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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
décembre 11, 2011 04:20
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La Source
Les autres sont des gens, Les autres sont des femmes, Les mains pleines d’argent, Pleine de bonheur, l’âme.
Moi, je suis dans le bois Qui ne sait, une Source, Je suis l’Eau que ne boit Personne dans sa course.
Je suis l’Eau qui jaillit De l’ombre. La tendresse Qu’au secret des taillis Emporte sa détresse.
L’Eau née avant le jour, Pour qu’au sec de la terre, À son limpide amour Un coeur se désaltère.
L’Eau pâle qui, plus tard Que le soir coule encore. L’Eau de pauvre regard Dont chaque larme implore.
Je suis l’Eau d’aujourd’hui Et demain qui ruisselle Pour rejoindre celui Qui n’a pas besoin d’elle.
Je suis l’Eau qui se perd, En vain vive, en vain pure, En vain bonne, à travers De trop seules verdures.
Je suis celle qui court Pour qu’enfin son Eau meure, La Source qui toujours Aura soif et qui pleure.
(Marie Noël, « Chants des temps irréels » (Agonia net)
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
décembre 1, 2011 08:10
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Chèvre-feuille.
La belle Chèvre-Feuille Fleurit à la Saint-Jean, Au temps où l’Amour cueille Toutes les fleurs des champs.
Elle a bondi plus vive Qu’un petit chevreau blanc : « Qui me fera captive ? Est-ce un de ces galants ? »
S’élance sur la haie, Les cornes en avant ; Du haut de l’épinaie A nargué ses amants :
A monté sur la tête Du houx le plus méchant ; A grimpé jusqu’au faîte Du chêne le plus grand.
Sur la plus haute branche A rencontré le vent, Et le ciel qui se penche, Et le Bon Dieu dedans…
Voici passer octobre… Que fait-elle à présent ? « Dis-moi, dis, rouge-gorge, L’as-tu vue en volant ?
As-tu de ses nouvelles Que rapporte le vent ?... - Chèvre-Feuille, la belle, Est entrée au couvent.
Dans le buisson qui veille Et voit l’hiver venant, Elle est dans sa chapelle D’épine et de tourment.
Sur son chapelet rouge Aux grains couleur de sang, Elle prie pour la route Et pour tous les passants. »
Marie Noël. " Chants et Psaumes d’automne" 1947.
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
décembre 1, 2011 08:16
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Chant dans le vent.
À Yves-Gérard Le Dantec
Le vent emporte au loin sa fille qui pleure, Le vent va la cacher loin dans son pays, Le vent que la terre et le ciel ont trahi Fuit sans terre ni ciel, fuit vers sa demeure.
Il fuit parmi les collines effrayées. Par les blés tourmentés, les seigles… Il fuit… En vain la petite église agenouillée Sur les chaumes se voue à prier pour lui.
Il fuit les prés, l’étang, la lande, il s’enfonce Dans la grande mélancolie au long soir Où nul n’est entré derrière les bois noirs, Où se perd l’écho sans donner de réponse.
Il fuit où ne sait plus personne. C’est là, Quelque part dans une angoisse qu’il traverse, C’est là que tout bas, plaintivement, il berce Sa fille qui va mourir du mal qu’elle a.
C’est là que d’une haleine pas entendue, Il caresse, il chante avec un cri fermé, Il endort à mi-voix sa fille perdue Dont le chagrin jamais ne sera calmé.
Marie-Noël. "Chants et psaumes d'automne" 1947.
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
décembre 1, 2011 08:28
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Chant de rouge-gorge.
Au mois de mai j’avais le cœur si grand Que pour l’emplir je me suis en allée Cherchant l’amour sans savoir quelle allée, Pour le rencontrer, quel chemin on prend…
Rouge-gorge, au fond du bois incolore, Au bout des sentiers dont il te souvient, Du printemps, sais-tu s’il en reste encore ? L’hiver vient…
J’allais, j’allais. Où trouver de l’amour ? Au bas de la côte, au faîte, derrière ? Au fond du bois, au bout de la rivière ? Ici, là-bas, à ce prochain détour ?...
Rouge-gorge, au fond du bois incolore, Au bout des sentiers dont il te souvient, De l’été, sais-tu s’il en reste encore ? L’hiver vient…
Quand je le vis, je n’osai pas à temps M’en approcher ou lui faire une avance; Je l’attendais ouvrant mon cœur immense… Il n’est tombé qu’une goutte dedans…
Rouge-gorge, au fond du bois incolore, Au bout des sentiers dont il te souvient, Du soleil, sais-tu s’il en reste encore ? L’hiver vient…
Est-ce là tout, cette goutte, est-ce tout ? Je voudrais bien recommencer l’année, La goutte d’eau qui m’était destinée, Je voudrais bien la boire encore un coup…
Rouge-gorge, au fond du bois incolore, Au bout des sentiers dont il te souvient, Des feuilles, sais-tu s’il en reste encore ? L’hiver vient…
Est-ce bien tout ?... Peut-être, dans un coin Que j’oubliai, peut-être avant la neige, Un peu d’amour encor le trouverai-je, Peut-être ici, peut-être un peu plus loin…
Rouge-gorge, au fond du bois incolore, Au bout des sentiers dont il te souvient, Du bonheur, sais-tu s’il en reste encore ? L’hiver vient…
Marie Noël. " Les Chansons et les Heures" 1920
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
décembre 1, 2011 10:43
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Marie Noël est elle -même une inépuisable source de poésie inspirée par ...? à vous de choisir selon vos convictions. Il m'a semblé qu'en cette période qui pour moi est religieuse, il était bon de relire les poèmes d'une si belle âme
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
décembre 2, 2011 03:27
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Marie-Noël a aussi écrit des poèmes d'amour...
Chant du chevalier
Il était noble, il était fort. Il se battait pour une reine. Il était noble, il était fort Et fidèle jusqu’à la mort.
Il la prit par la main un soir. - C’était la plus pauvre des reines – Il la prit par la main un soir Et la fit sur le trône asseoir.
Il posa la couronne d’or - C’était la plus humble des reines – Il posa la couronne d’or Sur sa tête comme un trésor.
Haut l’épée, il se tenait droit - C’était la plus faible des reines – Haut l’épée, il se tenait droit Pour la défendre, elle et son droit.
À ses pieds tristes, en vainqueur, - C’était la plus triste des reines – À ses pieds tristes, en vainqueur, Il mit le monde… Hors son cœur.
Il mourut pour sa reine un jour. - C’était la plus pauvre des reines – Il mourut pour sa reine un jour…
Il aimait une autre d’amour.
(Marie Noël, « Chants légendaires » in Chants d’arrière-saison, 1961)
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
décembre 2, 2011 13:55
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c'est une bonne initiative, Grim en ce temps de l'Avent.. un peu de gravité ne nuit pas..
Chant de feuille morte.
Si j'eus un charme, il m'est ôté. Une autre fut belle à côté, Fut reine...et moi si pauvre, si !....
Mais qui de la feuille a souci ?
Hors l'aimer, je ne valais rien. Il m'a quittée, il a fait bien : On punit les pauvres ainsi.
Mais qui de la feuille a souci ?
Pourquoi - si dur ! - ah ! pourquoi tant l'aimè-je, comme si le temps N'avait changé, n'avait noirci ?
Mais qui de la feuille a souci ?
J'ai beau très tard errer, très loin, Je ne sais pas où l'aimer moins D'un coeur brisé, d'un coeur transi.
Mais qui de la feuille a souci ?
Dis-moi, le vent, dis-moi, la mer, Dis-moi, la grand-neige d'hiver, La Mort est-elle par ici ?
Mais qui de la feuille a souci ?
Marie-Noël. "Oeuvre poétique".
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
décembre 2, 2011 14:07
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Je ne sais pas...
Je ne sais pas ce que je possède, Je ne sais pas où m'en alléger, Viens mon Ami, accours à mon aide. Prends mal et bien, prends tout ce que j'ai.
Un bonheur plein de telle détresse Qu'il brisera la vie en mes mains ; Un malheur plein de tendresse Qu'il guérira les pires chemins.
Je ne sais pas si je te courrouce, Déshéritée ou riche, te plais... Peut-être suis-je en pleurant plus douce Qu'en souriant une autre ne l'est.
Je ne sais pas.. sache-le toi-même, Si je te puis être chère ou non.. Je ne sais pas si je vaux qu'on m'aime.. Je ne sais pas.. je ne suis qu'un don.
Marie-Noél.
Choisir selon ses convictions,c'est difficile... cette auteur est si attachante.. mais ce"Je ne sais pas..." emporte toute mon adhésion....
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
décembre 3, 2011 04:19
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Crépuscule
L’heure viendra… l’heure vient… elle est venue Où je serai l’étrangère en ma maison, Où j’aurai sous le front une ombre inconnue Qui cache ma raison aux autres raisons.
Ils diront que j’ai perdu ma lumière Parce que je vois ce que nul œil n’atteint : La lueur d’avant mon aube la première Et d’après mon soir le dernier qui s’éteint.
Ils diront que j’ai perdu ma présence Parce qu’attentive aux présages épars Qui m’appellent de derrière ma naissance J’entends s’ouvrir les demeures d’autre part.
Ils diront que ma bouche devient folle Et que les mots n’y savent plus ce qu’ils font Parce qu’au bord du jour pâle, mes paroles Sortent d’un silence insolite et profond.
Ils diront que je retombe au bas âge Qui n’a pas encore appris la vérité Des ans clairs et leur sagesse de passage, Parce que je retourne à l’Éternité.
(Marie Noël, Chants d’arrière-saison, 1961)
(même elle....la terreur de ne plus être....elle-même...à cause de l'âge venant....)
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
décembre 4, 2011 10:39
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Mon bien-aimé s’en fut chercher l’amour,
Mon bien-aimé s’en fut chercher l’amour Dès le matin parmi les fleurs écloses. Pour le trouver il effeuillait les roses Couleur du soir, de l’aurore et du jour. Mon bien-aimé n’a pas trouvé l’amour.
Je l’attendais, pâle et grise lavande, Et tout mon cœur embaumait son chemin. Il a passé… j’ai parfumé sa main, Mais il n’a pas vu mes yeux pleins d’offrande.
Mon bien-aimé s’en fut chercher l’amour Au verger mûr quand midi l’ensoleille. Pour le trouver il goûtait la groseille, La pomme d’or, la pêche, tour à tour… Mon bien-aimé n’a pas trouvé l’amour.
Je l’attendais, fraise humble à ses pieds toute, Et mon sang mûr embaumait son chemin. Hélas ! mon sang n’a pas taché sa main. Il a marché sur moi, suivant sa route.
Vent du ciel ! Vent du ciel ! éparpille mon cœur ! Je n’en ai plus besoin. Ô brise familière, Perds-le ! Dessèche en moi ma source, éteins ma fleur, Ô vent, et dans la mer va jeter ma poussière !
(Marie Noël, Les Chansons et les Heures, 1920)
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
décembre 4, 2011 13:59
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Berceuse de la Mère-Dieu Mon Dieu qui dormez faible entre mes bras, Mon enfant tout chaud sur mon cœur qui bat J’adore en mes mains et berce étonnée La merveille, ô Dieu, que m’avez donnée De fils, ô mon Dieu, je n’en avais pas Vierge que je suis, en cet humble état Quelle joie en fleur de moi serait née ? Mais Vous, Tout-Puissant, me l’avez donnée. Que rendrai-je à Vous, moi sur qui tomba Votre grâce ? Ô Dieu, je souris tout bas Car j’avais aussi, petite et bornée, J’avais une grâce et Vous l’ai donnée. De bouche, ô mon Dieu, Vous n’en aviez pas Pour parler aux gens perdus d’ici-bas… Ta Bouche de lait vers mon sein tournée Ô mon fils, c’est moi qui te l’ai donnée. De main, ô mon Dieu, Vous n’en aviez pas Pour guérir du doigt leurs pauvres corps las… Ta main, bouton clos, rose encor gênée Ô mon fils, c’est moi qui te l’ai donnée. De chair, ô mon Dieu, Vous n’en aviez pas Pour rompre avec eux le pain du repas… Ta chair au printemps de moi façonnée, Ô mon fils, c’est moi qui te l’ai donnée. De mort, ô mon Dieu, Vous n’en aviez pas Pour sauver le monde… Ô douleur ! là-bas, Ta mort d’homme, un soir, noire, abandonnée, Mon petit, c’est moi qui te l’ai donnée. Marie Noël. " Le Rosaire des joies"
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Marie-elisabeth 
Modérateur
France 
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Date du message :
décembre 4, 2011 14:21
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Berceuse de la grand-mère.
Dors maintenant, dors.. Détache ton âme Ses pensers volants, le bruit du jour, sa flamme, Laisse le temps s'en retirer tout bas... Hier n'est plus, ce soir n'est rien, demain n'est pas.
Dors, ne crains rien, dors... Ce n'est rien que la vie, Rien.. cette minute expirante et suivie Déjà d'une autre. Enfant, quels vains effrois ! On n'endure jamais qu'un moment à la fois. Dors, ne tourne pas ton coeur pâle en arrière. Dors, ne penche pas en avant ta lumière.
Fol est qui souffre au-delà de l'instant ; Le malheur d'aujourd'hui n'en demande pas tant.
Dors, n'attends rien, dors... Prends ce que Dieu te donne.
Dors, laisse en aller l'amour qui t'abandonne. Aime toujours. Va, pauvre enfant peureux, On n'a pas besoin de bonheur pour être heureux.
Va, tout ira bien, dormons.. Après, qu'importe ? Je vois du soleil sur le seuil de la porte De quoi poser le pied pour un seul pas.
Dors, la paix sur nous sera bientôt levée. Dors, la Mort sera à l'heure arrivée. Laisse-toi porter par le temps qui court. Il sait la route, dors.. Vivre et mourir est court.
Marie-Noël. "Les Chansons et les heures".
J'avais déjà posé ce poème dans "En Attendant la fin du monde".. mais je le trouve bien joli, et plein de certitude. et de vérité....
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
décembre 5, 2011 03:35
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oui, Marie-Elisabeth, lire Marie Noël en ce moment, c'est absorber un supplément d'âme et cela fait du bien !
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
décembre 10, 2011 03:54
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Sans repos
Mon corps las en dormant a réchauffé mon lit… Ma fatigue d’hier est restée en mes membres Et mon maître déjà, le matin de décembre M’appelle dans la rue où la rumeur grandit.
Dresse tes os, debout. Lève-toi, debout femme !… Mais est-ce bien la peine, ô Dieu, d’avoir une âme ?
Cours balayer la ville et les faubourgs avant Que le riche en habit de gala n’y circule. Abandonne à l’hiver, laisse en plein crépuscule, Ta maison engourdie et tes petits rêvant.
Le temps court, cours aussi, cours après lui, cours femme Mais est-ce bien la peine, ô Dieu, d’avoir une âme ?
Huit heures, cours laver à la rivière où l’eau Attend sous un glaçon tes poignets pour les mordre, Le linge qu’ont sali les autres, va le tordre, Râpe afin qu’il soit blanc sa crasse avec ta peau.
Frotte, les jours sont courts, le pain cher, frotte femme ! Mais est-ce bien la peine, ô Dieu, d’avoir une âme ?
Les jours sont courts, ô femme et ton logis est loin. Midi… cherche la croûte en ta poche cachée, Vite, donne à ta chair de pauvre la bouchée Dont pour s’user à gagner l’autre elle a besoin.
Mange ton pain, ton pain te mange, mange ô femme. Mais est-ce bien la peine, ô Dieu, d’avoir une âme ?
Le temps s’amuse en ville, en fête, il s’est perdu… Et te voilà toujours à genoux sur la berge. Et l’eau cingle toujours tes doigts à coups de verge… Quelle heure est-il ? Ô soir, ô soir béni, viens-tu ?
Encore une heure, une heure encore, encore femme… Mais est-ce bien la peine, ô Dieu, d’avoir une âme ?
Le soir est là… va-t-en, grêle sous les draps lourds Dans le brouillard avec ton fardeau de gelée, Va-t-en pliée en deux, vite, et cache à l’onglée Sous ton tablier roide en marchant tes poings gourds.
Marche vite, il fait froid, il fait noir, marche femme… Mais est-ce bien la peine, ô Dieu, d’avoir une âme ?
Rentre vite, tes gars aux pierres du chemin Ont déchiré leurs bas, et leur veste à la haie. Prends du fil, une aiguille et sans étoffe essaye De boucher tous les trous ou presque avant demain.
Il est tard, hâte-toi, travaille, hâte-toi femme… Mais est-ce bien la peine, ô Dieu, d’avoir une âme ?
Veille… Avant chaque point, lutte, quand tout se tait, Pour rouvrir tes yeux las, avec le poids du somme, Lutte en silence au lieu de rejoindre ton homme Jusqu’au jour dans le lit qui n’a pas été fait.
Encore un point, un point encore, encore femme… Mais est-ce bien la peine, ô Dieu, d’avoir une âme ?
Ah! le temps du repos quand viendra-t-il ? Le temps Ô mon homme de nous aimer tout à notre aise ? Le temps, ô mes petits, de m’asseoir sur ma chaise Pour vous bercer sur mes genoux quelques instants ?...
Encore un point, un point encore, encore femme. Mais est-ce bien la peine, ô Dieu, d’avoir une âme ?
Quand viendra-t-il le temps de m’arrêter ? Le temps De regarder parfois dans mon cœur le visage Des pauvres morts ? Le temps d’y re-suivre au passage Mer chemins d’écolière à travers le printemps ?
Encore un point, un point encore… encore femme… Mais est-ce bien la peine, ô Dieu, d’avoir une âme ?
Ah! le temps de bercer un tout petit espoir Dans mon âme comme un enfant qui vient de naître. Quand viendra-t-il le temps d’attendre à la fenêtre Quelque bonne nouvelle en marche dans le soir ?
Encore un point, un point encore… encore femme… Mais est-ce bien la peine, ô Dieu, d’avoir une âme ?
Ah! le temps du repos quand viendra-t-il enfin ? Le jour me pousse vers la nuit de tâche en tâche. Et la nuit vers le jour me pousse sans relâche. Et le jour sans pitié me poussera demain.
Encore un jour, un jour encore… encore femme… Mais est-ce bien la peine, ô Dieu, d’avoir une âme ?
Ah! le temps du repos quand viendra-t-il ? là-bas Au fond d’un lit de terre avec un drap de neige… Dans la terre glacée ou bien au ciel ? Que sais-je ? Je ne sais rien… Ai-je le temps ?... Je ne sais pas.
Sans repos, sans espoir, use ta vie ô femme… Mais est-ce bien la peine, ô Dieu, d’avoir une âme ?
Marie-Noël 1913 (Agonia net)
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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
décembre 15, 2011 04:35
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Mon père me veut marier, Sauvons-nous, sauvons-nous par les bois et la plaine, Mon père me veut marier, Petit oiseau, tout vif te lairas-tu lier ?
L’affaire est sûre : il a du bien, - Sauvons-nous, sauvons-nous, bouchons-nous les oreilles - L’affaire est sûre : il a du bien… C’est un mari… courons, le meilleur ne vaut rien !
Quand il vaudrait son pesant d’or, - Qu’il est lourd, qu’il est lourd et que je suis légère ! - Quand il vaudrait son pesant d’or, Il aura beau courir, il ne m’a pas encor !
Malgré ses louis, ses écus, Ses sacs de blé, ses sacs de noix, ses sacs de laine, Malgré ses louis, ses écus, Il ne m’aura jamais, ni pour moins, ni pour plus.
Qu’il achète, s’il a de quoi, Les bois, la mer, le ciel, les plaines, les montagnes, Qu’il achète, s’il a de quoi, Le monde entier plutôt qu’un seul cheveu de moi !
Laissez-vous mettre à la raison Et garder au clapier, hérissons, chats sauvages, Laissez-vous mettre à la raison Avant qu’un sot d’époux m’enferme en sa maison.
Engraissez-vous au potager, Bruyères, houx, myrtils des bois, genêts des landes, Engraissez-vous au potager Avant qu’un sot d’époux ne me donne à manger.
Je suis l’alouette de Mai Qui s’élance dans le matin à tire d’ailes, Je suis l’alouette de Mai Qui court après son cœur jusqu’au bout du ciel gai !
J’y volerai si haut, si haut, Que les coqs, les dindons et toute la volaille, - J’y volerai si haut, si haut, - S’ils veulent m’attraper en seront pour leur saut.
Si haut, si haut dans la chaleur, - J’ai peur du ciel, j’ai peur, j’ai peur… les dieux sont proches - Si haut, si haut dans la chaleur, Qu’un éclair tout à coup me brûlera le cœur.
Et, brusque, du désert vermeil, Il vient, il vient, il vient !... Hui ! l’alouette est prise ! Et, brusque, du désert vermeil Un aigle fou m’emportera dans le soleil.
(Marie Noël, Les Chansons et les Heures, 1920) Agonia net
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