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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Découvrir jean tortel

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : janvier 30, 2012  03:32

Depuis longtemps déjà,pour beaucoup de poètes , la nature joue un rôle prépondérant dans leur
oeuvre poètique que ce soit Jean Tortel, Pierre Torreilles ou bien d'autres poètes oubliés, ce
sont les chantres d'un paradis qu'on peut observer tous les jours mais à leur manière bien
personnelle .


La fleur est humide

Elle est une chose lourde
Ronde fermée sans lumière
A l'intérieur

Seul un insecte s'insinue
Comme il s'enfoncerait dans l'eau
Il faut descendre aveugle dans la fleur

Oublier tout attendre qu'elle éclate
Dans le rouge et dans le parfum
Mystérieux qui la composent

Elle s'ouvre quand elle meurt
Nous attendrons qu'elle meure
Pour voir le secret de son corps

Car le vent léger la pluie
Ou le doigt dispersèrent
Ses beaux velours sur l'herbe ou sur la table.

(...)

Jean Tortel, / Une constellation, tout près, poètes d'expression française du XXe siècle choisis
par Philippe Jaccottet, page 267

   
*Ce message a été édité le 23-Dec-2011 11:31 AM par Epsilon*

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : décembre 23, 2011  11:29


Sanguine issue
D'un très beau jardin
Mourant au nord,

De colline en colline
Espère la mer,

Fibre violette
Au coeur de l'orange.

Jean Tortel / Instants qualifiés, Gallimard

....... .......   ....... ...... ..... ..... ..... ...... ..... ..... ......

Transparent. C’est merveille
Immobile ici. Le seuil
Étonnant de jour dense.

Exulter que cela
Soit tel. Et toute profondeur
Calmée.

J’ai dit : dehors
Je subis une intensité.

Lame étalée d’argent ou langue
Aérienne et solide,
C’est à présent et pour m’y retrouver.

Lavé. Soleil.
Dire belles
Visible.

La verdure encore massive.
Le corps est là
Évidemment,
Luire ou lumière
Sur le gravier gris-bleu.

Cela doit se dire
Si proche que.

Jean Tortel / Limites du regard, Gallimard, 1971, p. 88-89.

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : décembre 24, 2011  01:56

Si vous avez déjà lu ou parcouru ce post, vous aurez compris qu'il n'est pas facile de parler de
ce poète secret et de son oeuvre "Une oeuvre charnelle où s'affirment le choix du jardin et le
goût du bonheur terrestre mais qui manifeste aussi une constante méfiance à l'égard de
l'épanchement lyrique et des séductions de l' « image » poétique, un refus du charme musical, un
souci de rigueur, voire de dépouillement, qui ont conduit certains de ses lecteurs, tel Philippe
Jaccottet, a invoquer à son sujet les Muses de l'algèbre et de la géométrie. (source : Catherine
Soulier )

Plainte

Ce jour-là une femme dit :

Qui veut me porter mon fils

il est lourd et la nuit revient.

O temps des légumes terreux

rouges ou verts

des navets vineux

dans un jardin bordé d’épines

sous un ciel de silence accepté

temps que je n’ai plus

pourtant ce monde reste réel

et j’aime à voir sa beauté.

Jean Tortel, Appareil de la terre, Gallimard, 1964

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : décembre 24, 2011  02:03

Pour l'instant, obligé de glaner sur le net quelques poèmes de Jean Tortel, en attendant deux de
ses livres , avec l'espoir d'aller plus loin dans la connaissance de ce poète.


Les roses de Jean Tortel


Sous le voile de l'hermétisme, l'oeuvre lumineuse d'un descendant de Mallarmé.

Dans son jardin, aux portes d'Avignon, ne manquaient ni les roses ni les jeunes poètes qui étaient
toujours sûrs de trouver auprès du prestigieux aîné non pas les leçons du «maître», mais l'accueil
et l'attention d'un ami qui, par le coeur, avait leur âge, n'était pas campé sur une doctrine et
demeurait curieux des recherches les plus éloignées des siennes, au fond des cornues du songe.
Pourquoi Jean Tortel, né en 1904, et qui vient de disparaître au moment où les éditions Gallimard
publient son dernier recueil, n'a-t-il pas voulu être le «barde national» qu'il aurait pu devenir,
à l'exemple de son ami et voisin René Char? C'est qu'il était resté trop juvénile pour aimer les
honneurs, répugnait à se mettre en avant, et ne se donnait que dans la conversation entre
complices. Il s'y révélait un conteur hors de pair, relancé par sa femme Janette à qui l'unissait
un amour sans fin. On verra un jour, dans la biographie de ce descendant de Mallarmé, qui
parfumait d'accent provençal sa chronique de la région et ses aphorismes d'un stoïcisme à la Marc
Aurèle, que le mariage ne fut pas la moindre de ses réussites. Cet ancien percepteur, qui refusa
tout avancement pour ne pas s'éloigner de Gordes et des terres magiques de la Lure, a sûrement
payé d'ignorer avec superbe l'horaire des trains de Paris; il n'en représentait pas moins la
véritable avant-garde, celle qui ne va pas ourdir ses stratégies au bar du Pont-Royal. Si l'on
veut bien dépasser un hermétisme tout d'apparence, on découvrira qu'il n'existe, dans son oeuvre,
ni message assez obscur pour souffrir toute interprétation ni métaphysique d'aucune sorte. Il n'y
a que la célébration du corps et des saisons, les blancs sur la page étant ceux du ciel l'été et
du silence après l'amour. Et, par là, s'élève une invite à vivre la poésie à chaque instant dans
les manifestations les plus prosaïques de la vie, les fugaces propositions de bonheur qu'elle
offre. L'exprime bien un récent recueil: «Précarité du jour» (Flammarion). A sa table où, sous le
charme de son verbe, l'humour de Janette en contrepoint, les convives imaginaient les temps de
peste et de guerre à Florence, lorsque se réunissaient autour d'un lettré, d'un Boccace, ceux qui,
dans l'ivresse de la littérature, essayaient d'oublier les malheurs du temps. Et, des incendies
tout proches, gardaient seulement la flamme pour éclairer demain.

Par L'Express, publié le 18/03/1993

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : décembre 25, 2011  07:55


Je ne sais si la nuit

Je ne sais si la nuit vient plus douce que toi,

Douceur plus épaisse que toi,

Et blanche ainsi que toi, douceur.
            

Les cerisiers sont transparents,

La nuit lointaine.
      

On ne meurt pas dans la lumière.

Ses périodes viennent de loin,

Durent toujours car il n’est pas de différence

Entre l’instant et quelque éternité.
            

Aujourd’hui nulle différence.

J’ai vécu pour aboutir

A ce bonheur.

Jean Tortel

         

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 25, 2011  10:59

merci Epsilon, ! merci , une vraie révélation ce poète ! on le lit avec joie : beau cadeau de
Noël !

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : décembre 30, 2011  00:09


Le tumulte est réel
Mais le silence des échanges
De viscère à viscère.

Circulent les sucs
Dans l'arbre relié.

Le trop plein durcira
Gomme en furoncle.

La terre est brune après la pluie
Ensuite elle s'écaille
Blanchit peu à peu.

Les bulbes se recomposent
Sans leurs jeunes poignards
Violacés.

Cela n'explique rien.
Visible transitoire.

Jean Tortel / Des corps attaqués

Epsilon
Modérateur
France

Date du message : janvier 2, 2012  07:21


Certain vert certaines feuilles
Réfléchissant leurs ombres ne sont pas
Mesurables                                        mais
Visibles au réveil déssinent
Le corps non protégé qui dort

Encore et dont j'ai parcouru la nuit
Bienheureuse souvent.

Selon quelque vert             certaines
réfléchissantes feuilles
Ne sont pas mesurables mais.

JEAN TORTEL //PRECARITES DU JOUR