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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
janvier 19, 2012 11:22
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Encore un poète bien oublié Ernest Delève ,poète belge de langue française,1907-1969 qui a écrit de bien beaux poèmes.
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Nous les porteurs de feu.
Au centre des ténèbres Un tourbillon se déshabille Une femme se forme Pour que la nuit soit blanche Heureuse d'être nue D'avoir tout exprimé Son rôle est accompli Plus rien ne la tourmente Elle se sent bien D'avoir déjoué les énigmes Elle est debout dans sa victoire Qui n'a fait que des beaux gestes S'arracher les voiles Effacer de la nacre sa buée Sortir du miroir En baissant la tête Chasser la nuit de la vitre En s'y reflétant L'art d'éclairer ses profondeurs L'art de jeter son linge Sur la face de nuit L'art d'ignorer les obstacles L'art de passer à gué L'art de venir au monde Sans déchirer la soie L'art de pousser vers la beauté Sur les jeunes pousses de ses pieds L'art d'être la faiblesse Qui met la force au monde.
Ernest Delève
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NOTRE TOUR (extrait)
J’ai vu un projet de maison Beau rêve élancé à l’échelle d’un centième Tout autour les fenêtres tournoyaient Enveloppant la tour de tant de lumière Que du blanc de la page soufflait L’air pur des hauteurs agité par les ailes
Fenêtres fenêtres cadres qui nous attendent Points fertiles de l’espace Où le visage de nos désirs Vient et nous fait lever la tête
Là-haut j’aurais voulu vivre longtemps sans redescendre
Beau rêve précis on avait tout prévu l’avenir Était là déjà à chaque étage et j’ai tout vu Les murs de verre les jardins inattendus Les terrasses reflétant une carte du ciel Alcôves où le sommeil était image de survie Les baignoires donnant des moulages parfaits Et des chambres avaient pour trésor le silence Dans l’ambre des cloisons et des jets d’eau Attendaient le signal de la grâce.
Ernest DELÈVE, La Belle journée, Georges Houyoux-Bruxelles. (poète belge de langue française, 1907-1969)
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
janvier 2, 2012 16:24
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Les jardins de minuit Ont des immenses grilles Belles ténébreuses harpes Où l’on crucifie Les amants con*****és A sept ans de malheur
Les jardins de minuit Ont de longues aiguilles Qui blessent le coeur des rêveurs
Les jardins de minuit Ont des grands miroirs noirs Où les chagrins vont voir L’ange qui sombre méprisé Par l’ange de la réalité
Les jardins de minuit Ont des froides allées Où les délaissés Promènent longtemps L’aura de l’absence
Les jardins de minuit Ont des arbres fidèles Qui nous donnent leur sève Pour faire fleurir les flèches Que nous avons au coeur
Les jardins de minuit Ont des arbres trompeurs Et qui nous mènent loin Dans les forêts sauvages Il vont jusqu’au matin
Les forêts de minuit Ont des grandes épines Qui vont jusqu’aux étoiles Qui vont jusqu’à nos larmes Qui nous vont jusqu’au coeur
Ernest Delève
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
janvier 3, 2012 04:20
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²"On sait bien des poètes dont les œuvres sont inversement proportionnelles en qualité, comme en quantité, aux gloses abondantes et érudites qu’elles ont générées. C’est un phénomène connu. L’explication de cette bonne fortune réside souvent dans l’opportunisme de l’auteur lui-même, dans sa constante application à se préoccuper de sa notoriété et de sa postérité, autant que dans l’engouement d’une certaine catégorie de critiques pour le moins complaisants. On peut ici affirmer sans crainte que tel n’est pas le cas d’Ernest Delève si discret, si peu soucieux (trop peu) de la publication et de la pérennité de ses écrits. Il est de ces « horribles travailleurs » de l’âme que désignait, en s’y associant, le Voyant de Charleville. Les paysages que traversa Delève – leurs échos sur sa fine sensibilité – ne sont pas sans parenté avec les lieux où vécut le météore maudit des Lettres françaises. Ainsi les maisons, celle d’Ixelles, faubourg de Bruxelles où il naquit le 13 octobre 1907, celle plus tard du quai des Briques, près de Vilvorde, ne font-elles songer aux demeures de la famille Rimbaud dont celle du quai de la Madeleine, au bord de La Meuse ?... J’habite les reflets d’un vieux c***** qui tremble / Fenêtres sans rideaux faites de frissons d’eau… écrivait Delève dans son célèbre poème ‘Nocturne’ (La Belle Journée) où l’on peut également trouver des accents proches de ceux du ‘Bateau Ivre’ : On a levé le pont pour que le soleil passe / L’Horizon comme un mort laisse un monde d’encens (…) Comme un coucher de voiliers noirs au fond des eaux / La nuit n’a plus de mâts pour promener ses lampes / On tend partout des chaînes dont sonnent les anneaux… // C’est la nuit le c***** rêve déjà plus haut / Des noyés de naguère atteignent la surface… // On ferme les yeux le temps d’y voir plus clair / On ouvre les yeux le monde est transformé… // Ces fleuves sont unis où l’homme en lui les mêle / Pour t’embellir ô nuit d’un pavillon rebelle.
site Lectio-adfinitas
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Hanches battantes comme un cœur hanches montant vos longs calvaires je vous ai suivies naguère dépareillé par le malheur Ma vie était décomposée par un désespoir pris au prisme arc- en-ciel de mauvaise plaie ma fin en quelques lignes Quelques ratures colorées sur l’écran d’un texte fatal d’une lettre atrocement vide je n’avais plus assez d’éclat […] C’est alors qu’apparut mon ange plus belle que celle du mur […] Ô toi qui es de race noire comme la fée de la lumière que l’éblouissement fait voir splendidement sous les paupières Hymne du soleil excessif qui chante l’ombre et la fraîcheur Comme l’amant chante l’amante canéphore de la saveur […] Dame de vie tu m’as donné cette révélation sublime de l’inouïe réalité Créant en moi le culte intime où tout ce qui m’avait quitté revient pour recevoir la grâce du mauvais rêve qui s’efface […] Je vois je vis je suis d’accord le signe pur d’intelligence du réel séduisant le rêve du hasard enlaçant la chance a cessé pour toujours d’errer T’aimer c’est creuser son trésor te voir le découvrir à deux C’est même trouvaille réelle c’est même désir lumineux qui s’embue et s’achève en perle quand on se cherche au fond des yeux […] Je n’ai pas perdu l’équilibre j’ai résisté et j’en suis ivre ô grand air de la joie de vivre […] Alors beauté tu es venue […] Tes yeux jardins construits autour d’un sourire mieux dessiné sur le bonheur salive effaçant le malheur lèvres nourrices des désirs Tes lèvres commençant à dégrafer ta chair tes yeux et leur parure nuptiale de lumière […] Noces venant de loin tentation de Saba à la robe velue fendue de haut en bas Fleur comme celle du corail au ventre des navires Naufrage pour forcer l’île élue à s’ouvrir cette île où est l’accès du bonheur sans mélange […] Sirène noire aux dents de sel nous voilà échoués pour mille et une nuits sur la première page toute blanche…
Ernest Delève
Dans cet hymne aux longues amplitudes océanes où le fruit de la sensualité ‘se fond en jouissance’ de vie, où l’amour est célébré dans les plus hautes harpes de l’inspiration, Delève se révèle frère des poètes au grand souffle, comme le furent un Senghor dans Hosties noires (Lecto-adfinitas)
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Epsilon 
Modérateur
France 
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Date du message :
janvier 5, 2012 14:55
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Régime
I
La ville se sent pleine De prisons mal fermées
De ruines qui rongent Le sol sous l'ennemi
De bouges atteints De maladies honteuses
De lampes cachées De haine en veilleuse
Patrouilles de peur Autour des vainqueurs
Des traîtres dormant Mal sans leur masque
II
L'ivresse est rationnée Le papier brûle
La bassesse est pensionnée La musique hurle
Quant à l'amour On voit de temps en temps un ange
Se fracasser sur le Trottoir Ernest Delève
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
janvier 6, 2012 03:56
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Voyage (fragment) … Comme l’intimité du soir Mon âme est seule et ne sait résister À l’attrait du déluge comme la vitesse blanche Ô lumière je tombe je plonge Ô promontoire j’ouvrais mes bras pour les présences invisibles Par quelle coutume oubliée les hommes pervers à la ville Attirent les anges avec de hautes niches d’or Ici le sable bouge les arbres s’écartent l’étang s’ouvre Ils volent comme la cloche sonne et vole en rêve Leur vol sur l’or ouvre et ferme une grande ombre Et je sens l’haleinée d’une aile chaude d’ange
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Hieronymus, un poème en hommage à Jérôme Bosch, évoque l’horreur de la guerre et les atrocités des camps de concentration et occupe la partie centrale de La belle journée, une vingtaine de pages dont voici un fragment
: Ces marches funèbres vers la mort lente ce long piétinement du moribond sur sa tombe Ces sommeils dans les chambres de torture ces réveils donnant sur le camp de la honte Ces haltes dans le désespoir le plus profond ces repos mettant nos maux à vif Ces travaux forcés contre l’humanité dont les enfants déjà branlent des têtes de captifs Et le carrefour infranchissable où l’homme avec son double en croix s’affale Et très vite puisqu’il va mourir qu’il cherche le bien et le mal sous les balles Ni la route d’épines ni la route de fleurs c’est la route de ruines la route de douleurs Un seul chemin où les vivants et les morts nourrissent les mêmes racines d’horreur Qu’est-ce que ce dieu qui ne fut bon qu’à chasser l’homme Errant jusqu’à l’épuisement complet vers la place qui lui revient dans le charnier Qu’est-ce que ce feu sacré qui n’a servi qu’à brûler l’homme Ce soleil pour les morts et pour les mouches et notre terre pour prisonniers
On n’entend que les chants des bas-fonds les plus rauques partout Les bourreaux sont si bas qu’ils sont hors de portée Les judas si nombreux que nous doutons de nous Et nos frères si près des morts sous la couverture commune si trouée… La troisième partie de ce recueil, dont la composition est la plus ancienne, s’intitule L’écume et la lie. Il s’agit surtout de pièces inspirées par la guerre (Kinds les date d’approximativement 1943 ou 1944). Quant à la première partie, Notre tour, elle doit contenir des poèmes composés juste après la guerre. Ainsi ce poème intitulé La tour d’ivoire dont voici les premiers et derniers vers : On construira la Tour d’Ivoire Sur un charnier parsemé de taudis Bâtis tant bien que mal avec le bois des croix Et des souvenirs de guerre … Un ascenseur de mine Plein de houilleurs carbonisés Conduira à tous les étages Où des chômeurs dans tous les coins Parleront de leur métier Avec des mutilés de guerre Et sur la dernière terrasse Une folle en cage Hurlera particulièrement bien La misère humaine
************************* Ernest Delève, un poète dans la secrète évidence COMMUNI CA T I ON D ’ Y V E S NAMUR À L A S É ANCE M ENS UE L L E D U 9 M A I 2 0 0 9 (extraits)
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