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-grimalkin- 
Admin famille
France 
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Date du message :
décembre 6, 2011 03:29
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Âmes au piquet :
Ils ont attaché mon âme au piquet,
Car en elle le feu d'un poulain caracolait,
Car en vain je la cravachais,
En vain je la chassais, la pourchassais.
Si sur le Champ hongrois vous voyez attachée
Une pouliche sanglante, écumeuse,
À l'instant tranchez-lui sa longe,
Car c'est une âme, une âme hongroise, sauvage.
***
Vainement me tentera ta neige de blancheur
Je te souillerai, je te salirai
Par la nuit la plus belle, la plus enneigée :
Vainement me tentera ta neige de blancheur.
.
Hors mon âme te forçant à monter,
Face à moi je manderai un jour
Ton ombre virginale aux blancs atours.
Vainement elle flottera, peureuse, frileuse :
Je l'éclabousserai toute de sanie,
D'encre, de sang, de larmes, de lie.
Elle tremblera vainement, vainement :
De soupçons, d'accusations je la tacherai,
De toxiques orties je la flagellerai.
Tout le temps qu'elle flottera, morose, amoureuse,
Sur ton ombre vagabonde mon rire éclatera,
Vers elle je soufflerai : « Va -t’en, je te renvoie. »
Andy Endre Poèmes neufs 1905
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-grimalkin- 
Admin famille
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Date du message :
novembre 20, 2011 05:15
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J’aimerais qu’on m’aime
Ni héritier, ni aïeul fortuné,
Ni souche de famille, ni familier,
Je ne suis à aucun,
Je ne suis à aucun.
Je suis ce qu'est tout homme : majesté,
Pôle nord, énigme, étrangeté,
Feu follet luisant loin,
Feu follet luisant loin.
Hélas, je ne sais pas ainsi rester,
J'ai envie que mon être soit manifesté,
Pour que me voie qui voit,
Que me voie qui voit.
Ma torture de moi par moi, mon poème,
Tout vient de là : j'aimerais qu'on m'aime
Et que quelqu'un m'ait,
Que quelqu'un m'ait.
Andy Endre (sur Esprits Nomades)
1-Poèmes traduits par Armand Robin en 1946 dans l’ÉDITION DE LA FÉDÉRATION ANARCHISTE
et repris dans son édition de 1951 au Seuil, puis Au temps qu’il fait.
*Ce message a été édité le 20-Nov-2011 5:17 AM par -grimalkin-*
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-grimalkin- 
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Date du message :
novembre 20, 2011 05:16
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Ady le chaman
Ady était très attaché aux mythes de la Hongrie éternelle, archaïque. Celle de la grandeur d’une nation, celle des cavaliers et guerriers. Et l’état de soumission qu’il voyait autour de lui le mettait en rage.
Sa poésie ne se fera pas épique ou nationaliste, mais comme une cavalcade furieuse. Dans les plaines immenses de ses vers, il plante sa sauvagerie, ses accents rauques et rudes.
Il se croit sorcier, il était d’ailleurs très superstitieux, hanté par le divin auquel il ne pouvait souscrire, lui le transgresseur. Pourtant éduqué dans le strict calvinisme, il est plus proche des prophéties des sorciers que de la bible qu’il cite sans cesse.
Il veut dans ses poèmes faire revivre des rêves primitifs, hors de l’histoire et dans la légende. Il se veut le grand imprécateur, le chaman moderne. Écartelé entre les murs étroits des chambres d’hôtel, et la folle immensité de la puszta hongroise, il se fait cheval fou.
Il est une conscience pour les Hongrois, un voleur de feu, un halluciné. Il semblait communiquer avec le ventre de la terre hongroise.
Hongrois, il l’était ivre des longues plaines, ces grandes prairies sauvages, de la « puszta » des chevaux fous :
Ensemble nous raillerions en signe d'ultime adieu ;
Nous péririons ensemble, l'un pour l'autre restant dieu.
Nous péririons avec ce cri :
« Crime et infamie est la vie,
Nous deux nous étions, seuls, propreté, neige blanche.
Il n’écrit pas de la poésie, il jette des sorts !
Il laisse une œuvre vaste et si mal connue hors de la Hongrie.
La faible lumière qui nous est parvenue laisse entrevoir un soleil ardent, étrange et obscur. Sa poésie est incantation, vaticination.
Elle reste un morceau de basalte noir que nous, pauvres francophones, ne pouvons qu’effleurer.
Gil Pressnitzer
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-grimalkin- 
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Date du message :
novembre 21, 2011 04:33
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Nouveaux chants des moissonneurs
Sur le chaume, des croix ! Au cimetière, des croix ! Sur l'épaule, sur notre cœur, des croix ! Loin sur les plaines, des croix ! Et seul le maître de la Croix n'est nulle part !
Sur la terre entière des croix ! Sur les tours, sur les poitrines, des croix ! Sur les biens de ce monde, des croix ! Et dans le ciel une voix : « Je l'ai bien mérité :
La croix, pourquoi pour eux l'ai-je portée ? »
(La fuyante vie 1912)
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Jours plus longs chaque jour
Seulement pour un seul jour me fait mal tout mal : Vingt-quatre heures, puis ne vient nul pire mal, Mais ce jour, unité-jour, chaque jour est plus long mal.
Déjà pal tout pointe est toute heure : Noirs, des masques de fer, s'abattent, trembleurs, Enfoncent pal à pal le mal dans mon cœur.
Je sais le destin passager des tortures Et si court fut chaque jour jusqu'à ce jour : Depuis les deuils jusqu'aux gaîtés jeu d'un bond très court.
La Joie, différemment aussi, je l'eus pour joie : En plus coi, plus tapinois, meilleur aloi : Dans mon sourire larme qui pour demain larmoie.
Troc splendide, avisé, j'ai troqué La Cène de ma gaîté, le Cana de ma gaîté, Instants faits de foudre en cette vie d'étrangeté.
Aujourd'hui je sais aussi : c'est vingt-quatre heures, Puis après un jour torture pas de jour plus torture. Oui, oh oui, mais ce jour est plus long chaque jour.
Andy Endre J'aimerais qu'on m'aime 1909 (Esprits Nomades,)
(et moi j'aime ce poète.....et j'aimerais bien qu'on me dise ce qu'on en pense....)
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-grimalkin- 
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Date du message :
novembre 23, 2011 11:13
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Plaie de braise et d’orties
Plaie de braise et d'orties je suis, et brasier, Je suis torturé par la clarté, par la rosée, Il faut que je t'aie, je viens te posséder, Je veux plus de torture : il faut que je t'aie.
Que ta flamme brandilIe, brasille, blanchoie, Les baisers supplicient, les désirs supplicient, C'est toi ma torture, ma géhenne à moi, Mes entrailles vers toi sont un cri, un tel cri.
Le désir m'a haché, le baiser m'a saigné, Je suis plaie, braise, faim de neuves tortures, Donne-moi des tortures, à moi l'affamé, Je suis plaie, baise-moi, brûle-moi, sois brûlure.
Poèmes neufs 1905
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Tu peux rester, tu pourras m’aimer
Avant elle et son corps féminin si frais Du parfum pour l'annoncer viendrait, Derrière elle tout délice viendrait, Pudiquement elle saluerait.
Elle m'ignorerait, ne m'aurait vu jamais, S'asseyant à mes pieds elle regarderait, Regard dans mes regards, et des heures crouleraient Et, craignant toute crainte, elle dirait :
« Je suis jeune fille, je suis étrangère, je suis pure, Aucun garçon ne me vit jamais, Je suis belle, je suis pauvre, je suis sans patrie, J'aimerais vous aimer. »
Et moi, regard dans ses regards, je la regarderais, La prenant pour malade ensauvagée, je lui dirais : « Jeune fille, que soit faite ta volonté, Tu peux rester, tu pourras m'aimer. »
Andy Endre
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-grimalkin- 
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Date du message :
novembre 25, 2011 11:41
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Ma fiancée
Que m'importe qu'elle soit le rebut des coins de rues, Pourvu qu'elle me soit jusqu'en ma tombe assidue !
Qu'elle se plante devant moi dans l'été brûlant, bouillant : « Toi, je t'aime, c'est toi celui que j'attends. »
Oui, reniée, chassée à coups de pieds, débauchée ! Seulement, ô dans son cœur de temps en temps regarder !
Si de brutes bourrasques nous surprennent blasphémants, Qu'ensemble nos pieds aillent croulant, s'écrasant.
Si à telle ou telle heure nos âmes sont des comblées, Ne trouvons que sur nos lèvres nos saluts et voluptés. Si je me vautre dans la poussière de la rue, là en bas, Qu'elle se penche sur moi, me protège de ses bras.
De part en part si me purifie un saint brasier, Survolons l'univers à coups d'ailes mêlés.
Qu'à jamais elle me baise, amante jamais changée, Dans les larmes, l'ordure, la souffrance, la saleté.
Que tout règne où mes songes se sont anéantis Me soit rendu par Elle : que soit Elle la Vie. Je vois en visage d'ange son visage fardé Mon âme y gît, avec mes jours de vivant, de décédé.
Fracassant jusqu'au dernier décalogues, enchaînements, Mortellement nous raillerions le monde grouillant.
Ensemble nous raillerions en signe d'ultime adieu ; Nous péririons ensemble, l'un pour l'autre restant dieu.
Nous péririons avec ce cri : « Crime et infamie est la vie, Nous deux nous étions, seuls, propreté, neige blanche. »
Andy Endre Traductions de Margit Molnar Esprits Nomades
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-grimalkin- 
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Date du message :
novembre 27, 2011 03:44
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j'ai une tendresse particulière pour ce poète qu'Esprits nomades m'a fait rencontré : si un de ses livres croise ma route ....je le reconnaitrai... **********
En parenté avec la Mort
Je suis un parent de la Mort,
j’aime l’évanescence de l’amour,
j’aime adresser mes baisers
à ceux qui seront du passé.
J’aime les roses qui sont souffrantes,
les femmes fanées quand elles désirent
les temps d’automne,
rayonnants, mélancoliques.
J’aime le rappel plein de fantômes
de tristes heures monotones,
le visage moqueur de la Mort,
de la grande, de la sainte Mort.
J’aime ceux qui partent en voyage,
ceux en larmes et ceux qui dorment,
les champs sous les pluies givrées
au temps de l’aube glacée.
J’aime le renoncement fatigué,
les pleurs sans larmes et la paix ,
le refuge des poètes, des sages,
l’hospice des malades.
J’aime le déçu, l’handicapé,
celui qui s’est déjà arrêté,
qui ne croit pas, celui qui est sombre,
ce qui est ainsi : le monde.
Je suis un parent de la Mort,
j’aime l’amour évanescent,
j’aime adresser mes baisers
à ceux qui seront du passé.
Andy Endre
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-grimalkin- 
Admin famille
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Date du message :
novembre 30, 2011 03:58
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Je veux te garder
Il me rend fou, cette réalité pleine de baisers,
Ce grand accomplissement,
Cet abandon, cette bonté.
Tombant sur tes genoux, en pleurs, en désir,
Je te supplie, ma dame :
Poursuis, chasse-moi dans la nuit.
Lorsque mes lèvres sont les plus brûlantes,
Que les tiennes deviennent gelées,
Et marche, piétine sur mon corps en riant.
Ils sont bourreaux, les vifs désirs,
Outrage est le plus beau présent :
Je te quitte parce que très fort, je te désire.
Que je puisse voir ton corps enflammé
De plaisir, toujours en conquête,
Sur les oreillers parfumant du passé.
Comme je veux te garder pour l’éternité,
Je choisis comme veille pour toi,
Le lointain qui enveloppe de beauté.
Qu’il puisse me rester mon rêve infini
D’une femme qui m’aime
Et pour qui je vis l’éternel désir.
ADY Endre (avec mes excuses....ce n'est pas Andy mais Ady...
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-grimalkin- 
Admin famille
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Date du message :
décembre 2, 2011 03:33
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Messies hongrois
Ici, les larmes sont plus salées et les souffrances différentes Messies pour mille fois les Messies hongrois.
Ils meurent pourtant à mille reprises leur croix n’apporte pas de salut car ils n’ont rien pu, ô, ils n’ont rien pu.
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Du sang et de l’or
Il m’est égal, à mes oreilles si le désir halète ou la peine gémit, si c’est du sang qui goutte ou de l’or qui brille.
Je sais, j’affirme que c’est le Tout et tout le reste ne vaut rien, du sang et de l’or, du sang et de l’or.
La mort prend tout et tout trépasse, gloire, rang, salaire et chant, les seuls qui survivent, le sang et l’or.
Des nations meurent et se réengendrent, il est saint le brave qui, comme moi, n’a qu’une seule foi : du sang et de l’or.
Ady Endre (Esprits Nomades)
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