|
Epsilon 
Modérateur
France 
|
Date du message :
janvier 19, 2012 11:21
|
Il y a encore de belles découvertes poètiques à faire avec de nombreux poètes des anciens pays de l'est comme on disait avant la chute du mur de Berlin, Marin Sorescu (1936-1996 ) est de ceux-là,, poète roumain n'est pas loin ni d'un ionesco , ni de Cioran , entre le comique ou le tragique de situation pour le plus grand plaisir du spectateur.
..............................................................................
L’étant parti
Il est parti sans prendre la peine de vérifier S’il a éteint le gaz Ou s’il a fermé les robinets d’eau courante.
Il n’est plus revenu sur ses pas, A cause de ses petits souliers neufs – Pour chasser les vieux, plus commodes.
Il est passé devant le chien Sans lui adresser la moindre parole. Celui-ci fut fort étonné, puis se rassura : « Cela veut dire qu’il ne va pas trop loin. Il rentrera sous peu ».
Marin Sorescu
.............................................................................................
Spectateur
J’observe avec intérêt Le combat que livre l’instinct à la vie, Au génie de la mort.
La vie met en œuvre mille et un subterfuges La mort descend dans l’arène en usant de mille perfidies, Pareille à deux gladiateurs L’un armé d’un trident et d’un filet, L’autre combattant avec le glaive.
Resserré entre la logique mystérieuse De la vie, Et la logistique majestueuse de la mort, J’ai mué en les lieux mêmes du combat Tout ce qui reste de moi, Ce sont juste les yeux – Pour voir et pour se rendre, terrorisés.
Marin Sorescu Traduction - Constantin Frosin
|
|
Epsilon 
Modérateur
France 
|
Date du message :
janvier 8, 2012 02:00
|
Echecs
Moi je déplace un jour blanc Lui, il déplace un jour noir Moi j’avance d’un rêve, Lui, il me le prend à la guerre, Lui, il attaque mes poumons, Moi, je pense une année dans l’hôpital, Je fais une combinaison brillante Et je lui gagne un jour noir. Il déplace un malheur Et me menace du cancer (qui va pour le moment en forme de croix), Mais je mets devant lui un livre Et l’oblige à se retirer. Je lui gagne quelques pièces de plus, Mais, voila, une moitie de ma vie Est mise en marge. - Je te fais échecs et tu perdras l’optimisme, Qu’il me dit. Derrière moi, ma femme, mes enfants, Le soleil, la lune et les autres comparses Tremblent pour chaque pièce que j’avance. Moi, j’allume une cigarette Et continue la partie.
Marin Sorescu
|
|
Epsilon 
Modérateur
France 
|
Date du message :
janvier 8, 2012 11:24
|
Envol Un sentiment plénier De plus en plus dénié : Quand je sors sur le balcon Et je me crois avion. Je m’envole les fleurs aux bras Et sans aucun embarras. Ensuite un corbeau marrant Les voltiges me les apprend.
..........................................................................
Grand’ mère et les allumettes Grand’mère cachait ses rides, coquette, Dans une certaine boîte d’allumettes Et les mettait seulement alors Quand lui sortaient les nerfs dehors. Le p’tit fils – pas sage comme ça – Trouva les rides, les filouta, Se les colla au front, pardi, Et brusquement il a vieilli ! Maintenant grand’mère fait la gamine, Tandis que l’gosse est une ruine : Les dents se les a arrachés Et n’aime plus les contes de fées…
Marin Sorescu Merci au site" lyrique.roumaine " ou l'on découvre de nombreux poètes et écrivains .roumains dont Marin Sorescu
|
|
-grimalkin- 
Admin famille
France 
|
Date du message :
janvier 10, 2012 04:07
|
Sécheresse J’ai honte de vous l’avouer : Il est fou, le prunier ! De ses gonds il est sorti Et parti droit vers le puits. - Ou vas-tu, jeune-arbre, toi ? - Que j’abreuve ma soif-là. Mais le puits déjà séché, Resécha d’un tantinet. Le prunier boire s’y pencha Sa corneille dedans tomba. Pourvu qu’il en avait une, Morte, elle, de fortune.
Marin Sorescu * traduit du roumain par Tudor Miric? *
|