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Epsilon 
France
Messages : 11995 
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Date du message :
septembre, 2008 13:14
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Pierre Jean Jouve
Une seule femme endormie
Par un temps humide et profond tu étais plus belle Par une pluie désespérée tu étais plus chaude Par un jour de désert tu me semblais plus humide Quand les arbres sont dans l’aquarium du temps Quand la mauvaise colère du monde est dans les coeurs Quand le malheur est las de tonner sur les feuilles Tu étais douce Douce comme le dents de l’ivoire des morts Et pure comme le caillot de sang Qui sortait en riant des lèvres de ton âme. Par un temps humide et profond le monde est plus noir Par un jour de désert le coeur est plus humide. Dans "Matière céleste"
Editions Mercure de France
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Henri Meschonnic
Tu me demandes ce que je ferai quand nous serons ensemble puisque je n'aurai plus à t'écrire ensemble ne m'emplira plus des paroles des autres mes yeux ne serreront plus des ressemblances de faux fragments de toi où je tiens à peine à flot que ferai-je quand tout cela sera ensemble j'y serai une eau mêlée à l'eau je me reconnaîtrai ne sachant plus la différence moi qui ai déjà tant d'illuminations de toi un album d'immobiles et je veux une continuité je n'écrirai plus à toi c'est toi que j'écrirai je te disséminerai dans les mots où je me rassemble mes regards pour se vêtir remonteront de leur exil vers toi.
Tiré de Dédicaces proverbes dans "Anthologie de la poésie française du XXème siècle" éditions Poésie/Gallimard
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Michel Deguy
Ne me laisse pas ignorer où tu seras Lis-moi le brouillon planétaire Est-ce que je te connais connaissant tes objets Les pétales de flamme de ta flamme et de son omphalos
Ton odeur ton nom ton âge tes commissures Par tes capillaires, je bats, les tiges, faisceau de pouls, verge Ton élégance tes récits tes bas tes couleurs J'alanguis la rose de quelqu'une le roman Tes bijoux tes bleus tes cils ta montre La proximité est notre dimension Tes lobes ta voix tes lèvres tes lettres
Ne me laisse pas ignorer où tu es Le rouleau gris ensable notre baie
Extrait de "Gisants" Poèmes III, 1980-1995 Editions Poésie/Gallimard
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*Ce message a été édité le Feb 17, 2008 5:51 AM par Epsilon*
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Epsilon 
France
Messages : 11995 
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Date du message :
février, 2008 11:30
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J'invite chacun de nos membres à mettre ses poèmes préfèrés et surtout aussi à participer à notre Famille, trouver les poèmes n'est pas le plus difficile pour moi , savoir ce qu'on ressent après les avoir lu est aussi important, et me semble primordial!Bien à vous!
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
février, 2008 05:11
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pour moi, en ce jour. mais demain ?
La nuit quand le balancier de l’amour oscille entre Toujours et Jamais, ton mot heurte les lunes du cœur et ton œil bleu d’orage donne le ciel à la terre.
Venus de loin, venus du bois sacré Noirci de rêve, les souffles exhaltés nous frôlent, Et les choses négligées vont au hasard, grandes Comme les ombres de l’avenir.
Ce qui s’abat et s’élève mainenant touche l’enseveli, au plus profond : aveugle comme le regard que nous échangeons, cela embrasse les lèvres du temps.
Paul Celan, pavot et mémoire ( Christian Bourgois, éditeur)
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
février, 2008 06:08
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Ballade du dernier amour - (Charles Cros)
1. Amours heureux ou malheureux, Lourds regrets, satiété pire, Yeux noirs veloutés, clairs yeux bleus, Aux regards qu'on ne peut pas dire, Cheveux noyant le démêloir Couleur d'or, d'ébène ou de cuivre, J'ai voulu tout voir, tout avoir Je me suis trop hâté de vivre. 2. Je suis las. Plus d'amour. Je veux Vivre seul, pour moi seul d'écrire Jusqu'à l'odeur de tes cheveux, Jusqu'à l'éclair de ton sourire, Dire ton royal nonchaloir, T'évoquer entière en un livre Pur et vrai comme ton miroir, Je me suis trop hâté de vivre. En tes bras j'espérais pouvoir Attendre l'heure qui délivre ; Tu m'as pris mon tour. Au revoir. Je me suis trop hâté de vivre
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Epsilon 
France
Messages : 11995 
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Date du message :
février, 2008 11:37
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Evadné
L’été et notre vie étions d’un seul tenant La campagne mangeait la couleur de ta jupe odorante Avidité et contrainte s’étaient réconciliées Le château de Maubec s’enfonçait dans l’argile Bientôt s’effondrerait le roulis de sa lyre La violence de plantes nous faisait vaciller Une corbeau rameur sombre déviant de l’escadre Sur le muet silex de midi écartelé Accompagnait notre entente aux mouvements tendres La faucille partout devait se reposer Notre rareté commençait un règne (Le vent insomnieux qui nous ride la paupière En tournant chaque nuit la page consentie Veut que chaque part de toi que je retienne Soit étendue à un pays d’âge affamé et de larmier géant) C’était au début d’adorables années La terre nous aimait un peu je me souviens. René Char
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