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-grimalkin- 
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Date du message :
février 11, 2012 04:28
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Wislawa Szymborska est morte à l'âge de 88ans Le 3 octobre 1996, Wis?awa Szymborska se voit décerner à Oslo le Prix Nobel de littérature 1996 pour l’ensemble de son œuvre. Une œuvre essentiellement consacrée à la poésie
La poétesse polonaise Wislawa Szymborska, prix Nobel de Littérature 1996, est morte ce soir à l'âge de 88 ans, a annoncé son assistant Michal Rusinek. Elle est morte dans sa maison à Cracovie "tranquillement, dans son sommeil", a-t-il déclaré à l'agence de presse polonaise PAP.
Née le 2 juillet 1923 à Bnin, dans la région de Poznan (ouest), Szymborska a fait ses études à la Faculté des lettres et de sociologie de l'Université Jagellonne de Cracovie. Elle a vécu ensuite dans cette ville historique du sud de la Pologne jusqu'à la fin de ses jours.
Elle est auteur d'une vingtaine de recueils de poèmes, marqués par une réflexion philosophique sur des questions morales de notre époque, coulée dans une forme poétique très soignée.
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DISCOURS AU BUREAU DES OBJETS TROUVÉS
« J’ai perdu quelques déesses entre le sud et le nord ainsi que bon nombre de dieux entre l’est et l’ouest Quelques étoiles s’éteignirent pour moi, le ciel m’est témoin. Une de mes îles, puis une autre sombra dans les abysses. Je ne me souviens plus où j’ai laissé mes griffes, qui parade dans mes poils, qui occupe ma carapace. Mes frères et sœurs sont morts avant d’atteindre la rive, un seul petit os en moi fête cet anniversaire. Je sortais de moi-même, dilapidais vertèbres, perdais mes esprits un nombre incalculable de fois. Depuis longtemps j’ai fermé mon troisième œil à ce propos, haussé les branches et passé la nageoire.
Tout perdu, dispersé, semé aux quatre vents. Je m’étonne moi-même du peu de moi qui reste : seule et unique personne, provisoirement humaine, qui cherche son parapluie perdu il y a une semaine. »
Wislawa Szymborska
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Marie-elisabeth 
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Date du message :
février 2, 2012 05:06
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Jamais deux fois.
Jamais rien n’arrive deux fois, jamais rien ne se reproduit, nous sommes nés sans bon usage et sans routine mourrons surpris. Serions-nous cancres les plus sots à l’école de l’univers, jamais nous ne redoublerons aucun été aucun hiver. Pas un des jours ne se répète pas une nuit pareille à l’autre, ni deux baisers tout identiques, ni deux regards de l’un à l’autre. Hier quand j’entendis quelqu’un dire ton nom à haute voix, ce fut pour moi comme une rose par la croisée tombant sur moi. Aujourd’hui nous étions deux, mais j’ai collé ma face au mur. Rose? A quoi ressemble une rose? Est-ce une fleur ou une pierre dure? Et pourquoi donc, heure mauvaise, à ces peurs vaines te mêles-tu? Tu es là et dois passer, ce sera beau de n’être plus. Dans nos sourires enlacés, nous cherchons une entente sûre, malgré nos grandes différences ainsi que deux gouttes d’eau pure.
Wislawa Szymborksa "Appel à Yéti" 1957
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Marie-elisabeth 
Modérateur
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Date du message :
février 2, 2012 05:10
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De la mort sans exagérer
Elle ne comprend rien aux plaisanteries, ni aux étoiles, ni aux ponts, ni au tissage, ni aux mines, ni à la pâtisserie. Elle se mêle de nos projets et de nos agendas, elle a son dernier mot hors sujet. Elle ne sait même pas faire ce qui directement se rapporte à son art : ni creuser une tombe, ni bricoler un cercueil, ni nettoyer après. Toute à sa tuerie, elle le fait gauchement sans méthode ni doigté comme si sur chacun de nous elle faisait ses gammes. Plus d’un triomphe sans doute, mais combien de défaites, de coups pour rien, d’expériences à recommencer. Parfois, elle manque de force pour frapper une mouche au vol. Et plus d’une chenille peut la prendre de vitesse. Tous ces bulbes, gousses, antennes, palmes et branchies, plumages nuptiaux et fourrures d’hiver, attestent du retard dans son veule travail. La mauvaise foi ne saurait suffire, ni même nos coups de main en guerres et révolutions, du moins pour l’instant. Des coeurs battent dans les oeufs. Les squelettes des bébés croissent. Les graines en arrivent aux premieres feuilles. et parfois même, aux arbres immenses sur l’horizon. Quiconque prétend qu’elle est omnipotente est la preuve vivante qu’il n’en est rien. Il n’est point de vie qui, même un court instant, ne soit immortelle. La mort est toujours en retard de cet instant précis. En vain agite-t-elle la poignée de la porte invisible. Le peu que nous ayons pu demeure irréversible.
Wislawa Szymborska. "Les gens sur le pont" 1986.
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Marie-elisabeth 
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Date du message :
février 2, 2012 05:11
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Trois mots étranges.
Quand je prononce le mot Avenir, Sa première syllabe appartient déjà au passé. Quand je prononce le mot Silence, je le détruis. Quand je prononce le mot Rien, Je crée une chose qui ne tiendrait dans aucun
Wislawa Szymborska. "Vue avec grain de sable" 1996
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Marie-elisabeth 
Modérateur
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Date du message :
février 2, 2012 05:26
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Coup de foudre.
Ils sont tous deux convaincus d’être unis par un sentiment inattendu. C’est beau, une telle certitude mais l’incertitude est plus belle encore. Ils ne se connaissaient pas avant, et ils croient qu’il ne s’est jamais rien passé entre eux. Mais qu’en pensent les routes, les marches, les couloirs, où depuis longtemps ils pouvaient se croiser? Je voudrais leur demander s’ils se souviennent - d’un face à face, un jour peut-être dans une porte à tambour? un “excusez-moi” dans la foule? un “vous avez fait un faux numéro” dans le combiné? - mais je connais la réponse. Non, ils ne se souviennent pas. Ils seraient très surpris d’apprendre que depuis longtemps déjà le hasard jouait avec eux. Pas encore tout à fait prêt à se changer en destin, il les rapprochait, les éloignait, leur coupait la route et, étouffant un petit rire, s’écartait d’un bond. Il y eut des signes, des signaux, indéchiffrables, mais peu importe. Il y a trois ans peut-être ou bien mardi dernier une feuille morte s’envola d’une épaule à l’autre? Quelque chose fut perdu et quelque chose ramassé. Qui sait, peut-être était-ce la balle Dans les buissons de l’enfance? Il y eut des poignées et des clochettes sur lesquelles avant l’heure le contact recouvrait le contact. Valises voisines à la consigne Une nuit, peut-être, le même rêve, aussitôt confus au réveil. Chaque début n’est de fait qu’une suite et le livre des événements est toujours ouvert au milieu.
Wislawa Szymborska. " Vue avec un grain de sable" 1996.
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-grimalkin- 
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Date du message :
février 2, 2012 11:54
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très beaux poèmes, merci Marie-Elisabeth
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-grimalkin- 
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Date du message :
février 5, 2012 04:56
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citations de Wislawa Szymborska
Amour heureux. Est-ce normal, est-ce sérieux, est-ce bien utile — que peut tirer le monde de deux personnes qui ne voient pas le monde ? [...] Regardez-les, ces heureux : s'ils témoignaient au moins d'un peu de retenue, s'ils feignaient l'affliction pour consoler les autres ! Mais non — écoutez, comme ils rient ! Effrontément. Quel langage ils emploient. Intelligible à peine. Et toutes leurs mignardises, afféteries, devoirs imaginaires de l'un envers l'autre, cela frise le complot contre l'humanité !
Peut-on imaginer les fâcheuses conséquences si leur exemple se laissait imiter ? [...] Des enfants merveilleux naissent sans son secours. Tout seul, jamais il ne pourrait peupler la terre, tant il est rare.
Que les gens ignorant ce qu'est l'amour heureux prétendent qu'il n'y a pas d'amour heureux.
Il leur sera plus doux de vivre, et de mourir.
Je ne sais quelles gens, Wis?awa Szymborska (trad. Piotr Kaminski),
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-grimalkin- 
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Date du message :
février 5, 2012 05:13
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Cela a pu arriver. Cela a dû arriver. Cela est arrivé plus tôt. Plus tard. Plus près. Plus loin. Pas à toi.
Tu as survécu, car tu étais le premier. Tu as survécu, car tu étais le dernier. Car tu étais seul. Car il y avait des gens. Car c'était à gauche. Car c'était à droite. Car tombait la pluie. Car tombait l'ombre. Car le temps était ensoleillé.
Par bonheur il y avait une forêt. Par bonheur il n'y avait pas d'arbres. Par bonheur un rail, un crochet, une poutre, un frein, un chambranle, un tournant, un millimètre, une seconde. Par bonheur le rasoir flottait sur l'eau.
Parce que, car, pourtant, malgré. Que se serait-il passé si la main, le pied, à un pas, un cheveu du concours de circonstances.
Tu es encore là ? Sorti d'un instant encore entrouvert ? Le filet n'avait qu'une maille et toi tu es passé au travers ? Je ne puis assez m'étonner, me taire.
Ecoute comme ton cœur me bat vite.
Wislawa Szymborska
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-grimalkin- 
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Date du message :
février 6, 2012 05:17
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UN CHAT DANS UN APPARTEMENT VIDE
Mourir. Il ne faut pas faire cela à un chat. Que peut-il faire dans un appartement vide ? Grimper aux murs ? Se frotter contre les meubles?
Apparement rien n’a changé et pourtant rien n’est pareil. Rien n’a été déplacé et pourtant rien n’est en place. Et le soir, pas de lampe allumée.
Un bruit de pas dans l’escalier mais ce n’est pas le bon. Une main met le poisson dans l’assiette mais ce n’est pas la bonne.
Quelque chose ne commence pas à l’heure habituelle, quelque chose ne se passe pas comme cela devrait. Quelqu’un était là depuis toujours et soudain n’est plus s’obstinant à rester disparu.
On a fureté dans les armoires fouillé les étagères on s’est faufilé sous le tapis pour vérifier. On a même bravé l’interdit en allant au bureau et en mettant les papiers en désordre
Que faire maintenant ? Dormir et attendre.
Attendre qu’il revienne s’il ose. Et lui faire savoir qu’on ne fait pas ça à un chat.
On avancera vers lui l’air détaché, un peu hautain en faisant semblant de ne pas le voir. On marchera très lentement la patte boudeuse et surtout, pas un bond, pas un ronron, du moins au début.
Wislawa Szymborska
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-grimalkin- 
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Date du message :
février 8, 2012 11:18
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CONVERSATION AVEC LA PIERRE
Je frappe à la porte de la pierre ”C’est moi, laisse-moi entrer. je viens te voir, te visiter sentir ton souffle”
”Va-t-en, dit la pierre Je suis fermée à clé. Même brisée en morceaux nous resterons toujours fermés, même réduite en sable nous ne laisserons entrer personne.”
Je frappe à la porte de la pierre. ”C’est moi, laisse-moi entrer. Je viens par simple curiosité et la vie est l’unique occasion. Je voudrais seulement me promener dans ton palais avant d’aller visiter la feuille et la goutte d’eau. Je n’ai pas beaucoup de temps car je n’ai qu’une vie.
- Je suis faite de pierre, dit la pierre. Je dois rester sérieuse. Va-t-en, tu vois bien que je n’ai pas les muscles du rire.
Je frappe à la porte de la pierre - C’est moi, laisse-moi entrer. On dit qu’il y a chez toi des grandes salles vides majestueuses et sans bruit de pas que personne n’a jamais vu. Avoue que tu ne les connais pas toi-même.
-De grandes salles vides c’est vrai mais il n’y a pas de place, dit la pierre. Belles, peut-être mais pas d’une beauté perceptible à tes sens. Tu peux me savoir, mais jamais me connaître. Tu me vois en apparence mais pas dans mon essence Je frappe à la porte de la pierre - C’est moi, laisse-moi entrer. Je te promets de ne pas m’éterniser pas chez toi ni prendre refuge Je ne suis pas malheureuse et j’ai un domicile. Et puis le monde vaut la peine qu’on y retourne. J’entrerai chez toi et ressortirai les mains vides sans toucher à rien.
Comme preuve de ma visite j’écrirai seulement quelques mots et d’ailleurs personne ne me croira.
- Tu n’entreras pas, dit la pierre. Tu n’as pas le sens du partage et aucun autre sens ne peut le remplacer pas même la clairvoyance de l’au-delà. Tu n’entreras pas, tu ne connais pas le partage tu n’en a qu’une image lointaine.
Je frappe à la porte de la pierre - C’est moi, laisse-moi entrer. Je ne peux pas attendre deux mille siècles pour venir chez toi.
- Si tu ne me crois pas, dit la pierre demande à la feuille, elle te dira la même chose, et la goutte d’eau te dira comme la feuille. Tu peux même demander à un cheveu de ta tête, si tu veux. Tu me fais rire, tiens. D’un immense éclat de rire comme si j’avais appris à rire.
Je frappe à la porte de la pierre - C’est moi, laisse-moi entrer.
- Je n’ai pas de porte, dit la pierre.
Wislawa Szymborska traduction Aaron et Eva Sadowska Franco Semailles
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