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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Albert fleury; "le rêveur de jonquilles"

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 24, 2011  03:09

Albert Fleury (1923-2006)
est né en 1923, à Charlieu en pays de Loire, il quitte son pays natal en 1936, pour
gagner le Bourbonnais où il a toujours vécu et travaillé comme enseignant
poursuivant son oeuvre poétique loin des salons parisiens. Trop méconnue, son oeuvre
à la fois radieuse, mystérieuse et solitaire est pourtant de premier plan.

"On y pénètre par des sentiers qu'on croit familiers, ceux où dialoguent la nature et sa
traduction langagière. Puis au fil de chaque poème, quelque chose d'ineffable charme,
envoûte, finit par pincer le coeur.
En apparence, rien de tragique, ni tragiquement dit, mais les grands drames couvent
sous la cendre", écrit Jean-Luc Vauthier.

Langage épuré, souci du mot juste, de l'image taillée au plus près de l'émotion l'univers
d'Albert Fleury conjugue l'humain avec le végétal, le minéral, filtre un sang épais qui
chemine de l'ombre intérieure à la lumière extérieure, pour se déchirer en nous sans un
cri.

Les recueils les plus connus :
"Instants" chez Millas-Martin 1966
"Osier des tendresses"( Chambelland 1969)
Rêveur de jonquilles (Chambelland 1973),
Colombier du regard" (Chanbelland 1976 ).
L'obscur vouloir (La Bartavelle 1988)
"Village vert paroles" (Folle-Avoine 1998)
Orée de lune (L'Arbre 2000)
"Encore un essaim d'instants" (Folle-Avoine) parution en 2009

Préface et bibliographie de Christophe Dauphin dans "Les riverains du feu"' anthologie
(Le Nouvel Athanor)

      La neige a cessé d'ourler les mémoires lasses...

La neige a cessé d'ourler les mémoires lasses,
les eaux suppliciés d'être encloses
linge écroulé
osent leur nudité.
Dans les éboulis du dégel à grippe
la joue contre le feu
les derniers songes de l'hiver
s'effritent dans le cadre des fièvres.
Le regard sort des chambres
et fuit la plaie béante et trop grise des lits
avec des béquilles de soleil pâle
le coeur croupi peut traverser la cour
le pic perce l'époque engourdie s'étonne et s'éblouit.
Il a fallu attendre si longtemps
avant tant d'idoles décaties dans les recoins de soi
depuis les temps infirmes de novembre
où l'on cassait les fagots
et l'on a eu si souvent peur de tout
à regarder les boqueteaux d'oiseaux cloués de gel
et la nuit pourchassée mordue des vents voraces
il a fallu déchanter tant de fois
désespérer de sentir un soir le fer de la terre s'amollir
et renoncer à ce qu'une volée de soleil renaisse à l'aube
   au pigeonnier
Horticulteur des sentiments
j'ai bien cru à votre faillite
Mais enfin
voilà que l'ouest emplit mes mains de la douceur
   retrouvée
que des semailles de mots s'apprêtent sur tes lèvres
l'arbre noir s'est repris à songer à des nids
par les fentes du ciel un monde immobile est présage
d'intuitions proches et déjà formulées
par cette source au ras du pré
qui tout soudain s'est remise à parler
des métamorphoses de la terre.

Albert Fleury." Le rêveur de jonquilles" extrait "Le printemps"

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 11, 2011  14:15

   Le lichen a frémi sur l'écorce...

Le lichen a fleuri sur l'écorce
l'ouest a léché la mousse
les passereaux du bord de rivière
suscitent un soir où la douceur affleure
et signe le déclin des froids
Pourtant tu ne pourrais courir encore les chemins fous
vers les grands arbres qui engendrent
il est trop tôt
il faut auparavant les braises et les brandons
ce feu dans les ronces des chaumes
pour que nos visages n'aient plus traces d'ombres ni de
   griffures
qu'ils puissent être pareils à ces flaques d'eau de la
   clairière
où se baignent les étoiles émigrées.
Attends,
que les derniers glaçons pendus aux roches s'évaporent
que le merle s'émerveille de l'air,
mais oublie déjà ce que tu es
pour devenir l'herbe où le ramier
n'aie plus honte de la crainte
ouvre au monde écarte les rideaux
vois ici ce que tu rêves ailleurs
prépare-toi pour les jours odorants des prés.

Albert Fleury;    "Le rêveur de jonquilles" (extrait de printemps).

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 11, 2011  14:21

      Le rêveur de jonquilles.

A l'heure où le coq blanc perfore le brouillard
le rêveur de jonquilles
descend du village occulté.
Aube sensible
Tu l'accueilles gorge verte
aux près profonds
où des visages d'eau affleurent.
Elles sont là chevilles enlisées
cueille-les.
Fleurs juvéniles engrangée dans tes bras
salue l'éteinte royauté du froid.
Sur les pentes vineuses
parle déjà le feu des brûleurs de sarments
et les cornes des vieux ceps
forêt de cerfs engloutis dans l'argile
touchées de lumière
étincellent.
Le vent qui courait toujours la neige ailleurs
héraut de rigueurs et de blancheurs sauvages
s'enroule aux fumées alangui et s'étonne
oubliant le dernier corymbe de corneilles sur les noyers,
il semble qu'un séjour nouveau puisse s'ouvrir
à la source des fleurs à la source des vignes
que la grande sclérose des arbres et des eaux
soit vaincue dans les fibres livides,
rare une émotion s'élève
et fait fleur de paroles

Albert Fleury.    "Le rêveur de jonquilles" .

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 11, 2011  14:34

Ce point de douceur aiguë dans l'épaule..

Ce point de douceur aiguë dans l'épaule
Le coeur qui tressaute heurtant sans doute l'âme
parce que la vie revient
par le narcisse et le crocus et la fenêtre entrebaillée
le coq encore éclatant de givre
sa lumière qui crie égarée dans les restes de nuit
la toux errrante et sans poumons désormais
le dernier drap sale de la neige dans le jardin,
le dernier pain rassis qu'on partage avec la première
   mésange,
revoici
miraculeuse
l'étendue proche à aimer
mémoire retrouvée comme la source dénouée
qui ruisselle nouvelle vers demain.

Albert Fleury;   " Rêveur de jonquilles".

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 12, 2011  03:19

douce poésie on s'y sent heureux, Du moins ce poète nous en donne l'impression. Un
C'est rare ! Merci Marie-Elisabeth !




Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 12, 2011  05:51

La campagne des vallées baîlle...

La campagne des vallées baîlle
les pores énervés dans la fournaise des couches
il y a si longtemps qu'on n'a plus entendu rabâcher les
   chêneaux
les orages décidément sont vieux ou se font supplier.
Clarine d'aube et de foins mûrs
je t'écoute chambre ouverte
sur les chapelles des murailles dédiées aux vierges
les oratoires des plateaux dédiés aux pâtres
et les bardeaux des toits cuits et pétris
les épicéas droits qui n'habitent plus que leur tête pour
   avoir de l'air
les réservoirs secrets de plus en plus avares
sous le lierre et la mousse épuisés
les scieries chaudes couleur d'abeilles suant les
   conifères ;
je descends la rue déshabillée
le val serré de chalets à l'ombre en dortoir,
clarine d'aube et de lumière
aiguë soudain dans le premier saut du soleil
je monte sans bagages dans la tête
pas même une pensée toute seule à frotter à polir,
là-haut des couvées de pierrailles s'agitent dans des
   plumes de brumes
des rochers blancs éclosent tout nus dans les falaises
   de framboises
je monte
vers l'aire immense de la paume ouverte des cimes
où la langue du ciel râpe chien placide des mains de
   bergers
après le col et la buvette édredon de myrtilles
où les filles pourraient flamber dans une étreinte de
   clarté
corsage débridé de mamelons laiteux,
clarine campanule et centaurée
je vais dans ta musique et la limonade des pierriers
jusqu'à ces combes où la beauté détèle
où la terre a des cils de gentianes
et pétille d'oeillets carminés
pour m'en remettre agenouillée dans les névés d'été
à la ferveur blanche et nue de ton solo.

Albert Fleury.    "Rêveur de jonquilles" "Montagne" extrait.





Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 12, 2011  08:10

Lac des confins...

Lac des confins
éclat cassé des croyances altières
écailles ternies agitées de vent maigre
un peu d'embruns quand on côtoie
et tous les secrets au fond de l'eau glauque,
s'il y en a
ce dont je doute,
un trou de pierres noires et d'alluvions
un bol de rien,
rude enseignement pour qui gravit si haut
vers les idéologies d'édelweiss
et trouve ici ce qu'il pouvait apprendre en bas,
mais que veut-on savoir ?
que cherche-t-on qu'on croit avoir à découvrir ?
et s'il n'y avait
que l'accompagnement des campanules
des carlines et des oeillets
la symphonie des clarines
et le silence des chiens de troupeaux
le nuage qui descend et qui remonte
un nid de chalets
un oeuf de soleil
l'alerte de la marmotte
et l'oiseau triste dans les rhododendrons,
s'il n'y avait que tout cela
innombrable
mais qui ne cherche rien à comprendre ni retenir
et dont l'homme si compliqué
s'use à se séparer
se désagrège solitaire
à force d'en espérer ?

Albert Fleury.   "Rêveur de jonquilles"    extrait de "Montagne"

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 14, 2011  08:36

   Quelque chose d'exilée..

Quelque chose d'exilée
demeure dans l'espace et parle bas
d'une voix que seul un familier d'abîmes peut entendre
Ô l'éclaircie d'une douceur
où la lune blottirait la nuit,
mot frais qu'on sort du panier
enveloppés d'un linge serein !
Une tendresse essuie la vitre
le coeur voit mieux
Au creux de toi les sources confluent
se lient pour une joie de lumière
un fleuve ardent et sain
de chair et de semence
de candeur et de ciel.
L'invisible pays que je porte
trouve image au pays que je suis,
regarde-moi pour ne jamais finir de t'oublier
à supporter de trop t'aimer.
Ce que nous savons bégaie
mais au temps illuminé où l'on ne pense plus
le pas de la parole ira plus loin que la ferveur de la voix.

Albert Fleury. "Village vert paroles"



Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 14, 2011  08:40

   Le passant s'étonne..

Le passant s'étonne
d'un silence
d'une ombre,
ce n'est pas le pigeon
ce n'est pas la rue
c'est autre chose
qui fut ici peut-être
autrefois
et qui ternit le ciel
et qui tient le bruit en respect
et puis s'efface,
et tout réapparaît comme avant.
Un mur parle longtemps tout seul
puis se tait
retourne à ses lézardes
à son rêve d'une pluie
très douce sur sa peau gercée.
Un poème s'est endormi avant d'être achevé,
un pas hésitait dehors.
Une pierrre apparut sur la colline
toute blanche
sur le noir du nord.

Albert Fleury "Village vert paroles".



Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 14, 2011  08:42

Solitude où le vent vient nous voir

Solitude où le vent vient nous voir
avec un peu de pluie
et nous parlons de la saison des noix
et d'un proche repli de l'être,
le pic-vert nous salue
pressé d'une écorce à piller.
On a fermé là-haut
nous ne veillerons plus l'étoile.
L'arbre venu du voisin
a caressé de feuilles jusqu'au drap qui sèche.
La cloche ébranle au coeur
le noeud voilé du secret,
l'ivresse à boire aux lèvres donne feu.
L'arrière-fruit tombe
offrons-nous encore l'un de l'autre
au moins l'adieu.

Albert Fleury.


Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 14, 2011  08:44

L'érable que j'aimais..

L'érable que j'aimais
ne peut plus m'aider
on l'a coupé.
L'étang mort n'empêchera pas le seigle à côté de mûrir
mais son regard ne pourra plus veiller la solitude.
Le livre
L'aléatoire alibi
pour vivre et demeurer debout
ne pense qu'à scier les barreaux de ses phrases
pour s'échapper;
Quand l'amandier soulève le printemps
nous pourrions guérir,
mais dans les layons de plus en plus étroits du temps
nous n'allons qu'à l'esseulement de cet oiseau-mystère
qui piaule désolé la peur dans le silence.

Albert Fleury.

Ce poème me désole, moi aussi, je vais devoir enlever un érable lacinié,
trop près de la maison .. ses petites feuilles dentelées sont un danger pour les
cheneaux.. ce n'est pas sans une pointe de tritesse, que je prendrai cette décision..
abattre un arbre, c'est un peu mourir à ses souvenirs.. un couple
d'écureuils au printemps venaient se régaler de ses tendres bourgeons.. et
à l'ombre de ce bel arbre prolifique.. je plaçais l'été un relax, pour m'y reposer..et regardait
le soleil à travers son feuillage..
Je vais attendre que l'amandier refleurisse, et soulève le printemps.. comme dit Albert
Fleury..pour me décider..

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 14, 2011  09:05

Pierre Perrtin de Chassagne parle du poète..

L’orgueil doit demeurer / quand l’humilité rayonne.

Affichée, la modestie se révèle un couvercle de l’ambition ; elle reluit. Celle qu’instille
avec sa voix basse, aux sourds éclats, Albert Fleury semble sourdre de l’intérieur.
Ce poète, dont paraît discrètement le quatorzième recueil, mériterait davantage de
lecteurs. Il accorde en effet la terre à l’être, et l’homme à la terre ; il la regarde d’un œil
neuf, les sourcils haut levés, l’oreille tendue, et son poème vibre longtemps des
sensations qu’il interroge en les ressuscitant.

Il y a bien ici et là quelques maladresses, chez Albert Fleury ;
il écrit par exemple « la lune blottirait la nuit » ou « un vieux couteau qui chuchotait de sa
lame », mais quelle âme est sans défaut ? On ne relève pas d’ordinaire les fautes
d’auteurs plus reconnus.
Le monde d’Albert Fleury, pour être plus étroit que celui de Jaccottet, n’en est pas moins
voisin...

Cette poésie n’a rien d’artificielle. Dénudée, elle cherche un accord, une voie qui
permettent de vivre, simplement. Que ce soit dans l’ordre du regard, capable de dire
une « peau verte adorée des rosées », ou dans celui de la fragile conquête intérieure («
les mots incarnent l’absence délicate), Albert Fleury, dont aucune page ne peut laisser
indifférent, tant chacun de ses poèmes recèle au moins une merveille, peut être certain
que sa vérité sera entendue :

"Ton poème ne mène pas quelque part
mais où tu es."

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 14, 2011  09:27

Peut-être en prêtant l'âme on entendrait..

Peut-être en prêtant l'âme on entendrait
un grenier qui miaule
un vent qui roucoule
une pluie vieille qui s'enroue
une plainte méconnue
Il n'y a pas de pays promis,
parfois un feu fécond
quelques flambées de grâce
mais la lumière en persiste.
Ici est le lopin borné de la plus brève parole
là-bas cette dérive
la fuite vers l'invisible insondable
à la tutelle des ténèbres.
Qu'une confidence vienne
et le vent du nord sera moins froid.
Un pleur niché s'éveille
bat d'émotion sur ta joue.
Nul sens à cette terre
sans toi présente
chair ou rêve
flamme du maintien d'exister.
Obscur où tendre les mains
ombre derrière la flamme
c'est souvent plus que vivre.

Albert Fleury. "Village vert paroles"


Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 17, 2011  09:17

Aussi loin qu'on les pousse..

Aussi loin qu'on les pousse
les mots ne réatteindrons jamais l'enfance.
Nous tâtonnons toujours
Dans la serrure des vocables
avec la clé rouillée
retrouvée par hasard
et qui n'ouvrira rien.
Ce midi un essaim louvoyait au large du soleil
cherchant lui aussi
le bonheur autre part.
Mais encore les vieiles sources
un temps détournées sous les pierres du souci
reviennent parfois la nuit
nous hanter
comme la sève du sarment
de la vigne soucieuse
où toute grappe de rêves éclate de néant.

Albert Fleury. "Encore un essaim d'instants".

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : décembre 17, 2011  09:35

   Le rossignol au merisier
caché enchante le couchant
apaise le tourment des bois d'orage.
Paix des lisières
sous le vent qui répand l'espoir des graines.
Le liseron doucement enchaîne le jardin
et le monde du soir
si profond qu'il éteint les roses rouges
   plus rouges dans le noir.
Les bruits s'effondrent.
le soleil a fondu au creuset de la combe.
Au silence de la cour oubliée
s'endort ce qui refleurira de pauvreté
demain dans l'embellie

                         °°°°°°

Demain ne retient pas l'instant
mais en crée d'autres.
A la fenêtre
baillonnez la nuit impitoyable
le jour viendra quand même
pour l'enjeu de la saisie profonde
de la terre et d'un être.
La flamme doit survivre
même dans la ruine à venir.
Ce qui persiste
sera la forme aimée dans la caresse.


                        °°°°°°°

On dirait d'un jour sans mémoire
tout neuf tout près
qu'un oiseau noir traverse.
Un souffle de lumière contourne le regard
dans l'immobile jardin
où une voix en appelait une autre
ailleurs
ou peut-être à venir,
où la haie cachait le ciel
mais laissait l'ombre murmurer.
A la hauteur de se taire
les cailloux crissent d'une parole écrasée
l'humilité de dire
bute au granit de silence,
l'énigme s'agrandit de l'horizon ouvert.

Albert Fleury " Encore un essaim d'instants".

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