Présentement sur Amicalien
Les membres en ligne : 78
Les nouveaux membres : 43
Anniversaires aujourd'hui : 47
Famille : Révèlations poètiques.
Ce sujet fait partie de la famille Révèlations poètiques.. Cette famille est semi-privée. Vous pouvez lire le contenu de cette famille mais vous devez vous y inscrire pour échanger.
![]()
Auteur
Sujet : un portrait par petites touches d' emile verhaeren,
|
Epsilon |
Date du message : décembre 20, 2008 06:35 |
||
|
J'avoue qu'on est parfois injuste avec certains poètes,dès le début ils nous énervent et ne nous plaisent pas , c'est physique, comme une rencontre amoureuse qui a mal tourné, ou l'on a montré chacun son plus mauvais côté, bon c'est bien prétentieux de ma part tout ça envers Emile Verhaeren ,dont les poèmes que j'avais lu , me semblait avoir bien vieillis, de quel droit décidai-je cela? par quelle haute distinction et saint-Esprit décretai-je que Verhaeren était bon à mettre au rebut, j'en sais rien sinon du droit de celui qui décide de tout . Bon j'ai changé depuis et je me suis aperçu en le fréquentant plus qu'il y avait aussi de très beaux poèmes de lui, donc je vous invite à les découvrir avec moi et à oublier tout ce que je vous ai dit avant! **** Les Villes Tentaculaires Tous les chemins vont vers la ville. Du fond des brumes Là-bas, avec tous ses étages Et ses grands escaliers, et leurs voyages Jusques au ciel, vers de plus hauts étages Comme d'un rêve, elle s'exhume. Là-bas, Ce sont des ponts tressés en fer Jetés, par bonds, à travers l'air; Ce sont des blocs et des colonnes Que dominent des faces de gorgones; Ce sont des tours sur des faubourgs, Ce sont des toits et des pignons, En vols pliés, sur les maisons; C'est la ville tentaculaire Debout Au bout des plaines et des domaines. Le soleil clair ne se voit pas: Bouche qu'il est de lumière, fermée Par le charbon et la fumée. Un fleuve de naphte et de poix bat Les môles de pierre et les pontons de bois. Les sifflets crus des navires qui passent Hurlent la peur dans le brouillard: Un f***** vert est leur regard Vers l'océan et les espaces... Les rails ramifiés rampent sous terre En des tunnels et des cratères Pour reparaître en réseaux clairs d'éclairs Dans le vacarme et la poussière. C'est la ville tentaculaire. La rue - et ses remous comme des câbles Noués autour des monuments - Fuit et revient en longs enlacements; Et ses foules inextricables Les mains folles, les pas fiévreux, La haine aux yeux Happent des dents le temps qui les devance. A l'aube, au soir, la nuit, Dans le tumulte et la querelle, ou dans l'ennui Elles jettent vers le hasard l'âpre semence De leur labeur que l'heure emporte: Et les comptoirs mornes et noirs Et les bureaux louches et faux Et les banques battent des portes Aux coups de vent de leur démence. C'est la ville tentaculaire La pieuvre ardente et l'ossuaire Et la carcasse solennelle. Et les chemins d'ici s'en vont à l'infini Vers elle. Emile Verhaeren, Les Campagnes Hallucinées *Ce message a été édité le Jul 15, 2008 5:07 PM par Epsilon*
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : juillet 16, 2008 00:40 |
||
|
LA PLUIE Longue comme des fils sans fin, la longue pluie Interminablement, à travers le jour gris, Ligne les carreaux verts avec ses longs fils gris, Infiniment, la pluie, La longue pluie, La pluie. Elle s'effile ainsi, depuis hier soir, Des haillons mous qui pendent, Au ciel maussade et noir. Elle s'étire, patiente et lente, Sur les chemins, depuis hier soir, Sur les chemins et les venelles, Continuelle. Au long des lieues, Qui vont des champs vers les banlieues, Par les routes interminablement courbées, Passent, peinant, suant, fumant, En un profil d'enterrement, Les attelages, bâches bombées ; Dans les ornières régulières Parallèles si longuement Qu'elles semblent, la nuit, se joindre au firmament, L'eau dégoutte, pendant des heures ; Et les arbres pleurent et les demeures, Mouillés qu'ils sont de longue pluie, Tenacement, indéfinie. Les rivières, à travers leurs digues pourries, Se dégonflent sur les prairies, Où flotte au loin du foin noyé ; Le vent gifle aulnes et noyers ; Sinistrement, dans l'eau jusqu'à mi-corps, De grands boeufs noirs beuglent vers les cieux tors ; Le soir approche, avec ses ombres, Dont les plaines et les taillis s'encombrent, Et c'est toujours la pluie La longue pluie Fine et dense, comme la suie. La longue pluie, La pluie - et ses fils identiques Et ses ongles systématiques Tissent le vêtement, Maille à maille, de dénûment, Pour les maisons et les enclos Des villages gris et vieillots : Linges et chapelets de loques Qui s'effiloquent, Au long de bâtons droits ; Bleus colombiers collés au toit ; Carreaux, avec, sur leur vitre sinistre, Un emplâtre de papier bistre ; Logis dont les gouttières régulières Forment des croix sur des pignons de pierre ; Moulins plantés uniformes et mornes, Sur leur butte, comme des cornes Clochers et chapelles voisines, La pluie, La longue pluie, Pendant l'hiver, les assassine. La pluie, La longue pluie, avec ses longs fils gris. Avec ses cheveux d'eau, avec ses rides, La longue pluie Des vieux pays, Éternelle et torpide ! **** Émile Verhaeren Poète belge d'expression française. Né le 21 mai 1855 à Saint - Amand (Belgique), meurt accidentellement à Rouen le 27 novembre 1916. Après des études à Gand et à l'Université de Louvain, Verhaeren se voue aux lettres; s'il s'installe comme avocat stagiaire à Bruxelles, il fréquente aussi Rodenbach, le peintre Théo van Rysselberghe et James Ensor et débute déjà dans la critique d'art. C'est vers le naturalisme qu'il paraît s'orienter d'abord, dans ses premières poésies, Les Flamandes (1884). Mais aussitôt après avoir ainsi restitué la Belgique sensuelle, Verhaeren se retourne vers la Belgique mystique avec "Les Moines" (1886) après un séjour à la trappe de Notre - Dame de Chimay. Cependant Verhaeren traverse bientôt une grave crise spirituelle et donne des recueils d'une morbidité exaspérée et fiévreuse, véritable «trilogie de la neurasthénie», ce seront "Les Soirs " (1887), "Les Débâcles" (1888) et "Les Flambeaux noirs" (1889). Il a voyagé en Espagne et en Allemagne et séjourné à Londres. L'année de son mariage, Les Apparus dans mes chemins (1891) sont publiés; malgré le pessimisme qui l'habite on y reconnaît aussi les premiers signes de la guérison. Verhaeren se tourne résolument vers les problèmes contemporains et publiera "Les Villes tentaculaires" (1895), "Les Visages de la vie" (1899), "Les Forces tumultueuses" (1902), "La Multiple Splendeur "(1906) et "Les Rythmes souverains" (1910). Verhaeren découvre déjà les promesses d'un avenir meilleur et il exprime sa foi toute profane en l'Homme. Sa renommée s'étend. Le «Mercure de France» réédite ses premières oeuvres. Il écrit aussi "Les Heures claires" (1896-1905-1911), qui diront le charme du foyer et l'amour pour Marthe Massin, qui a rendu à Verhaeren le goût de vivre après la grande crise morale de sa jeunesse. Jamais la mélancolie, même à l'approche de la mort, ne pourra atteindre cette joie profonde de la vie secrète. Dans les cinq recueils de "Toute la Flandre" (1904-1911), Verhaeren exprime son amour pour le pays natal et ses éléments : la plaine, le vent, les digues, le calme des petites villes flamandes... Et en 1916 Verhaeren voulut encore lier son destin à celui, douloureux, de sa patrie. Venu à Rouen pour y faire une conférence, il allait connaître une mort tragique en roulant sous un train. Outre les oeuvres déjà mentionnées, Verhaeren a également écrit1885 - Les Contes de minuit 1895 - Les Bords de la route 1900 - Petites légendes 1909 - Le Cloître 1912- Les Blés mouvants 1924 - Quelques chansons de village (posthume). PETITE BIO TROUVEE SUR LE SITE LA POESIEQUEJ'AIME QUE JE REMERCIE BEAUCOUP ET S'Y REPORTER POUR EN SAVOIR PLUS!
|
|||
|
-grimalkin- |
Date du message : juillet 17, 2008 06:08 |
||
|
un Verhaeren un peu moins connu...et qui aimait aimer Ardeur des sens, ardeur des coeurs... Ardeur des sens, ardeur des coeurs, ardeur des âmes, Vains mots créés par ceux qui diminuent l'amour ; Soleil, tu ne distingues pas d'entre tes flammes Celles du soir, de l'aube ou du midi des jours. Tu marches aveuglé par ta propre lumière, Dans le torride azur, sous les grands cieux cintrés, Ne sachant rien, sinon que ta force est plénière Et que ton feu travaille aux mystères sacrés. Car aimer, c'est agir et s'exalter sans trêve ; O toi, dont la douceur baigne mon coeur altier, A quoi bon soupeser l'or pur de notre rêve ? Je t'aime tout entière, avec mon être entier. recueil :"Les heures d'après-midi"
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : juillet 17, 2008 09:03 |
||
|
Stéfan Zweig a consacré une monographie à Verhaeren ou il parle de ses thèmes favoris et de ses obsessions , telles que la mort, et il faut aussi rappeler que le poète trouva la mort lors d'un accident, happé par un train à Rouen ,après la tenue d'une conférence pour les blessés. En apprenant, brutalement, la catastrophe qui la rendit veuve, Madame Verhaeren éprouva une telle commotion qu'elle en resta paralysée de tout le côté droit, jusqu'à la fin de sa vie (1931) ! *** S. Zweig, Émile Verhaeren. Sa vie, son oeuvre,traduit de l'allemand par Paul Morisse et Henri Chervet, Paris, Pierre Belfond, 1985. Dans un superbe poème, Verhaeren «a la vision du cadavre de la raison flottant au fil de la Tamise et nous décrit ainsi cette fin tragique. Mais cette pensée ne l'effraie pas. [...] Tel un malade qui, au sein de ses tourments, se prend à appeler la mort à grands cris, le supplicié n'a plus que ce cruel désir : la folie. [...] Nous atteignons ici au suprême degré du désespoir. La mort et la folie accolent leurs deux drapeaux, noir et rouge. Par voie de conséquence, selon une logique inouïe, Verhaeren, parce qu'il désespère de trouver un sens à la vie, a haussé la démence et la vésanie à la dignité de fin universelle. Mais justement cette conversion complète porte en elle les germes de la victoire.» (S. Zweig*, Émile Verhaeren, p. 59-60) Texte En sa robe, couleur de feu et de poison, Le cadavre de ma raison Traîne sur la Tamise, Des ponts de bronze, où les wagons Entrechoquent d'interminables bruits de gonds Et des voiles de bateaux sombres Laissent sur elle, choir leur ombres. Sans qu'une aiguille, à son cadran, ne bouge, Un grand beffroi masqué de rouge, La regarde, comme quelqu'un Immensément de triste et de défunt . Elle est morte de trop savoir, De trop vouloir sculpter la cause, Dans le socle de granit noir, De chaque être et de chaque chose. Elle est morte, atrocement, D'un savant empoisonnement, Elle est morte aussi d'un délire Vers un absurde et rouge empire, Ses nerfs ont éclaté, Tel soir illuminé de fête, Qu'elle sentait déjà le triomphe flotter Comme des aigles, sur sa tête. Elle est morte n'en pouvant plus, L'ardeur et les vouloirs moulus, Et c'est elle qui s'est tuée, Infiniment exténuée. Au long des funèbres murailles, Au long des usines de fer, Dont les marteaux tannent l'éclair, Elle se traîne aux funérailles. Ce sont des quais et des casernes, Des quais toujours et leurs lanternes, Immobiles et lentes filandières Des ors obscurs de leurs lumières; Ce sont des tristesses de pierres, Maisons de briques, donjons en noir Dont les vitres, mornes paupières, S'ouvrent dans le brouillard du soir; Ce sont de grands chantiers d'affolement, Pleins de barques démantelées Et des vergues écartelées Sur un ciel de crucifiement. Et sa robe de joyaux morts, que solennise L'heure de pourpre à l'horizon, Le cadavre de ma raison Traîne sur la Tamise. Elle s'en va vers les hasards Au fond de l'ombre et des brouillards, Au long bruit sourd des tocsins lourds, Cassant leur aile, au coin des tours. Derrière elle, laissant inassouvie La ville immense de la vie; Elle s'en va vers l'inconnu noir Dormir en des tombeaux du soir, Là-bas, où les vagues lentes et fortes, Ouvrant leurs trous illimités, Engloutissent à toute éternité: Les mortes. **** TEXTE TROUVE SUR L'ENCYCLOPEDIE DE L'AGORA QUE JE REMERCIE ET S'Y REPORTER! *Ce message a été édité le Jul 17, 2008 9:10 AM par Epsilon*
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : juillet 17, 2008 09:19 |
||
|
Emile Verhaeren vu par Rémy de Gourmont en 1896. ***** 1. « Emile Verhaeren », La Revue des revues, 15 janvier 1896, pp. 125-127 & Le Livre des masques, Mercure de France, 1896 ÉMILE VERHAEREN De tous les poètes d'aujourd'hui, narcisses penchés le long de la rivière, M. Verhaeren est le moins complaisant à se laisser admirer. Il est rude, violent, maladroit. Occupé depuis vingt ans à forger un outil étrange et magique, il demeure dans une caverne de la montagne, martelant les fers rougis, radieux des reflets du feu, auréolé d'étincelles. C'est ainsi que l'on devrait le représenter, forgeron qui, Comme s'il travaillait l'acier des âmes, Martèle à grands coups pleins, les lames Immenses de la patience et du silence. Si on découvre sa demeure et qu'on l'interroge, il répond par une parabole dont chaque mot semble scandé sur l'enclume, et, pour conclure, il donne un grand coup du marteau lourd. Quand il ne travaille pas dans sa forge, il s'en va par les campagnes, la tête et les bras nus, et les campagnes flamandes lui disent des secrets qu'elles n'ont encore dit à personne. Il voit des choses miraculeuses et n'en est pas étonné ; devant lui passent des êtres singuliers, des êtres que tout le monde coudoie sans le savoir, visibles pour lui seul. Il a rencontré le Vent de novembre : Le vent sauvage de novembre, Le vent, L'avez-vous rencontré, le vent Au carrefour des trois cents routes...? Il a vu la Mort et plus d'une fois ; il a vu la Peur ; il a vu le Silence S'asseoir immensément du côté de la nuit. Le mot caractéristique de la poésie de M. Verhaeren, c'est le mot halluciné. De page en page, ce mot surgit ; un recueil tout entier, les Campagnes hallucinées, ne l'a pas délivré de cette obsession ; l'exorcisme n'était pas possible, car c'est la nature et l'essence même de M. Verhaeren d'être le poète halluciné. « Les sensations, disait Taine, sont des hallucinations vraies », mais où commence la vérité et où finit-elle ? Qui oserait la circonscrire ? Le poète, qui n'a pas de scrupules psychologiques, ne s'attarde pas au soin de partager les hallucinations en vraies et en fausses ; pour lui, elles sont toutes vraies, si elles sont aiguës ou fortes, et il les raconte avec ingénuité, – et quand le récit est fait par M. Verhaeren, il est très beau. La beauté en art est un résultat relatif et qui s'obtient par le mélange d'éléments très divers, souvent les plus inattendus. De ces éléments, un seul est stable et permanent; il doit se retrouver dans toutes les combinaisons : c'est la nouveauté. Il faut qu'une œuvre d'art soit nouvelle, et on la reconnaît nouvelle tout simplement à ceci qu'elle vous donne une sensation non encore éprouvée. Si elle ne donne pas cela, une œuvre, quelque parfaite qu'on la juge, est tout ce qu'il y a de pire et de méprisable ; elle est inutile et laide, puisque rien n'est plus absolument utile que la beauté. Chez M. Verhaeren, la beauté est faite de nouveauté et de puissance ; ce poète est un fort et, depuis ces Villes tentaculaires qui viennent de surgir avec la violence d'un soulèvement tellurique, nul n'oserait lui contester l'état et la gloire d'un grand poète. Peut-être n'a-t-il pas encore achevé tout à fait l'instrument magique qu'il forge depuis vingt ans. Peut-être n'est- il pas encore tout à fait maître de sa langue ; il est inégal ; il laisse ses plus belles pages s'alourdir d'épithètes inopportunes, et ses plus beaux poèmes s'empêtrer dans ce qu'on appelait jadis le prosaïsme. Pourtant l'impression reste, de puissance et de grandeur, et oui : c'est un grand poète. Écoutez ce fragment des Cathédrales : – Ô ces foules, ces foules Et la misère et la détresse qui les foulent Comme des houles ! Les ostensoirs, ornés de soie, Vers les villes échafaudées, En toits de verre et de cristal, Du haut du chœur sacerdotal, Tendent la croix des gothiques idées. Ils s'imposent dans l'or des clairs dimanches – Toussaint, Noël, Pâques et Pentecôtes blanches. Ils s'imposent et dans l'or et dans l'encens et dans la fête Du grand orgue battant du vol de ses tempêtes Les chapiteaux rouges et les voûtes vermeilles, Ils sont une âme, en du soleil, Qui vit de vieux décor et d'antique mystère Autoritaire. Pourtant, dès que s'éteignent le cantique Et l'antienne naïve et prismatique, Un deuil d'encens évaporé s'empreint Sur les trépieds d'argent et les autels d'airain, Et les vitraux, grands de siècles agenouillés Devant le Christ, avec leurs papes immobiles Et leurs martyrs et leurs héros, semblant trembler Au bruit d'un train hautain qui passe sur la ville. M. Verhaeren paraît un fils direct de Victor Hugo, surtout en ses premières œuvres ; même après son évolution vers une poésie plus librement fiévreuse, il est encore resté romantique ; appliqué à son génie, ce mot garde toute sa splendeur et toute son éloquence. Voici, pour expliquer cela, quatre strophes évoquant les temps de jadis : Jadis – c'était la vie errante et somnambule, A travers les matins et les soirs fabuleux, Quand la droite de Dieu vers les Chanaans bleus Traçait la route d'or au fond des crépuscules. Jadis – c'était la vie énorme, exaspérée, Sauvagement pendue aux crins des étalons, Soudaine, avec de grands éclairs à ses talons Et vers l'espace immense immensément cabrée. Jadis – c'était la vie ardente, évocatoire ; La Croix blanche de ciel, la Croix rouge d'enfer Marchaient, à la clarté des armures de fer, Chacune à travers sang, vers son ciel de victoire. Jadis – c'était la vie écumante et livide, Vécue et morte, à coups de crime et de tocsins, Bataille entre eux, de proscripteurs et d'assassins, Avec, au-dessus d'eux, la mort folle et splendide. Ces vers sont tirés des Villages illusoires, écrits presque uniquement en vers libre assonancés et coupés selon un rythme haletant, mais M. Verhaeren, maître du vers libre, l'est aussi du vers romantique, auquel il sait imposer, sans le briser, l'effréné, le terrible galop de sa pensée, ivre d'images, de fantômes et de visions futures. (Le Livre des masques, 1896) [Entoilage : Julie Morinière, Terminale littéraire, le 22 mars 2001, d'après le texte de la 9e édition, Mercure de France, 1917, pp. 33-38] MERCI AU SITE SUR REMY DE GOURMONT POUR LA PRESENTATION DE CET ARTICLE EN LIGNE ET S'Y REPORTER POUR EN SAVOIR PLUS!
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : juillet 18, 2008 16:09 |
||
|
CHANSON DE FOU Vous aurez beau crier contre la terre, La bouche dans le fossé, Jamais aucun des trépassés, Ne répondra à vos clameurs amères. Ils sont bien morts, les morts, Ceux qui firent jadis la campagne féconde; Ils font l'immense entassement de morts Qui pourrissent, aux quatre coins du monde, Les morts. Alors Les champs étaient maîtres des villes, Le même esprit servile Ployait partout les fronts et les échines, Et nul encor ne pouvait voir Dressé, au fond du soir, Les bras hagards et formidables des machines. Vous aurez beau crier contre la terre, La bouche dans le fossé : Ceux qui jadis étaient les trépassés Sont aujourd'hui, jusqu'au fond de la terre, Les morts. Les Campagnes hallucinées, les Villes tentaculaires
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : juillet 19, 2008 16:50 |
||
|
Sûrement un des plus connus des poèmes d'Emile Verhaeren,Le vent, c'est vrai qu'il le mérite vraiment,il a beaucoup de souffle poètique et de force d'invention et puis ensuite un second poème plus court, qui semble assez premonitoire, quand on connaît sa fin tragique, happé par un train sur le quai de la gare de Rouen! ***** Le vent Sur la bruyère longue infiniment, Voici le vent cornant Novembre, Sur la bruyère, infiniment, Voici le vent Qui se déchire et se démembre, En souffles lourds battant les bourgs, Voici le vent, Le vent sauvage de Novembre. Aux puits des fermes, Les seaux de fer et les poulies Grincent. Aux citernes des fermes, Les seaux et les poulies Grincent et crient Toute la mort dans leurs mélancolies. Le vent rafle, le long de l'eau, Les feuilles vertes des bouleaux, Le vent sauvage de Novembre; Le vent mord dans les branches Des nids d'oiseaux; Le vent râpe du fer, Et peigne au loin les avalanches, - Rageusement - du vieil hiver, Rageusement, le vent, Le vent sauvage de Novembre. Dans les étables lamentables Les lucarnes rapiécées Ballottent leurs loques falotes De vitre et de papier. - Le vent sauvage de Novembre! - Sur sa hutte de gazon bistre, De bas en haut, à travers airs, De haut en bas, à coups d'éclairs, Le moulin noir fauche, sinistre, Le moulin noir fauche le vent, Le vent, Le vent sauvage de Novembre. Les vieux chaumes à cropetons, Autour de leurs clochers d'église, Sont soulevés sur leurs bâtons; Les vieux chaumes et leurs auvents Claquent au vent, Au vent sauvage de Novembre. Les croix du cimetière étroit, Les bras des morts que sont ces croix, Tombent comme un grand vol, Rabattu noir, contre le sol. Le vent sauvage de Novembre, Le vent, L'avez-vous rencontré le vent, Au carrefour des trois cents routes ; L'avez-vous rencontré le vent, Celui des peurs et des déroutes; L'avez-vous vu cette nuit-là Quand il jeta la lune à bas, Et que, n'en pouvant plus, Tous les villages vermoulus Criaient comme des bêtes Sous la tempête? Sur la bruyère, infiniment, Voici le vent hurlant. Voici le vent cornant Novembre. Emile Verhaeren. ***** Au bord du quai Et qu'importe d'où sont venus ceux qui s'en vont, S'ils entendent toujours un cri profond Au carrefour des doutes ! Mon corps est lourd, mon corps est las, Je veux rester, je ne peux pas ; L'âpre univers est un tissu de routes Tramé de vent et de lumière ; Mieux vaut partir, sans aboutir, Que de s'asseoir, même vainqueur, le soir, Devant son oeuvre coutumière, Avec, en son coeur morne, une vie Qui cesse de bondir au-delà de la vie. Emile Verhaeren *Ce message a été édité le Jul 19, 2008 4:53 PM par Epsilon*
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : juillet 22, 2008 17:15 |
||
|
Encore un petit chef-d'oeuvre de ce poète, oui c'est tout simple et pourtant ça nous remue à l'intérieur, c'est tellement bien décrit! **** Les Alouettes L'azur est scintillant De grands nuages blancs Qui vont, viennent et passent ; Comme des balles dans l'espace Le tablier mouvant des blés Projette Jusques au ciel les alouettes. Elles fusent et jaillissent si haut Vers la lumière et ses joyaux, Que leur élan s'y noie Et qu'elles volent sans qu'on les voie. Mais les nuages blancs et lents Qui, tout là-haut, font route, Ecoutent Leur chant Et leurs cris et leurs trilles Qui brillent, Tels des micas diamantés, Dans l'air torride et sec du flamboyant été. Emile VERHAEREN, Toute la Flandre
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : juillet 25, 2008 07:26 |
||
|
Dommage que personne dans notre famille n'ait voulu ajouter de poèmes personnels de Verhaeren, moi vraiment je cède à sa poèsie , vraiment un beau poète et de beaux poèmes, une petite révelation personnelle!Deux poèmes bien différents qui montrent bien son talent je trouve! ***** JARDINS.... Le paysage il a changé - et des gradins, Mystiquement fermés de haies, Inaugurent parmi des plants d'ormaies. Une vert et or enfilade de jardins. Chaque montée est un espoir En escalier vers une attente ; Par les midis chauffés la marche est haletante Mais le repos attend au bout du soir. Les ruisselets qui font blanches les fautes Coulent autour des gazons frais : L'agneau divin avec sa croix s'endort auprès, Tranquillement, parmi les berges hautes. L'herbe est heureuse et la haie azurée De papillons de verre et de bulles de fruits. Des paons courent au long des buis ; Un lion clair barre l'entrée. Des fleurs droites comme l'ardeur Extatique des âmes blanches Fusent en un élan de branches Vers leur splendeur. Un vent très lentement ondé Chante une extase sans parole ; L'air filigrane une auréole A chaque disque émeraudé. L'ombre même n'est qu'un essor Vers les clartés qui se transposent Et les rayons calmés reposent Sur les bouches des lilas d'or. Emile Verhaeren **** Fin d'année Sous des cieux faits de filasse et de suie, D'où choit morne et longue la pluie, Voici pourrir Au vent tenace et monotone, Les ors d'automne ; Voici les ors et les pourpres mourir. O vous qui frémissiez, doucement volontaires, Là-haut, contre le ciel, tout au long du chemin, Tristes feuilles comme des mains, Vous gisez, noires, sur la terre. L'heure s'épuise à composer les jours ; L'autan comme un rôdeur, par les plaines circule ; La vie ample et sacrée, avec des regrets sourds, Sous un vague tombeau d'ombre et de crépuscule, Jusques au fond du sol se tasse et se recule. Dites, l'entendez-vous venir au son des glas, Venir du fond des infinis là-bas, La vieille et morne destinée ? Celle qui jette immensément au tas Des siècles vieux, des siècles las, Comme un sac de bois mort, l'année. Emile Verhaeren ******
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : juillet 30, 2008 23:43 |
||
|
Encore un très beau poème , tiré du recueil "Les heures claires" Oh ! ce bonheur Si rare et si frêle parfois Qu'il nous fait peur Nous avons beau taire nos voix Et nous faire comme une tente, Avec toute ta chevelure, Pour nous créer un abri sûr, Souvent l'angoisse en nos âmes fermente. Mais notre amour étant comme un ange à genoux Prie et supplie Que l'avenir donne à d'autres que nous Même tendresse et même vie, Pour que leur sort, de notre sort, ne soit jaloux. Et puis, aux jours mauvais, quand les grands soirs Illimitent, jusques au ciel, le désespoir, Nous demandons pardon à la nuit qui s'enflamme De la douceur de notre âme.
|
|||
|
-grimalkin- |
Date du message : juillet 31, 2008 04:31 |
||
|
et celui-là qui semble lui répondre. Nous aimons bien lire chez nos poètes, l'évocation de moments que nous aurions pu vivre. Asseyons-nous tous deux près du chemin Asseyons-nous tous deux près du chemin, Sur le vieux banc rongé de moisissures, Et que je laisse, entre tes deux mains sûres, Longtemps s'abandonner ma main. Avec ma main qui longtemps s'abandonne A la douceur de se sentir sur tes genoux, Mon coeur aussi, mon coeur fervent et doux Semble se reposer, entre tes deux mains bonnes. Et c'est la joie intense et c'est l'amour profond Que nous goûtons à nous sentir si bien ensemble, Sans qu'un seul mot trop fort sur nos lèvres ne tremble, Ni même qu'un baiser n'aille brûler ton front. Et nous prolongerions l'ardeur de ce silence Et l'immobilité de nos muets désirs, N'était que tout à coup à les sentir frémir Je n'étreigne, sans le vouloir, tes mains qui pensent ; Tes mains, où mon bonheur entier reste celé Et qui jamais, pour rien au monde, N'attenteraient à ces choses profondes Dont nous vivons, sans en devoir parler. Emile Verhaeren (les heures d'après-midi)
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : septembre 12, 2008 23:47 |
||
|
Le spectacle Au fond d'un hall sonore et radiant, Sous les ailes énormes Et les duvets des brumes uniformes, Parfois, le soir, on déballe les Orients. Les tréteaux clairs luisent comme des armes ; De gros soleils en strass brillent, de loin en loin ; Des cymbaliers hagards entrechoquent leurs poings Et font sonner et tonner les vacarmes. Le rideau s'ouvre : et bruit, clarté, rage, fracas, Splendeur ! quand les valseurs et les valseuses roses Apparaissent, mêlant et démêlant leurs poses, En un taillis bougeant de gestes et de pas. Des bataillons de danseuses en marche Grouillent, sur des rampes ou sous des arches ; Jambes, hanches, gorges, maillots, jupes, dentelles - Attelages de rut, ou par couples blafards Des seins bridés mais bondissants s'attellent, Passent, crus de sueur ou blancs de fard. Des mains vaines s'ouvrent et se referment vite, Sans but, sinon pour ressaisir L'invisible désir, En fuite ; Une clownesse, la jambe au clair, Raidit l'obscénité dans l'air ; Une autre encor, les yeux noyés et les flancs fous, Se crispe, ainsi qu'une bête qu'on foule, Et la rampe l'éclaire et bout par en dessous Et toute la luxure de la foule Se soulève soudain et l'acclame, debout. O le blasphème en or criard, qui, là, se vocifère ! O la brûlure à cru sur la beauté de la matière ! O les atroces simulacres De l'art blessé à mort que l'on massacre ! O le plaisir qui chante et qui trépigne Dans la laideur tordue en tons et lignes ; O le plaisir humain au rebours de la joie, Alcool pour les regards, alcool pour les pensées, O le pauvre plaisir qui exige des proies Et mord des fleurs qui ont le goût de ses nausées ! Jadis, il marchait nu, héroïque et placide, Les mains fraîches, le front lucide, Le vent et le soleil dansaient dans ses cheveux ; Toute la vie harmonique et divine Se réchauffait dans sa poitrine ; Il la respirait fruste et l'expirait plus belle ; Il ignorait la loi qui l'eût dressé : rebelle ; Et l'aube et les couchants et les sources naïves Et le frôlement vert des branches attentives Par à travers sa chair donnaient à son âme profonde L'universel baiser qui fait s'aimer les mondes. Mais aujourd'hui, sénile et débauché, Il lèche et mord et mange son péché ; Il cultive, dans un jardin d'anomalies, Bibles, codes, textes, règles, qu'il multiplie Pour les nier et les flétrir par des viols. Et ses amours sont l'or. Et ses haines ? les vols Vers la beauté toujours plus claire et plus certaine Qui s'ouvre en fleurs d'astres au pré des nuits lointaines. Et le voici au fond de palais monstrueux Dont les vitraux dardent aux cieux L'inquiétude, Et le voici, soudain, qui se transforme en multitude. La scène brille, ainsi qu'un éventail, Au fond, luisent des minarets d'émail Et des maisons et des terrasses claires. Sous les feux bleus des lampadaires, En rythmes lents d'abord, mais violents soudain, Se cueillant des baisers et se frôlant les seins, Se rencontrent les bayadères ; Des négrillons, coiffés de plumes, - Les dents blanches, couleur d'écume, En leurs bouches, vulves ouvertes, - Bougent, tous les mêmes, d'après un branle inerte. Un tambour bat, un son de cor s'entête, Un fifre cru chatouille un refrain bête, Et c'est enfin, pour la suprême apothéose, Un assaut fou débordant sur les planches, Un étagement d'or, de gorges et de hanches, D'enlacements crispés et de terribles poses Et des torses offerts et des robes fendues Et des grappes de vice entre des fleurs pendues. Et l'orchestre se meurt ou brusquement halète Et monte et s'enfle et roule en aquilons ; Des spasmes sourds sortent des violons ; Des chiens lascifs semblent japper dans la tempête Des bassons forts et des gros cuivres ; Mille désirs naissent, gonflés, pesants, goulus. On les dirait si lourds que tous, n'en pouvant plus, Se prostituent en hâte et choient et se délivrent. Et minuit sonne et la foule s'écoule - Le hall fermé - parmi les trottoirs noirs ; Et sous les lanternes qui pendent Rouges, dans la brume, ainsi que des viandes, Ce sont des filles qui attendent. ( Les villes tentaculaires)
|
|||
|
-grimalkin- |
Date du message : septembre 14, 2008 05:18 |
||
|
Avec le même amour que tu me fus jadis Avec le même amour que tu me fus jadis Un jardin de splendeur dont les mouvants taillis Ombraient les longs gazons et les roses dociles, Tu m'es en ces temps noirs un calme et sûr asile. Tout s'y concentre, et ta ferveur et ta clarté Et tes gestes groupant les fleurs de ta bonté, Mais tout y est serré dans une paix profonde Contre les vents aigus trouant l'hiver du monde. Mon bonheur s'y réchauffe en tes bras repliés Tes jolis mots naïfs et familiers, Chantent toujours, aussi charmants à mon oreille Qu'aux temps des lilas blancs et des rouges groseilles. Ta bonne humeur allègre et claire, oh ! je la sens Triompher jour à jour de la douleur des ans, Et tu souris toi-même aux fils d'argent qui glissent Leur onduleux réseau parmi tes cheveux lisses. Quant ta tête s'incline à mon baiser profond, Que m'importe que des rides marquent ton front Et que tes mains se sillonnent de veines dures Alors que je les tiens entre mes deux mains sûres ! Tu ne te plains jamais et tu crois fermement Que rien de vrai ne meurt quand on s'aime dûment, Et que le feu vivant dont se nourrit notre âme Consume jusqu'au deuil pour en grandir sa flamme. Emile Verhaeren (recueil, les heures du soir)
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : décembre 1, 2008 16:12 |
||
|
/
|
|||
|
Epsilon |
Date du message : décembre 2, 2008 03:19 |
||
|
Je peux dire que si je me suis trompé sur un poète , c'est bien lui et oui faute avouée est à demi-pardonnée, comme son oeuvre est tombée dans le domaine public, un jour en consultant ses nombreux poèmes , j'y trouvais beaucoup d'ennui et une certaine lassitude à la longue , peut être la trop grande quantité de poèmes tristes ? Enfin , j'ai totalement changé d'avis , avec les Villes tentaculaires et ses poèmes sur l'amour sont magnifiques, et oui il y a des moments ou l'on ne sait pas voir, ni lire, ni entendre, c'est ainsi! *** Viens jusqu'à notre seuil répandre Viens jusqu'à notre seuil répandre Ta blanche cendre Ô neige pacifique et lentement tombée : Le tilleul du jardin tient ses branches courbées Et plus ne fuse au ciel la légère calandre. Ô neige, Qui réchauffes et qui protèges Le blé qui lève à peine Avec la mousse, avec la laine Que tu répands de plaine en plaine ! Neige silencieuse et doucement amie Des maisons, au matin dans le calme endormies, Recouvre notre toit et frôle nos fenêtres Et soudain par le seuil et la porte pénètre Avec tes flocons purs et tes dansantes flammes, Ô neige lumineuse au travers de notre âme, Neige, qui réchauffes encor nos derniers rêves Comme du blé qui lève !
|
|||
|
Page 1 | 2 |
|||




