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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Moi, laminaire d'aimé césaire

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 27, 2011  03:52

          j'habite une blessure sacrée
    j'habite des ancêtres imaginaires....
          j'habite un long silence
j'habite une soif irrémédiable....
   la pression atmosphérique où plutôt l'historique
       agrandit démesurément mes maux
*******
j'étais hier soir à la présentation d'une "Introduction à "Moi, laminaire" le dernier ouvrage
de poésies d'Aimé césaire (chez L'Harmattan)
Un ouvrage collectif, , "une édition critique" (je ne savais pas ce que cela voulait dire...)
par M.Souley Ba, René Hénane et Lilyan Kesteloot qui présentait l'ouvrage.
j'ai appris beaucoup de choses hier, de la façon d'entrer dans l'oeuvre d'un
poète...Une "technique" que j'ignorais. Nous n'avons fait que vous jetter les poètes que
nous aimions....et débrouillez-vous....sans aucune explications... C'est un métier...Zn
attendant, je vous donnerai textes et quelques explications pour vous en sortir...Auimé
césaire n'est pas un poète facile d'accès...0 moins de se laisser simplement bercer par
le chant des mots. La martinique, pays d'origine de Aimé Césaire, est aussi pays de
musique.
************

   Le non-temps impose au temps
   la tyranie de sa spatialité : dans toute vie
   il y a un nord et un sud, et l'orient et
   l'occident. Au plus extrême, ou, pour
   le moins au carrefour, c'est un fil des
    saisons survolées l'inégale lutte de la vie et de
   la lucidité, fût-ce celle du désespoir et de
   la retombée, la force aussi toujours de
   regarder demain. Ainsi va toute vie.
   Ainsi va ce livre, entre soleil et ombre,
   entre montagne et mangrove, entre chien
   et loup, claudiquant et binaire
   Le temps aussi de régler leur compte
   à quelques fantasmes.
   et à quelques fantômes.

Aimé Césaire, "Moi laminaire
éditions du Seuil
   

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 7, 2011  11:19

pour dire (version Désormeaux 1976)

pour revitaliser les rugissements des phosphènes
le coeur creux des comètes

pour raviver le verso solaire des rêves
leur laitance
pour activer le frais flux des sèves de la mémoire des silicates

Colère des peuples débouché de Dieux leur ressaut
Patienter le mot son or son orle
jusqu'à ignivome
sa bouche
***
commentaire de l'auteur : (...) pour dire...annonciateur de la Parole
(...) comètes , soleil, Dieux, comme la participation tellurique : la sève , le volcan "bouche
ignivome" qui crache le feu.
(...)° le rugissement des phosphènes" se rapporte au grondement du volcan avec
émission de flammes hautement lumineuses

et c'est ainsi pour tout le poème...ah si ,j'avais su vous expliquer ainsi nos poèmes
souvent assez obscurs....peut-être seriez-vous plus nombreux à nous lire....

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 8, 2011  10:56


“ Moi qui rêvais autrefois d’une écriture belle de rage!”
(vers extrait de “Crevasses” dans “Moi, laminaire...”)

poème extrait de “Moi, laminaire...”

MOT-MACUMBA
le mot est père des saints
le mot est mère des saints
avec le mot couresse on peut traverser un fleuve
peuplé de caïmans
il m’arrive de dessiner un mot sur le sol
avec un mot frais on peut traverser le désert
d’une journée
il y a des mots bâton-de-nage pour écarter les squales
il y a des mots iguanes
il y a des mots subtils ce sont des mots phasmes
il y a des mots d’ombre avec des réveils en colère
d’étincelles
il y a des mots Shango
il m’arrive de nager de ruse sur le dos d’un mot dauphin

***


Poème extrait de “Corps perdu”
CORPS PERDU
Moi qui Krakatoa
moi qui tout mieux que mousson
moi qui poitrine ouverte
moi qui laïlape
moi qui bêle mieux que cloaque
moi qui hors de gamme
moi qui Zambèze ou frénétique ou rhombe ou cannibale
je voudrais être de plus en plus humble et plus bas
toujours plus grave sans vertige ni vestige
jusqu’à me perdre tomber
dans la vivante semoule d’une terre bien ouverte.
Dehors une belle brume au lieu d’atmosphère serait point sale
chaque goutte d’eau y faisant un soleil
dont le nom le même pour toutes choses
serait RENCONTRE BIEN TOTALE
si bien que l’on ne saurait plus qui passe
ou d’une étoile ou d’un espoir
ou d’un pétale de l’arbre flamboyant
ou d'une retraite sous-marine

Aimé Césaire

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 9, 2011  03:33


Incidents de voyage :
    de la vermine
un ordinaire de mouches
un obsédant baiser de ravets
là-haut de feuillage en feuillage
l'armée de lunes lançant vers leurs
vagues
l'assaut de quels singes
attention dans les vallées
   le velours du détour
   se mesure à un désordre
d'insectes
                                                          abrutis
   flaque
de toute façon
          Il n'est pas recommandé de se
                           complaire aux haltes

Aimé Césaire

****
explication du commentateur :
    Ce poème semble être la relation d'une équipée en forêt inhospitalière du type forêt
amazonienne, réputée dangereuse par la prolifération de vermines, d'insectes nocifs,
d'animaux venimeux et de détour en forêt (le velour du détour) se paye douloureusement
par l'assaut d'essaims "d'insectes abrutis"

Introduction à "Moi ,laminaire "d'aimé Césaire, une édition critique, chez L'Harmattan
(M. Souley Ba, René Hénane et Lilyan Kesteloot)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 10, 2011  03:45

l'intégrale de "J'habite une blessure sacrée, trouvée sur le site : "De tout un peu"



J’habite une blessure sacrée
j’habite des ancêtres imaginaires
j’habite un vouloir obscur
j’habite un long silence
j’habite une soif irrémédiable
j’habite un voyage de mille ans
j’habite une guerre de trois cent ans
j’habite un culte désaffecté
entre bulbe et caïeu j’habite l’espace inexploité
j’habite du basalte non une coulée
mais de la lave le mascaret
qui remonte la calleuse à toute allure
et brûle toutes les mosquées
je m’accomode de mon mieux de cet avatar
d’une version du paradis absurdement ratée
-c’est bien pire qu’un enfer-
j’habite de temps en temps une de mes plaies
chaque minute je change d’appartement
et toute paix m’effraie

tourbillon de feu
ascidie comme nulle autre pour poussières
de mondes égarés
ayant crachés volcan mes entrailles d’eau vive
je reste avec mes pains de mots et mes minerais secrets

j’habite donc une vaste pensée
mais le plus souvent je préfère me confiner
dans la plus petite de mes idées
ou bien j’habite une formule magique
les seuls premiers mots
tout le reste étant oublié
j’habite l’embâcle
j’habite la débâcle
j’habite le pan d’un grand désastre
j’habite souvent le pis le plus sec
du piton le plus efflanqué-la louve de ces nuages-
j’habite l’auréole des cétacées
j’habite un troupeau de chèvres tirant sur la tétine
de l’arganier le plus désolé
à vrai dire je ne sais plus mon adresse exacte
bathyale ou abyssale
j’habite le trou des poulpes
je me bats avec un poulpe pour un trou de poulpe

frères n’insistez pas
vrac de varech
m’accrochant en cuscute
ou me déployant en porona
c’est tout un
et que le flot roule
et que ventouse le soleil
et que flagelle le vent
ronde bosse de mon néant

la pression atmosphérique ou plutôt l’historique
agrandit démesurément mes maux
même si elle rend somptueux certains de mes mots

Aimé Césaire (1913 - 2008)


-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 11, 2011  04:18


Extraits de “Cahiers d’un retour au pays natal”

Partir.
Comme il y a des hommes-hyènes et des hommespanthères,
je serais un homme-juif
un homme-cafre
un homme-hindou-de-Calcutta
un homme-de-Harlem-qui-ne-vote-pas
l'homme-famine, l'homme-insulte, l'homme-torture
on pouvait à n'importe quel moment le saisir le rouer
de coups, le tuer - parfaitement le tuer - sans avoir
de compte à rendre à personne sans avoir d'excuses à présenter à
personne
un homme-juif
un homme-pogrom
un chiot
un mendigot
mais est-ce qu'on tue le Remords, beau comme la
face de stupeur d'une dame anglaise qui trouverait
dans sa soupière un crâne de Hottentot?
Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes
combustions. Je dirais orage. Je dirais fleuve. Je dirais tornade. Je
dirais feuille. Je dirais arbre. Je serais mouillé de toutes les
pluies, humecté de toutes les rosées. Je roulerais comme du sang
frénétique sur le courant lent de l'oeil des mots en chevaux fous en
enfants frais en caillots en couvre-feu en vestiges de temple en
pierres précieuses assez loin pour décourager les mineurs. Qui ne me
comprendrait pas ne comprendrait pas davantage le rugissement du
tigre. (...)
Partir. Mon coeur bruissait de générosités emphatiques. Partir...
j'arriverais lisse et jeune dans ce pays mien et je dirais à ce pays
dont le limon entre dans la composition de ma chair : « J'ai
longtemps erré et je reviens vers la hideur désertée de vos plaies
».
Je viendrais à ce pays mien et je lui dirais : “Embrassez-moi sans
crainte... Et si je ne sais que parler, c'est pour vous que je
parlerai».
Et je lui dirais encore :
« Ma bouche sera la bouche des malheurs qui n'ont point de bouche, ma
voix, la liberté de celles qui s'affaissent au cachot du désespoir. »
Et venant je me dirais à moi-même :
« Et surtout mon corps aussi bien que mon âme, gardez-vous de vous
croiser les bras en l'attitude stérile du spectateur, car la vie
n'est pas un spectacle,car une mer de douleurs n'est pas un
proscenium, car un homme qui crie n'est pas un ours qui danse... »


Aimé Césaire




-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 13, 2011  06:32

B a n a l

Rien que la masse de manoeuvre de la torpeur à manoeuvrer
Rien que le jour des autres et leur séjour
Rien que ce troupeau de douteux lézards qui reviennent plutôt gaiement
               du pâturage et leurs conciliabules infâmes aux découpes de
               bayous
               de mon sang méandre à mumbo-jumbo
Rien que cette manière de laper chaque hasard de mon champ vital
               et de raréfier à dose l'ozone natal
Rien que le déménagement de moi-même sous le rire bas des malebêtes
Rien que l'hégémonie du brouillard qu'atteste la nappe qu'il s'est tirée
                sur la cendre des vies entraperçues des tours écroulées
                de désirs à peine mâchés puis recrachés (épaves qui
s'absentent)
Rien que du passé son bruit de lointaine canonnade dans le ciel
Je ne le sais que trop
Un visage à organiser
Une journée à déminer
Et toujours cette maldonne à franchir étape par étape
à charge pour moi d'inventer chaque point d'eau.

Aimé Césaire
_______________________________

commentaire
(...)   Le poème s'ouvre sur une impression de lourdeur, de pesante lenteur, couvrant la
scène d'un climat accablant"
(...) Cette "masse de manoeuvre de la torpeur à manoeuvre", c'est le peuple
martiniquais, insouciant, inconscient, sans doute, mais c'est aussi le poète lui-même
dans son quotidien ressenti comme routinier, monotone, sans perspectives. "
(...) "un visage à organiser une journée à délimiter.....
    le poète , homme politique, architecte a la charge d'organiser sa mission de maire au
service de ses concitoyens
_________________________
Introduction à "Moi , laminaire...d'Aimé Césaire, par M.Souley Ba, René Hénane et Lilyane
Kesteloot, chez L'Harmattan
*Ce message a été édité le 13-Dec-2011 6:32 AM par -grimalkin-*

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 16, 2011  03:58

(sans titre)

les chercheurs de silex
les testeurs d'obsiduenne
ceux qui suivent jusqu'à
l'opalescence
l'invasion de l'opacité
les créateurs d'espace

allons les ravisseurs du Mot
les détrousseurs de la Parole
il y avait belle lurette qu'on leur
avait signifié leur congé
de la manière la plus infamante

Aimé Césaire

commentaire :
Manuscrit non daté sur papier à en-tête de l'Assemblée nationale
Poème qui a pour objet l'engagement politique, cette plongée au fond de l'inconnu, en
une expérience vertigineuse et risquée, que notre époque, éprise de certitudes et de
résultats pratiques ne tolère plus
(...) ces "chercheurs de silex, ces testeurs d'obsidienne, sont créateurs d'espace, des
poètes dont l'action est de chercher, tester, réinventer les mots pour retrouver leur Être,
extraire la Vérité du monde.

Introduction à Moi laminaire...d'Aimé Césaire
L'Harmattan

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 17, 2011  03:17

j'ajoute un post déjà édité de poèmes d'Aimé Césaire

*******
Recherche

Prophétie


où l'aventure garde les yeux clairs
là où les femmes rayonnent de langage
là où la mort est belle dans la main comme un oiseau
saison de lait
là où le souterrain cueille de sa propre génuflexion un luxe
de prunelles plus violent que des chenilles
là où la merveille agile fait flèche et feu de tout bois

là où la nuit vigoureuse saigne une vitesse de purs végétaux

là où les abeilles des étoiles piquent le ciel d'une ruche
plus ardente que la nuit
là où le bruit de mes talons remplit l'espace et lève
à rebours la face du temps
là où l'arc-en-ciel de ma parole est chargé d'unir demain
à l'espoir et l'infant à la reine,

d'avoir injurié mes maîtres mordu les soldats du sultan
d'avoir gémi dans le désert
d'avoir crié vers mes gardiens
d'avoir supplié les chacals et les hyènes pasteurs de caravanes

je regarde
la fumée se précipite en cheval sauvage sur le devant
de la scène ourle un instant la lave
de sa fragile queue de paon puis se déchirant
la chemise s'ouvre d'un coup la poitrine et
je la regarde en îles britanniques en îlots
en rochers déchiquetés se fondre
peu à peu dans la mer lucide de l'air
où baignent prophétiques
ma gueule
ma révolte
mon nom.

Aimé Césaire

***

entrée symbolique d'Aimé césaire au Panthéon :


La France a rendu mercredi un hommage solennel hautement symbolique à Aimé
Césaire, poète, dramaturge et homme politique martiniquais mort en avril 2008, dont le
nom est désormais gravé au Panthéon aux côtés de ceux de Victor Schoelcher, Zola,
Hugo ou Jean Moulin. La dépouille d'Aimé Césaire restera, conformément à sa volonté,
en Martinique. Une plaque portant son nom est désormais scellée dans la crypte du
Panthéon. Nicolas Sarkozy, qui a participé à la cérémonie aux côtés de la famille du
poète, de plusieurs ministres, dont François Fillon, d'élus ultramarins et d'un millier
d'invités, a salué "le combattant inlassable de la cause martiniquaise et de la négritude".


En 2005, le poète martiniquais avait refusé de recevoir celui qui était alors ministre de
l'Intérieur pour dénoncer la loi controversée sur les bienfaits de la colonisation. Les deux
hommes s'étaient ensuite réconciliés et le chef de l'Etat avait présidé les obsèques
nationales d'Aimé Césaire en 2008 à Fort-de-France. A cette occasion, la population avait
scandé "Eia" (hourrah en créole) pour leur poète, mot repris mercredi par la première
secrétaire du PS Martine Aubry. Immense figure du XXe siècle et inclassable avocat des
opprimés, Aimé Césaire, né le 26 juin 1913 à Basse-Pointe en Martinique, est mort le 17
avril 2008 à 94 ans. Il avait consacré 56 ans à la vie politique.



***

Le crystal automatique

allo allo encore une nuit pas la peine de chercher c'est moi l'homme des cavernes il y a
les cigales qui étour- dissent leur vie comme leur mort il y a aussi l'eau verte des lagunes
même noyé je n'aurai jamais cette couleur- là pour penser à toi j'ai déposé tous mes
mots au monts de-piété un fleuve de traineaux de baigneuses dans le courant de la
journée blonde comme le pain et l'alcool de tes seins

allo allo je voudrais etre à l'envers clair de la terre le bout de tes seins à la couleur et le
gout de cette terre-la

allo allo encore une nuit il y a la pluie et ses doigts de fossoyeur il y a la pluie qui met ses
pieds dans le plat sur les toits la pluie a mangé le soleil avec des baguettes de chinois

allo allo l'accroissement du cristal c'est toi...c'est toi ô absente dans le vent et baigneuse
de lombric quand viendra l'aube c'est toi qui poindras tes yeux de rivière sur l'émail bougé
des îles et dans ma tête c'est toi le maguey éblouissant d'un ressac d'aigles sous le
banian

Aimé Césaire


***

Jour et Nuit

le soleil le bourreau la poussée des masses la routine de mourir et mon cri de bête
blessée et c'est ainsi jusqu'à l'infini des fièvres la formidable écluse de la mort
bombardée par mes yeux à moi-même aléoutiens qui de terre de ver cherchent parmi
terre et vers tes yeux de chair de soleil comme un négrillon la pièce dans l'eau où ne
manque pas de chanter la forêt vierge jaillie du silence de la terre de mes yeux à moi-
même aléoutiens et c'est ainsi que le saute-mouton salé des pensées hermaphrodites
des appels de jaguars de source d'antilope de savanes cueillies aux branches à travers
leur première grande aventure: la cyathée merveilleuse sous laquelle s'effeuille une jolie
nymphe parmi le lait des mancenilliers et les accolades des sangsues fraternelles.

Aimé Césaire,
Les armes miraculeuses, 1946 (extrait


(les poèmes d'Aimé Césaire par pierdelune)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 19, 2011  05:56





LA ROUE

La roue est la plus belle découverte de l'homme et la seule
il y a le soleil qui tourne
il y a la terre qui tourne
il y a ton visage qui tourne sur l'essieu de ton cou quand
tu pleures
mais vous minutes n 'enroulerez-vous pas sur la bobine à
vivre le sang lapé
l'art de souffrir aiguisé comme des moignons d'arbre par les
couteaux de l'hiver
la biche saoule de ne pas boire
qui me pose sur la margelle inattendue ton
visage de goélette démâtée
ton visage
comme un village endormi au fond d'un lac
et qui renaît au jour de l'herbe et de l'année
germe

Aimé Césaire (1913 )
Accueil du site Toute La Poésie

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : décembre 27, 2011  03:34

Ecoutez le monde blanc
horriblement las de son effort immense
ses articulations rebelles craquer sous les étoiles dures
ses raideurs d'acier bleu transperçant la chair mystique
écoute ses victoires proditoires trompeter ses défaites
écoute aux alibis grandioses son piètre trébuchement
Pitié pour nos vainqueurs omniscients et naïfs !

Aimé Césaire (1913

Je retrouverais le secret des grandes communications et des grandes combustions. Je
dirais orage. Je
dirais fleuve. Je dirais tornade. Je dirais feuille. Je dirais arbre. Je serais mouillé de
toutes les pluies,
humecté de toutes les rosées. Je roulerais comme du sang frénétique sur le courant lent
de l'oeil des mots
en chevaux fous en enfants frais en caillots en couvre-feu en vestiges de temple en
pierres précieuses assez loin pour décourager les mineurs. Qui ne me comprendrait
pas
ne comprendrait pas davantage le rugissement du tigre.
Et vous fantômes montez bleus de chimie d'une forêt de bêtes traquées de machines
tordues d'un jujubier de chairs pourries d'un panier d'huîtres d'yeux d'un lacis de lanières
découpées dans le beau sisal d'une peau d'homme j'aurais des mots assez vastes pour
vous contenir
et toi terre tendue terre saoule
terre grand sexe levé vers le soleil
terre grand délire de la mentule de Dieu
terre sauvage montée des resserres de la mer avec
dans la bouche une touffe de cécropies
terre dont je ne puis comparer la face houleuse qu'à
la forêt vierge et folle que je souhaiterais pouvoir en
guise de visage montrer aux yeux indéchiffreurs des
hommes

Aimé Césaire
*Ce message a été édité le 27-Dec-2011 3:37 AM par -grimalkin-*