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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Découvrir rené ghil, poète symboliste (1862-1925)

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juillet 22, 2008  09:06

J'ai bien l'impression que l'histoire se répète parfois sans beaucoup d'originalité et que pour
l'histoire de la poèsie ce ne soit aussi un peu la même chose,et surtout avec cette suite de
poèmes que je vous propose qui datent pourtant de 1889, on a l'impression d'une oeuvre vraiment
d'aujourd'hui,une réflexion sur le matériau et la substance eux- mêmes que sont les mots, avec
René Ghil, on assiste là à une tentative de se liberer du poème classique, de l'éternel
alexandrin , oui le pauvre Hugo n'a plus qu' à se retourner dans sa tombe en lisant ce qui suit,
pourtant lui aussi aimait jouer et fabriquer des mots , mais d'une autre manière, d'une manière
toute classique, là dans ce long poème de René Ghil , les mots sont élagués, concassés, déboutés,
allongés, écourtés, divisés, bref c'est une poèsie très originale et pas toujours facile à suivre
je l'avoue,qu'on a un peu facilement baptisée de poèsie symboliste pour pouvoir le mettre plus
facilement dans une case mais qu' il est interessant de faire connaître ici.d'abord avant tout
quelques mots de présentation de ce poète René Ghil trouvés sur Wikipedia ainsi que ces poèmes
et que je remercie.

******

René Ghilbert, dit René Ghil, né à Tourcoing le 27 septembre 1862 et mort à Niort le 15 septembre
1925, est un poète symboliste français.

Son œuvre poétique, commencée en 1885 par le recueil Légendes d'âmes et de sangs, fut par la
suite précisément architecturée en plusieurs tomes et parties, le tout sous le titre d'Œuvre.

C'était un poète ambitieux, féru de philosophie, soucieux de théoriser sur les couleurs des
voyelles (avec une théorie différente de celle de Rimbaud). Il publia ainsi un Traité du verbe en
1886, avec un avant-dire de Stéphane Mallarmé, et en 1909 De la poésie scientifique.

Un exemple de son style :

Vie, et ride des eaux, depuis que hors l'amère
Navrure de ses Yeux son âme ne sourd plus,
De ses Yeux inlassés la Vieille aux os de pierre
Morne et roide regarde : et sa voix de prière
Très aigre, égrène au soir les avés des élus.

******





RENE GHIL

Le Meilleur Devenir


Première partie. Dire du mieux


I. Le meilleur devenir




Amour — germe dans lui de lui germant — Amour...

et selon aventure d'Ellipse, qui vaille
quant au divers mouvement d'ouverture allant
de vœu qu'elle advienne la droite. Autant loin qu'aille
en deux manques de limite le Mieux voulant...



----------



et ! de la Matière-venante magnétique
condensant d'immanente vertu de venir :



Lent issante en lueurs et lueurs aux Tourmentes
(et orients irruent-ils et ouvrent-ils)
et véhémente de sort devant vers une ère
virtuelle, aux moments hors d'eux-mêmes virants —


[de Tonerres haut et aheurtés de Tonnerre
Autant en ardant que hors d'eux-mêmes ouvrir :
(et amassent splendeurs les laxités énormes)
en Torrents de lueurs d'aigus heurts et Torrents
qui n'éteignent, durant le moment ordinaire

appertement devient l'unité d'une Loi]


Evoluante en elle-même à normes lentes


----------


(et orients irruent-ils et ouvrent-ils)
et véhémente de sort devant vers des normes —


[Autant en ardant que hors d'eux-mêmes ouvrir

où orients irruent-ils et ouvrent-ils :
les moments en ardant des laxités ! — énormes
d'amasser splendeurs les errants hasards virants]



Lent issante en lueurs et lueurs aux Tourmentes :
Evoluante en elle-même à normes lentes :

Autant en ardant que hors d'eux-mêmes ouvrir
itérativement mouvemente en lumière
une ustion urgente de volition :
et la Terre vers quel avoir !...



----------



et la Terre vers quel avoir de lois
                                  croissantes.


                               Car : long allantes !
issant de vertu de magnétique venir
de là devenir quoi longtemps devienne, issantes
la règle giratoire et la gravité lentes
qui ne soient que de lui l'allant évènement...

De lui :
ô d'autres stellements ordre qui lent allume !
             continue et devante adhésion :
qui n'a point et l'Avent et le Terme, et n'est lentes
qu'œuvres d'évènements en l'immense et l'augment :
Amour — germe dans lui de lui germant — Amour...

La règle giratoire et la gravité lentes :
La règle giratoire et la gravité, du
moment lent urgent qui mouvemente en lumière



----------



harmonisent qu'au Temps qui n'est —

[de Tonnerres haut et aheurtés de Tonnerre :
en Torrents de lueurs d'aigus heurts et Torrents
qui n'éteignent, durant le moment ordinaire


appertement devient l'unité d'une Loi]




                               et long issantes !
harmonisent qu'au Temps qui n'est, parmi des Temps :
Issante virant de lent amas magnétique
apte lors quelque part au destin elliptique
de graviter équipollent Milieu, laissant
départs après départs pour le peuplement vaste
céder les anneaux grands qui lent enrouleront
aux pesants ordres qui les agglomèreront:


Tourne !
         départ après départ à normes lentes :


----------


Lent issante en lueurs et lueurs aux Tourmentes :
Evoluante en elle-même à normes lentes :

Autant en ardant que hors d'eux-mêmes ouvrir
Tourne ! mouvementée en heurts grands de lumière
une ustion urgente de volition :

et la Terre vers quel avoir de lois
                                  croissantes...




et la Terre vers quel avoir désaggravant :
et de moments de lui la suite l'éprouvant :

De lui :
vœu de Transport lent immanent à un volume :
Amour — germe dans lui de lui germant — Amour...



----------





I



                Depuis l'œuvre d'agrégats :


En des monts et vallons aux lueurs minérales
en vain d'ignition plus ouvrante d'ardeurs
dévastés de heurts grands de sinistres splendeurs
intérieures —
En des monts et valons aux lueurs minérales :
griève d'apports, qui dans heurts illimités
Terraqués ! mêlent muantes des âpretés :
qui du Temps est exempte et durant des nuits noie
et qui n'éteigne la lueur en les méats

La pluie illuminante et lourde dégénère.



----------



La pluie illuminante et lourde dégénère
et dans elle,
            pendant qu'aux nuages durants
un sinistre d'éparres lourd ouvre et envoie :
Toutes en perpétuité d'ardents Torrents
Tonnent, iginition lourde de laps striants —
Toutes qui haut mouvaient : les pesanteurs ouvrantes.





En vain d'ignition plus ouvrante d'ardeurs :
Qui dévaste (soustrait à appel magnétique
aux origines ailleurs vastement virant)
et émeut d'ardeurs nouvelles et d'élan grand
l'élan demétal des heurts dont plus haut agirent
les mouvements : le heurt d'éruption ouvre et
envoie,
(la pluie illuminante et lourde dégénère)
       et dans longtemps l'éparre et le Tonnerre
itérativement vaporise...



----------


                                       Mais dans
la pluie et mer où lent noieront les monts qui girent
de derniers levers droits au haut luxuriants
dure, qui dure lent en ardeurs qui n'ouvrirent !
le métal d'élan des heurts grands et leurs Torrents —
et dans la mer où lent noieront les monts ardents
(la pluie illuminante et lourde dégénère)
en œuvre agirent et demeurent des gisements...



----------





II



En des monts et vallons aux lueurs misérables...


Après la nue dont l'amas morne ne s'est
ouvert de plus d'un doute en ustions d'air, et
de plus d'un doute en la longueur nûment perdante
Transversale, et en sinistres d'éruptions
Trouants : dans avent lent de variations
radieuses d'un air,
                   c'est qui palpite allante
immensément par monts et la mer hasardante
quand divergeant en diurne et long glissement
d'aridités mouvantes qui des nuits déduisent :
c'est une aurore lourde de nuits et d'eaux, à
intervalle...



             Lors que, par les îles qui luisent
universellement monts droits et longs dans la


----------


mer de longtemps : la mer de vagues générales
est et vaque de laps pesants, et mêmement.



Tonnent, dirompant a stagnation : ouvrantes
en vain d'ignition plu souvrante d'ardeurs
Tonnent levantes les ardeurs, et luxurient —


et lourd, l'air et la mer meuvent des airs pesants...
Allument les éparres !
(la pluie illuminante et lourde dégénère)
et monte heurt de heurts l'élan d'éruptions
                         quand ! allégeant vaste
lourd agirent et demeurent des gisements :
et aux vents ardents de heurts en nuits qui varient
quand ! ouvrant éruptives en sommets épars
les îles dont des îles en nuits luxurient
et n'exhaussant ailleurs, qui n'irruent en parts
aux eaux dans virements d'orages haut girantes !
que les dépôts pétrés de primes gisements :
Tonnent !
Tonnent levantes les ardeurs, et luxurient.


----------


             est dans un moins pesant apaisement
Tière et neuve la mer de vagues générales...


Moins lourd meut l'air et moins lourde la mer, et des
Terrains vont longs et nus en l'âge hasardés
au loin luisants, par ce
                        que palpitant allantes
vastement par montagne et vallée ondulantes
viennent deux aurores de nuits et d'ondes, à
intervalle :
             et dans des uits et diurne, vaste —
nuée humidement et que le vent dévaste
haut, une lueur d'instants adustes
                                  est là...


----------





III



Allument les éparres...
                      ce pendant, en vaste
calme et en des déserts diurnes et stellants
que le doute intégral par des épars nuages
Traîne —
(la pluie évanouie et lente mollit, et
Tarde)
    et que par moins de heurts dans l'erreur d'orages
stagnent en nudité de nouveaux gisements
luisants de deux aurores alternantes : Astres...




et qu'un mouvement d'être est girant, et qu'il est
(l'humidité vivante en quête multiplie)
l'Animé-qui-n'est-autre éduit en volonté
des neutres et minérales unions nues
aux nuits liquides exempltes d'ondoiement grand :


----------


qu'il appert qu'un monde palpité d'être augmente
qu'engendra l'Animé-qui-n'est-autre girant :

Elle le meut en vœu de la lumière lente
dont est dispensateur de sort l'éveil vital —
ô suite du vivant Tressaillement, en suite
en le long verdoiement en la vague exhumant
et, au plus de vent de l'air qu'elle expérimente !
en l'ample aggrippement qui monte végétal :
Elle le meut en vœu de la lumière lente —


----------


ô qui monte, agitée au grand sort inquiet
de digérer l'appât qui gît ou qui vit, et —
apte à départager d'elle, ou laissant aux nues
ouvertures de vouloirs d'ovaires de nues
volitions aller en germes viateurs —
de prodiguer le mieux d'Autruis ampliateurs :

                                 en suite
multipliant la quête du vœu génital :


O suite du vivant Tressaillement...


----------





IV



L'humidité vivante en quête multiplie —

et qu'il appert qu'un monde évolutivement
en palpitant augmente, et veut : de nuit allante
Elle le meut en vœu de la lumière lente —
ô suite du vivant Tressaillement, âpre et
irritée ! ô qui monte en grand sort inquiet
de digérer l'appât qui gît ou qui vit, et —
apte à départager d'elle, ou laissant aux nues
ouvertures de vouloirs d'ovaire de nues
volitions aller en germes viateurs —
de rodiguer le mieux d'Autruis ampliateurs
vers uneplante vraie et dans l'air pur éduite :

multipliant la quête du vœu génital
O suite du vivant Tressaillement, en suite.


La pluie évanouie et lente mollit, et
Tarde...


----------



Mais houlante haut nuement, la mer mûre
(la pluie évanouie est lente)
                              la mer mûre
d'elle en vallons et en monts mornes arrape et
roule (en quoi monotone aux vents outrément et multiple, le vent rompt) roule morne murmure
quels animaux des eaux impuissants à d'instants
mouvoir une mollesse inapte dans stériles
Tests, et venus des nuits long explorantes des
natives visquosités :
                      et dans les mers mues
lourd : ils végètent l'anxiété, végétants
(ô suite du vivant Tressaillement en suite)
de digérer l'appât qui gît ou qui vit, et —
apte à départager d'elle, ou laissant aux nues
ouvertures de vouloirs d'ovaire de nues
volitions aller en germes viateurs —
de prodiguer le mieux d'Autruis ampliateurs
vers l'animal lui-même en mouvement :
                                     en suite
multipliant la quête du vœu génital
O suite du vivant Tressaillement, en suite.


----------



Tel,
            qu'en les deux milieux il appète divers:
et qui du Terrain nu qu'onde ne violente
en devant implanter vite veut l'univers :
et d'expérimenter en la genèse allante
qui lent eut que valaient pour qui vive et supplante
les natales lourdeurs de plus longtemps des mers :

Tel, qu'en les deux milieux il appète divers :
l'unique monde plein d'évagation lente
qu'engendra l'Animé-qui-n'est-autre girant
d'unions neutres exemptes d'ondoiement grand —
en dualité pullulante allante, agite.


Quoique dirompant haut les Terres, et les mers
aux eaux dans virements d'orages haut girantes :
parmi des nuits en désastre d'astres, dressant
les îles longues issantes et n'exhaussant
ailleurs, qui n'irruent ! que lents dépôts :
                                             ouvrantes
en vain d'ignition plus ouvrante d'ardeurs
Tonnent levantes les ardeurs et luxurient.


----------





V



Mais lent adaptaient-ils quant à imprudemment
aller les purs et les premiers sortis de l'onde
(quels animaux des eaux inaptes à mouvoir)
à étrangers avènements aux monts du monde :
lent qui loin de la mer émeuvent vers le mont
les mêmes qui naissent Autres par un laps long.

Aux mouvements de leur vouloir est adaptée
multiple, qu'ils astreignent aux velléités
l'enveloppe stérile à stupeurs déhérentes :
et des irradiements, nus aux époques à
snetir parmi les mers l'aventure et la proie —
dans, haut ! de lngs départs lourds et diligentés
meuvent en âpretés grêles, et
                                  dans les plantes
pesantes va leur ordre stupide, levant
lourde la motion vers les Terrains du vent.

Tressaillent des ardeurs les Terres, et giroie


----------


l'œuvre latente des mers mûres en spumant :
et, des nuits éteignantes instants allumant !
(la pluie illuminante et lourde dégénère)
d'omnivagues lueurs ouvrent...


                                  Au vent d'alors
en les plantes lourdes va leur ordre stupide.

Lourdes ouvertement au long de vastités
luisant d'intérieures eaux : qui grand murmurent
véhémentement et monotonement,
                                          durent
les plantes —
                Deux aurores grand alternent, hors
nuages et nuits éteignantes et orages
sur la montée à l'air des animaux des eaux.


----------



En les plantes d'alors va leur ordre stupide :

Tant qu'insolite et lourd vaguant du mal d'avoir
entrepris l'air ! en errements et une perte
loin de l'air étranger à la hâte inexperte
(vers la mer et la mer et la mer et la mer)
Tout dévie et disparaît en déroute aride
Vers la mer et la mer et la mer, vers la mer...


et allumants instants des nuits long éteignantes
d'omnivagues lueurs ouvrent !
                                  cependant qu'en
ininterrompue option devient en suite
multipliant a quête du vœu génital
la suite du vivant Tressaillement, en suite.


----------





VI



Tordent-elles en élans qui girent,
                                     des parts
en sommets d'îles qui végétèrent épars —
leurs outrages : irruent des îles !
                                     et plante
et meut la vitalité pullulante, allante...


Tout en déroute aride déviait, et n'eut.
Mais de qui n'ont mouvementé vers même voie...
mais des lents géniteurs dont le sort lent
                                          connut
cet avantage lent de l'eau longtemps urgente :
lent qui viennent d'aventure lent diligente
et les mêmes qui vont Autres par un laps long :
sur de plats irradiements nus et pulsatiles
de quoi l'onde est ondante en hauteur et largeur
de nouveaux Advenus évaguent...

(Deux aurores grand alternent, hors de désastres)


----------


                                        et quand du
Test stérile n'est que vestige, évaguent du
gré de leurs vitesses les nouveaux : versatiles
Tant ! qu'ils vaguent nuant les hautes ondes du
gré de leurs vitesses larges, et versatiles
sous l'aquatile vent des végétaux de mers.


Des végétaux de mers errent vents aquatiles...



Très hautes et plus haut ! des végétations
(la pluie en des endroits sparsile dégénère)
Très hautes et plus haut ! des végétations
droites de nudité morne et perpétuelle
ouvrent sur les stipes des maturations
mêlant ventée en amas d'agitations :
(et le vent et le vent et le vent)...


                                        Dans le doute
(Tout déviait et disparut en la déroute)
dans le doute mu de variété des eaux
de nouveaux Advenus vaguent, et versatiles...


----------



Tentateurs de voie autre et divergente, vont
mouvants multiplement au gré :
                              car mouvant grêle
et interne et pliant multiple, les déduit


(et de l'irradiement desquels ils vont — évaguent)



et interne et pliant multiple les déduit —
d'os vivants en eux-mêmes, l'ossature grêle
dehors longtemps inerte dans l'âpreté du
Test stérile gardant des heurts, et qui meut...




                                             Vaguent
les mers : et dans le doute mu des eaux ils vont
Tentateurs de voie autre et divergente, vont
sous l'aquatile vent des végétaux de l'onde
d'immensité dont ils nuent la vive nuit
luisant de deux aurores alternantes : Astres.


----------





VII



et en le lourd venir grandi haut stridule et
Titille qui n'alentisse d'air qui dure, et !
grandie erratile et multiple d'éveils, stride
mixte, plainte et splendeur — la plénitude...





                                           Aride
en la moiteur au vent de pétales qui pleut !
variété qui vient dans une géniture
lent adaptée à l'air qui longtemps la sature
des imprudents montés quant à imprudemment
aller les purs et les premiers sortis de l'onde
et vers la mer longtemps qui disparurent :
                                        du
vent supportés par les irradiements diptères
des saltigrades doux n'iront plus vers les eaux —


----------


Torrentielles quand en leurs stipes, les eaux
Terrestres multiplement des monts vont et vaguent :
Torrentueuses et longtemps nueuseemnt
Très hautes, et plus haut qui de pétales pleuvent —


(Titille qui n'alentisse la lourdeur, et
grandie erratile et multiple d'éveils stride)



Torrentueuses lent les végétations
Très hautes !de pétales grands ondent ruptiles...




Des saltigrades doux n'iront plus vers les mers :
et ventant de lumière la stupeur, ouverte
des longs irradiements d'ailes grêles à perte !
pratiquent-ils l'erreur d'un vol agitateur :


ce pendant qu'à sauts grêles dans la pesanteur
morne, leur aile qui multiple d'éveils stride


----------


plus qu'à voler est apte à palpiter...

et en le lourd venir grandi lent stridule et
Titille qui n'alentisse d'air qui dure, et !
grandie erratile etmultiple d'éveils, stride
mixte, splendeur et plainte — la plénitude...

                                        et meut
la vitalité vironnante —
                         et loin de Terres
et vers les grands pétales d'agitations :
Terminaux et divers par adaptations
des sortis de leur sort porteront l'amplitude
aigus et larges !

                  Titille la plénitude...


----------





VIII



Torrentielles quand en les stipes, les eaux
Terrestres multiplement des monts vont et vaguent :

Haut véhémentement vers la ventée et des
ustions d'air et des longueurs nûment perdantes
Tressaillantes d'autres et ardents errements !
la végétation monte de mouvements...

et, d'agitations et grand pleuvant ruptiles
de pétales :
                        parmi les heurts d'éruptions
à sursauts magnétiques soustraits ! et pendantes
d'instants, et droites là de sinistre mouvant —
inhument leur ondant horizon de grand vent
Les masses végétant en orages...


----------


                                  Mais plante
et meut la vitalité pullulante, allante...

                                       Nuant
les hautes ondes de nuit vive, versatiles
quand vont et évaguent des vitesses :
Montés des eaux vers le vent dont ils ne mourront !
du ventre et multipodes (et à pulsatiles
et plats irradiements évague leur divers
parentage) : montés au vent dont ils ne meurent
et massant de hauts nœuds d'épaisseurs, reptent aux
stations de nouveaux Advenus
                            dont vient luire
l'air muant : et lors qu'est adéquate à quoi meut
de vaquante stupeur leur ventre lourd, et meuvent
d'ire, et qui luise et meurtrisse en dardant ! de leurs
multipliés Têtes d'angles et vertex d'ire
les volitions lentes et liant — leur voix...


----------


et repte aux stations leur masse haute, et pleuvent
pétales les végétations...
                                  Dont luiront
moite Terre et stipes au plus haut, que noueront
des noûures vivantes qui luisent :
                                     vient luire
de multipliés Têtes d'angle et vertex d'ire
la volition liante en reptants émois
long agitant : et longs algides qui demeurent...


----------





IX



                            ce pendant qu'en
ininterrompue option devient en suite
multipliant la quête du vœu génital
la suite du vivant Tressaillement, en suite :

Muant la pesanteur de vertiges latents...
imminentes et de leurs Têtes d'angles, dure
ire aux pullulements moites ! —
et qui luisent et meurtrissent droit ! des splendeurs
reptiles algidement reptent
                                        et diapre
de multipliés Têtes d'angle et vertex âpre
aux stipes — leur noûure d'instants et qui luit
captieusement..



                      Mais il est en aventure
cahots et sauts ! parmi l'âge des végétants :


----------


que mal quadrupétant par des géométries
longipèdes et mal adroites,
Triturant plus avant de Terrains aux galops
                           de nouveaux
Advenus, à grands exils et en des peurs nues
cahots et sauts ! vont dans Terres et dans îlots
errants de rauqueurs...




                      Mais il est en aventure
qu'en déploiement hors vent de vol usurpateur :
par des irradiements vastes et pulsatiles
Travaillant à grandes ailes l'air au loin d'îles —
Aléatoirement ailés au loin levant
(et le vent et le vent et le vent et le vent)
aléatoirement ailés de nuits doigtées
de nouveaux Advenus à l'altitude issant
agitent le destin d'angulaires montées :
Tant ! que nul doute est dans le vol usurpateur
et qu'un stagnant désert n'est pas, qui d'ouverture
d'ailes ne palpite de lumière et nuits,
                                        quand :
Aléatoirement ailés de nuits doigtées —


----------


(ouïs ! ouïs aux nues et nues où
Tirent-ils d'aile immense qui vire d'heure, ou
de lamentation houle)

aléatoirement ailés de nuits doigtées
de nouveaux Advenus à l'altitude issant
agitent le destin d'angulaire montées :
                               vent et ventées.


----------





X



Ouïs ! ouïs aux nues haut et nues où
Tirent-ils d'aile immense qui vire...

                                  et quand vide
et vers les grands pétales dans l'air plus aride —

(et en le lourd venir grandi lent stridule et
Titille qui n'alentisse d'air qui dure, et !
grandie erratile et multiple d'éveils, stride
mixte, plainte et splendeur ! la plénitude aride)

et vers les grands pétales d'agitations
lors évanouissait un vol ardent qui stride...

(des saltigrades doux n'iront plus vers les mers...)


----------



Mais ouïs ! ouïs haut et lors un doux et vaste
éploiement viateur ouvrant : qui vinrent là
de qui planaient (vent et vent et vent et ventées)
aléatoirement ailés de nuits doigtées
Tirent d'aile avivant diaphanéités
de nouveaux Advenus :
                     et par l'instant qu'allume
(ouïs ! ouïs haut ou au loin d'eaux) le départ :
une luisante erreur et de vent et de plume
va droit ! et vire issante en aventure du
gré silent d'aller droit, et vire.
                                  Un laps palpite
et plane, qui porte le doute de limite...


----------


et par delà l'amas multiple et pullulant
de sourdonnements et de voix grand ullulant
à de meuglantes, haut : et lors qu'est adéquate
à quoi meuvent de stupeur et d'ire des peurs
et aigus appétits — une épouvante,
                                     et mate
(Va hâte et houle la vie ! et vont les galops)
quand déroute une émigration de galops
mieux quadrupédant haut par des géométries
longipèdes et mal adroites :

et par delà la mer et la mer et les eaux
(ouïs ! ouïs aux nues) hors d'une limite :

un départ oiselant part et meurt aux splendeurs.


----------





XI



Mieux quadrupédant haut par des géométries
longipèdes et mal adroites...


De mont d'élan nu, haut ! et des monts : et qui des
derniers heurts ardant vaste ! éploie et multiplie —
(en Torrents des lueurs d'aigus heurts et Torrents)
un sursaut loin multiple en nuit lourde et de stries
irrite et rompt l'orage des nuits imminent
de désastres dans une déroute vivante
irruants ! quand la mer de spumants heurts haut vente
(et le vent et le vent et le vent et le vent)
et les Terres ardentes haute en mouvant
                                 luxurient...


Triturant plus avant de Terrains aux galops...
cahots et sauts (de rapides noûures lient


----------


et déliantes reptent en hispides peurs) :
Tout...
       cahots et sauts ! et éventrements d'aiguës
douleurs aux végétaux et ! véhémentement
en la silvestre nuit et des déserts nuement
et des ondes et leur allure, qui vont — nues
et haletantes épouvantes dans le vent :
Tout...
       cahots et sauts ! et lointains mouvant nuit nues
de vie épave et qui pantèle dans le vent :
Tout l'errant mouvement agitant aux désastres
des monts — quadrupédant en des voix longues meut.



et la Terre est immense...



                         et sorti vers l'air vaste :
(la pluie illuminante et lourde emplit les mers)
d'eux, qui quadrupédant longtemps manqua des Astres
Tout l'errant mouvement agitant aux désastres
des monts dévastateurs d'éperdus ! éperdu
arrête dans l'instant là nouveau, qui lent vente
de murmure sur leur doute hèlant ardu.


----------


et de même inquiets, des parentages donnent
aux horizons l'appel divers de hauts sanglots
(va hâte et houle la vie ! et vont les galops)
et des allers d'un ordre vaste et long ordonnent
alentour l'aventure de vie et de vent :




Tandis qu'épeurant loin des vols de leurs voltiges
aux vertiges un départ oiselant :
dans les végétations de pétales et
du vent, de nouveaux Advenus vont virants et
de doigts d'âpretés aggrippent et vont !...
                                          En suite
multipliant la quête du vœu génital
quand devient du vivant Tressaillement la suite.


----------





XII


                                  et grands !
Tandis qu'épeurant loin des vols de leurs voltiges
aux vertiges un départ oiselant :
                               et grands
en les droitures qui plus haut outrent en sorte
végétant d'âges et longtemps nueusement
ondant le mouvement nuant de nuits, d'où sorte
le viariant vironnement par les grands doigts
(cri d'être et d'ire quimeurtrisse au moment !)
du haut vertige quadrumane : en les droitures
des végétaux géants lointains dans les natures
les nouveaux Advenus vont et vont, dont l'exploit
                                     croîsse...

(L'humidité vivante est un pullulement)


Tout le moment est un sanglot d'épais pétales
couvrant d'arôme houleux et de ventements
la population en des sourdonnements
d'Antérieur, quadrupédante...


----------


                               Matinales
désorientent vers des longtemps amples leurs
aventures les mers, et ouverts etmeilleurs
les vœux d'Astre ont ardé saturant les pétales
les vœux d'Astre ont ardé sur le monde plus droit
élevant l'instant pur,
                      et monte la sveltesse !




Mais,
      (cet instant qui soit apte à qu'évanouis
en lui ! soustraire haut des Yeux exempts d'ennuis
en est plus haut épié)
                      des poings de natales
vigueurs appréhendant les stipes (haut vitales
les ailes !) d'autres vont ordinaires et droits
et nouveaux quant aux pieds dont non prenants
                                     les doigts :
et haute, leur Tête d'intelligente angoisse


----------


d'Yeux, perpétuellement ! nouvellement là
ils montent de la masse des apétits à
cri d'être et d'ire qui meurtrisse !



et puissantes et voulantes parmi l'altesse
des grands stipes, apertement érigent et
ouvrent une rupture ensanglantée en l'âpre
et garant poil que le diurne vent diapre
les volontés de génitoires et vulve !
                                     et
(en suite du vivant Tressaillement, en suite)

apertement devient l'unité d'une Loi.


----------


page 50 blanche


----------


vœu de Transport lent immanent à un volume
et au longtemps d'advenir qui dans lui-même ! est
qui n'a point et l'Avent et le Terme, et n'est lentes
qu'œuvres d'événements en l'immense et l'augment :

vœu de Transport lent immanent à un volume :
Amour — germe dans lui de lui germant — Amour...



Au vallon de la Vie où le Millier agite :

Dans l'âge des natures longues ! cet Astre et
les astres illimités de nuit et de nues
nuaient les Yeux : et dénoués ont amples et
environnants erré les gestes d'immortelle
hauteur, longtemps avérant l'Homme :
                                 déhérents !
ils montent déhérents de la nuit qui perpètre
la masse des appétits lourde d'ire et d'être
ces Advenus :
                  et la Tête haute en l'exploit
de haut voir aux songes d'horizon, lent et droit !
Tourne l'envie au loin que d'elle apprendrait-elle...


----------


Ils adorent la sûreté de l'Astre grand.

Hésitants,
    (car la mort ! quand meurt d'être ardent l'Astre
à leurs Yeux, et qu'en mouvement naissant mourant
luit la nuit de lueurs, ah ! qui met en mémoire
d'autres morts d'où naissaient de reptants végétaux)
Hésitants sous le doute horizontal, cri d'être
et d'ire !
          et pleins de plainte et sursautant en peurs
(et la mort et la mort et la mort et la mort)
de ne plus voir de leurs Têtes élévatoire
ardre et monter le générateur :
longtemps des mêmes Yeux muets qu'aux animaux
inquiets, ils avaient loin douté...


----------



Mais de qui survivait au mâle désastre :
                         l'Astre ! l'Astre !
ils adorent la sûreté de l'Astre grand.


et en mêlant, qui survit au mâle désastre !
la vertu qui de haut éverse de splendeur
l'ustion qui produit parmi la solitude
à l'immense vertu prolique en plénitude
(cri d'être et d'ire qui meurtrisse !) ah ! unissant
longue l'imparité des ventres : ils ont en
gloire d'elles-mêmes, des uns dans quelque os
                                           âpre
ouvré, par aigus stigmates longs d'où diapre
leur monstruosité qui long ouvre et dressa
ires de sang ! génitoires et vulve à l'Astre
ruisselant —
            cri d'être et d'ire qui meurtrisse, ah !


----------



Au vallon de la Vie où le Millier agite :


un vent lent et vagueur et qui n'est inquiet
loin émet la nouvelle évidente qui stride :


et pour l'émute saltigrade, Tous viendront :
et mêlant, qui survivent à leur long désastre !
à l'Astre, à l'Astre ! cet élan dont ils vvront
des ovaires ouverts et génitoires :




                               — « Astre !
Tout Te le doit, qui nourris de vie, ô Toi ! le
prosternement lent et redressé hèlant, quand

Tout on Te voit issant d'où vers nous au haut ! de
pitié de lumière et de pétales virant —
cri d'être et d'ire, ah qui meurtrisse ! quand on Te
voit.


----------


      Astre ! du minuit et gel quisors vainquant :
Toi ! mourant qui nais perpétuellement, Te
haussant d'où Tu ne mourus (d'où viens-Tu) virant !

Qui ! vainquant la mer plane au haut d'air de
longtemps etmets un vent doux dans les plantes, quand
Tout on Te voit issant d'où vers nous !


                                       Toi qui Te
lèves et T'ouvres, Astre et pétales virant !
et (cri d'être et d'ire, ah ! qui meurtrisse !) qui, Te
haussant, lèves et ouvres un sanglot : vainquant !


Tout Te le doit, qui nourris de vie, ô Toi ! le
prosternement lent et redressé hèlant, quand


Tout on Te voit issant d'où vers nous au haut! de
pitié de lumière et de pétales, virant ! » —


----------



Un vent lent et vagueur et qui n'est et ne ride
loin émet la nouvelle évidente qui stride
que le Mieux monte, et interroge...

                               Déhérents !
ils montent déhérents de la nuit qui perpètre
la masse des appétits lourde d'ire et d'être :

quand en les lourds midis grandis haut stridule et
Titille qui n'alentisse d'air qui dure, et !
grandie erratile et multiple d'éveils, stride
mixte, plainte et splendeur ! la plénitude aride —

au vallon de la Vie où le lent Millier, est !


----------
Note : les séparateurs indiquent les sauts de page de l'édition de 1889.

POEMES TROUVES SUR WIKISOURCE QUE JE REMERCIE!




Epsilon
Modérateur
France

Date du message : juillet 22, 2008  09:43


René Ghil (1)


- Introduction1.

René Ghil
Mal associé au symbolisme et au vers-librisme, il fut le maître de crête après Rimbaud. Le fil
continu ou discontinu entre la poésie objective et l’anti-poésie.

Après la publication de Légende d’Âme et de Sangs, il devient l’un des mardistes de Mallarmé
(1886). C’est d’ailleurs lui qui préfaça le premier état de son Traité du Verbe. Ce désormais
célèbre Avant-dire n’empêchera pourtant pas la discorde sur la question de l’Idéalisme et de
l’égotisme.

Ghil rompt en 1888 et fonde la revue Les Ecrits pour l’Art qui fera école. Il devient initiateur
et théoricien du mouvement « philosophique-instrumentiste » plus tard rebaptisé « évolutif-
instrumentiste ».

En 1889, il fait paraître le premier volume de ce qui constituera son Œuvre de vie. En 3
parties :

Dire du Mieux , achevé en 1897 et repris entièrement en 1905-1909
Dire des Sangs , 1898-1901 et à titre posthume pour le dernier tome 1912-1926
Dire de la Loi , resté inachevé

Il s’agit d’un ensemble de type épique en marche vers le mieux-de-conscience. L’ écriture retrace
l’évolution humaine, insistant sur les méfaits de l’extension industrielle et de l’idéologie
capitaliste.

En 1909, il publie De la Poésie Scientifique, suivi en 1920, de La Tradition de Poésie-
Scientifique. Des textes inspirés d’une « métaphysique émue », à la fois héritée du matérialisme
atomiste antique (Lucrète) et moderne (Diderot). Mais aussi du transformisme darwinien et du
bouddhisme (conception non dualiste du Cosmos).

En marge de l’entreprise mais pas tout à fait, il écrit le Pantoun des Pantoun (1902), un long
poème lyrique et exotique, mêlant mots javanais et « instrumentation verbale ». Il réadapte son
Traité du Verbe en plusieurs versions successives qui donneront naissance à l’En Méthode à
l’œuvre (1891-1904).

Ses conceptions poétiques reposent sur des théories proprement linguistiques , à l’origine issues
des réflexions rousseauistes. L’idée étant : à l’origine du langage est le CRI, pure expression
sensible. C’est l’évolution et les besoins d’action et de communication qui ont lentement — mais
sûrement — dissocié les « idéogrammes » de « leurs phonétismes correspondants ». D’où la mission
du poète : restituer le langage en « organisme intégral » phonétiquement et graphiquement.

Il faut rattacher cette pensée de l’acoustique expérimentale de son temps, comme celle pratiquée
par Hermann von Helmholtz dont la Théorie physiologique de la Musique fut traduite en français en
1868. Chaque timbre de la langue est censé correspondre à un instrument, ainsi qu’à une touche
psychologique. Presqu’accessoirement à une couleur : l’audition colorée n’est pas — contrairement
aux idées reçues — la substance de la théorie ghilienne. Cette idée de sémio-accoustique remet
bien sûr en cause les données de la métrique traditionnelle, l’harmonie faisant discordance et
inversement.

D’une innovation l’autre, il se consacre en partie aux enregistrements phonographiques, quelques
jours avant Apollinaire à la Sorbonne. C’est le 16 décembre 1913, avec le « Chant de l’Espace »,
l’un des fragments de Dire de la Loi. L’extrait sera diffusé à la séance initiale du 27 mai 1914.
Verhaeren et Ghil sont salués par un Apollinaire déçu de sa propre prestation.

René Ghil tend des cordes de clocher à poésie sonore, confie à Petroni :

« Dans cinquante ans le poète sera celui qui commandera à des machines phonétiques. La poésie
sera une science ou ne sera plus ».

Un prophétisme de saison.

En 1919, Paul et George Jamati fondent Rythme et Synthèse, une revue de poésie cosmique,
principalement vouée à la propagation de l’esthétique de Ghil. Il publie encore, en 1923, Les
Dates et les Œuvres, une forme de testament polémique et auto-justificateur, avant de mourir en
1926.

2. Ghil et les Voyelles
Au même titre que Mallarmé, Ghil ne semble pas avoir reconnu à Rimbaud beaucoup de mérite. Il
l’évoque tout juste dans Les Dates et les Œuvres. Sans doute pour éviter qu’on ne le compare trop
fameusement à cet auteur de balbutiements.

À propos de Voyelles :

« Fantaisie d’ailleurs, tout inconsciente, notant seulement de hasardeuses correspondances de
sensations, - de ce Sonnet tant reproduit et qui servit longtemps aux critiques à dénaturer, par
ignorance ou malin plaisir, le vrai sens de « l’Instrumentation verbale » […] »

Verlaine ne fait qu’un bond :

« L’intense beauté de ce chef d’œuvre le dispense à mes humbles yeux d’une exactitude théorique
dont je pense que l’extrêmement spirituel Rimbaud se fichait sans doute pas mal. […] n’allons pas
plus vite que les violons, et ne prêtons point à rire aux gens plus qu’il ne nous convient.»

Dans son Traité de 1886, Ghil insiste et con*****e sans appel l’entreprise de Rimbaud :

« d’Arthur Rimbaud la vision doit être revue : ne l’exigerait que l’erreur sans pitié d’avoir
sous la Voyelle se évidemment simple, l’U, mis une couleur composée,le vert »

Cette fois, la brouille est inévitable. Verlaine lui adresse une réponse incendiaire et
ironique :

« Moi qui ai connu Rimbaud, je sais qu’il se foutait pas mal si A était rouge ou vert. Il le
voyait comme ça, mais c’est tout. Du reste, il faut bien un peu de fumisterie »

N’en partageait-il pas moins la position matérialiste de Rimbaud ? Celle-là même qui lui avait
fait dire à son tour « Merdre à Dieu » et « Merde à l’Eden » baudelairien et, par extension,
mallarméen.

Quoiqu’il en soit : trop de glose étouffe l’effet de glose. Ce que dit le sonnet rimbaldien n’est
autre que ceci : la poésie comme lieu de signifiance et non comme lieu d’essence.

3. L’impasse de Ghil
Disons-le, Ghil ne voulait pas qu’il y ait confusion entre mètre et rythme. Et ce, comprenant
qu’il pouvait bien reprendre le syllabisme de l’alexandrin, sans pratiquer la métrie. C’est ce
que Jean-Pierre Bobillot appelle inframétrie, une « onde multiple » de syllabes. Il l’*****yse
comme ci-dessous :

Réception (Sensation, Ophélie) – Dissociation (Le Mal, le Bateau ivre) – Disqualification(Qu’est-
ce que pour nous … ») chez Rimbaud

Réception (Légende) – Réjection ou Dissonance absolue chez Ghil

Pour les vers-libristes et prosateurs du temps, il ne faut pas uniquement sortir de la métrique,
mais aussi du syllabisme : quitter et le chiffre et le nombre. Ghil ne les suit pas. Il conserve
le nombre et se met, ainsi, en retrait par rapport aux innovations de ses contemporains.

En effet, aux alentours de 1891, la situation littéraire de Ghil est loin d’être confortable. Il
est méprisé des libristes comme des défenseurs de la métrique . Il est engagé dans une impasse :
comment concilier l’abandon de la métrique et le maintient du syllabisme ?

« Ni fixe, ni libre, son vers, et plus généralement, tous ses procédés littéraires[…] pouvaient
passer pour des fantaisies individuelles, logiquement construites et qui ont toutes les raisons
d’être incompréhensibles », nous dit Bobillot.

Ghil craignait que le vers libre ne conduise à ce « gré personnel du poète ». Sa démarche était
tout le contraire : une poésie universelle (plus que celle de Rimbaud), et donc scientifiquement
reproductible selon un schéma donné bien établi (d’où la conservation du syllabisme).

Et pourtant. Il ne réussissait pas à dissocier très clairement : le vers métrique de 12 pieds
avec coupes du vers non métrique de 12 syllabes. L’alexandrin, alors. Mais compte-t-il pour
rien ? Là où Bobillot le rapproche de Rimbaud, c’est que, pour lui, les deux poètes superposent
les dissonances locales et globales.

En ce sens que : cette pratique du vers syllabique non métrique tend à renchérir. C’est par ce
biais que Ghil pensait accomplir le vers dans son essence : par mysticisme du Nombre et des
valeurs mathématiques.

DEMIAN

*****


Notes de lecture: BOBILLOT Jean-Pierre, « Rimbaud et René Ghil », dans Parade Sauvage, Colloque n°
4, Rimbaud : textes et contextes d’une révolution poétique, Charleville-Mézières, 13-15 septembre
2002, pp. 227-248.
****

ARTICLE TROUVE SUR LE TRES BON SITE CONSACRE A RIMBAUD ARTHURRIMBAUD.BE QUE JE RECOMMANDE ET
REMERCIE BEAUCOUP POUR CET ARTICLE!

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : juillet 23, 2008  05:55

Il a un grand souffle poétique ce rené Ghil...On se laisse emporter, ou pas;



Dies irae

Un soir l'Orgue d'église aux spasmes des Violons
Montait loin sa douleur sourde en les râles longs :
Voix de genèse, Amour et Trépas, ô pleurs longs !
Un soir l'Orgue montait dans l'horreur des Violons...

Horreur ! la Terre pleure, et, grande Trisaïeule,
Par la vulve et l'ovaire aux ouvraisons de gueule
Ainsi qu'une en gésine appelle et meugle seule :
Horreur ! la Terre pleure et pousse, en sa Terreur,
Son sein de glaise rouge et l'immense dièse
De la genèse en pleurs qui la saigne et la lèse :
Horreur ! la Mère pleure et du Tout la genèse
Dans le noir a vagi le grand et premier pleur :

Horreur ! la Terre a mis au monde ; et, pris de peur,
Le noir ivre - sonnez ! - ulule à voix mauvaise :
Dans l'Inouï sonnez ! ô vous que rien n'apaise,
Sonnez, horreurs du noir et dièse vainqueur !...

Sang des dièses ! le Vague en musique ruisselle
Sourde ou mélodieuse, et pleure, universelle,
Dans le spasme ou le spleen l'angoisse de mamelle,
Quand hurle l'aise large ou meugle d'inespoir :

Sang des dièses ! le Vague, eau de voix noire et pâle,
Voix de gorge se pâme; et, hors du sexe mâle,
Le pollen doux et rauque et qui de Tout s'exhale
Hurle un péan d'amour et de mâle vouloir :

Sang des dièses ! l'Amour hurle son péan noir
Dans le noir qui - sonnez ! - ulule au large et râle :
Dans l'inouï sonnez, ô rauqueur animale,
Plaisir aigu qui pleure aux serres du pouvoir !...

Vide et Trépas ! du Tout pleure au loin la nénie :
A la Terre au sein noir l'âme du Vague unie
Doloroso s'éplore : et le pleur de la pluie,
Vide et trépas ! haut darde, et sous l'ire du nord
Troue, hélas ! de grands Trous et des mares navrées,
Des mares et des mers aux immenses marées
Montant : A Toi, Nihil ! ô vainqueur des durées,
A Toi gloire ! ô Tueur sans aise et sans remords !

Vide et Trépas ! la mer ample, en l'ire qui mord,
A des sourdeurs - sonnez ! - de gorges éplorées :
Dans l'Inouî sonnez ! ô voix enlangourées !
Ô noir primordial et soupirs sans essor !...

Oh pleurez ! longues voix, sourdes voix, voix des larmes !
Voix du monde qui saigne et qu'aux ivresses d'armes
Traverse, pâle et noir, le long peuple en alarmes
Des dièses de l'orgue et des âpres Violons !
Oh pleurez ! longues voix de la lèvre animale :
Rien ne vaut la douleur et le plaisir qui râle ;
Rien ne vaut l'orgue sourd et l'émoi qui s'exhale
Apre et rauque, et *****é, des Violons noirs et longs :

Un soir l'Orgue d'église aux spasmes des Violons
Montait loin sa douleur sourde en les râles longs :
Voix de genèse, Amour et Trépas, ô pleurs longs !
Un soir l'Orgue montait dans l'horreur des Violons...

   


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