a coulé, entraînant la fonte des blocs et des limons, ne laissant que les
membranes, les fibrillations de ton nuage

Tu dors avec la respiration calmée d’un dormeur dans l’eau latente d’une transformation de
méthode et chaque élément de toi devient la porosité d’un pleur dans l’afflux d’un cristal de
rythme

Les yeux ouverts sur la lumière, je t’ai porté comme un passeur où coule la neige de notre
échange dans la mutation non visible de nos transformations de coeurs

Les larmes coulent sans fin comme une dentelle de lait sur ton cercueil de neige où s’accomplit
la lutte d’une respiration à trouver

Raz de marée dans le déchirement de la mer, je te porte au travers des longues dunes de sable où
tu émerges ruisselant dans l’éternité du silence

Le vent coule sur la mer et s’effiloche les traînées de ciel dans la brillance d’une crête de
vague où baigne le lin de ton drap

Et ton coeur enfin frappe au creux de mon coeur, dans le liquide amniotique de mon sang où
l’échange de la vie et de la lumière a été transformé en amour

Vifs et morts tous deux ensemble, nous traversons la neige originelle.

BEATRICE BONHOMME

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : mars 14, 2009  08:13


Atefeh Rajabi, une jeune iranienne, exécutée pour avoir été violée à plusieurs reprises par un ex
gardien de la révolution de 51. Se sachant con*****ée à mort et désespérée, elle retira son hijab
et lança sa chaussure à la figure du juge qui la pendit lui-même :   

Atefeh Rajabi Sahhaleh,

Etre Iranienne. Avoir seize ans.   

Pas eu le temps, sauf quelques pas,

Une porte qu’elle voulait ouvrir.   

Pour vivre, quelques pas.

Le regard échangé serait la première clef qui tourne,

L’ouverture d’un baiser,

Une chambre amoureusement.   

*

Le juge a rugi.   

Sera pendue et très haut, d’une grue pour bien détacher de la terre. C’est parfait.

C’est quelque chose qu’on voudrait montrer à Dieu.   

Dieu n’est jamais là. Pas besoin.

Il ne dit rien à une fille qui se débat

- si furieuse qu’elle crie, criant aussi.

*   

Calmement bougent une corde, une grue, un ciel s’écartant toujours plus.

Qu’ils le fassent,

Un baiser est d’une lenteur plus haute.   

Plus la mort commence, plus c’est la vérité seulement

Qui caresse le cœur.   

Une jeune fille qui se balance,

La mort a lieu en dessous.   

Ariane Dreyfus .Iris, c’est votre bleu.Castor astral




Epsilon
Admin famille
France

Date du message : mars 15, 2009  03:39


Bienveillance

Ce qui de tout homme paraît dans la hauteur, je dois
Encore l'élever. Car sa misère est elle-même
Un des modes de l'apparence. Et la réalité
Veut qu'ici j'aie été jeté, sel de l'incertitude,
Sur la neige intacte du temps, ne sachant rien, n'ayant
Rien vu, et si vite oublieux qu'il faut tout réapprendre
A chaque instant.
Ainsi par la vitre de l'autobus
Dont la fraîcheur suffit le soir à mes tempes, le ciel
Depuis longtemps perdu s'éclaire a nouveau dans les yeux
D'un enfant qui regarde.
Il est bon de pouvoir aussi
Faire don aux petits d'un simple bout de bois ou d'un
Caillou recueillis sur le bord indistinct du désordre
Où mes doigts gouvernés ne trouvent plus le libre fil
Qui gouverne. Et, comme un soleil invisible touchant
Le flanc d'un nuage, en retour m 'effleure la lumière
De l'émerveillement ouvert entre leurs doigts qui prennent
Sans jamais l'assombrir la Jure offrande, le Présent.
Cependant n 'est-ce pas dans l'indistinct qu'ils vagabondent
Eux aussi, pareils aux petits de la louve ou du tigre
Qui savent tout de l'innocence?
- À la fin nous voici
Nous, durement parachevés par l'amour et le crime
Comme deux miroirs opposés ou s'effacent nos bornes
Dans l'espace illusoire d'un salut: rien ne répond
A l'emphase de nos paroles; rien jamais ne suit
Nos gestes éperdus dans un désir de conséquences
Et rien, entre les dés hasardant l'un ou l'autre nombre,
Ne décide. Mais il y a comme une bienveillance
Dans les bras du sommeil qui ne sont les bras de personne,
Dans le ruissellement figé de la pierre, dans l'eau
Ancrée a sa lente, dans l'herbe infatigable, dans
Les mots sur nos lèvres parfois nés d'une autre semence,
Et la longueur du soir sous les arbres;
comme un élan
De l'obscur vers le seuil en nous brisé de la lumière.

JACQUES REDA                                                                                    

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : mars 15, 2009  04:13


Nuit noire, nuit blanche (extrait)

Elle dort sans défense pendant que ça fouille
dans son terreau à rêves jusqu'au plus lointain,
jusqu'au-delà des racines de tout. Ses mains
sont libres d'elle et bougent. Sa bouche bredouille
.
des bouts d'enfance entre deux souffles apaisés.
Parfois, ce qui remue ou qui luit au fond d'elle
dans les débris d'anthracite, c'est une ivresse
délicate. Alors ses lèvres, ses yeux fermés
.
sont à merveille un sourire. Parfois, ça lutte
dessous sa peau brutalement, un pugilat
sans fin. Ce sont ses monstres privés. Ces nuits-là,
on voit de l'effroi. Toutes les tendresses butent
.
sur ce violent désarroi. Plus tard, on entend
le très lèger bruit du ressac. La mer tranquille
à nouveau roule des brisures de coquilles
sur le sable de ses paupières, lentement.

Philippe Longchamp

Epsilon
Admin famille
France

Date du message : mars 15, 2009  18:42


Ecrire encore

Qui sait où la mort a dressé son camp volant
où elle tient son dernier concile
si c'est du côté des ecchymoses
que l'on voit sur la peau des villes
aux cloisons aux coursives
au long des grands panneaux aveugles
près des trous des chantiers
des terrains vagues
dans le petit matin des banlieues
Quand blafard vient aux lèvres
et solitude

ou dans l'effloraison de l'amandier
en neige

Tenez
Voici pour la vie des mots à coudre
jetés en pâture à l'urgence
ficelés tout rouges et criants
avec les parois des kiosques
Prenez ces déchets des fossoyeurs d'images
Dressez-leur une mémoire contre la mort
dans la vie brève

Et que se mettent en place
les blocs mouvants du poème

Jean-Marie Barnaud "Bleu et quoi d'autre"( Cheyne)

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