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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : N'oublie pas que tu vas mourir

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : janvier 17, 2012  13:24

   La traversée.

Lac noir, barque noire, deux silhouettes de papier
   découpé, noires.
Jusqu'où s'étendent les arbres noirs qui s'abreuvent ici ?
Leurs ombres doivent couvrir le Canada.

Une petite lumière filtre des fleurs aquatiques.
Leurs feuilles ne souhaitent pas que nous nous
   dépêchions :
Elles sont rondes et plates et pleines d'obscurs conseils.

Des mondes glacés tremblent sous la rame.
L'esprit de noirceur est en nous, il est dans les poissons.
Une souche lève en signe d'adieu une main blême ;

Des étoiles s'ouvrent parmi les lys.
N'es-tu pas aveuglé par de telles sirènes sans regard ?
C'est le silence des âmes interdites.

Silvia Plath.

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : janvier 18, 2012  00:10


Un poème très beau et inquietant à la fois, si l'on songe à son suicide, un poème aussi à
rapprocher de son dernier poème .


Tout au bord   

La femme s'est accomplie
son corps mort   
porte le sourire de l'accomplissement
l'illusion d'une obligation grecque
coule dans les rouleaux de sa toge


Ses nus pieds semblent vouloir dire:
Nous sommes arrivés si loin, tout est fini.
Chaque enfant mort est enroulé, un serpent blanc,
Près de chacun une cruche de lait
maintenant vide.


Elle les a repliés contre son corps
comme les pétales
d'une rose refermée quand le jardin
se fige et que les parfums saignent
des douces, profondes, gorges de la fleur de la nuit.


La lune n'a pas à s'en désoler,
fixant le tout de sa cagoule d'os.
Elle a tant l'habitude de cela.
Sa noirceur crépite et se traîne.   

Sylvia Plath, 5 février 1963


-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : janvier 18, 2012  03:38

qui mieux que Sylvia Plath amoureuse de la mort pour la célébrer


ARIEL

Un moment de stase dans l’obscurité.

Puis l’irréel écoulement bleu

Des rochers, des horizons.

Lionne de Dieu,

Nous ne faisons plus qu’un,

Pivot de talons, de genoux ! ? Le sillon

S’ouvre et va, frère

De l’arc brun de cette nuque

Que je ne peux saisir,

Yeux nègres

Les mûres jettent leurs obscurs

Hameçons ?

Gorgées de doux sang noir ?

Leurs ombres.

C’est autre chose

Qui m’entraîne fendre l’air ?

Cuisses, chevelure ;

Jaillit de mes talons.

Lumineuse

Godiva, je me dépouille ?

Mains mortes, mortelle austérité.

Je deviens

L’écume des blés, un miroitement des vagues.

Le cri de l’enfant

Se fond dans le mur.

Et je

Suis la flèche,

La rosée suicidaire accordée

Comme un seul qui se lance et qui fonce

Sur cet œil

Rouge, le chaudron de l’aurore.


Sylvia Plath

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : janvier 18, 2012  14:12

Wuthering Heights

Les horizons m'encerclent comme des fagots
Qui penchent, disparates, et pour toujours instables.
Il suffirait d'une allumette pour qu'ils me réchauffent
Et que leurs lignes fines
Rougissent l'air
Lestant le ciel pâle d'une couleur plus sûre,
Avant que les lointains qu'elles fixent ne s'évaporent.
Mais ils ne font que se dissoudre et se dissoudre
Comme une succession de promesses, à mesure que
   j'avance.

Nulle vie ne s'élève au-dessus de l'herbe
Ou du coeur des moutons, et le vent
Vient se déverser comme la destinée, courbant
Chaque chose dans une seule direction.
Je sens bien qu'il s'efforce
D'aspirer ma chaleur pour l'emporter.
Si j'accorde aux racines de la bruyère
Une trop grande attention, elles finiront par m'inviter
A blanchir mes os parmi elles.

Les moutons eux savent où ils sont,
Ils paissent dans leurs nuages de laine sale,
Aussi gris que le temps.
Les fentes noires de leurs pupilles m'absorbent.
C'est comme d'être expédiée dans l'espace par la poste,
Message stupide, insignifiant.
Ils restent là dans leur costume de grand-mère,
Boucles postiches et dents jaunes
Et bêlements de marbre, durs.

Je rencontre des ornières, et de l'eau
Limpide comme les solitudes
Qui fuient entre mes doigts.
Des seuils creux tour à tour apparaissent dans l'herbe ;
Linteaux et perrons se sont désassemblés.
Des gens, l'air ne se souvient que
De quelques étranges syllabes.
Il les répète en gémissant :
Pierre noire, pierre noire.

Le ciel s'appuie sur moi, moi, la seule à être debout
Parmi les horizontales.
Les herbes affolées battent et se cognent.
Elles sont trop délicates
Pour vivre en telle compagnie ;
L'obscurité les terrifie.
Maintenant, dans des vallées aussi étroites
Et sombres que des poches, les lumières des maisons
Luisent comme de la petite monnaie.

Sylvia Plath. (traduction Françoise Morvan et Valérie Rouzeau).



-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : février 10, 2012  04:21


Tout ce que je vis, ce dont je dois mourir                                                                                    
n'a pas de place hors de mon attente.
Dans les mains que je serre, que je retiens,
que reste-t-il de moi ?

Le sang coule sous les ponts qui vont de mon coeur
aux êtres, aux regards dont je m'approche
que par des signes de la main, des lèvres
et auxquels je ne m'unis que par la solitude.

Les chemins partent du fond de la nuit
et vont attendre le jour sur les collines.
Par la fenêtre où brûle une bougie
ils voient les morts entourés de vivants
qui ne croient pas aux prières qu'ils disent
et les morts restent seuls sous leurs paupières
sans reconnaître les chemins qui passent
en blanchissant un peu la nuit

Rien que l'amour, Lucien Becker
La Table Ronde

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : février 22, 2012  06:35

Requiescat in pace.
                                           (En mémoire d'Alfred Desloges )


Sommeille dans la paix sous la froideur des choses,
Dans un mystère d'ombre ou dans les voluptés,
Puisque vivant encore dans nos coeurs attristés,
Ton nom s'éveille au bruit de nos apothéoses.

Repose sans remords dans la nuit du linceul,
La nuit traînant au loin les intangibles voiles
Qui masquent à nos yeux, par devers les étoiles,
La plage où tu vivras délectablement seul.

Sommeille dans la paix sous la douleur des saules,
Car leur tige est légère et leur deuil éternel;
Sommeille dans l'amour tranquille et solennel,
Toi dont le faix de vivre a brisé les épaules!

Le rêve de ta vie est un espoir défunt
Que nous voulons ravir à ta demeure noire,
Pour que l'on sente au jour de tristesse ou de gloire,
Ton âme autour de nous planer comme un parfum.


Arthur De Bussières. "Les bengalis" (1877-1913 )

Poète québècois , son oeuvre s'inspire de Théophile Gautier, de Hérédia et Leconte
de Lisle
Sa poésie a été réunie par Casimir Hebert en 1931 dans un recueil intitulé "Les Bengalis"
et réédité avec des Inédits en 1975..
De découverte en découverte .. je parcours la poésie québècoise..




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