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Sujet : L'obsession nègre perd son poète: aimé césaire est mort

Elfordy
Réunion
Messages : 1882

Date du message : avril, 2008  13:24



L'obsession nègre perd son poète: Aimé Césaire est mort

Aimé Césaire est mort, jeudi 17 avril, à l'âge de 94 ans. Le poète martiniquais était hospitalisé
depuis une semaine à Fort-de-France. Avec lui, les Antilles perdent leur plus célèbre figure.

En 1931, à peine arrivé à Paris, que Césaire rencontre Léopold Sédar Senghor. Boursier au lycée
Louis-Le-Grand, le petit-fils du tout premier instituteur martiniquais prépare avec lui Normale
Sup'. Senghor est sénégalais, et un dialogue fusionnel s'ouvre entre les deux hommes, alors que
Césaire n'avait de cesse de répéter qu'on "n’est pas impunément noir".

De Senghor, Césaire dira, des années plus tard, qu'il incarnait "l'Afrique éternelle dans sa
noblesse, sa dignité, son histoire, sa philosophie, sa sagesse." Là où les Antilles de l'esclavage
et de la traite des noirs, dans la bouche du poète martiniquais, resteront plutôt "une Afrique
démembrée, déchirée, lacérée".

Ensemble, les deux écrivains créent un courant inédit dans la littérature francophone: la
négritude. Ils en deviennent très vite les fers de lance et resteront ses maîtres incontestés.
Césaire racontait ainsi volontiers sa volonté de traduire "l'obsession nègre: sa joie, son
sarcasme, sa douleur"... " et surtout son ricanement".

"Les images, la mélodie et le rythme"

De lui, Senghor dira qu'Aimé Césaire aura engendré "le plus beau poème de la négritude" avec
"Cahier d'un retour au pays natal". Pour l'écrivain sénégalais, ce recueil avait pour lui "les
trois qualités de la poésie nègre": "les images, la mélodie et le rythme."

A la fois subtil et populaire, ce "Cahier" qui date de 1939 est aujourd'hui enseigné dans tous les
lycées de l'Hexagone et de l'Outre-mer. C'est ce recueil, le premier, qui aura contribué à infuser
les programmes scolaires de la littérature noire.

Plus de soixante ans après la rencontre entre les deux hommes, le festival d'Avignon rendra
hommage à Césaire à l'été 1996. Encore vivant, il n'assistera toutefois pas à la représentation de
"La Tragédie du Roi Christophe", "fatigué". Cet été-là, vingt comédiens noirs montent sur scène
dans la cour d'honneur du palais des Papes. C'est la première fois de toute l'histoire du festival.

Depuis une dizaine d'années, une nouvelle génération d'auteurs antillais avaient commencé à
critiquer l'héritage de Césaire, arguant qu'il consacrait toujours "une Afrique fantasmée"; là où
eux essayaient de porter l'identité créole contemporaine.

Fin de non-recevoir pour Nicolas Sarkozy

Anticolonialiste fervent, le chantre de la négritude devait rencontrer Nicolas Sarkozy, en visite
à Fort-de-France, en décembre 2005. Auteur dès 1950 du très fondateur "Discours sur le
colonialisme", Césaire refusera finalement de recevoir le président de l'UMP, en plein débat sur
la loi très décriée qui imposait qu'on enseigne "les aspects positifs du colonialisme" à l'école.

Car la vie d'Aimé Césaire n'est pas seulement littéraire mais aussi très politique. Dès 1945, il
rafle la mairie de Fort-de-France, avant de représenter l'île au Palais Bourbon jusqu'en 1993.
D'abord sous la banière communiste, mais il quitte le parti dans les années 50 pour fonder le
Parti progressiste martiniquais. Patriarche, il restera maire de Fort-de-France 56 ans, jusqu'à
son départ, en 2001. Aimé Césaire avait alors 87 ans, et passait la main sur un bilan contrasté:

Adulé de Dominique de Villepin, sa dernière grande apparition publique avait été pour Ségolène
Royal, qu'il avait soutenu durant la campagne présidentielle de 2007.

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Un immense poète vient de nous quitter ! Un poète dont la Martinique a fait don à la France , et
que le monde entier nous envie. J’ai eu l’insigne privilège de rencontrer Aimé Césaire en décembre
à propos de Haïti qu’il connaissait si bien. Dans le corps très frêle, la flamme brillait encore
de mille feux. Quand il me raccompagna, j’eu conscience d’avoir rencontré , probablement pour la
dernière fois, un de ces hommes exceptionnels qui honorent l’humanité.

Dés son « Cahier d’un retour au pays natal », composé , à 26 ans, à sa sortie de l’Ecole normale
supérieure, en 1939, apparut cette exubérance dans le jet et la gerbe, cette faculté d’alerter
sans cesse de fond en comble le monde émotionnel , jusqu’à le mettre sens dessus dessous, qui
caractérise la poésie authentique. André Breton put alors dire de cette œuvre qu’elle était le
plus grand monument lyrique de ce temps. « Soleil cou coupé », « Cadastre » et « Moi laminaire »
devaient ensuite confirmer cette immense talent . Mais le poète fut aussi dramaturge. Par sa «
Tragédie du Roi Christophe » , comme sa

« Tempête », ce Shakespeare noir qui écrivait en français, fut un chantre infatigable de
l’universalité humaine. Une conscience universelle ! Compagnon de Leopold Sedar Senghor dans la
promotion de la négritude francophone, il ne put, lui non plus , se contenter de penser le monde
Lui aussi voulu le façonner. Elu député en 1945, il obtint , dés 1946, la départementalisation de
la Martinique et des autres DOM. Il fut , durant cinquante ans, un grand maire de Fort de France,
sans jamais abandonner son combat anticolonialiste.

Adieu Aimé Césaire ! Par tous les combats que tu menas pour l’humanité, tu fus, comme tu le
souhaitais, dans tes premiers « Cahiers » « un homme cafre, un homme hindou de Calculta, un homme
de Harlem qui ne vote pas ». Souhaitons que tu restes, comme tu le voulais aussi, pour tous nos
compatriotes martiniquais, « un initiateur et un ensemencement ». Nègre tu étais, nègre tu es
resté, comme tu le proclamais. Mais aujourd’hui toute la France est nègre! Car ce géant de la
littérature nous rend tous fiers d’être français



Urbaine
France
Messages : 4020

Date du message : avril, 2008  13:09

Merci Elfordy!
Rien n'est plus douloureux que de voir s'éteindre l'intelligence, l'humanisme mais aussi la beauté venue de l'intérieur qui
s'offre à l'extérieur.
J'ai eu et j'aurai toujours pour cet homme cet amour que donne la reconnaissance d'un homme à suivre, en tout point.

JOCcommeavant
France
Messages : 4436

Date du message : avril, 2008  15:26

Je ne l'ai pas assez lu, écouté, mais je vais le faire ....
Je pense à ces africains que je côtoie ... un jour, un togolais à qui je faisais remarquer
qu'il avait un bijou autour du cou, aux doigts, , il m'a répondu : 'c'est pour être plus beau,
car nous , les noirs, nous ne sommes pas beaux" ....
Et pourtant cet homme avait dans les yeux quelque chose de beau, donc je le lui ai dit.

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