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  Famille : Révèlations poètiques.


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Auteur

Sujet : Imposer le plaisir à ta peau(alain borne)

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : novembre 21, 2011  04:34



ALAIN BORNE (esprits nomades)


Imposer le plaisir à ta peau comme la faux aux iris


Poète et avocat - avocat ou poète.

**********************

"Dommage, mais pour qui... sa vie privée s'entasse discrètement d'années en années
sans que de bruits en courent.

sans de folles amours à poursuivre..., seul, aux multiples soupçons du poème se guide
le lecteur, grattant de lui - même tout le sang, l'amour et le sperme qui veillent d'une
femme à une autre, d'une chose à une autre et des mots à

leur fin.

Et là alors, se plante la vie au centre du poème, ce pieu d'obsession que si peu d'entre
nous savent bien dire - bien maudire.

Cette obsession personnelle et intime, qu'il suffit d'encrer dans des pages...
Cet amour qui se couve la nuit, le jour...
Cette mort entre les syllabes qui culbute la phrase et le cœur dans la phrase...
Ce sang qui coule et se retient...
Cette âme dans des membres et les membres qui grincent en implorant quel Dieu ?...
Ca y est...
Le poème dort enfin qui venait lui servir de cage. de repère ébloui où jeter ses amours,
ses crimes, Lislei.,.

Mais mon propos n'est pas d'*****yser ou d'expliquer les extravagances d'un BORNE ou
de tout poète.

Extravagances sentimentales, érotiques, humaines et quotidiennes, celles de BORNE
comblent déjà tous ses textes jusqu'aux espaces qui s'y voilent, qu'il serait impossible de
ne pas atteindre ses fièvres et d'y glisser nos yeux comme

dans une plaie sans cesse ouverte entre l'âme et le cœur, entre l'air et le sexe et les
fleurs du jardin de Saint-Pont...

Marie Bauthias (Novembre 1990 « Revue l’Abat-Jour »)

*****************
ALAIN BORNE.

Né le 12 Janvier 1915 à SAINT-PONT.
Dès vingt ans publie ses premiers poèmes.
Fréquente P. Seghers, A Beguin. L.Aragon, P. Eluard, P. Emmanuel.
H. Michaux restera le poète qui l'impressionne le plus.
Meurt accidentellement le 21 Décembre 1962 sur une route du Vaucluse.
Mais ma nature est d'être sans foi, sans espérance, sans charité. Et de ne
voir dans l'homme qui me ressemble que l'animal qui me ressemble et va

mourir...

... inutile mois d'août,
tu pèses à mes cuisses,
loin de mon plaisir,
et tes os respirent
un air étranger,
et ta laine fauve
froide de salive,
appuie son ennui
à mes lèvres closes...

            Chanter et non crier, parler et non écrire.
La seule que j'aime est loin de moi à écraser des
                        lits pleins de semence.
Elle jonche de lis l'ordure puis elle s'en pare.
Avoir la mort au fond du cœur n'est rien au prix
          de cette balle de soleil et de boue dont je ne
            parviens pas à vraiment mourir.


L'amour et la poésie sans borne

Alain Borne aura aimé le palais idéal de l'amour et celui du facteur Cheval, la peau des
femmes et celle des harengs. Il aura voulu écrire car pour lui écrire « C'est contre la mort
que j'écris, comme on écrit contre un mur. C'est contre la mort que j'écris » (la nuit me
parle de toi). Il aura tant douté « Pourquoi est-ce en tant de mots que je n'ai rien dit ? ».
Sa parole ne s'entend plus, peut-être le voulait-il ainsi. « Si je savais ce qu’est l’amour, je
me tairais longuement. » et les mots d'Alain Borne seront toujours posés sur les jupes
des femmes et à la margelle de la mort.

Sous les costumes impeccables et mornes, sous la robe d'avocat, sous tout le poids de
cette province de Montélimar secrète et hautaine, vivait en exil perpétuel un poète
tremblant du désir des femmes et hurlant de peur de disparaître. Ce grand écart entre un
grand bourgeois, plus ou moins raide comme le justice et la poésie sonnante et
trébuchante qu'il écrit amplifiera certainement ses fossés intérieurs. Mais avocat il
restera sur ses hauteurs éthiques et sera la parole des prévenus FLN, et toujours avocat
de la défense jamais de l'accusation.

Corseté dans son personnage et enfermé dans son moi, il aura écrit des textes inégaux
mais beaucoup sont des écrits majeurs. Il refusait des influences trop vite collées à sa
poésie (Valery, Saint-John Perse,..), il était plus près de Milosz et de Rilke et aussi du réel
vu comme Michaux et de la révolution intérieure malgré sa silhouette caricaturale de
bourgeois et de haut membre du Rotary Club, ce qu'il fut si longtemps. Homme bien,
homme de biens, beau parleur en plaidoirie, toujours sur ses gardes, il était en grand
désespoir en fait. Il ne se livrait presque pas à ses amis, encore moins à ses auditeurs
quand il lui advenait de faire lecture. De haut de sa haute taille il voyait au loin les
hauteurs inaccessibles.


« Pour moi la poésie seule est la vie, tout le reste est subsistance »


Solitaire il sera, même en poésie. Brillant, il n'aspirait qu'au silence. Il était toujours de
l'autre côté des miroirs et des apparences.

« Il est inutile de crier. Le piège est profond et je descends en chantant, sachant que c'est
un piège et que je ne retrouverai jamais l'air libre où les étoiles tremblent comme des
yeux que le vent touche »


Pourtant cette peur de se livrer s'efface quand on lit simplement certains de ces poèmes.
Et ses mots en marge de la vie première deviennent révélateurs. il aura vraiment vécu
dans la panique des poèmes et l'odeur des femmes. A-t-il d'ailleurs eu une enfance ? La
sienne aura été dans l'aura de sa mère, sa surprotection aussi. Il ne lui survivra qu'un an.
Il aura été élevé, enfant unique, par des femmes exclusivement et ensuite au travers du
corps des autres femmes il recherchera cette douceur première. Sa faim et sa soif des
femmes ne seront jamais comblées, et l'absence toujours triomphera.


Il ne voyait l'amour que comme il doit être vu : comme la foudre. Il sera ivre de femmes,
de peinture, de vie et de mort.

Lourde, lourde était la province pesant sur ses épaules avec toutes les fenêtres qui vous
épient, ce Montélimar bien pensant et la tradition familiale qui en faisait un homme gris,
mais un homme bien comme il faut aux yeux des futiles. Son pessimisme deviendra un
chant de plus en plus grave et concentré :


« Tu es pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon néant ». Cette horreur du trou béant et de
la vermine à nous accueillir le terrorise. Et la vie sera cela :
C'est le passage du noir au noir à travers de la lumière que je chante. Écoutez mon
histoire elle va de la mort à la mort, mais j'ai vécu et surtout « je sais que tout est néant,
mais j'aime le néant et je le chante.


Il est fermé, sa poésie se veut dense et énigmatique, avec pourtant tant de bouteilles à la
mer, qu'un autre Alain Borne sourd à chaque vers. Celui pris vif dans le triangle sacré de
l'amour, de la mort et du rêve. L'enfance et les saisons viendront se perdre dans ce
triangle. Il aura couru "à la remorque de son sexe et de son espoir, cherchant au-devant
de lui la pointe irréelle du triangle". Nous en sommes sans doute tous là.


Je fais taire mes jours, j'écoute la montagne...Je voudrais que ce chemin soit moins seul
d'être redit. je voudrais y retrouver ma trace et que la même neige conserve les mêmes
marques.


Cette disparition déjà vécue au présent, noue la gorge à ses poèmes, et fait son vertige.


Je m'endors et je meurs.
Quand je serai mort
vous ne penserez plus à moi
avec moi mourra ma musique.
et si des lèvres vives la chantent encore
ce seront elles que vous aimerez
(en une seule injure)


Des amis, Paul Vincensini, Philippe Biget et Max Alhau auront su empêcher le froid oubli
et garder vive la présence d'Alain Borne.


Ténébreux et inconsolé Borne est passé, secret et laissant dans le corps de ses
poèmes des silences transparents.


« J'évite encore la mort en écrivant un poème »


   Il y a des poèmes qui ne se nourrissent ni de roses ni d’oiseaux, qui ne boivent pas la
rosée des fleurs, qui ne se penchent pas sur la source, qui n’aiment pas les jeunes filles
à l’instant du bourgeon.
   Ils ont un visage dur et une odeur d’hiver qui dédaignerait la neige.
   Ils parlent de chevaux, de labours, d’humbles herbes, d’enfants sans jouets.
   L’amour y semble caché mais apparaît soudain aux trous de l’étoffe avec son insolent
éclat de toujours.
   Ils sont avides comme des rustres. Ils ont de grosses mains. Leur rire est triste. Ils
grelottent. Ils ont faim. Ils donnent à manger. Le sang coule d’eux, frais, rouge et vite noir,
luisant comme un long regard échappé.
   Les poèmes qui ne se nourrissent ni de roses ni d’oiseaux ont une santé à briser le
monde.
   Il leur arrive de montrer vraiment l’intérieur du corps qui est rouge et l’intérieur de l’âme
qui est noir et vide.

**********************************


Ceci n'est pas un rêve

ni du sommeil ni de la veille

ni de la nuit ni du jour.


Ceci n'est pas un fantôme
ni le délire d'une pensée
ni le visage d'un désir.

Ceci n'est pas une absence forgée
d'espoir
ni un espoir travaillé de sang.

Ceci n'est qu'un visage Lislei une
présence
un corps fait sur le plan de tous les
corps humains
avec partout les cordes rouges
liant les blanches charpentes
et la tunique étrange
tissée comme d'étoiles
qui auraient séjourné dans la neige
longtemps.

Un corps avec sa cloche sourde
et sa flamme au fronton
et ses deux lianes douces rejointes
pour les gestes
d'un être de péril.

Ceci n'est rien Lislei
qu'un glaçon de chaleur déposé sur
l'hiver
un amas corruptible de membres
animaux.

Qu'y puis - je Lislei
s'il me semble qu'un ciel le traverse
et qu'une éternité
y pèse sa chance dernière.

          Il faudrait que je vous enseigne
                        l'amour selon le rite terrestre
                        que je vous montre
comment font les bêtes pour gagner la joie
            et que vous sachiez que c'est ainsi
également pour l'homme que tourne le rêve
et que je l'étrangle à le serrer contre vous.

Je connaissais l'attente
le glaïeul éclatant du désir
et sa racine noire
et sa noire fenaison
la statue qui vous brûle
puis tombe de l'odeur comme d'un piédestal
et n'est plus qu'un peu d'os
dans son linge de peau chaude...


Tu passeras comme j'ai passé
répands tes yeux pourtant sur mon poème
afin qu'un peu de vie s'étende encore
ici où j'ai tué
un de mes grands songes dérisoires.

L'heure s'épuisait.

Les heures.

Le soleil trichait dans la gloire blanche de

          l'horizon.

            Une ombre passa, rapide humaine,
comme pour donner vie au paysage et
                      le faner.


Je vous ai vue pour la première fois Lislei au temps des neiges
mon cœur fui visité d'hiver de printemps et d'automne...

Alain Borne
********************

merci à Esprits Nomades, pour cette si belle présentation du poète !




-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : novembre 15, 2011  09:25


Quand je serai mort


Quand je serai mort
vous ne penserez plus à moi
-silence et absence-
un nom sur une marguerite d’os
que je ne serai plus là pour effeuiller.
Je t’aime un peu beaucoup
passionnément
brisez vos douces mains à soulever la dalle
soulevez la dalle car je suis là
je n’ai plus en guise de lèvres et d’yeux
qu’un peu de terre d’où jaillit le blé.

Le blé est mon regard
le blé est mon baiser
je suis moins que le coquelicot
je suis moins que le duvet du rossignol
qui fut l’été.

Eté ma grande saison
amour ma grande journée
et Vous
le seul rêve qui ait pu m’éveiller.

Je m’endors et je meurs.

Quand je serai mort
vous ne penserez plus à moi
avec moi mourra ma musique
et si des lèvres vives la chantent encore
ce seront-elles que vous aimerez.

Alain Borne,




Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : novembre 15, 2011  09:26

Quelques jolies trouvailles sur l'anthologie amoureuse de Jean Orizet

Tu étais belle.

Tu étais belle ce soir dans le soleil
plus que de lui vêtue
on aurait dit que tout entier
il se donnait pour te faire.

Tu me brûlais de loin
tantôt tu étais d'or
tantôt de miel tantôt de lait
tu étais la rosée
doublant de transparence l'aubépine.

Je te savais brûlante
je te savais la fraîcheur même
tu étais l'aube
mystérieusement couchée sur un million de lis

Alain Borne "La nuit me parle de toi".



Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : novembre 15, 2011  09:28

    Il n'y a que ton visage.

Il n'y a que ton visage
ô mon amour
et que ta chair.

Ce n'est qu'avec toi
que je cesse d'être seul
et même que je cesse
d'être ce fantôme
pour lequel jusqu'aux miroirs sont vides.

Il faut que je te voie
pour reprendre terre et vie.

Hors ta présence mon sang
n'est qu'une eau grise qui se tait.

Hors ta présence
il n'y a en moi
qu'un énorme poing fermé
qui me fait mal.

Ton absence est une immense paupière
sur tout mon corps

Alain Borne. "La nuit me parle de toi".

-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : novembre 15, 2011  09:29


La musique même était noire


La musique même était noire
c’est la nuit qui par elle criait
si longue et sans étoiles
semblable aux entrailles d’une bête qui nous aurait mangés.

Et le jour serait de la même soie s’il revenait
et maille à maille de la même soie serait la vie.

Maille à maille de la même soie
une seule longue vie noire
avec dans l’air l’aile de la chauve-souris
dont le grand vent de sage espoir
est l’unique fraîcheur pour nos fronts.

Les marionnettes tombent des mains mortes
mortes deux fois
maille à maille de la même soie
la vie des marionnettes passées de main en main,

Mais nous, aucune main ne viendra nous reprendre
quand le poulpe du sang sera pétrifié
qui nous retient debout à l’avant du théâtre.

Maille après maille de la même soie
sable à sable du même gravier
grain par grain du même blé noir
choc par choc du même cœur vide

Quand le dernier laurier aura brûlé ses feuilles
en l’hiver blanc comme l’iris de nos rêves
quel fantôme de bois pourra nous accueillir
sous un soleil enfin sans arrêt ni blessure.


Alain Borne (chez Temporel)

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : novembre 15, 2011  09:32

Je ne sais plus.

je ne sais plus si j'aime passionnément
mon doux amour
avant que vos pétales se déchirent à mon coeur.

Ô ma toute beauté
qui marchez sur les eaux
fendez cette tempête qui me sépare de vous.

Venez à moi à travers tout
gagnez ma peau de la vôtre
Soyons une seule tunique
contre le malheur et le froid.

Ô mon tendre oiselage
Ô ma nudité chaude
ma transparente nacre souple
Ô mon aube.

Aimer
j'aime à nouveau
et pour mourir peut-être
mais à la nuit de votre jour.

Alain Borne. "La nuit me parle de toi." Edition Rougerie.

Marie-elisabeth
Modérateur
France

Date du message : novembre 15, 2011  12:10

   Pourquoi.

   Pourquoi encore un pas, encore un baiser, encore un jour ?
   Pourquoi passer encore un chiffon de ferveur pour que luise le
cuivre du soleil une fois de plus ?
   Pourquoi tenter de le nettoyer de l'ennui ?
   Pourquoi se redresser comme la colonne vertébrale d'un homme
accablé qui a de l'orgueil à être la colonne vertébrale d'un homme ?
   Pourquoi avoir de l'orgueil à être un homme ?
   Le chardon est promis au feu et semblable est le destin de l'homme.
   Que le glas de l'homme laisse en repos les clochers.
   Qu'il soit sonné par les fleurs des champs avec le battant de la rosée.
   Puis qu'on fasse un foin serré de cette fausse tristesse et qu'on
la brûle.
   Et qu'on casse la coquille de Dieu dans un casse-noix d'éclairs.
   Et qu'avec l'huile on sacre un autre Adam.

Alain Borne.   "Le Plus Doux Poignard"




-grimalkin-
Admin famille
France

Date du message : novembre 16, 2011  10:35

tes poèmes me plaisent infiniment, Marie-Elisabeth : Je vais acheter l'anthologie
amoureuse de Jean Orizet.